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Afrique économie

French, Financial News, 1 season, 333 episodes, 13 hours, 6 minutes
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Chaque jour sur RFI, vivez la mutation de l'économie africaine. Chefs d'entreprises, décideurs, africains de tous bords et de toute condition témoignent dans Afrique Économie, votre rendez-vous de l'Économie africaine sur RFI. 
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En Éthiopie, les débuts de l'industrie du bitcoin

En Éthiopie, la production d’électricité a explosé avec la construction du méga-barrage sur le Nil. La capacité électrique du pays va passer de 2 à 10 gigawatts en cinq ans. Une aubaine pour les mineurs de bitcoins. Une vingtaine d’entreprises ont signé des contrats avec le gouvernement pour pouvoir installer leurs ordinateurs de minage. De notre correspondante à Addis-Abeba,La production électrique explose en Éthiopie, mais la moitié de la population en est encore privée, car les investissements dans le domaine manquent. Il faudrait 10 milliards de dollars pour construire les infrastructures nécessaires. En attendant, des centaines de milliers de mégawatts sont gaspillés. Des mineurs de bitcoins ont flairé l’opportunité d’une énergie à bas prix.Le mining est le processus informatique par lequel la cryptomonnaie est créée. Un processus qui consomme beaucoup d’énergie « Avec sa situation énergétique, l’Éthiopie est probablement le meilleur endroit pour faire du bitcoin mining aujourd’hui », se réjouit Nemo Semret, cofondateur de QRB Labs. En 2021, il est le premier à pressentir la bonne affaire.Il s’apprête à installer son premier conteneur, rempli de machines de minage, dans une des sous-stations électriques qui répartissent le courant dans le pays. L’idée est de rester mobile pour s’adapter à la demande en électricité. « Ce qui a du sens pour le bitcoin, c'est d'utiliser l'énergie que personne d'autre ne peut utiliser », explique Nemo Semret. « Une usine peut payer 5 cents et un bitcoin minor ne peut pas payer plus de 2 ou 3 cents », détaille-t-il encore. Quand l’énergie peut aller aux plus offrants, le marché est rationnel et prend le dessus, analyse le spécialiste, rassurant sur le fait que le mineur de bitcoin est donc le dernier fourni, ne privant pas le pays de courant. « Quand l’énergie peut aller à un autre utilisateur, ça n’a plus de sens de le donner au bitcoin », argumente-t-il.Un secteur très compétitifLes mineurs du bitcoin se livrent une compétition mondiale sans merci sur ce marché limité. Pour espérer être rentable, il leur faut trouver un équilibre entre le coût de l’énergie et celui du matériel. « Les gens ont l’impression, quand le prix de bitcoins monte surtout, que c’est un business super facile et profitable, témoigne l’entrepreneur. Mais ce n’est pas un business facile, les marges sont très minces et c’est très compétitif. »Résultat : sur les 21 entreprises légales qui ont signé des contrats, seules quatre sont actives aujourd’hui en Éthiopie. Nemo Semret loue les infrastructures à des entreprises étrangères qui payent en dollars. Aucune transaction en bitcoin donc, car la monnaie reste interdite en Éthiopie.Kal Kassa, consultant dans le domaine du Bitcoin, est très optimiste : « Si les prévisions sont bonnes, dans l'année à venir, les mineurs devraient générer un à deux milliards de dollars de revenus. Ethiopian Electric Power recevra 10% de cette somme grâce aux revenus de l'énergie. Ce qui n'est pas négligeable. »Besoin de cadres légauxDeux cents millions de dollars reviendraient donc à la société nationale d’électricité pour financer les lignes de transmission. Une décision qui reviendra au gouvernement, aucune promesse n’a été faite en ce sens pour l’instant. C’est surtout un moyen de rapporter rapidement des devises étrangères au pays qui en manque cruellement.Et ce nouveau business n’a toujours pas de cadre législatif, il reste flou et risqué. « Il devrait y avoir une loi spécifique, cela rendrait les choses transparentes : le coût de l'énergie, les taxes, les droits de douane, le régime d'importation. Pour pouvoir investir sur des faits et non sur des suppositions », met en avant Kal Kassa.Le potentiel est énorme, si le marché est protégé de la corruption et bénéficie d’une fiscalité favorable. Sinon peu de chance que ce business délicat puisse rester rentable.
6/20/20242 minutes, 24 seconds
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Pour la jeunesse rurale de Côte d'Ivoire, s'insérer pour éviter les groupes armés

Comment prévenir contre l’extrémisme violent et attirer les jeunes vers des projets viables ? Les autorités ivoiriennes ont mis en place, depuis deux ans, le programme de lutte contre la fragilité. Il s’adresse aux personnes âgées de 18 à 40 ans, vivant dans six régions des zones frontalières avec le Mali et le Burkina. Des régions touchées par le chômage dans lesquelles les populations deviennent de potentielles cibles du recrutement des groupes armés. Bakary Ouattara a 31 ans. Il a grandi et vit toujours à Kofiron, un village proche de la frontière malienne. Ce jeune a quitté les bancs en classe de troisième. Sans diplôme, mais avec les connaissances transmises par ses parents, Bakary a décidé de reprendre l’entreprise familiale : il vend du maïs et du riz. Dans son local, il peut stocker jusqu’à 100 sacs de céréales. Mais sans apport financier, difficile de tirer profit du potentiel de son local. « Je m’en sors très bien, dit-il, je parviens à être en activité 12 mois sur 12. À l’époque, je n’avais pas assez de fonds pour acheter des sacs de céréales auprès des femmes du village. J’ai bénéficié d’un prêt de million de FCFA. Cet argent m’a permis d’acheter de grandes quantités de céréales et de constituer un stock. Et je me suis mis à revendre. J’ai fait des bénéfices. »Commerce et agricultureBakary a remboursé son prêt en moins d’un an. Depuis, il a ouvert une autre boutique, pour mener des activités de téléphonie et de transfert d’argent. « Je parle de mes activités aux autres jeunes du village pour que, eux aussi, se motivent et montent des projets, poursuit-il, je leur explique comment je m’y suis pris. Je leur dis qu’on peut gagner de l’argent en s’impliquant dans de petits projets. »Madou a 33 ans. Il a abandonné l’école pour se consacrer à l’agriculture. Ce jeune de Toumokro cultive le maïs, le riz, le coton et le soja. Cet agriculteur a emprunté 800 000 FCFA à l’agence Emploi Jeunes pour acheter des bœufs, des engrais et des pesticides. Malgré ce coup de pouce, Madou doit encore s’accrocher pour sentir les bénéfices de son métier : « J’ai bénéficié d’un prêt l’an dernier. Mais, la pluviométrie a été mauvaise. Mes récoltes de maïs et de coton n’ont pas bien donné. C’est difficile. J’espère qu’on aura une meilleure pluviométrie cette année afin que je puisse rembourser mon prêt. »Cibles du recrutement des jihadistesCe programme vise à ancrer les jeunes dans des activités professionnelles. « Si ces jeunes qui sont à la frontière ne sont pas occupés, s’ils ne sont pas sensibilisés, ils deviennent une cible facile, un appât, pour ces jihadistes, explique Anselme Gauze, est le chef de l’Agence Emploi Jeunes de Korhogo, donc il faut les occuper. Lorsque nous sommes allés à Kafolo –Kafolo a été une zone prioritaire du projet, parce qu’il y a eu des attaques jihadistes dans ces zones-là – il y a des jeunes qui ont pu bénéficier de ces subventions, et il y en a qui ont pu bénéficier de formation en apprentissage : électricité, mécanique-auto et à la soudure. »Pour l’heure, dans cette zone frontalière, près de 52 000 jeunes ont bénéficié de ce programme d’aide.À lire aussiCôte d'Ivoire: le discours d’Alassane Ouattara à la Nation scruté par la classe politique sur fond de présidentielle
6/19/20242 minutes, 29 seconds
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Le pétrole libyen attire de nouveau les investisseurs

La Libye parie plus que jamais sur le pétrole. Après une décennie de chaos, toujours divisé entre l'est et l'ouest où deux gouvernements se disputent le pouvoir, le pays a pour objectif d'augmenter sa production pour atteindre à terme les 2 millions de barils par jour. Les compagnies étrangères se précipitent de nouveau pour investir en Libye, « poule aux œufs d'or noir », puisque le pays dispose des plus importantes réserves d'Afrique. TotalEnergies, Shell, ConocoPhillips, toutes ces multinationales des hydrocarbures ont récemment investi en Libye. Il y a eu des évolutions ces trois dernières années. Une Banque centrale réunifiée, du changement à la direction de la NOC, la compagnie nationale pétrolière, et la reprise de différents gisements, comme celui d'al-Charara, disputé par les milices encore récemment. Un environnement plus propice aux investissements, selon Zakaria Al Barouni, directeur général de la société d'assurance libyenne Al Baraka : « Il y a maintenant beaucoup d’opérations de la part des entreprises chinoises, turques et européennes. Le gouvernement a garanti à ces entreprises qu’elle a des institutions financières stables, explique-t-il, Les transferts des fonds vers l’extérieur de la Libye sont maintenant possibles et simples, c'est plus flexible pour les entreprises étrangères de venir opérer en Libye ».Confiance retrouvéeLes troubles politiques, suite au « printemps arabe » de 2011 suivi du renversement du régime de Mouammar Kadhafi ont fait fondre les investissements directs étrangers dans le pays. Trop de violences, des attaques à répétition sur des terminaux pétroliers ; les compagnies étrangères avaient rapatrié leurs salariés. La confiance des investisseurs semble être retrouvée. « Nous couvrons l’assurance de guerre, une première en Libye. Nous couvrons les émeutes, les troubles civils, la construction, les risques et l’énergie, détaille l’assureur Zakaria Al Barouni, ces types d’assurances donnent de la sécurité, une tranquillité d’esprit pour les entreprises au cas où de mauvais événements arriveraient à leurs opérations et les infrastructures. Leur argent ne sera pas dépensé en vain ».Explosion de la contrebandeLes pratiques internes de la NOC sont toutefois jugées encore moins solides aujourd'hui. La contrebande de carburant explose. Un indicateur inquiétant pour les investissements, estiment de nombreux observateurs.« Ce problème de la contrebande de carburant existe depuis plus de 10 ans, mais sa taille en dollars ne fait que grossir. Cela veut dire qu'il y a des revenus qui sont sales, qui circulent dans l'est libyen comme à l'ouest libyen, résume Jalil Harchaoui spécialiste de la Libye au Royal United Institute à Londres. D'où vient l'argent ? On ne sait pas. Et comme il y a des tentations de blanchiment d'argent, il faut se méfier. Ces sociétés américaines, françaises ou italiennes sont en train de supplier pour des contrats dont on ne connaît pas la nature, on ne sait pas dans quoi ils se lancent ».Une part de l'argent du pétrole brut est consacré à des achats de carburant à l'étranger, principalement en Russie. Du carburant qui est ensuite revendu via le marché de la contrebande dans des pays voisins comme le Tchad ou le Soudan. Cela représenterait plus de 5 milliards de dollars par an, selon le bureau d'audit libyen.À lire aussiLibye: Moscou s'intéresse au secteur pétrolier du pays
6/18/20242 minutes, 27 seconds
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À Benghazi, une méga-ferme pour répondre à l'ambition laitière de l'Est libyen

Une méga-ferme laitière de 30 000 vaches pour produire localement du lait frais et des yaourts : c'est l'ambition des autorités de Benghazi, en Libye. Le marché a été confié à un groupe privé azéri-turc qui a déjà fait venir un premier lot de mille génisses françaises, pour une phase test. Pour le premier voyage effectué en mars dernier, mille génisses de race prim’holstein, la « Rolls-Royce » des vaches laitières, ont été rassemblées dans le port de Sète, au sud de la France. « Elles viennent de toute la France, depuis le Finistère jusqu'aux Hauts-de-France en passant par l'Alsace et le centre de la France. Pour faire un volume comme celui-ci, il faut voyager beaucoup », détaille Christian Durris, un négociant en bétail et PDG de la société EuropeAgri, qui a choisi ces vaches avec son fils.Un voyage à 3 millions d’eurosUne à une, les bêtes ont pris la passerelle pour embarquer sur un navire bétailler, destination la Libye. Trois jours de voyage, avec à bord, tout pour supporter l'exil en Libye comme l'explique Frédéric Casasola, directeur du développement de B3 Group, un groupe azéri-turc, qui a remporté le marché : « Avec les vaches, on apporte 52 tonnes de nourriture française, pour limiter leur stress à l'arrivée ainsi que tous les médicaments pour une année. »Le coût de ce premier voyage est d'un peu moins de 3 millions d'euros. Un montant qui s'ajoute au coût de la réhabilitation de la ferme de Ghot Sultan, située au sud-Est de Benghazi et presque abandonnée depuis la guerre. Un projet financé par le gouvernement de l'est libyen dont l'ambition est l'autosuffisance en produit laitier.« L'État de Benghazi a tourné la page de la révolution et souhaite redresser l'économie, explique Frédéric Casasola, l'ambition, à terme, c'est d'avoir 30 000 vaches laitières pour produire du lait frais, des yaourts et du fromage fabriqué en Libye. L'objectif, c'est aussi de former des libyens au travail de la ferme. »Des centaines de veaux déjà nés sur placeDes prototypes de pots de yaourts ont déjà été dessinés. Mais les Libyens devront encore faire leurs preuves pour rivaliser avec les mega-fermes d'Arabie saoudite et du Qatar. L'activité laitière est très technique, rappelle Laurent Tremoulet, le directeur de la SEPAB, la société d'exploitation du parc à bestiaux de Sète : « Chaque génisse va faire un veau qu'il va falloir engraisser aussi. Et après, il y a toutes les préoccupations sanitaires relatives aux animaux, une régularité, une alimentation équilibrée. Pour qu'elle produise du lait, il faut lui donner les bonnes choses au bon moment. Sur un engraissement, on peut se louper pendant quelques semaines, sur une génisse, on ne peut pas, car sa carrière laitière va dépendre de ses premières semaines de lactation. »Depuis l'arrivée du premier lot de vaches en Libye, plusieurs centaines de veaux sont déjà nés. À terme, la ferme de Ghot Sultan, qui s'étend sur 17 kilomètres, a aussi l'ambition d'accueillir 6 millions de poulets. Pour le port de Sète, ce nouveau marché qui s'ouvre en Libye pourrait être une petite bouffée d'air : le premier port bétailler d'Europe a vu ses résultats financiers s'effondrer depuis le gel du marché algérien, suite à l'apparition de la MHE en septembre dernier en France, un marché qui représentait ces cinq dernières années 80 à 90% de l'activité. En février dernier, après le Maroc et la Tunisie, la Libye a rouvert ses frontières au bétail vivant français. Mais le blocage persiste avec Alger.À lire aussiLibye: une délégation d'entreprises françaises en visite à Benghazi
6/17/20242 minutes, 30 seconds
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En Égypte, faire du port de Sokhna un hub africain majeur

C’est l’un des grands projets de développement de commerce maritime international en Égypte. L’extension du port de Sokhna, situé à une cinquantaine de kilomètres au sud de Suez, permettrait à l’Égypte de compter sur son sol un des ports majeurs de la côte est de l’Afrique – dans la lignée de Mombasa et Dar Es Salaam. Avec notre correspondante au Caire,Les pelleteuses s’activent sur un chantier qui s’étend à perte de vue sous un soleil harassant. Au loin, les cheminées de quelques usines exhalent leur fumée au-dessus de la mer Rouge. « Pourquoi le port de Sokhna est spécial ? Il est stratégiquement situé à l’entrée du canal de Suez, explique le général Mohamed Khalil, chef du projet de développement du port affilié au ministère égyptien des Transports, et qui fait la présentation du site. Nous sommes ici sur l’un des quais du port d’Ain Sokhna. Ici, au port de Sokhna, nous avons 18 kilomètres de quai… 18 kilomètres d’affilée, et ça n’existe dans aucun autre port dans le monde. »Ce quai géant a été financé par le constructeur hongkongais Hutchison. Le Chinois Cosco et le Français CMA CGM font aussi partie des investisseurs majeurs pour le développement de Sokhna. Mais le général égyptien insiste sur l’intérêt national. « Ici, sur le port, nous avons 228 entreprises nationales égyptiennes, qui créent directement 100 000 opportunités d’emplois : ingénieurs, ouvriers, chauffeurs… », met-il en avant.L’Égypte se rêve en pays pivot du transport maritime international, sur les routes qui relient l’Asie à l’Europe. « L’Égypte a beaucoup d’ambition pour son canal et en plus, on a les flux d'Asie. Il semblait plus logique de décharger à Sokhna pour cette partie de l'Égypte plutôt que d'amener les lignes à Alexandrie ou Damiette », analyse Paul Tourret, le directeur de l’Institut supérieur d’économie maritime.Un intérêt des investisseurs ? À terme, l’extension du port s’accompagnerait du développement d’une grande zone logistique jusqu’au canal de Suez. Mais l’instabilité économique de l’Égypte, et à plus grande échelle, l’instabilité géopolitique de la région, pourrait compromettre ses ambitions. Difficile de savoir si les grands logisticiens voudront installer des structures sur le canal en Égypte. « Ça dépend du cocktail égyptien, politique et économique », estime Paul Tourret. Car la crise économique qui frappe le pays et les attaques des rebelles houthis en mer Rouge renforcent les doutes sur l’attractivité de Sokhna.Mais pas de quoi décourager les pays du Golfe, notamment DP World, l’administrateur émirati du port de Sokhna qui est en pleine dynamique sur le continent. « Les pays du Golfe, en même temps qu’ils développent leurs ports, développent leurs sociétés portuaires, détaille le directeur de l’Institut supérieur d’économie maritime. Ce sont des possibilités demain pour faire des choses. La création non pas d’une finance arabe, mais d’une capacité d’infrastructures. » Les nouveaux quais géants de Sokhna devraient accueillir les premiers porte-conteneurs à partir de 2025.À lire aussiÉgypte: au Caire, l'inflation des prix du bétail gâche l'Aïd al-Adha
6/16/20242 minutes, 16 seconds
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RDC: la Sicomines fonctionne avec sa propre centrale hydroélectrique

En RDC, le secteur minier connait un déficit en électricité qui varie entre 500 et 1000 mégawatts, selon la Chambre des mines. Ce qui rend difficile la transformation locale de certains minerais. Pour y remédier, la Sicomines, co-entreprise issue de l’accord sino-congolais, a opté pour l'autonomie. Elle s’est dotée de la centrale hydroélectrique de Busanga, le plus haut barrage du Congo. De notre correspondante en RDC,Deux montagnes taillées. Entre elles, une petite rivière a pris du volume. La centrale hydroélectrique de Busanga tire ses eaux du fleuve Congo. A la sortie des eaux du lac de retenue, un barrage long de 14,5 mètres, plus haut que celui d'Inga. « On a débuté la construction en 2017 et on a l’achevée en septembre 2021, soit quatre ans de travaux, explique Adam, administrateur de la société chinoise Sicohydro qui a construit cette infrastructure. C’est un barrage-voûte à double courbure en béton compacté au rouleau. Le plus haut barrage au Congo. »Barrage plus haut qu’IngaAu bas des collines trône une centrale imposante avec quatre turbines produisant chacune 60 mégawatts. « Aujourd’hui, la puissance installée est de 240 mégawatts, détaille Jean Zeng, consultant de la Sicohydro. On tourne avec quatre turbines, en fonction du niveau d’eau. Lorsque l’eau diminue, on peut arrêter une machine. »Dans la région du Katanga, la Société nationale d’électricité n’a pas la capacité de répondre à la forte demande du secteur minier, gros consommateur d’électricité. Ce qui a motivé la société minière Sicomines à construire sa propre centrale hydroélectrique. « La Sicomines a voulu avoir l’autonomie électrique, explique Germain Pungwe, président du patronat à Kolwezi. Nous sommes dans une région où se concentre la majorité des sociétés minières, qui produisent plus de 60 % du cuivre et du cobalt de notre pays et elles ont besoin de beaucoup d’énergie électrique pour faire tourner leurs machines. Malheureusement, elles font face à un déficit en énergie électrique. »L’autonomie pour l’activité minièreLe projet inspire d’autres acteurs privés, notamment pour les aspects techniques. « Il vaut mieux s’inspirer des autres et, peut-être, améliorer, commente Eric Monga, directeur de l’entreprise Kipay Ennery et porteur d’un autre projet de centrale hydroélectrique à Sombwe. Par exemple le béton compacté, c’est le même style qu’on va appliquer chez moi. Donc il faut savoir comment ils ont fait le mélange, est-ce qu’il faut éviter les échauffements, etc… »Située à plus de 100 km de Kolwezi, cette centrale hydroélectrique est le seul nouveau projet réalisé en RDC ces quarante dernières années, pour un coût de 655 millions de dollars.À lire aussiLa RDC face au défi de son approvisionnement en électricité
6/14/20242 minutes, 16 seconds
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La RDC face au défi de son approvisionnement en électricité

La RDC détient à elle seule 8% du potentiel hydroélectrique mondial mais son taux d’électrification est le plus bas du continent, moins de 15% selon la Banque mondiale. Comment réduire l’écart entre la croissance démographique et la capacité de production d’électricité en RDC ? Quelles solutions pour les particuliers et les entreprises ? De notre correspondante à Lubumbashi,La Société nationale de l’électricité (SNEL) en RDC en est consciente, sa production ne couvre pas les besoins de la population, encore moins ceux de l’industrie. « La SNEL a une puissance installée de 2 500 mégawatts et nous ne produisons aujourd’hui qu’environ 1 900 mégawatts. Ce n'est pas suffisant car la demande avoisine déjà 4 000 mégawatts, reconnaît l’ingénieur Henry Makap Amteb, chef du département production à la SNEL. Donc nous devons nous mettre ensemble pour voir comment répondre à cette attente. »Manque de financementCe déficit de production électrique s’explique par le manque d’investissements, estime Vika Di Panzu, président du Comité de gestion technique de la société Trade Power RDC, qui importe et revend du courant dans l’ouest de la RDC. « Si vous voulez avoir une offre qui puisse être à même de satisfaire les besoins de la population, tenant compte de la croissance démographique, vous devez développer des centrales de 400 mégawatts, par tranche de cinq ans. Or depuis 1986, on n’a rien développé. »Pourtant, depuis la libéralisation du secteur de l’électricité, il y a plus de dix ans, des initiatives privées de construction de mini-centrales hydro-électriques se multiplient. Mais la plupart sont encore en phase d’études. Et le système financier en RDC ne facilite pas leur réalisation. « Quand vous allez vers les banques, les taux d’intérêts sont explosifs dans notre pays », déplore l’ingénieur et entrepreneur congolais Jean-Marie Katond, qui a initié deux projets dans la région du Katanga. « Le projet que nous avons dans le Haut Lomami, de 94 mégawatts, vaut plus de 400 millions de dollars. Aucune banque dans notre pays ne peut le financer. Donc, il faut aller vers des financeurs extérieurs. »Compteurs intelligentsEn attendant, la réalisation des différents projets du secteur privé, la SNEL compte rationaliser la consommation de l’électricité produite actuellement en vue d’une meilleure répartition entre les entreprises et les particuliers. « On doit tout faire pour réhabiliter les infrastructures existantes, explique Donatien Ngendu, conseiller technique à la SNEL. On peut récupérer 500 mégawatts et répartir cela à tous les clients miniers. Et nous avons aussi un plan d’installation des compteurs intelligents chez tous les clients. Grâce au compteur à pré-paiement, le client sera en mesure de pouvoir gérer sa charge et sera encouragé à ne plus gaspiller comme c’est le cas présentement. »La SNEL entend aussi créer des lignes d’interconnexion régionale afin d’importer de l’électricité des pays voisins comme l’Angola et le Mozambique, qui ont un excédent de près de 3 000 mégawatts.
6/12/20242 minutes, 19 seconds
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Rapport Swissaid: les voies du commerce de l'or de contrebande [2/2]

L’organisation Swissaid a produit une étude inédite sur la production d’or artisanal sur le continent. Dans ce rapport, les auteurs ont compilé et recoupé un grand nombre de données, ce qui n’avait jamais été fait jusqu’à présent. La production de contrebande atteindrait jusqu’à 474 tonnes chaque année en Afrique et représenterait jusqu’à 35 milliards de dollars. Une manne financière qui quitte le continent et qui est commercialisée de manière très organisée. L’or artisanal produit quitte les zones de production de manière illégale par deux voies. « Soit l'or passe en contrebande vers un pays voisin, auquel cas, il emprunte la plupart du temps la voie terrestre. Il faut savoir que les frontières entre de nombreux pays africains sont très poreuses, donc il y a peu de chances de contrôle. Et dans l'autre cas, l'or est exporté en contrebande directement vers les Émirats arabes unis. Et dans ce cas, c'est plutôt par la voie aérienne », détaille Yvan Schulz, co-auteur de l’étude.En partant par la route, l’or rejoint des pays dits « intermédiaires » comme le Mali ou l’Ouganda. Des destinations qui s’expliquent par différents facteurs. « Si on prend le cas du Mali, il y a notamment les questions fiscales, comme l'Ouganda. Quand vous avez une fiscalité avantageuse dans un pays limitrophe, vous allez forcément passer par le pays limitrophe pour exporter votre or », explique le second co-auteur Marc Ummel. Autre critère central, le prix d’achat de l’or. « Aujourd'hui, à Bamako, votre or sera acheté à un meilleur prix que si vous le vendez à un comptoir à Ouagadougou ou dans d'autres pays, que ce soit au Sénégal ou en Mauritanie, constate l’expert. Et c’est ça qui alimente tous ces réseaux. »Pour Marc Ummel, un troisième facteur peut encore expliquer le phénomène de contrebande transfrontalier : « Vous avez aussi tous les réseaux des bureaux d'achats très influents qui vont préfinancer toute la chaîne jusqu'à la mine. Ils vont développer tous ces réseaux, ce qui fait qu'on va arriver à avoir ces phénomènes de contrebande. »Des frontières faciles à passerDes pays intermédiaires qui jouent un rôle clé dans le « blanchiment » de l’or de contrebande, selon Yvan Schulz. « Si on prend l'exemple d'or importé de RDC en Ouganda, si cet or-là est raffiné en Ouganda et par la suite réexporté par exemple vers Dubaï – c'est ce qu'on a souvent observé – cet or va acquérir l'Ouganda comme origine et donc ne sera pas traçable jusqu'à la RDC », souligne-t-il.Par avion, l’or part généralement dans des mallettes essentiellement vers Dubaï très attractif. « Premièrement, il n’y a pas de taxe à l'importation sur l'or, donc vous n'avez rien à payer si vous rentrez dans le pays avec une valise d'or, met en avant Marc Ummel. Deuxièmement, c'est extrêmement facile de passer la frontière justement avec une valise pleine de lingots d'or. Il n’y a pas de questions qui vous sont posées. »Les Émirats arabes unis ont adopté une nouvelle réglementation en 2023. Cependant, les chercheurs ne sont pas convaincus. « Pour l'instant, nous, en tout cas dans nos échanges avec des raffineurs de ce pays et d'autres sources, on n'a pas encore de preuve de l'efficacité et ni même de la mise en œuvre de cette réglementation. Donc il faudrait observer ça plus précisément dans les années à venir », s’interroge le chercheur. Si Dubaï est l’une des principales plaques tournantes de l’or de contrebande, cette étude souligne l'émergence de nouveaux acteurs comme la Turquie.À lire aussiOr artisanal en Afrique: 1 tonne quitte chaque jour en contrebande le continent [1/2]
6/11/20242 minutes, 21 seconds
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Or artisanal en Afrique: 1 tonne quitte chaque jour en contrebande le continent [1/2]

L’organisation suisse Swissaid vient de publier une étude inédite sur la quantification de la production de l’or artisanal et à petite échelle sur le continent africain. C’est la première fois qu’une étude d’une telle ampleur est menée. Et les résultats sont édifiants : une tonne d’or de contrebande quitterait chaque jour le continent africain. Il a fallu aux chercheurs quatre années de travail pour collecter, recouper et corriger des milliers de données. Un travail « fastidieux », soulignent les chercheurs. « On a calculé qu'en 2022, il y avait 435 tonnes [d'or] au total qui ont été exportées en contrebande du continent africain. Et évidemment, si on divise 435 par 365, on obtient plus d'une tonne par jour », détaille Yvan Schulz, chef de projet chez Swissaid et co-auteur de l’étude.La production d’or artisanale a explosé avec l’envolée des cours. Ce qui a également favorisé son extraction et son commerce illégal, souligne Marc Ummel, responsable du dossier matières premières chez Swissaid. « Quand on regarde au niveau de la contrebande, la majorité des pays africains sont actifs dans la contrebande de l'or, explique le co-auteur de l’étude. Il y a même plus de 12 pays africains qui sont impliqués dans une contrebande de plus de 20 tonnes par année. » Les plus importants, selon les analyses de Swissaid : le Mali, le Ghana, le Zimbabwe, le Niger, la Côte d'Ivoire ou encore le Soudan.Un manque de transparence volontaireDes phénomènes difficiles à documenter par nature. La contrebande se fait dans des mines, dans des régions isolées, par des artisans non déclarés qui commercent de manière informelle. Le manque de volonté politique de certains États est, de plus, un facteur important. « Il y a une volonté politique dans certains États de cacher les données ou de ne pas être transparent. On a eu beaucoup de difficultés à obtenir, notamment, des données du Rwanda, des données de l’Éthiopie. Il y a certains États où c’était pratiquement impossible, notamment avec l’Érythrée, avec la Libye », souligne Marc Ummel.« Évidemment, quand parfois le gouvernement ou certains représentants du gouvernement sont impliqués directement dans ce commerce, qu'ils y ont des intérêts, vous n’avez aucune volonté d’amener plus de transparence », décrypte encore l’expert.Une production informelle qui favorise violation des droits de l'Homme, financement de groupes armés ou encore problèmes environnementaux, soulignent les auteurs. Ils notent également les pertes de revenus importants pour les États africains. L’équivalent de 35 milliards de dollars d’or illicite pourrait ainsi quitter le continent chaque année.À lire aussiMadagascar: un guichet unique de l'or pour contrecarrer les exportations illégales
6/10/20242 minutes, 11 seconds
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Le prix des bêtes affole les Tunisiens à quelques jours de l’Aïd el-Kébir

Alors que la fête de l’Aïd-el-Kébir – qui commémore l’épreuve d’Abraham auquel, dans la tradition musulmane, Dieu avait demandé de sacrifier son fils Ismaël avant de le remplacer par un bélier – est prévue pour la mi-juin prochaine, les Tunisiens se demandent s’ils vont pouvoir s'offrir une bête cette année. Les prix des moutons – animal qui a la préférence des Tunisiens pour le sacrifice – s’envolent cette année encore. Ils peuvent atteindre les 1 500 dinars – soit environ 440 euros – soit trois fois plus que le SMIC (salaire minimum) actuel en Tunisie. Un brin nostalgique, Amine Ouali, associé à son grand-frère, présente les rescapés de son élevage. « On a décidé de tout arrêter. On avait deux élevages de 250 brebis chacun, mais on a décidé d’arrêter parce que ce n’était plus intéressant, regrette-t-il. Une ferme sans animaux ça n’a pas de goût franchement, c’est un peu vide. »En cause, le prix des fourrages – en partie importés comme le tourteau de soja – qui a explosé, explique-t-il. « Maintenant, je pense que la plupart des éleveurs sortent pâturer dehors. Ils n’arrivent plus à acheter. C’est trop cher. La botte de foin à 20 dinars, l’année dernière, elle est arrivée à 30 dinars, c’est énorme », décrit l’éleveur.Trente dinars, soit près de neuf euros. De quoi grever la marge des éleveurs et les obliger, dit-il, à augmenter leurs prix. C’est ce que soutient Malek Rhaiem. Alors que le gouvernement réfléchit à importer des bêtes pour avoir plus d’animaux et donc faire baisser les prix, il accuse le coup. « C’est grave, on n’a pas su améliorer, sauvegarder notre race. Nous, on choisit toujours la facilité, déplore-t-il. Vraiment, ce n’est pas une politique d’avenir. Si on fait un business plan, on le fait à sept ans, dix ans. »À écouter aussiAppel sur actualité: [Vos réactions] Vos témoignages sur la TabaskiNe pas alourdir ses dettesLe prix élevé des bêtes a poussé Lotfi Riahi, président d’une association de défense du consommateur tunisien, à devoir trancher. Faut-il oui ou non sacrifier une bête au vu des prix galopants ? L’association a été rencontrée des religieux dont le Mufti de la République et ils ont pris position. « La position de l’islam là-dessus est la suivante, rapporte-t-il. Le sacrifice ne doit être fait que par les personnes qui en ont les moyens. Il y a beaucoup de Tunisiens qui ne savent pas ça et qui s’endettent par exemple pour acheter leur mouton. »Or, selon lui, ce n’est pas une solution. « En prenant un crédit pour acheter un mouton, le Tunisien va alourdir encore plus ses charges économiques. S’il n’a pas les moyens, il n’a pas à sacrifier de bête », assure-t-il. Un appel à la sagesse difficilement audible en Tunisie où l’achat d’un mouton – au-delà de la prescription religieuse – est aussi perçu comme un moment festif.À lire aussiAïd el-Ahda, Tabaski: une fête religieuse et familiale en Afrique
6/6/20242 minutes, 29 seconds
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Production de cacao en Côte d'Ivoire: les défis posés par les certifications [5/5]

La Côte d’Ivoire n’a pas attendu les nouvelles normes européennes qui entreront en vigueur en janvier 2025, pour certifier son cacao. Et pour remplir les critères de ces différentes certifications, Utz, Rainforest Alliance ou Fairtrade, la filière fait déjà face à des défis. Ce qui questionne l’applicabilité de l’ensemble des nouvelles normes européennes. De notre envoyée spéciale à San Pedro,Alors que les prix ont atteint des sommets ces dernières semaines en Côte d'Ivoire, les producteurs n’en tirent cependant que très peu de bénéfices, car les prix sont fixés par l’État. Pourtant, Olivier, petit producteur, l’assure, il ne serait pas à son avantage de vendre son cacao via les réseaux de contrebande. Selon lui, son intérêt est de « pouvoir bien vendre » son produit « pour avoir des bénéfices ». Surtout, c'est de pouvoir obtenir les avantages qui lui apportent sa coopérative : des intrants pour ses champs et des formations. « C'est ça l’intérêt », assure-t-il.La fraude existe malgré tout. Les autorités le savent, tout comme le Conseil Café Cacao (CCC). « Il y a une police spéciale qui veille sur nos frontières pour vraiment lutter contre la fuite du cacao vers les pays limitrophes, explique Marcel Koné l’un des représentants locaux du CCC. Aujourd'hui, quand nous prenons un contrebandier, de café ou de cacao, il est traduit devant les tribunaux. Et ce cas sera traité de façon rigoureuse. Le contrevenant encourt plus de dix ans de prison ferme et la saisie et la vente de son produit aux enchères. »Des limites à la certification La chaîne de traçabilité numérique en cours de mise en place dans le cadre des nouvelles normes européennes questionne certains observateurs. Quid des zones non couvertes par le réseau internet ? Quid de la fiabilité des scellés des sacs ? François Ruf, ancien chercheur du Cirad, spécialiste de la question, se montre sceptique quant à l’efficacité de cette réglementation. Les certifications existantes montrent déjà leurs limites, assure-t-il.« Toutes ces certifications sont des certifications d'itinéraire et pas du tout de caractéristiques de fève, explique-t-il. Quand une forêt existe et qu'on croit la protéger par une loi, on fait une erreur considérable. Je prends l'exemple de la forêt de la Bossématié, que je connais très bien. La déforestation continue de l'intérieur. Et les images satellites, même des institutions solides, montre objectivement que la forêt continue de partir. »Les autorités ivoiriennes sont bien conscientes de ces défis. Suspension de coopératives, interdiction d’exportation de cargaisons Fairtrade soupçonnées de fraude. Le Conseil Café Cacao a multiplié les sanctions ces dernières semaines dans un contexte de flambée des prix et de récoltes décevantes.À lire aussiCacao ivoirien: les coopératives, maillon central des nouvelles normes européennes
6/6/20242 minutes, 29 seconds
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Cacao ivoirien: les coopératives, maillon central des nouvelles normes européennes

Premier fournisseur de cacao de l’Union européenne, la Côte d’Ivoire doit se mettre en conformité avec les nouvelles normes européennes contre la déforestation et pour des conditions de travail acceptables pour les producteurs, qui vont entrer en vigueur en janvier prochain. Les coopératives se retrouvent en première ligne. De notre envoyée spéciale à San Pedro,« Nous sommes ici et nos plantations sont autour de Blaou, en bleu ». Brahima Niampa pointe sur son ordinateur une carte géographique où les planteurs sont répertoriés. « Voici la forêt classée où la réserve de Rapide Grah commence. Donc, on peut connaître la distance qui sépare le dernier champ et Rapide Grah. C’est le premier élément que nous utilisons ici pour être sûr que nos producteurs ne se retrouvent pas dans une aire protégée. »Compter les cabosses et géolocaliser les producteursLes coopératives sont de fait au centre du dispositif de traçabilité du cacao. Elles ont dans leur cahier des charges la géolocalisation du producteur et le suivi de sa production pour éviter l’agrégation de cacao non certifié. « Nous connaissons la superficie de sa plantation et nous savons aussi qu’il y a un rendement au niveau national. Et puis nos techniciens vont sur le terrain. Ils calculent le nombre de cabosses sur les pieds. Ils essaient d'évaluer chaque année le potentiel de livraison de chaque champ. Donc chaque fois que le producteur fait des livraisons, on essaie de suivre et on s'assure qu’il ne prend pas d’autre cacao pour mettre dans sa production. »La coopérative collecte et stocke le cacao des petits producteurs. Elle doit également s’assurer du respect des critères de durabilité dans la production, puis assure la livraison du cacao dit durable auprès des industriels, étapes stratégiques dans la traçabilité des fèves. « Si on n’a pas de traçabilité sur les produits, on ne pourra pas les vendre, assure Florence Kouakou, responsable d’une autre coopérative, qui affirme respecter les normes. Aujourd'hui, le plus gros marché de cacao au monde, c'est l'Europe, donc on est obligé de s'y conformer. Moi, je pense qu’être dans la tricherie, ce n’est pas ça qui va favoriser les choses. Parce qu'à un moment, celui qui achète le cacao viendra sur le terrain vérifier. »Des questions sur la traçabilitéDes audits sont effectués, ils mettent en avant les coopératives. Mais l’intégrité de certaines est questionnable, estime un spécialiste du secteur. La grande boucle du cacao, vieillissante, produirait toujours 400 000 tonnes. « C’est difficile à démontrer, reconnaît François Ruf, ancien chercheur du Cirad. Mais de nos observations, il est clair qu'il y a une partie de ces 400 000 tonnes qui vient des nouvelles boucles du cacao, là où les nouvelles plantations se sont créées, en particulier dans la région de Man. Vous vous mettez près de certaines coopératives la nuit, et vous voyez les camions arriver et les déchargements opérer. »À l’initiative du Conseil Café Cacao, la géolocalisation des planteurs, la distribution des cartes d’identification et la formation à l’usage des logiciels sont encore en cours pour rentrer dans les clous des nouvelles normes européennes.
6/5/20242 minutes, 35 seconds
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À Yopougon, le groupe Neemba veut créer une plateforme logistique régionale [3/5]

À Yopougon, le groupe Neemba (anciennement JA Delmas) spécialiste de la manutention, a inauguré mi-février un stock régional, espérant en faire un hub logistique dans la sous-région, pour les secteurs des mines, du BTP et de l’énergie. Une démarche qui répond à une nouvelle stratégie depuis que le siège de ce groupe a été transféré de Bordeaux en Afrique, il y a quelques mois. Avec notre correspondante à Abidjan,Hervé Zongo est administrateur du projet Jalo Logistique. Il nous conduit, dans un grand espace, où sont stockés des groupes électrogènes, des bulldozers et des pelles. Ce site permet de répondre plus rapidement aux besoins des entreprises engagées dans des exploitations ou de grands chantiers dans la sous-région. Cela donne à l’entreprise « la possibilité de livrer une machine en moins de sept jours à un opérateur économique ivoirien ; et en moins d'une vingtaine de jours un opérateur économique burkinabé, malien, béninois ou togolais pourrait venir ici et obtenir sa machine », détaille-t-il.Pour plusieurs entreprises, le déclic pour installer des bases régionales dans la sous-région, a été la crise Covid. Adama Soro, président de la fédération des chambres de commerce des mines en Afrique de l’Ouest, y voit un avantage de taille : le gain de temps. « Tous nos experts sur nos sites travaillent sur un indicateur : le lead time. C'est-à-dire qu'à flux tendu, on travaille pour qu'il y ait le moins de perte de temps dans l'approvisionnement de nos sites, explique Adama Soro. Sur certaines mines d'or, une journée d'arrêt peut coûter jusqu'à un million de dollars. Si on a ces pièces clés à proximité, ça nous permet de sauver beaucoup d'argent. »À lire aussiCôte d'Ivoire: les activités économiques dopées par la CAN à Abidjan [1/5]Des freins culturelsLe groupe Neemba travaille avec des entreprises minières, de la construction et de l’énergie. Sur le terrain, paradoxalement, ce ne sont pas forcément les tracasseries administratives d’un pays à l’autre qui posent problème, mais parfois les habitudes de type culturelles. « Les lois sont relativement bien faites, les tarifs communs sont bien faits donc on arrive, avec du bon sens et de la structure, à les passer, confirme Jean-Luc Konan, le directeur général de ce groupe. Par contre, il y a ce qu'on appelle "les non-dits". »Le directeur général de Jalo a lui-même fait tous les trajets en camion et a constaté les problématiques. Quand certains annoncent trois jours de délais pour une livraison, cette dernière pourrait être en réalité réalisée en une demi-journée. « Juste parce que le transporteur a ses petites habitudes à la frontière. Ce sont les difficultés internes qui ont parfois la peau plus dure que les difficultés externes », souligne Jean-Luc Konan.Le groupe mise aussi sur la formation en continu des techniciens. Parmi ses projets, figure d’ailleurs, l’ouverture d’une académie d'ici à l'année prochaine.À lire aussiEn Côte d'Ivoire, la production d'or atteint des records [2/5]
6/4/20242 minutes, 16 seconds
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En Côte d'Ivoire, la production d'or atteint des records [2/5]

L'annonce du projet Koné, gisement à très fort potentiel exploité par la société canadienne Montage Gold, est un des symboles de la dynamique de la filière aurifère ivoirienne. Les prévisions de production pour 2024 atteignent 55 tonnes d'or contre 42 tonnes il y a trois ans. La production prend de l'ampleur, boostée par un code minier attractif. Sur les dix mines en exploitation, trois ont été inaugurées ces deux dernières années. Le pays a longtemps priorisé la production agricole avant le développement de sa « filière Mines ». Avec notamment le projet Koné, gisement évalué à plus de 155 tonnes d’or, le pays récolte aujourd'hui les graines semées ces dernières années selon Jean-Claude Diplo, président du Groupement des Professionnels Miniers de Côte d'Ivoire : « Un des gros avantages de notre pays, c'est qu'on a réussi à bâtir un dialogue qualitatif avec le gouvernement qui a permis d’aboutir à un code minier en 2014. Beaucoup de "joueurs" internationaux le qualifie comme l'un des plus attractifs qu'on ait dans l'industrie. Le plus l’entonnoir est ouvert à l'entrée pour l'exploration, le plus à la sortie, vous pouvez avoir des mines qui ouvrent. »Le potentiel géologique du pays est bien connu. Environ 35% de la roche birrimienne encaissant la minéralisation aurifère est situé sur le territoire ivoirien. Retombées locales insuffisantes ?Au-delà de l'enthousiasme, ces grands projets suscitent des inquiétudes. L'actuel code prévoirait trop peu de retombées locales pour les communautés, explique le Docteur Michel Yoboué du Groupe de recherche et de plaidoyer sur les industries extractives en Côte d'Ivoire : « Il y a l'aspect de l'emploi local. Il faut bien que l'emploi soit bien sûr majoritairement au bénéfice des locaux. Il faut aussi qu'il y ait ce transfert de compétences au niveau local. Il faut aussi que les locaux aient accès aussi au capital des entreprises. C'est beaucoup de questions qu'il va falloir régler. Mais pour l'instant, le code qu'on trouve être un code très attractif n'est pas assez précis, n'est pas assez dense. C'est un code qui est plus avantageux pour les entreprises comparativement aux communautés qui d'ailleurs se plaignent. »40 tonnes d'or par an non déclaréesC'était le cas du côté de Bouaflé où des habitants se sont récemment levées contre l'exploitation de la mine de Yaouré, trop de conséquences néfastes pour trop peu de compensation, selon eux. Améliorer le dialogue reste un des défis de la filière aurifère. « Vous entendez rarement des conflits de nature à fermer des mines avec les communautés, relativise Jean-Claude Diplo, il y a des frictions régulièrement, mais l'option de dialogue constructif que les mines prennent en Côte d'Ivoire aident à faire grandir le secteur avec les parties prenantes. »L'autre problématique de la filière : c'est la régulation de l'orpaillage non déclaré issu principalement des mines artisanales et semi-industrielle. Une production qui échappe au pays et qui avoisinerait les 40 tonnes d'or par an, selon l'étude que vient de publier la fondation Swissaid. Il s'agit de la troisième plus haute en Afrique, derrière le Zimbabwe et le Mali.À lire aussiCôte d'Ivoire: les activités économiques dopées par la CAN à Abidjan [1/5]
6/3/20242 minutes, 26 seconds
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Côte d'Ivoire: les activités économiques dopées par la CAN à Abidjan

Il y a trois mois, la Côte d’Ivoire accueillait le plus gros événement sportif d'Afrique : la CAN. Avec un million et demi de visiteurs attendus, le pays des Éléphants espère des retombées économiques importantes. Un rapport devrait être rendu public prochainement. Avant même les chiffres officiels, certains opérateurs économiques affichent leur satisfaction. Taxi officiel à l’aéroport d’Abidjan, Djibrila Aliou fait tournicoter ses clés au bout de son index, avec un peu de nostalgie pour la période de la CAN, qui a été très bénéfique pour lui. « Il y avait beaucoup de clients et beaucoup d’étrangers. Actuellement ça a diminué un peu. Pendant la CAN, les passagers qu’on prenait, c'était même plus qu’en ce moment. On sent que les gens sont rentrés, la Côte d’Ivoire maintenant est vide », regrette-t-il.Des visiteurs devenus investisseursDjibrila Aliou est aujourd'hui témoin de l’attrait suscité par la CAN pour de nouveaux investisseurs. « D’autres reviennent maintenant pour les affaires en Côte d’Ivoire parce qu’ils ont vu que le pays est bon. Moi, j'ai déjà pris un client qui est venu pendant la CAN, qui est reparti et qui est revenu. Il m’a dit que c’est par rapport à la CAN : il a découvert le pays et il est revenu maintenant pour les affaires dans le pays. »PSG, Barça, Real mais surtout l’incontournable maillot orange et blanc sont suspendus sur ce stand du marché de Treichville. Niango vend le maillot de l’équipe nationale entre 5 000 et 8 000 francs CFA. La victoire à la CAN a dopé ses ventes. « Bien sûr, il y a eu plus de clients. Les gens qui n’ont pas pu payer leur maillot, ils sont venus l’acheter après ! C’est très important d’avoir son maillot. Parce qu’avec ça, on va savoir que tu es vraiment un grand supporter. Et puis il y a l’émotion, tout ça... »Ventes de maillots orange et blancL’un des premiers secteurs qui attendait des retombées économiques de la CAN est celui de l’hôtellerie. L’hôtel Azalaï a notamment accueilli les délégations cap-verdiennes et sud-africaines. Mais le bénéfice n’est pas venu que de cela. « On a aussi vu des retombées grâce à la dynamique "découverte", avec de nouveaux types de clients, raconte la directrice Manuela Tagro Kouame. On s’est retrouvé avec pratiquement 10 points de plus que ce qu’on avait réalisé l’année dernière. Ç’aurait été meilleur si notre établissement avait été situé juste à côté d’un stade. Nous, on s’est retrouvé autour de 80% [d’occupation] quand l’année dernière, on tournait autour de 70%. »Des investissements gagnants dans l'hôtellerieL’hôtel a capitalisé sur l’événement sans exagérer. « On a dû faire beaucoup d’investissement pour améliorer le séjour de nos clients. Et donc il y a eu quand même une incidence sur le prix des logements. Mais on a équilibré, le volet restauration a été un peu minimisé. On a senti une incidence sur le prix moyen d’environ 30% sur les périodes clés. Et oui, franchement, on est rentré dans nos frais. »En plus de son établissement à Abidjan, Azalaï a remporté l’appel d’offre de la conciergerie des cités CAN. Ce qui a permis une augmentation du personnel de 200% pendant l’évènement. Avec à la clé, insiste la directrice, des formations et de l’expérience pour des jeunes dans la restauration.À lire aussiCAN 2024: ce qu’il faut retenir de 30 jours complètement fous
6/2/20242 minutes, 22 seconds
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Professionnaliser l'industrie musicale en Afrique exige l’implication des États

L'industrie musicale africaine a bondi de 10 % en 2023, selon la Fédération internationale de l'industrie phonographique. L'Afrique est le continent le plus dynamique, mais derrière cette apparente bonne santé, il existe toujours de graves lacunes du côté des salles, des droits d’auteur ou de la distribution. Au cours du salon professionnel Babel XP Music, qui s'est tenu à Marseille fin mars, tous les acteurs l'ont souligné : l'industrie musicale africaine a besoin d'engagement de la part des États. Premier problème pour les artistes : le manque de salles de taille moyenne, pourtant indispensables à la rentabilisation des concerts.« C'est notre prochain chantier : répondre à cette question des salles de capacité comprises entre 500 et 3 000 personnes », souligne Muthoni Drummer Queen, musicienne, directrice de festival et patronne d'incubateur. « Au Kenya, on peut déjà voir quelques progrès dans ce domaine. Il y a eu un projet financé notamment par la France qui a permis de réhabiliter cinq salles, comme, par exemple, un ancien théâtre. Je pense que c'est la direction à prendre dans les années à venir. »Peu de salles moyennes et collecte des droits inefficace au KenyaStructurer l'industrie musicale, c'est aussi collecter les droits. Quand une musique est diffusée, l'artiste doit être payé. Mais les sociétés de gestion des droits d'auteur sont encore trop faibles, notamment au Kenya. « De par sa conception, le système est inefficace, déplore Muthoni Drummer Queen. Il y a trop de gens qui, soit volent l'argent des artistes, soit refusent de contribuer, comme les radios ou les chaînes de télévision. Elles utilisent la musique, mais ne paient pas pour ça. »Le Cameroun ignoré par les plates-formes de distributionAu Cameroun, depuis février dernier, les acteurs de l'industrie musicale, regroupés au sein du Conseil camerounais de la musique, tiennent des ateliers avec pour objectif de fournir à l'État une feuille de route dès juin prochain. « On va vers la naissance d'une industrie et ce sont ses bases que nous sommes en train de fixer », se félicite Paul Edouard Etoundi. Musicien et producteur, il espère que l'État prendra en compte les chantiers déclinés par les artistes, dont l'accès aux plates-formes de distribution.Paul Edouard Etoundi poursuit : « La plupart des plates-formes de distribution numériques ne reconnaissent pas notre pays. YouTube, par exemple, s'arrête aux frontières du Nigeria. Spotify ne connaît pas le Cameroun. Je sais qu'il y a des choses qui sont en train d'être mises sur pied. Mais en réalité, tout est à construire. »L'État devrait commencer par donner un statut à l'artiste, estime Didier Toko, président du Conseil camerounais de la musique. « Tant qu'on n'est pas considéré comme un secteur marchand, un secteur qui crée de la valeur, tant qu'on n'est pas identifié comme des professionnels, c'est déjà un problème. »Reste enfin la formation aux métiers artistiques. Ingénieur du son, ou de la lumière, producteurs et managers. Là encore, les initiatives émanent souvent du secteur privé, plus rarement des pouvoirs publics.
5/30/20242 minutes, 19 seconds
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En Zambie, El Niño questionne le business des semences

Confrontée à l’une des pires sécheresses de son histoire, provoquée par le phénomène climatique El Niño, la Zambie vit une situation dramatique. Dans ce pays agricole, environ 80% des récoltes de maïs ont été décimées. Un maïs provenant pourtant de semences censées être adaptées au contexte africain.  De notre envoyé spécial, Depuis une dizaine d’années, la Zambie est devenue un paradis pour les semenciers qui développent de nouvelles variétés de semences censées être adaptées au contexte africain. Mais dans son champ perdu au milieu d’une vaste plaine brûlée par le soleil, Pride Mappé, un agriculteur de la région de Kabwe, à 200 km au nord de Lusaka, qui cultive du maïs hybride, fait un tout autre constat. « Vous voyez celui-ci, à quoi il ressemble ? Il est tout abîmé, se désole l’agriculteur. À cause du manque de pluie, le maïs a été attaqué par des insectes. À cause de la sécheresse, on ne sait pas comment on va survivre cette année. »Ces semences hybrides sont payantes et Pride Mappé doit en racheter chaque année. En contrepartie, elles sont censées mieux résister à la sécheresse. Mais El Niño a prouvé le contraire. Une catastrophe pour ce père de trois enfants. Le maïs lui fournissait ses repas quotidiens et ses maigres revenus.« Il faut revenir à la base »Dans sa ferme écologique de Monze, au sud du pays, où il cultive des variétés locales, Gilbert Lahakis, ne comprend pas l’engouement pour les semences hybrides.« Avec le réchauffement climatique, il faut revenir à la base et se demander comment on peut survivre. Et la seule question à se poser, c’est : quelle est la quantité d’eau dont je dispose ? », explique-t-il pragmatique. « Vous pouvez fabriquer de nouvelles semences grâce à la technologie, mais si vous n’avez pas d’électricité pour pomper l’eau, alors vous n’avez qu’une promesse. Mais vous n’avez pas une vraie solution pratique, durable et accessible. »Retour dans la région de Kabwe, dans un champ de 70 hectares, où sont produites les semences hybrides de maïs de l’entreprise zambienne Synergy Seeds. Milopi Milopi, directeur du développement, cherche un épi comestible. « On peut estimer les pertes à 75 ou 80% de la production. C’est ça le résultat de la sécheresse », assure-t-il.Des pertes qui se répercuteront sur les producteursDes pertes considérables pour les fabricants de semences, qui vont se répercuter sur les petits agriculteurs. Nelson Chimboya travaille pour le fabricant zambien Afriseed. « Ce que les agriculteurs doivent comprendre, c’est que notre production de semences a été affectée de la même façon que leur récolte, constate-t-il. On va donc devoir augmenter le prix des semences de façon conséquente. Parce que si on ne fait pas ça, on va juste produire et vendre sans faire de bénéfices. »Après une année sans récoltes et sans revenus, les agriculteurs zambiens vont donc devoir acheter semences et engrais à des prix beaucoup plus élevés. Un business fructueux pour les entreprises, un gouffre pour des agriculteurs exsangues.
5/29/20242 minutes, 17 seconds
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En Afrique du Sud, quelles orientations économiques après les élections?

Plus de 27 millions de votants sont appelés aux urnes ce mercredi 29 mai en Afrique du Sud. Ils doivent élire leurs parlementaires, qui choisiront ensuite le président du pays, ainsi que leurs représentants régionaux. Et parmi les sujets centraux de la campagne, se trouvait la question de l’économie, alors que le pays le plus développé du continent est aux prises avec des inégalités très importantes et un chômage endémique. De notre correspondante à Johannesburg,Avec une faible croissance de 0,6 % en 2023 et un taux de chômage de près de 33 %, la question de l’économie était au cœur de tous les meetings durant cette campagne. Cependant, peu de propositions concrètes ont été émises, selon Marisa Lourenço, une analyste indépendante. « La plupart des partis se focalisent sur le besoin de redynamiser l’économie, d’attirer des investissements dans le pays. Mais je n’ai pas vu de plan concret afin d'obtenir une relance. Beaucoup de partis promettent simplement de créer des emplois, souligne-t-elle. Il y a aussi ce sentiment général que l'Afrique du Sud connaît une période prolongée de faible croissance, et cela ne devrait pas changer tout de suite, pas avant au moins un ou deux ans. »Si l’ANC conserve le pouvoir, le parti devrait réserver très peu de surprises. « L’ANC est une organisation très prévisible. En temps de crise, le parti a maintenu ses politiques, tout comme en temps normal. Cette trajectoire devrait donc continuer. C’est une bonne chose dans le sens où les investisseurs peuvent être assurés d’une certaine continuité des politiques », estime l’économiste Jason Musyoka. «  Mais d’un autre côté, il faut se poser sérieusement la question de savoir si ces politiques ont porté leurs fruits, particulièrement auprès des populations et en ce qui concerne la croissance », contrebalance-t-il.Des projections très différentesCependant, si l’ANC perd sa majorité absolue, il pourrait être contraint de former une coalition, amenant à la fois un meilleur contrôle des politiques, mais aussi plus de lenteur. Juste en dessous des 50%, il pourra négocier avec des petits partis. Mais si la chute est brutale, il faudra se tourner vers de plus grosses formations, selon Lara Wolfe de la branche recherche de Fitch Solutions (BMI). « Une coalition entre l’ANC et un ou plusieurs petits partis permettraient de voir une continuation des politiques, avec toujours des efforts pour attirer des investisseurs privés dans les secteurs en difficulté, comme l’énergie et les transports », décrit-elle comme étant le scénario principal.Dans le cas d’une coalition avec l'Alliance Démocratique, le parti économique libéral, dans ce cas, l’analyste estime que « l’on verrait sans doute une diminution des dépenses sociales, ainsi que des efforts de la part de la DA pour déréguler le marché du travail ». Enfin, toujours selon Lara Wolfe, une coalition avec les Combattants pour la Liberté Économique « pousserait à plus de dépenses sociales ainsi que de nouvelles dépenses pour soutenir les entreprises publiques sud-africaines défaillantes ». La commission électorale compte annoncer les résultats d’ici dimanche.
5/28/20242 minutes, 16 seconds
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Étudiants étrangers en France: attention aux comptes séquestres frauduleux

Justifier de ses ressources est une des conditions pour les quelque 412 000 jeunes étrangers qui étudient en France, dont 100 000 nouveaux entrants tous les ans. Solution très prisée par les étudiants africains : l'attestation de virement irrévocable sur un compte séquestre en France, où les fonds versés seront débloqués mensualité par mensualité. Mais ils doivent être très vigilants sur l'identité des intermédiaires. Duplex Kamgan dirige la société Studely, qui a délivré l'an dernier une attestation de virement irrévocable à environ 6 000 étrangers étudiant en France. « Ça consiste tout simplement à pouvoir ouvrir un compte séquestre auprès de nos banques partenaires en France et pouvoir y accueillir les fonds préalablement déposés par les étudiants ou leurs familles, explique-t-il. Une fois ces étudiants en France, ces fonds-là sont débloqués à raison d’un douzième par mois pendant douze mois. »L’Allemagne a déjà fait le ménageStudely, 60 salariés dont 15 en France, est agréé en tant qu’agent de prestataire de services de paiement auprès de l'ACPR, l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution de la Banque de France. Ce qui n'est pas le cas d'une demi-douzaine de structures qui proposent ce service... en toute illégalité ! Attention, prévient Duplex Kamgan, ces concurrents déloyaux pourraient subir le même sort qu'en Allemagne. « En Allemagne, en mars 2021, le régulateur, la BAFIN, a décidé de sévir en interdisant ces structures, informe-t-il. Les étudiants se sont retrouvés sans fonds. Et nous, étant nouveau sur le marché allemand, on a payé le prix de cette mauvaise publicité, parce que les étudiants avaient peur. »Un courtier n’a pas le droit d’héberger les fondsPréjudice en Allemagne : deux millions d'euros. Les étudiants étrangers prennent de gros risques en s'adressant à un simple intermédiaire en opérations de banque (IOBSP), par exemple un courtier. « Le risque principal pour l'étudiant, c'est de voir son argent disparaître, souligne Marianne Maurin, avocate au Barreau de Paris spécialisée en réglementation financière. Dans la mesure où l'IOBSP n'a pas d'obligation de protéger les fonds, s’il décide de partir dans la nature avec l'argent de ses clients, il peut. »Il y a aussi le risque que cette entité, qui n'a pas le droit de proposer ses services, disparaisse. Si elle se voit fermée comme en Allemagne, l'argent ne sera pas rendu au client. « Donner son argent à une IOBSP, c'est comme donner son argent à son boulanger, résume Maître Maurin. Ce n'est pas leur métier et ils n'ont pas le droit de le faire. Donc il y a vraiment un risque de perdre toutes ces économies. Et c'est pour ça que c'est très important de passer par un acteur régulé. »Le régulateur français, l'ACPR, a été saisi du problème. Pour l'étudiant étranger, la meilleure façon de vérifier si la structure peut lui délivrer une attestation de virement irrévocable, c'est de taper son nom dans la barre de recherche du Regafi, le registre des agents financiers, à l'adresse www.regafi.fr.À écouter aussiÉtudiants étrangers : ce qui change ou pas avec la loi immigration
5/27/20242 minutes, 22 seconds
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Écharpes en soie Skila: le pari du luxe à la tunisienne

À Mahdia, ville côtière située à environ 200 kilomètres de la capitale Tunis, a commencé l’aventure Skila, une marque tunisienne qui commercialise des écharpes de soie faites main. L’entreprise, pilotée par Hassine Labaied, le créateur de la marque, plaide pour une révolution du « made in Tunisia » et pour faire évoluer l'image de l'artisanat tunisien.  De notre envoyée spéciale à Mahdia,Vendredi, jour de grande prière et de marché. C’est dans les ruelles de Mahdia qu’il aime tant que Hassine Labaied donne rendez-vous. « On est au cœur de Mahdia, pointe-t-il. Mahdia a toujours été connue comme la capitale de la soie, il y a tout un savoir-faire qui est venu de l’Orient, du Yémen, de l’Irak, de la Syrie. »Contrairement aux apparences, Hassine Labaied n’est pas guide touristique, mais entrepreneur, ancien banquier d’affaires et fondateur de la marque Skila. À Skila Lab et Skila Gallery, le visiteur se retrouve devant un métier à tisser. « Parfois, pour un petit peu taquiner les visiteurs, on leur dit : "Ça, ce n’est pas du fait main, non, c'est du fait main et fait pied" », plaisante-t-il.Trente mille écharpes sortent de ces ateliers chaque année. Une dizaine d’heures de travail et jusqu’à neuf kilomètres de soie sont nécessaires pour fabriquer une écharpe. « Les nuances, le nombre de couleurs est illimité », détaille encore Hassine Labaied. La quinzaine d’artisans qu’il emploie ne chôment pas.« Le modèle Macron »En 2018, en voyage officiel en Tunisie, le président français Emmanuel Macron s’affiche avec une écharpe de chez Skila. Une aubaine inattendue pour la marque tunisienne. « Il a fait pas mal de réunions en portant cette écharpe-là et tout le monde faisait des selfies. Cela nous a fait évidemment beaucoup de pub, se réjouit-il. L’anecdote, c'est que juste après, on était envahis par les touristes chinois qui venaient à la boutique et à l’entrée, ils disaient : "Il est où le modèle Macron ?" Et ils achetaient le même modèle en série. »Avec des clients à Dubaï, aux États-Unis ou encore au Japon, Skila veut montrer que le « made in Tunisia » peut se faire une place dans le monde du luxe. Cependant, s’imposer sur ce secteur n’est pas simple. « Cela prend du temps parce qu’on est perçu comme un pays de sous-traitance : textile, mécanique, industrielle… Où la valeur ajoutée malheureusement n’est que dans la main d'œuvre compétitive », témoigne le fondateur de Skila. Mais il ne désespère pas : « On est en train de percer petit à petit, ça prend du temps, on n’est pas pressés. »Aujourd’hui, 85% des écharpes fabriquées dans les ateliers de Skila sont vendues en Tunisie. Sept ans après son lancement et pour accélérer sa croissance à l’international, l’entreprise née à Mahdia travaille sur l’ouverture d’une toute première boutique à Paris.À lire aussiTunisie: une exposition qui célèbre l'histoire du textile traditionnel
5/26/20242 minutes, 15 seconds
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Sommet États-Unis-Afrique: le futur très flou de l'Agoa [3/3]

Bientôt 25 années d’existence pour l’Agoa, le programme d’aide américain sur la croissance et les possibilités en Afrique. Et son futur reste encore flou. Il peut être reconduit ou prendre fin dans un peu plus d’un an après la présidentielle américaine. Le texte facilite le commerce entre le continent et les États-Unis, mais il est aussi décrié. Les interrogations autour du renouvellement de l'Agoa étaient très présentes lors du sommet économique annuel États-Unis-Afrique début mai à Dallas. C’était l’abcès qu’il fallait crever dès le début de la rencontre des dirigeants africains, des conseillers de la Maison Blanche, des officiels du gouvernement et des investisseurs : quel avenir pour l’Agoa ?C’était, même, le sujet de la première réunion plénière du sommet économique États-Unis-Afrique. « J’encourage nos partenaires du secteur privé et de la société civile à continuer de demander un vote, parce qu’ils sont la pierre angulaire du commerce entre les États-Unis et l’Afrique, explique Joy Basu, la numéro deux du bureau des affaires africaines au secrétariat d’État américain, même s'il y a un soutien du bipartisan du Congrès, vous voyez bien ce qui se passe là-bas, on ne peut être sûr de rien tant que ce n’est pas voté. »Reconduction probable...Mais l’administration Biden a bon espoir que le texte soit reconduit, pour au moins 10 ans, car le soutien vient des deux chambres et des deux partis américains. « Même si le programme n’est pas re-voté cette année, ce que nous espérons néanmoins, il est important que le Congrès continue de signaler qu’il ne compte pas abandonner le partenariat, poursuit Joy Basu, la plupart des industries ici sont à forte teneur en capital et elles ont besoin d’un environnement d’investissement prévisible. On le dit à nos partenaires africains, et les entreprises nous le disent aussi, on espère qu’on peut faciliter le renouvellement de l’Agoa. Cela dit, on voit ce moment de reconduction du programme comme une opportunité pour moderniser la législation. Que ce soit avec de la digitalisation, ou avec plus de facilités de commercer. Je pense que c’est une formidable opportunité. »À lire aussiExportations africaines aux États-Unis: «Aucun pays n'a été exclu à la légère» du programme américain AgoaLors d’une conférence de presse en présence de seize agences gouvernementale américaines, le message a été répété : c’est le secteur privé qui est le pilier des investissements et des relations commerciales, quel que soit l’avenir du programme de partenariat actuel.... même si Donald Trump est élu« Toutes les transactions que nous opérons, peu importe l’endroit ou le moment où elles sont faites, sont sécurisées par le fond de crédit des États-Unis. Et c’est de là que vient la stabilité. Et toutes les entreprises du secteur privé qui sont engagées avec nous, d’où qu’elles viennent, le comprennent bien, témoigne Reta Jo Lewis, présidente de Exim, la banque américaine d’import-export. On entend des deux côtés du Congrès que la sécurité économique repose sur la sécurité nationale et, inversement, que la sécurité nationale repose sur la sécurité économique. Nous avons été réautorisés en 2019, comme d’autres agences ici, avec un soutien des élus des deux partis. »Cette même année 2019, la DFC, l’agence de financement du développement, était formée. Le président des États-Unis était alors… Donald Trump. Preuve, selon les agences américaines, que même un changement de direction à la Maison Blanche ne changera pas le cap des relations avec l’Afrique.Depuis quelques années, il est aussi question de restreindre l’accès à l’Agoa à certains pays, dont l’Afrique du Sud, qui en est l'un des principaux bénéficiaires. Du point de vue des investisseurs publics ou privés, qu’elle que soit la décision, ce n’est pas le gouvernement qui est financé, mais les entreprises et les populations, donc la relation commerciale perdurera.À lire aussiAu sommet États-Unis-Afrique de Dallas, le défi de l'accès à l'énergie [1/3]À lire aussiSommet États-Unis-Afrique: investir dans le numérique comme levier de développement [2/3]
5/21/20242 minutes, 20 seconds
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Sommet États-Unis-Afrique: investir dans le numérique comme levier de développement

En février dernier, des dirigeants africains signaient le protocole numérique de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), pour faciliter l’économie digitale sur le continent, et soutenir la majorité de la population, c'est-à-dire les moins de 25 ans. L’accélération de l’installation d’infrastructures numériques et l’appropriation des technologies était au cœur du sommet économique États-Unis-Afrique qui s’est tenu du 6 au 9 mai à Dallas. De notre correspondant au Texas,L’Afrique est le premier continent du monde en termes de monnaie numérique sur téléphone. Mais peut-on faire mieux ? Lors du sommet économique États-Unis-Afrique, les chefs d'État et de gouvernements présents voulaient en tout cas prouver aux investisseurs américains que c’était possible.Un exemple, celui du Botswana qui a décidé de se lancer à fond dans cette révolution numérique. Le pays a alloué, rien que cette année, 818 millions de dollars pour la numérisation et l’accès au haut débit. « On s’est engagé à ce que nos 500 villages soient tous connectés avec un internet de haut débit gratuit, pour permettre l’inclusion et des opportunités, en particulier pour les jeunes et les femmes. Mais plus que tout, on a fait le choix d’innover en permanence », a expliqué le président Botswanais, Mokgweetsi Masisi.Développer le partenariat public-privéOn parle de tablettes dans les écoles, de promotion des sciences, de technologies, d’ingénieries, de mathématiques, d’IA, de centre d’incubations, de start-up, de financement participatif local… Mais pour développer l’accès aux technologies, une volonté politique ne suffit pas, il faut aussi un partenariat public et privé.Mais à ce stade, une autre question apparaît pour chaque pays : faut-il démocratiser l’accès aux technologies ou créer de nouvelles technologies qui profiteraient au plus grand nombre ?Kazeem Oladepo dirige les opérations de IHS Nigeria qui déploie la fibre optique. « Quand on parle d’IA, quand on parle codage, la technologie est une source d’efficacité. Mais la technologie évolue très rapidement, met-il en avant. Malheureusement, les populations que vous essayez d’aider sont les populations qui restent sur le carreau parce que la vitesse des technologies dépasse la vitesse à laquelle elles peuvent y avoir accès. Donc, vous vous demandez que prioriser : l’accès à la technologie ou la technologie elle-même en tant qu’outil de développement ? »À lire aussiAu sommet États-Unis-Afrique de Dallas, le défi de l'accès à l'énergie« Il faut prendre des risques »Quel que soit le choix, selon l’agence américaine pour le commerce et de développement, l’USTDA, qui privilégie les projets qui permettent d’exporter des produits ou services américains, il faut prendre des risques, tenter des choses, pour améliorer l’infrastructure, généraliser le haut débit et faciliter le commerce. « Il faut prendre des risques, plaide Enoh Ebong, directrice de l’USTDA. Par exemple, nous soutenons une entreprise panafricaine située à l’île Maurice. Elle projette de joindre les câbles océaniques qui rejoignent les continents, l’épine dorsale d’internet, avec une liaison robuste en fibre optique entre l’océan Indien à l’océan Atlantique. Dans le même temps, on cherche à voir comment on pourrait décupler la connectivité en s’appuyant sur cette nouvelle infrastructure. » Ce projet de fibre optique permettrait à d’autres pays d’en profiter, car le câblage traverserait la RDC, la Tanzanie, l’Ouganda, et la Zambie.
5/20/20242 minutes, 26 seconds
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Au sommet États-Unis-Afrique de Dallas, le défi de l'accès à l'énergie

En Afrique, 600 millions de personnes sont encore sans électricité, la plupart dans des communautés isolées. Faute de connexion possible au réseau central, le secteur peut être une mine d’or pour les investisseurs, grâce au boom de l’installation de générateurs électrique. Une thématique qui a reçu un fort écho lors du sommet économique États-Unis-Afrique qui s’est tenu du 6 au 9 mai à Dallas. De notre correspondant au Texas,D’ici à 2030, le gouvernement américain, mais aussi la Banque mondiale, veulent avoir doublé l’accès à l’électricité en Afrique subsaharienne. Les agences de commerce et de développement américaines en ont aussi fait une priorité, car selon Nisha Biswal, numéro deux de l’agence américaine de financement du développement (DFC), l’énergie est le socle de la prospérité de l’Afrique.« Vous avez besoin d’énergie fiable pour alimenter l’industrie pétrolière, si vous voulez agrandir vos extractions minières, vous avez besoin de courant, si vous voulez créer une économie numérique, des data center, vous avez besoin de courant. Donc l’électricité est l’élément de base, expose Nisha Biswal. On fournit des infrastructures énergétiques sur tout le continent, renouvelable, éolien, solaire, connecté ou non au réseau électrique. »La DFC a ainsi débloqué 412 millions de dollars de prêt et assurance de risque pour la distribution d’énergie verte et pour la construction d’une centrale électrique à Freetown qui va générer 75% de l’énergie de Sierra Leone.Décentralisé l’électrificationMais pour accéder aux communautés isolées, il ne faut pas forcément envisager une connexion au réseau électrique du pays,mais imaginer d’autres modèles. « Un de nos défis, c'est de trouver le moyen de répondre au challenge du dernier kilomètre, en utilisant les clients de ces communautés qui peuvent payer pour l’électricité pour nous permettre d’accéder à ceux qui ne peuvent pas payer pour y avoir accès », explique Richard Nelson, de l’agence Power Africa. Ce dernier coordonne les agences américaines et les secteurs publics et privés pour fournir de l’électricité à 300 millions de personnes d’ici à 2030.Ainsi les projets récents de l’agence américaine pour le commerce et de développement, l’USTDA, sont focalisés sur ces derniers kilomètres avec la création, par exemple, de mini-réseau électrique solaire indépendant du réseau électrique au nord du Nigeria ou l’aide à la création de batteries solaires en Zambie. « On se concentre sur les projets non connectés au réseau électrique, parce que c’est le moyen le plus efficace d’accéder aux communautés isolées, précise Enoh Ebong, la directrice de l’USTDA. Ces projets hors réseaux ne seront pas des gros projets d’un coup. Je pense que cela fait du sens de soutenir à la fois les mégaprojets financés à grande échelle, mais ils n’accéderont jamais à ces communautés en même temps.  Donc, il faut faire les deux. »Désormais, la production d’énergie décentralisée, c'est-à-dire non connectée au réseau, est essentielle pour combler le fossé en matière d’accès à l’énergie.
5/19/20242 minutes, 20 seconds
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À Lubumbashi, la monnaie électronique toujours plus plébiscitée

En République démocratique du Congo, la monnaie électronique gagne du terrain et les transactions sont de plus en plus dématérialisées. Dans son rapport du dernier trimestre 2023 publié au mois de mars, l’Observatoire du marché de la téléphonie mobile indique que 21 millions de personnes utilisent ce moyen de paiement dans le pays. La valeur des transactions a atteint les 20 milliards de dollars l’année dernière. Sur le boulevard Laurent Kabila, une dizaine des personnes habillées aux couleurs d’une entreprise de télécommunication sont assises chacune derrière une petite table. Quelques billets en main, elles proposent des services de monnaie numérique. « On m’envoie de l’argent, je viens effectuer le retrait auprès d’un agent, ensuite je peux faire mes achats. C’est plus facile », explique Céline, une commerçante.Les jeunes sont surtout ceux qui utilisent le système dématérialisé. Mike Kawel, employé dans une entreprise, n’utilise quasiment plus d’argent liquide. « La venue de la monnaie électronique, c’est une révolution, assure-t-il. Je l’utilise pour recevoir mon salaire, deuxièmement pour faire des achats en ligne, aussi envoyer de l’argent à mes proches. Je ne dépense plus de l’argent comme avant. »Flexibilité des retraitsEn RDC, les infrastructures bancaires sont insuffisantes et là où les banques sont opérationnelles, certains clients redoutent la lourdeur des procédures. « Avec la monnaie électronique, que ce soit le week-end, que ce soit le dimanche, on te fait un transfert d’argent, tu peux aller le retirer à un coin de la rue, raconte Rita Mukobo. Avec la banque, c’est moins flexible, elle est ouverte de telle heure à telle heure. On a aussi des problèmes de connexion. »À Lubumbashi, des dizaines de petits établissements et des centaines de particuliers offrent ces services. Les principaux établissements créés par les maisons de télécommunication leur reversent une commission qui va jusqu’à 2,8% sur les transactions, explique Sylvestre Ilunga, agent distributeur : « Le gain dépend du capital que l’on peut disposer. Plus vous êtes fréquenté, plus vous gagnez. Mais nous constatons que la commission est plus importante sur un transfert de petits montants que lorsqu’il s’agit d’une grosse somme. »Prisé par les jeunesCette révolution numérique touche toutes les couches de la population de Lubumbashi car elle offre beaucoup plus de facilités dans les transactions. « La plupart des jeunes, très vite, ils sont à l’université et ils ont des frais à payer et des besoins à combler, c’est plus facile pour eux de le faire par monnaie mobile, estime Michel Mbengya, licencié en économie. Nous sommes dans une région où dans plusieurs foyers, les hommes sont obligés d’aller travailler un peu plus loin et pour envoyer de l'argent, on utilise ce moyen de payement. Et cette monnaie a fait ses preuves dans le commerce en termes de mobilité et de souplesse. »Aujourd’hui, certaines banques adaptent également leurs services en proposant par exemple le porte-monnaie électronique.
5/17/20242 minutes, 15 seconds
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Les ambitions de l’Agence publique de développement revues à la baisse

Dans un cadre budgétaire restreint, la France a annoncé en février dernier devoir faire 10 milliards d’économie. 800 millions se feront sur les budgets de l’Aide publique au développement. Ce qui ramène l’APD à 0,5% du revenu national brut de l’État. « Bras armé » de la politique d’aide de la France : l’Agence française de développement a rendu publics ses résultats annuels mi-mai. Et la question des restrictions budgétaires ont pris une place importante dans les discussions. Agence française de développement
5/15/20242 minutes, 21 seconds
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Maroc: des financements français au Sahara occidental pour renouer les liens

Le Maroc et la France ont relancé leur partenariat bilatéral au cours des dernières semaines. Après deux ans de crise, les deux pays ont choisi l’économie pour renouer les liens. Au cœur du contentieux entre les Paris et Rabat, la question du Sahara occidental, un territoire revendiqué par le Maroc, mais aussi par des indépendantistes soutenus par l’Algérie. Le Royaume chérifien reprochait notamment à Paris son manque de solidarité avec ce qu’il appelle « son intégrité territoriale ». Alors la France, en signe de bonne volonté, a autorisé ses investisseurs publics à financer des projets sur ce territoire. De notre correspondant à Rabat, L’annonce est intervenue quelques semaines avant la grande réconciliation. La Banque publique d’investissement, la BPI, et Proparco, une filiale de l’Agence française de développement, ont été autorisées par le gouvernement français à financer des projets dans les trois régions qui composent le Sahara occidental, contrôlé par le Maroc.Depuis, plusieurs ministres sont venus confirmer cette volonté française de faire un pas vers Rabat. « Le choix qui a été fait est très clair, a souligné le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, en visite à la fin du mois de mars. C’est de participer au financement d'une ligne de transport d’énergie décarbonée entre Dakhla et Casablanca. Donc j’ai fait part, comme l’avait fait notre ministre du Commerce extérieur Franck Riester, de notre disponibilité à participer au financement de cette ligne. »Usine de dessalement à Dakhla, ligne à haute tensionPlusieurs entreprises françaises sont déjà impliquées dans des projets au Sahara occidental. Le géant de l’énergie Engie construit actuellement en partenariat avec le marocain Nareva une usine de dessalement à Dakhla. Une présence française qui pourrait s’amplifier suite à ces annonces. « C’est une avancée essentielle que je salue ici devant le ministre Bruno Le Maire, a commenté le président du Mouvement des entreprises de France (Medef), Patrick Martin, présent aux côtés de Bruno Le Maire à Rabat. Je suis ici pour affirmer et vous confirmer que le secteur privé français sera au rendez-vous et prendra, pour autant qu’on la lui laisse, toute sa part dans ces projets. »Pas seulement des investissements tricoloresLes entreprises françaises ne sont pas les seules potentielles bénéficiaires de ces financements BPI et Proparco. Cet argent pourra aussi être utilisé dans des projets non français. « C’est une bonne nouvelle pour les entreprises françaises. C’est un levier complémentaire pour les entreprises françaises qui voudraient s’implanter dans les provinces du sud marocain, précise Jean-Charles Damblin, président de la Chambre française de Commerce et d’Industrie au Maroc. Mais c’est une bonne nouvelle de façon générale pour l’investissement tout court. On parle de financement et non d’investissement. Le financement va supporter l’investissement, mais l’investissement pourra être européen, non européen, mais aussi marocain. »Quant aux projets marocains sur lesquels la France s’est positionnée, comme la ligne haute tension Dahkla Casablanca, le Maroc n’a pas encore officiellement choisi ses futurs partenaires.
5/14/20242 minutes, 13 seconds
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Zambie: la sécheresse et les délestages menacent la production de cuivre

La Zambie peine à doper sa production de cuivre, un des métaux dits critiques pour la transition énergétique et source de 75% des devises du pays. Après des problèmes de gouvernance à la tête des mines, la sécheresse est la nouvelle menace, car elle crée de grave pénuries d'électricité, indispensable à l'exploitation des gisements. Deuxième producteur de cuivre en Afrique, la Zambie a vu sa production chuter sous les 700 000 tonnes l'an dernier. Un déclin avant tout lié aux restructurations des dernières années. « Il y a eu la liquidation en 2019 de la mine de Konkola qui a eu un impact négatif sur la production de cuivre en Zambie, explique Alex Caramento, spécialiste des mines zambiennes au Social Science and Humanity Research Council. Puis la renationalisation de la mine de Mopani, qui était entre les mains de Glencore, et qui avait un besoin urgent de nouveaux capitaux. »Un groupe émirien est depuis venu au secours du gisement Mopani. Mais désormais, c'est la sécheresse prolongée qui menace la production de cuivre zambienne. Le principal barrage, Kariba, n'a pas été rempli pendant la saison des pluies. Or, 80% du courant dans le pays est d'origine hydroélectrique.Impact immédiat sur les finances et à venir sur les volumesPour l'instant, l'impact de ces délestages sur les mines de cuivre zambiennes est avant tout financier. « Le manque d'énergie suffisante pour les mines crée beaucoup de pression sur les finances des mines, sur la capacité financière des compagnies minières à produire leur propre source de courant, observe Claude Kabemba, directeur général de l'Observatoire des ressources naturelles de l'Afrique australe. Je pense qu'ils ont encore la capacité financière de faire travailler les générateurs pour leurs mines. »L'impact sur la production de cuivre n'est donc pas immédiat, mais il pourrait selon cet expert se faire sentir à partir de juin, puisqu’on entrera dans la saison sèche. « Les compagnies minières pourront avoir beaucoup de difficultés à produire assez de minerais », juge-t-il.À moyen et long terme, les mines auront intérêt à développer la production d'énergie solaire sur les gisements. Mais la Zambie devra également créer de nouvelles sources d'énergie pour compenser la baisse de rendement des barrages – elle doit déjà acheter plus de courant au Mozambique.Qui paiera les nouvelles sources de courant ?Mais qui paiera pour ces dépenses, alors que les Zambiens subissent déjà des délestages huit heures par jour ? C’est tout l’enjeu. « Si vous augmentez le tarif de l'électricité pour les citadins, souligne Alex Caramento, vous mécontentez beaucoup de gens. Et si vous vous tournez vers les mines, les mines vont vous dire : "bon, nous, on a déjà moins de courant disponible, et on va devoir le payer plus cher ?" C'est ça, le plus grand problème pour la Zambie : comment financer les nouveaux projets de production d'énergie et d'électricité. »Le débat risque de ne pas être tranché par les autorités de Lusaka d'ici au scrutin présidentiel, dans deux ans. L'objectif de produire 3 millions de tonnes de cuivre en 2030 semble dans ce contexte difficile à atteindre.
5/13/20242 minutes, 21 seconds
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La Banque européenne d'investissement veut soutenir le cacao durable

Sur le terrain, l’Union européenne, à travers sa Banque d’investissement (BEI), veut contribuer au développement d’une agriculture durable. En Côte d’Ivoire, elle a accordé un prêt de 25 millions d’euros en septembre dernier au groupe financier Cofina – un organisme panafricain qui accorde des crédits dans le secteur agricole notamment et aux PME – pour aider notamment la filière cacao à se mettre dans les clous de la nouvelle loi communautaire. De notre envoyée spéciale à San Pedro,La nouvelle loi européenne va imposer des importations « zéro déforestation » et englober également des exigences sociales (le respect des travailleurs, la mise en avant des femmes, le non-travail des enfants, etc.). Brahima Niampa est à la tête de la coopérative Ecopas. Nous marchons au milieu des cacaoyers de l’un des producteurs avec qui il travaille. Il a obtenu un prêt de 200 millions de francs CFA de Cofina. « C’est pour acheter plus de cacao parce que par moments, si vous n’avez pas de liquidités, le cacao peut partir en dehors de la coopérative, explique Brahima Niampa. Donc, avec l’aide du financement de Cofina, nous avons pu récolter plus de 90% de la production de nos producteurs et cela nous a permis de dégager une plus-value que nous avons réinvestie au niveau de la population. »Une partie de cette plus-value, assure ce responsable de coopérative, va aux communautés « en leur créant des facilités de prêts, en constituant des écoles, en octroyant des kits scolaires, en mettant les femmes en associations pour leur permettre d’être financièrement stables ». Autre objectif, encourager également l’agroforesterie. Une prime est reversée en fonction des arbres plantés dans la cacaoyère, assure-t-il par ailleurs.Développement durable et impacts sociaux30% des prêts accordés doivent soutenir l’entrepreneuriat féminin et au moins 30 autres être consacrés à des financements verts, détaille le vice-président de la Banque européenne d’investissement, qui est venu visiter la plantation. « Nous ne sommes pas une institution de réseau, mais en revanche, on est très intéressé à ce que nos projets financent bien des bénéficiaires finaux des coopératives agricoles dans ce cas-là, qui répondent aux caractéristiques de nos prêts en matière de développement durable, détaille Ambroise Fayolle. Ce que je trouve remarquable, c’est qu’en général, cela prend beaucoup de temps et là, on a à peine signé il y a six mois que déjà, les cacaoculteurs bénéficient des revenus. »La BEI a accordé un crédit à faible taux au groupe financier Cofina, qui dispense lui-même des facilités aux coopératives qui affichent leur volonté à travailler de façon durable. La Banque européenne d'investissement apporte également de l’assistance technique à ce groupe. « Pour nous, c’est surtout mesurer l’impact environnemental et social », précise Serge Massamba Ndombele, directeur stratégie de Cofina.Il s’agit pour lui de s’assurer de « l’impact sur les populations des prêts qui arrivent au nom de la BEI comme partenaire. Donc c’est ça, on veut vraiment avoir une assistance technique pour mesurer l’impact en termes de baisse de la pauvreté de la population et en termes d’éducation. C’est important d’accompagner les planteurs en termes de prêts scolaires, etc. » Vingt-deux coopératives de cacao ont déjà bénéficié des prêts de la Cofina, pour un montant de plus de 2 millions d’euros.
5/12/20243 minutes
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En Tunisie, un lycéen se lance dans la fabrication de baskets

Dans une Tunisie en proie à la crise économique, un lycéen de 18 ans est parvenu à créer sa propre fabrique de baskets, dans la médina de Tunis. Le fonctionnement de son entreprise est encore artisanal, mais Mouheb Weslati a des rêves plein la tête. De notre correspondante à Tunis,Un rouleau de tissu sous la main, Mouheb Weslati a des airs de grand adolescent. « C’est ici que je m’approvisionne, explique-t-il en s’enfonçant dans le dédale de la médina. Je viens ici tous les matins dès 7 heures. Je regarde les commandes que j’ai reçues sur Messenger et en fonction de cela, je fais mes achats. Puis je vais en cours. »Entrepreneur et lycéen à la fois, Mouheb était prédestiné à se lancer dans les affaires. « Je suis dans ce quartier depuis que je suis tout petit, raconte-t-il. Mon père avait un atelier de chaussures qu’il a dû fermer. Comme j’ai appris le métier, j’ai eu envie de me lancer. J’ai travaillé l’été, j’ai mis de l’argent de côté, et voilà… »Créer la plus grande marque de baskets de TunisieL’atelier est situé dans une ancienne auberge qui tombe en ruines. Mais la fabrique n’en a pas moins sorti, selon Mouheb, 2 400 paires de chaussures pendant le ramadan. Un mois à l’issue duquel les Tunisiens ont l’habitude de s’acheter une tenue neuve pour l’Aïd.Vendues aux alentours de 40 dinars, soit environ 12 euros, les baskets de Mouheb lui permettent de faire vivre six personnes. Et il a de grandes ambitions. « Plusieurs de mes amis du quartier ont quitté la Tunisie pour l’Europe, observe-t-il. Moi, ça ne m’intéresse pas. Quitter mon chez moi pour me trouver sous un pont, ça n’a pas de sens. J’ai un rêve et je vais tout faire pour le réaliser. Je veux lancer la plus grande marque de baskets en Tunisie. »À écouter aussiTunisie: comment rendre l'artisanat plus profitable pour les femmes« L'histoire m'a poussé à le soutenir »Ce talent allié à un culot tout en douceur n’est pas passé inaperçu dans les ruelles de la médina. Lotfi Hamadi est à la tête d’une maison d’hôtes de luxe et il vient de passer une première commande d’une dizaine de paires, pour les employés de son établissement.« L’idée de soutenir un jeune artisan-entrepreneur de la médina me plaît, explique-t-il. Moi qui viens tous les jours à la médina et qui passe devant toutes ces boutiques de baskets, je ne savais pas qu’il y en avait un qui en produisait sur place. Je pensais que tout venait de Chine. Quand j’ai découvert, par hasard, qu’il y avait un atelier et que derrière, il y avait un gamin… Au-delà du produit, l’histoire m’a poussé à le soutenir absolument. »Avec les bénéfices des premières commandes, Mouheb a prévu de mettre aux normes son petit atelier de la médina. Il cherche toujours un nom à sa marque.À écouter aussiTunisie: les artisans bijoutiers qui travaillent le corail menacés de disparition
5/9/20242 minutes, 20 seconds
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Agriculture: la Mauritanie s’engage sur la voie du blé

Selon le ministère de l'Agriculture mauritanien, la première expérience à grande échelle a porté ses fruits en mars dernier dans la commune de Rosso, dans la région du Trarza. Cet essai est le fruit d’un partenariat entre le secteur public et deux sociétés privées agricoles. Une excellente nouvelle pour ce pays qui importe la quasi-totalité de son blé. L’essai à grande échelle consistait à cultiver deux variétés de blé sur 200 hectares de sols sablonneux dans la commune de Rosso. Selon le ministère de l'Agriculture, entre 4 et 5 tonnes de blé par hectares ont été obtenues.Un résultat prometteur et encourageant pour ce pays importateur, selon Isselmou Ould Sid El Moktar, délégué régional du ministère de l’Agriculture dans le Trarza. Il souligne que cette nouvelle expérience prouve une fois de plus que la culture de blé est rentable, et précise qu’avec l’accompagnement soutenu des pouvoirs publics et l’investissement du secteur privé, la Mauritanie pourrait couvrir ses besoins en blé comme c’est presque le cas aujourd’hui avec le riz.« Les exigences en terre et en eau sont favorables, estime-t-il. Le blé, c’est moins contraignant que la culture de riz, moins coûteux en termes d'eau, c'est nouveau, il n'y a pas beaucoup de maladies... L’État a fourni un appui aux investisseurs. La stratégie de l’État à l’époque privilégiait le riz, je pense que maintenant, il s’engage pour cette culture et je pense qu'il va continuer ou augmenter l’appui. Car on a besoin de ces céréales. »Un investissement nécessaireLe délégué régional précise que pour mener à bien cette expérience, l’État mauritanien a multiplié les aides : à travers la fourniture d’engrais, le désenclavement de la zone, la protection des cultures ou encore l’électrification des zones de production. « Un investissement nécessaire et stratégique pour l’approvisionnement du pays », selon Isselmou Ould Mohamed Taleb, économiste et statisticien qui rappelle le contexte international, notamment depuis l’expiration en juillet dernier de l’accord sur les exportations de céréales ukrainiennes. Selon la dernière note trimestrielle de 2023, la Mauritanie y importait 1/5e de son blé.Le défi de la rentabilitéL’économiste Isselmou Ould Mohamed Taleb précise aussi que cette nouvelle culture est un pari : « Le blé est certes une denrée stratégique pour la Mauritanie, explique-t-il, on prend moins de risques avec les évènements internationaux. Mais le riz était pendant de nombreuses années en Mauritanie subventionné, les intrants aussi. Est-ce que cultiver du blé va être aussi rentable que cultiver du riz ? Le prix du blé est nettement plus bas que le prix du riz sur les marchés et il y a aussi la concurrence du blé extérieur. »Il espère par ailleurs que cette volonté de cultiver du blé perdura malgré les défis : « Il faudra beaucoup de temps pour d’abord avoir une main-d’œuvre qualifiée. Il y a aussi ceux qui sont propriétaires fonciers, qui n’ont pas les moyens de mettre en valeur et en plus, il faudra s’assurer que le marché sera un marché avec un pouvoir d’achat suffisant. Mais ça pourrait marcher. »Selon les données de la FAO, la Mauritanie a importé plus de 75 000 tonnes de blé d’une valeur de 322 millions de dollars sur le marché international en 2022.
5/8/20242 minutes, 12 seconds
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Maroc: déployer le numérique dans l’agriculture via un réseau de fermes digitales

Au Maroc, se tenait récemment le Salon international de l’agriculture de Meknès. Le secteur agricole est central pour l'économie du Royaume. Il représente un peu plus de 13% du PIB et fait l’objet d’une attention accrue de l’État. Pour entretenir le domaine agricole et l’améliorer, les solutions numériques sont encouragées et encadrées par un pôle digital, créé par le ministère de l’Agriculture. De notre envoyée spéciale à Meknès, Nadia Ben MahfoudhLe nouveau pôle digital rassemble des acteurs du privé et du public, autour d’un même objectif : intégrer le digital à l’agriculture. « Autour de la table, nous avons les établissements de recherche et de formation, les établissements "métiers" du ministère, le Conseil agricole, la sécurité alimentaire, les zones oasiennes, l'arganier, l'assurance et le foncier », détaille la directrice de ce pôle, Loubna El Mansouri.Tous ces acteurs travaillent sur un premier projet commun, celui des réseaux de fermes digitales du Maroc, lancé il y a quelques jours (en avril 2024) lors du Salon International de l’Agriculture du Maroc de Meknès. L’objectif est de changer la pratique agricole grâce au digital. « Nous croyons beaucoup à ce mécanisme qui va servir à vulgariser la digitalisation et la faire sortir des laboratoires, des start-ups, et la mettre à disposition dans l'actif de l'agriculteur, souligne Loubna El Mansouri. Nous voulons être ensemble, depuis l'idée qui normalement doit venir de l'agriculteur jusqu'à la consommation de la technologie. »Khalid Hanafi fait partie des agriculteurs qui ont déjà contribué à cette démarche avec une idée innovante. Il est ingénieur en télécommunication et producteur de pommes et de poires depuis 2013.Un logiciel pour mieux conserver les fruitsTout est parti du constat de l'impossibilité de conserver l’ensemble de sa récolte en bon état. « 80% des frigos sont des frigos qui ne contrôlent que la température et l'humidité, explique-t-il. Alors qu’il y a un troisième paramètre très important : l'éthylène. Lorsqu'on fait la cueillette de la pomme et de la poire, elles produisent de l'éthylène. Si ce gaz est toujours confiné, il accélère le processus de maturation et il détériore le produit stocké. » Khalid Hanafi a donc cherché une solution pour préserver sa récolte stockée. Il a développé un logiciel relié à de simples détecteurs d’humidité, de température et surtout d’éthylène à installer dans les réfrigérateurs. « On a développé une solution qui va mesurer la concentration de l'éthylène à l'intérieur de la chambre froide. Une fois qu'on détecte qu'il dépasse un seuil, le système va nettoyer cet éthylène sans ouvrir les portes, sans que la chambre froide soit en contact avec l’extérieur », explique-t-il.Le tout coûte 20 000 dirhams, soit environ 2 000 euros et permet d’éviter les 15% de pertes que génère un réfrigérateur non équipé. L’agriculteur est prêt à commercialiser cette solution digitale. Il est en discussion avec le ministère de l’Agriculture pour mettre en place des subventions qui permettront d’encourager les agriculteurs et les frigoristes à intégrer ce système dans leur activité.
5/7/20242 minutes, 21 seconds
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Au Kenya, des initiatives pour lutter contre la pollution textile [2/2]

Au Kenya, le commerce de la fripe tient un rôle économique de taille. Mais le secteur est très critiqué pour son impact environnemental et sanitaire. D’après l’organisation des Nations unies pour l’environnement, l’industrie du textile est responsable d’entre 2 à 8% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde chaque année. Face à ce constat, Africa Collect Textile tente de donner une seconde vie aux vêtements usagées. C’est dans une petite maison en bordure de Nairobi qu’Africa Collect Textile a élu domicile. Au rez-de-chaussée, des vêtements attendent d’être triés. À l’étage, des couturières s’activent. « Dans cette salle, il y a le tressage et de la couture. Dans ce coin, c’est la fabrication des sacs à dos. Nous récupérons des pantalons cargo, nous les découpons, ajoutons une doublure et vous voyez, ça donne un sac. On ne dirait pas que c’était un pantalon à l’origine, n’est-ce pas ?! », décrit Whitney Speke, responsable de la communication d’Africa Collect Textile.Africa Collect Textile récupère des fripes de deux façons : grâce à des dons faits dans la trentaine de bennes à vêtements placées à Nairobi. Ou en achetant les invendus du marché de la seconde main. Les habits en bon état sont donnés, le reste transformé en vestes, sacs à dos ou tapis. Puis vendus au Kenya ou en Europe. « La plupart des personnes ne savaient pas où donner ou jeter leurs vêtements usagés, ils ne trouvaient pas de structures adaptées pour les récupérer, constate Whitney Speke, donc ces habits sont mis à la poubelle et finissent dans des décharges à ciel ouvert ou même dans la rivière de Nairobi. Africa Collect textile a constaté ces lacunes et a voulu mettre en place une structure pour encourager le recyclage de ces vêtements. »Un meilleur tri avant l’exportationDans un rapport publié l’année dernière, la fondation Changing Markets a dénoncé qu’un tiers des vêtements importés au Kenya contenait du plastique et était de si mauvaise qualité que ces habits étaient directement jetés ou brulés. Polluant ainsi l’environnement et entrainant des conséquences sanitaires pour les populations. « Il est temps de se poser une question : où finissent ces vêtements ? est-ce que les pays qui importent ont les capacités de gérer les habits en fin de vie ? Et puis, il y a aussi un problème avec la fast fashion, il y a une surproduction des vêtements, déclare Betterman Musasia à la tête de Clean Up Kenya, une association qui milite pour une meilleure gestion des déchets, il faut améliorer notre façon de consommer. Prenons les européens par exemple. Plus ils achètent et donnent leurs vêtements usagés, plus ces fripes finissent par avoir des conséquences sur une autre partie du monde. » Betterman Musasia salue les initiatives comme Africa Collect Textile. Mais il aimerait surtout voir, entre autres, un meilleur tri fait avant l’exportation et la mise en place de systèmes efficaces de gestion des vêtements en fin de vie.
5/6/20242 minutes, 15 seconds
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Au Kenya, l'importante manne économique des vêtements d'occasion [1/2]

Les vêtements de seconde main représentent un important poids économique au Kenya. Mais des voix s’élèvent pour critiquer la pollution que ces fripes importées entrainent. La France, la Suède et le Danemark ont lancé un appel à l’Union européenne pour interdire les exportations de déchets textiles vers les pays qui ne sont pas en capacité de les gérer durablement. Au Kenya, la proposition inquiète les acteurs de ce secteur. Les vendeurs interpellent chaque passant. Pour vendre jeans, chaussures ou sacs... le marché de Toi à Nairobi est un haut lieu de la seconde main. Sidney a 23 ans, il y vend des robes depuis sa sortie du lycée : « Les mauvais jours, je fais entre 7 et 15 euros. Les bonnes journées, ça peut me rapporter jusqu’à plus de 35 euros. Ça paie mes factures. Ce secteur permet de créer de l’emploi, un jeune qui sort de l’université, qui ne trouve pas de travail, peut acheter des vêtements et venir les vendre ici. »180 000 tonnes par anUne partie des vêtements importés provient de dons, faits aux États-Unis ou en Europe. Les vendeurs de Toi Market, comme Sidney, les achètent à de plus gros importateurs. « Nous avons là des pantalons en coton pour hommes, des combinaisons, des jeans slims. Le Kenya importe environ 180 000 tonnes de vêtements usagés chaque année, explique Teresia Wairimu Njenga, la présidente du principal consortium de vendeurs, partout dans le pays, on trouve de la seconde main, que ce soit dans les grandes villes, les villes moyennes ou les villages. »Plusieurs chercheurs estiment que la seconde main fournit les trois quarts des besoins en habillement des classes populaires kényanes. Lors de la dernière campagne présidentielle en 2022, le candidat vaincu, Raila Odinga avait annoncé vouloir prioriser les vêtements fabriqués localement. Pour redynamiser le secteur du textile, en difficulté au Kenya.Vers une restriction des importations ?La proposition avait fait débat. Le marché de l’occasion mettant en avant son poids économique. Un argument de nouveau avancé aujourd’hui face à ceux qui plaident pour plus de restrictions des exportations de vêtements usagés vers des pays comme le Kenya. Teresia Wairimu Njenga revient justement de Bruxelles où elle a défendu la cause du secteur : « Le milieu de la seconde main fait vivre deux millions de personnes entre ceux qui importent, les intermédiaires, les vendeurs... Sans compter que toute une tranche de la population kényane n’a pas les moyens d’acheter du neuf et dépend de la seconde main pour s’habiller. Restreindre les exportations de fripes vers l’Afrique, ce serait ouvrir la voie à des vêtements pas cher produit en Asie. »Les défenseurs de l’environnement estiment qu’une partie des fripes importées sont de mauvaise qualité ou abimés. Faute de gestion des déchets adaptée, ces vêtements finissent dans la nature, dans des décharges à ciel ouvert ou sur les berges de la rivière de Nairobi, polluant ainsi l’environnement.
5/5/20242 minutes, 17 seconds
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Au Tchad, l'inquiétante flambée des prix de la gomme arabique

La crise soudanaise se répercute sur le marché mondial de la gomme arabique. Le Soudan, producteur historique de gomme, a réduit ses exportations. Résultat : des pays comme le Tchad sont des alternatives intéressantes pour les importateurs. Mais le pays rencontre actuellement des difficultés pour répondre à la forte demande. Des pistes en mauvais état, un manque criant de points d'eau proches des pépinières d'acacias… Faute d'infrastructure sur les zones de production, la filière tchadienne ne peut pas suivre le rythme de la demande mondiale. « Si ça continue comme ça, les clients vont être obligés de chercher des produits de substitution. C'est pour ça qu'on veut vraiment augmenter la production, explique Albachir Ahmat, président des exportateurs tchadiens de gomme arabique, on ne peut pas y arriver sur certaines zones parce qu'il n'y a pas de route, il n'y a pas d'accès, il n'y a pas d'eau non plus. Et tout ça, ça demande l'intervention de l'État ou bien des bailleurs de fonds. »Risque de produits sans gomme arabiqueLe kilo de gomme dure, appelée kitir, est passé en un an de 700 francs CFA à aujourd'hui 1 750 francs. Problème : une trop forte flambée des prix poussera les clients à trouver d'autres produits. « Il ne faut pas se mentir : si les prix grimpent trop, nous, importateurs et transformateurs de gomme arabique, on ne va plus pouvoir vendre, prévient Charles Alland, PDG de la société française Alland et Robert, numéro 2 mondial de la transformation de gomme arabique. Les prix ne peuvent pas monter aux arbres, il y a des limites. Si ça continue, certains clients iront reformuler leurs produits pour enlever la gomme arabique et la remplacer avec d'autres produits concurrents tels que les amidons, par exemple. »Le circuit logistique soudanais pour l'exportation de la gomme arabique n'est plus aussi efficace. Difficile d'estimer la production réelle de gomme dans le pays en guerre. En tout cas, le Tchad voisin peut récupérer cette manne importante.Manque de volonté politique ?À condition de pérenniser la production et de la faire grossir. « Il y a entre 600 et 700 000 personnes qui vivent de la gomme arabique, précise Albachir Ahmat. Si on ne la vend plus, ça va être catastrophique pour le pays, et même pour la nature. Parce que les arbres seront coupés pour en faire du bois de chauffe. C'est ça qui nous inquiète. »L'importateur français de gomme arabique Charles Alland, lui, mise sur le Tchad : « On essaye de convaincre et puis d'accompagner nos fournisseurs. Mais derrière, s'il n’y a pas de volonté politique au Tchad, les choses ne changeront pas de manière drastique dans les mois ou années à venir. Le Tchad a un énorme potentiel ; c'est l'opportunité, aujourd'hui, de se moderniser et d'améliorer la filière gomme. » Le Fond spécial de préparation des projets d’infrastructures au Tchad aurait donné des garanties pour un soutien financier. « Il ne faudra pas trainer », expliquent les professionnels de la filière.
5/2/20242 minutes, 23 seconds
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Tunisie: les créateurs de contenu sur les réseaux sociaux en quête de statut

En Tunisie, sur 12 millions d’habitants, plus de 8 millions sont abonnés à Facebook, près de 3 millions ont un compte Instagram et Tiktok est une plateforme en pleine croissance, avec déjà près d’un million de comptes. Le succès des réseaux sociaux est tel que le gouvernement tunisien envisage de taxer les créateurs de contenu pour éviter l’évasion fiscale. Mais les professionnels, eux, jugent qu’il faut commencer par une reconnaissance juridique et culturelle du métier. De notre correspondante à Tunis,Avec ses 1,3 million d’abonnés sur Instagram, 400 000 sur YouTube, Samy Cheffai gère non seulement ses comptes sur les réseaux sociaux, mais aussi une boîte de production avec un comptable et un site web. Ce créateur de contenu et réalisateur très connu chez les jeunes tunisiens figure parmi ceux qui ont su rendre l’activité légale et professionnelle aux yeux de la loi.Mais il lui a fallu un peu de temps, dans un pays où le statut de créateur de contenu n’existe pas. « Quand on te sollicite pour un travail bien particulier, le client qui t’appelle te dit : "Ok, comment on va facturer ça ?" », se souvient Samy Cheffai. « Je me suis posé la question de savoir comment ça allait se passer. On me parlait de "revenus à la source", "19%", de "taxes", des mots que je ne comprenais pas du tout. Et en fait, j’ai réalisé qu’il fallait que j’ouvre ma propre patente. »Producteur, mais pas encore créateur de contenuAujourd’hui, son métier de producteur lui permet de réaliser des courts-métrages, mais aussi des activités commerciales et du contenu pour des publicitaires. Cependant, juridiquement, il reste producteur et non pas créateur de contenu. « En fait, ce sera toujours flou pour une certaine catégorie de personnes, parce que c’est nouveau pour eux, ce qui est totalement normal », observe Samy Cheffai. « Même le community manager, dix années en arrière, c’était bizarre. Qui aurait cru que quelqu’un allait s’occuper d’une page Facebook et être payé ? »Si les mentalités ont changé en dix ans, la loi tunisienne peine à encadrer ce métier qui séduit de nombreux jeunes. Une commission au sein du ministère des Finances a dénombré 20 000 créateurs de contenu et prestataires de services sur les réseaux sociaux en 2023, dont beaucoup échappent au fisc faute de statut.Des écoles niveau bacDans les écoles de publicité et de création digitale, des formations professionnelles tentent de lever la barrière culturelle à reconnaître ces métiers comme tels. « Le frein, c’est vraiment un frein culturel, surtout les parents », reconnaît Selma Elloumi, directrice de la Créativ Adschool, qu’elle a lancée il y a un an et demi. « Le digital, le publicitaire, ce sont des métiers qui ne sont pas connus. Ils ont l’impression que leurs enfants sont dans un domaine pas sérieux, que c’est du jeu. Mais on a vite montré que la formation était solide. »La plupart des jeunes diplômés sortent avec une formation en publicité et création digitale pour 2 700 euros l’année. Beaucoup trouvent rapidement un emploi, en attendant de se lancer à leur compte. « Notre cible, c’est le niveau bac et plus », précise Selma Elloumi. « S’ils n’ont pas eu le bac et qu’ils ont un côté créatif, on peut les accepter et il y en a beaucoup qui cherchent aussi une reconversion. »Même si la loi reste encore peu claire, ces nouveaux métiers séduisent de plus en plus, dans un pays où le taux de chômage des 15-25 ans avoisine les 40%.
5/1/20242 minutes, 24 seconds
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En sortant du franc CFA, l’AES risque la spirale inflationniste |2/2]

Quelles conséquences aurait une sortie du franc CFA pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger ? Deux chercheurs de l’Université catholique de Madagascar et de l’Université Paris Dauphine se sont appuyés sur une littérature très fournie et différentes expériences sur le continent pour réaliser des projections. Aujourd’hui, l’impact potentiel de cette réforme sur les échanges et l’inflation. La création de la zone monétaire de l’AES et d’une nouvelle monnaie a priori moins forte que le franc CFA devrait favoriser les exportations comme le coton. Mais l’AES restera très dépendante des importations de ses voisins.« Les principaux offreurs, dans la zone Afrique de l'Ouest, sont les pays les plus développés, à savoir la Côte d'Ivoire et le Sénégal, qui ont des productions que les pays de l’AES n'ont pas, souligne François Giovalucchi, de l’Université catholique de Madagascar. Donc on voit mal comment des pays très pauvres pourraient échanger entre eux et se fournir en biens qu'ils trouvent d'habitude à l'extérieur. On voit mal la création de filières industrielles, machines-outils ou véhicules, qui seraient vendus d'un pays à l'autre. Donc les perspectives nous semblent tout à fait limitées. »Les importations encore dépendantes de la zone francAvec la nécessité d’importer en grande quantité et une monnaie faible, la nouvelle banque centrale de l’AES devra pourvoir aux besoins de liquidités des États. Le risque est de faire un usage trop important de la planche à billets.« On risque de se retrouver avec un phénomène déjà bien connu puisqu’il a touché les pays qui sont sortis de la zone franc, comme la Mauritanie ou Madagascar, souligne Marc Raffinot, de l’Université Paris Dauphine. Le Mali lui-même est sorti et puis il y est rentré à nouveau. Dans tous ces pays, même dans ceux qui ont une monnaie indépendante, comme le Ghana par exemple, on constate souvent que cette spirale se manifeste. On a de l'inflation qui se traduit par une dévalorisation extérieure de la monnaie, qui à nouveau, engendre de l'inflation, et ça fait une sorte de cercle vicieux, qui fait que la valeur de la monnaie se déprécie et que l'inflation galope. »L'inflation, effet collatéral d'une monnaie autonome sans appuiLes dirigeants ont par ailleurs donné peu de détails sur le régime de change qui serait choisi. La monnaie sera-t-elle adossée à l’or, à une autre monnaie étrangère, etc. ? Quoi qu’il en soit, le phénomène d’inflation pourrait ressembler à ce qu’a connu le franc CFA en 1994.« Il y a déjà eu une dévaluation. Le franc français à l'époque avait augmenté de 100% et l'inflation avait été de l’ordre de 25-35%, rappelle Marc Raffinot. Ces phénomènes risquent de se reproduire. On le retrouve dans la plupart des pays qui ont une monnaie indépendante ou qui ont quitté la zone franc. Créer une monnaie n'est pas impossible, conclut-il, mais il y a un effet collatéral à la création d'une monnaie autonome qui n'aurait pas d'appui, qui n'aurait pas une crédibilité bien assise. » La crainte des auteurs : la spirale inflationniste qui toucherait les foyers les plus modestes.
4/30/20242 minutes, 20 seconds
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Sortie du franc CFA: quelles conséquences pour l’Alliance des États du Sahel? (1/2)

L’un des objectifs politiques affichés par l’AES est de retrouver une souveraineté monétaire. Ces trois États – Mali, Niger, Burkina Faso – veulent créer leur propre monnaie et abandonner le franc CFA, adossé au cours de l’euro, imprimé en France et perçu comme un vestige de la colonisation française. Mais qu’impliquerait la sortie du franc CFA ? Dans un article conjoint, deux experts, François Giovalucchi de l’université catholique de Madagascar, et Marc Raffinot, de l’université Paris-Dauphine, rappellent que ces États devraient sortir de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Préalable juridique à la création d’une nouvelle monnaie : la sortie de l’UEMOA. Or cette union économique et monétaire prévoit des facilités pour la mobilité de travailleurs et des marchandises. Elle est également pourvoyeuse de liquidités pour les États. « Ce que l'on constate, c'est qu’à la fin de 2023, les pays de l'AES manquent beaucoup de devises, note François Giovalucchi, ancien chef du service Afrique centrale du Trésor français, actuel membre du conseil scientifique de l’université catholique de Madagascar. Ces pays puisent donc dans le pot commun de la BCEAO, ils bénéficient de la solidarité des autres pays. »Fin des liquidités de la BCEAOCoupés des liquidités de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, l’AES se priverait aussi de la possibilité d’emprunter sur le marché régional. « Un des avantages, un des succès de l'UEMOA, c'est que les pays se prêtent de l'argent entre eux, souligne François Giovalucchi. Par exemple, le Mali, le Niger ou le Burkina Faso émettent des titres d'État qui sont achetés par des banques essentiellement d'autres pays, par exemple de la Côte d'Ivoire. Ce qui leur permet d'avoir de l'argent qui n'est pas trop cher, avec des taux pas trop élevés, en tout cas beaucoup moins élevés que les taux des euros-marchés. Donc les pays perdraient l'avantage d'avoir accès à ces financements régionaux et devraient trouver d'autres financements, notamment internationaux, et la conjoncture ne me semble pas favorable. »La création par ailleurs d’une monnaie propre à l’AES, une monnaie peu attractive, risque de créer l’inverse de l’effet voulu, c’est-à-dire conduire à ce que les chercheurs appellent la « CFAïsation ».Le franc CFA pourrait sortir renforcé« C’est le paradoxe qu'on a souligné dans notre papier, c'est que finalement la création d'une nouvelle monnaie risque de renforcer le franc CFA !, souligne Marc Raffinot, maître de conférence à l’Université Paris-Dauphine. Parce que tous ceux qui font du commerce entre le Mali, la Côte d'Ivoire seront intéressés à garder une monnaie forte stable pour conserver leur épargne ou conserver des actifs de sécurité. Et donc ils se retournent à ce moment-là vers le franc CFA. C’est ce qui se passe actuellement avec le Nigeria, le Ghana, qui sont attirés par le franc CFA parce que leur monnaie est une monnaie fondante. » Ces besoins de devises pourraient être partiellement comblés par l’augmentation à venir de la production du pétrole du Niger et par la taxation du secteur aurifère. À condition, préviennent les auteurs, de ne pas le mettre trop rudement à contribution.À lire aussiLe Sénégal devient la tête de pont de la sortie du franc CFA
4/29/20242 minutes, 25 seconds
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La gestion des données en Afrique, une question de sécurité

En Afrique, seule 2% des données collectées sont stockées sur le continent. Ces dernières années, des initiatives et start-up africaines se développent dans le but d’inverser la tendance. Lors de la 4ᵉ édition de l’Africa Cyber Forum tenu mi-avril à Abidjan, les échanges ont tourné notamment autour de la gestion des données dans le domaine de la santé et les défis liés à la sécurisation des informations à caractère personnel. De notre correspondant à Abidjan, Au quotidien, les nouvelles technologies de l'information et de la communication sont indispensables. Nos appareils connectés, tels que les ordinateurs et les smartphones, produisent des données en grande quantité. Une fois collectées et traitées, celles-ci aident les États et les entreprises dans la prise de décisions efficientes.Mais pour l'heure, l'Afrique dispose localement de très peu d’infrastructures de stockage de ses données. Pourtant, cela y va de sa souveraineté, estime Alain Yao Kouadio, directeur général de Kaydan Group, une entreprise qui investit dans le domaine de la gestion des données.« Vous ne pouvez pas avoir vos données sur la santé de votre population, sur le comportement de consommation de votre population et j'en passe, stockées à l'extérieur, alerte-t-il. Vous n'avez pas de souveraineté là-dessus, à tout moment ces données peuvent vous être coupées. Donc l'extérieur prendra mieux les décisions avec une plus grande acuité que vous-même parce que vous n'avez pas vos données sur place, vous ne savez pas les traiter sur place. »Anticiper les possibles attaquesDans le secteur de la santé, ces défis sont d’autant plus énormes, au regard de la sensibilité de certaines informations, notamment dans le domaine médical. « Dans les pays développés, il y a encore du hacking. Aujourd'hui, étant donné qu'on n'est pas encore autant exposé, il faut se préparer. Il faut apprendre des autres, apprendre des hôpitaux français qui ont été attaqués, dont leurs systèmes ont été bloqués », estime Éric Djibo, PDG de la polyclinique PISAM à Abidjan. « Il faut vraiment protéger ces données », insiste-t-il.Parmi les sujets évoqués lors de la 4ᵉ édition du Cyber Africa Forum, la question de la gestion des données était au cœur des échanges. Le but est d’attirer l’attention des autorités sur la nécessité d’investir dans ce domaine. « C'est le lieu justement pour nous à travers cette initiative de mettre un coup d'accélérateur », explique Franck Kié. Il compte sur les décideurs publics et privés « pour avoir une attention vraiment particulière sur la gestion des données, sur la sécurisation des données et sur leur exploitation également. » Pour le professionnel, il faut anticiper « avant qu'on soit face à une catastrophe, y apporter une attention encore plus particulière ».Le nombre de cyberattaques a plus que doublé au cours des cinq dernières années, tandis que les coûts liés à la cybercriminalité sont également en hausse, avec des estimations qui s'élèvent à 10 500 milliards de dollars d'ici à 2025. À lire aussiCybercriminalité et mésinformation en Afrique, le fossé numérique accroit la menace
4/28/20242 minutes, 23 seconds
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Madagascar: la logistique joue les trouble-fête dans la filière cacao

À Madagascar, la demande de cacao est telle que les planteurs, dans le nord-ouest du pays, ont vu leur rémunération quadrupler. Le cacao rapporte cette année plus que la vanille. Pourtant, les exportateurs malgaches sont inquiets : les fèves ne peuvent pas quitter le pays, car la dernière tempête a coupé les accès au port. Le kilo de fèves de cacao payé 7 à 8 dollars, plus cher qu’un kilo de gousses de vanille. Eric Flavien Gérard Ranaivosoa, producteur à Ambantja, dans la région Diana, n'avait jamais connu un tel prix ni un tel engouement des acheteurs. « Entre 70 et 80% des acheteurs de cacao à Madagascar sont des nouveaux venus, souligne-t-il. Ils n'étaient pas là il y a deux ans. Comme ils manquent de fèves partout, ils sont venus à Madagascar pour tenter leur chance et c'est ça qui fait flamber les prix. Tant mieux pour les petits producteurs. Les gens entretiennent mieux leurs plantations en ce moment. »Trois ponts coupésMais les exportateurs malgaches comme Nayatta Keyticia Theodule sont loin de se réjouir. Pas moyen depuis un mois d'acheminer les fèves jusqu'au port d'Antisiranana, encore appelé Diego, à cause des destructions du dernier cyclone. « On a trois ponts coupés, une route inondée, c'est inaccessible. Actuellement, nos produits sont stockés dans l'entrepôt, les contrats sont signés, mais il n'y a pas d'export. »Tant que les fèves ne quittent pas la Grande Île, l'exportatrice ne sera pas payée et elle craint de manquer de capital pour payer la récolte. « Car il faut continuer d'acheter, souligne-t-elle. Les producteurs vivent au jour le jour. Alors que de notre côté, on ne peut pas envoyer les produits disponibles en ce moment. »Vers un manque de capital pour payer les producteursL'alternative du port de Nosy Be est exclue : les produits industriels et chimiques qu'il importe pourraient dénaturer le cacao malgache qui devrait au préalable prendre le bac, avec un risque de contact avec l'eau de mer.Dernier recours, craint Nayatta Keyticia Theodule : une longue route vers les ports d'autres régions malgaches. « Ce sera Majunga ou Tamatave et ça, ça va coûter très cher. Nous ne pouvons pas demander à nos importateurs de faire un prix spécial pour les contrats déjà signés et ça va être à la charge de la société. »L’exportatrice craint aussi l’insécurité sur la route, d'autant qu'à Madagascar, les vols de fèves de cacao se multiplient.
4/25/20242 minutes, 13 seconds
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Flambée des cours du cacao: les gagnants parmi les pays producteurs de fèves

Alors qu’en Côte d’Ivoire et au Ghana, la récolte est mauvaise et l’augmentation du prix au planteur limitée, les producteurs du Cameroun, du Nigeria ou de République démocratique du Congo se frottent les mains. Non seulement ils profitent à plein de la hausse des cours, mais ils sont devenus des alternatives très recherchées pour les acheteurs en manque de fèves, comme en témoignent les opérateurs présents à Bruxelles pour la conférence mondiale du cacao. De notre envoyée spéciale de retour de Bruxelles,Plafonné à 1 000, puis 1 500 francs CFA en Côte d’Ivoire, ou leur équivalent au Ghana, le kilo de cacao s’est vendu plus de 5 100 francs CFA – soit plus de 8 dollars au Cameroun –, le troisième producteur africain. Les planteurs camerounais tirent actuellement pleinement profit de leur système libéralisé, après des années difficiles.« Au Cameroun, la commercialisation est libre, elle est directe, il y a peu d’intermédiaires », souligne Omer Maledy, secrétaire exécutif des professionnels du café et du cacao du Cameroun. « Le producteur camerounais, informé des cours du cacao quotidiennement, fait son marché, il fait au mieux pour gagner plus. On souhaite que ça dure, qu’ils gagnent bien et qu’ils gagnent longtemps, parce qu’il y a à peine plus d’un an, on était encore au plus bas des cours, donc s'ils peuvent être élevés, qu’ils le soient le plus longtemps possible ! »Quatrième producteur africain, le Nigeria est très sollicité ces derniers mois. Un intermédiaire présent à Bruxelles pour la Conférence mondiale du cacao compte vendre 30% de fèves supplémentaires cette année, aux négociants Olam et Sunbeth.À lire aussiLe prix du cacao durable fait débat à la Conférence mondiale de BruxellesPas de stock, pas dans les dépôtsImmense pays, mais encore petit dans le cacao, la République démocratique du Congo n'en voit pas moins affluer plein de nouveaux acheteurs en mal de fèves. « De plus en plus, il y a des acheteurs qui n’étaient pas présents en RDC mais qui commencent à venir », constate Séraphine Ntoumba, qui appuie les producteurs de cacao de la région du mai Ndombé et du Kongo central (ex-Bas-Congo), dans l’ouest de la RDC, pour l’ONG Trias. « Donc, on a l’opportunité de présenter la bonne qualité de la RDC et de bénéficier des prix qui augmentent. »Le kilo de fèves, qui rapportait au maximum 2,5 dollars aux producteurs de ces coopératives congolaises l’an dernier, a plus que doublé, et l’intégralité de leurs 200 tonnes a été vendue. « Les coopératives qu’on accompagne ont la facilité maintenant d’écouler leur produit à temps, se félicite Séraphine Ntoumba, et donc ça ne traine pas dans les dépôts, c’est acheté avant même d’être produit. » Le dernier lot partant ce mois-ci, les acheteurs de cacao auprès de ces coopératives congolaises devront désormais attendre les fèves de la récolte principale, à partir d’août et septembre prochains.
4/24/20242 minutes, 21 seconds
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Cameroun: une nouvelle usine d’aliments pour les élevages avicoles

Au Cameroun, les importations de volaille sont interdites pour protéger la production locale. Mais la survie des élevages est régulièrement mise en péril, par la grippe aviaire mais aussi par le manque d'aliments du bétail de qualité à un prix abordable. Alors que s'ouvre le Salon international de l'aviculture à Yaoundé, une nouvelle usine d'aliments est inaugurée à Olembe, au nord de la capitale. Quel impact sur la filière ? Devant la demande croissante des élevages de volaille au Cameroun, l'usine d'alimentation animale du groupe NJS, du nom de son fondateur Noutchogoin Jean Samuel et située à Bafoussam, était saturée. Désormais, le champion camerounais de l'agroalimentaire dispose d'une autre usine à Olembe, au nord de Yaoundé : les Provenderies du Centre. Un choix d'emplacement stratégique, selon son directeur général.« Cette société est née du fait que notre plus grand marché d'aliments pour la volaille, surtout, et le porc, est Yaoundé, dans le Centre, explique Bart Buytaert. Tout devait toujours être transporté de l'Ouest, avec tous les problèmes logistiques. On s'est donc dit qu'il nous fallait quelque chose dans le Centre. D'où cette usine qui reprend une grande partie de la clientèle déjà existante de la toute première société. »Vers une meilleure qualité de l’alimentation du bétail ?Cette nouvelle usine pourra monter jusqu'à 100 000 tonnes d'aliments complets par an, soit plus du tiers des besoins actuels en nourriture des élevages de poulet du Cameroun, mais aussi à l'avenir alimenter des élevages dans les pays limitrophes, Congo ou Gabon. Expert en nutrition et en santé animale, le docteur Albert Ichako espère avant tout une montée en gamme de l'aliment du bétail au Cameroun.« Nous avons beaucoup de provendiers [de provende, le mélange alimentaire destiné aux animaux d'élevage, NDLR] qui malheureusement ne respectent pas les caractéristiques de matières premières et les besoins des animaux, déplore-t-il. Le fait d'installer cette usine ultra-moderne, où on va faire des analyses afin de répondre aux besoins des animaux, permettra non seulement de lutter contre l'aliment de mauvaise qualité, mais aussi de rendre l'aliment disponible sur l'ensemble du territoire. »Faute de maïs local, produire des poulets de chair n’est pas rentableReste un problème de taille : la disponibilité en maïs, qui entre pour deux tiers dans l'alimentation des volailles. La production de cette céréale au Cameroun a été découragée par le coût élevé des engrais, depuis le Covid-19 et la guerre en Ukraine. Le prix du maïs est le principal frein pour les élevages, selon l'interprofession avicole, l'Ipavic. « Avant, on achetait le maïs autour de 180 francs CFA le kilo [l'équivalent de 2,70 euros] et en début d'année 2023, on est passé à 300 francs, rappelle son président François Djonou. Vous imaginez, le prix a doublé ! Il faut surtout que le ministre en charge de l'agriculture développe la production de maïs », insiste-t-il.La nouvelle usine sera-t-elle à même de doper la production locale de maïs ? Entre 20 et 40% des besoins en cette céréale sont toujours importés. Les éleveurs vendent quasiment à perte leurs poulets de chair, du fait de la cherté de l'aliment du bétail. C'est ce qui explique que la production avicole camerounaise, 44 millions de tonnes l'an dernier, n'a toujours pas remonté la pente depuis la grippe aviaire de 2016.
4/23/20242 minutes, 22 seconds
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Trente ans de démocratie en Afrique du Sud: un bilan mitigé pour l’économie

L’Afrique du Sud célèbre, en cette fin du mois d’avril, les 30 ans des premières élections multiraciales, et l’avènement de la démocratie. Le 27 avril 1994, après un scrutin historique, Nelson Mandela était élu président, et le pays tournait la page des années apartheid. Depuis, l’ANC s’est toujours maintenu au pouvoir. L’économie a continué à se développer, et le pays est désormais l’un des plus industrialisés du continent, mais le bilan est plutôt contrasté. De notre correspondante à Johannesburg,Pour l’économiste Azar Jammine, le pays a en fait connu, depuis 1994, deux périodes : avant et après la présidence de Jacob Zuma, marquée par la corruption. « Les quinze premières années ont été plutôt un succès. Le pays a connu une croissance moyenne de 3% par an, entre 1994 et 2001. Et ensuite, presque 5% par an entre 2001 et 2007. Il faut dire que cela coïncidait avec un boom des prix des matières premières, donc tout allait bien. Mais à partir de 2012, l’économie sud-africaine a fait très peu de progrès, avec une baisse significative de la croissance », détaille-t-il.Le FMI prévoit désormais une croissance de 0,9% en 2024 pour le pays. Et même si le nombre d’emplois a augmenté depuis 1994, le rythme n’a pas été assez soutenu, puisque près de 32% des Sud-Africains sont au chômage – et en particulier les populations noires. De plus, les politiques de discrimination positive n’ont pas suffisamment permis de transformer le monde du travail, selon Xhanti Payi, économiste pour PwC.« Faciliter l’inclusion au sein de l’économie a été un défi, si l’on regarde qui est à la tête des entreprises, ou qui possède la richesse en Afrique du Sud. L’ancien président Mbeki parlait même de deux économies », rappelle l’expert. « Or, l’inclusion est importante, car lorsqu’on distribue la richesse, on en crée aussi un peu plus, puisque davantage de gens vont avoir de quoi consommer, et de quoi contribuer. »Le salaire minimum, « une des réussites de l'ANC »L’Afrique du Sud reste ainsi l’un des pays les plus inégalitaires au monde, selon l’indice de Gini. « Un des gros problèmes en termes de réduction sur le long terme de la pauvreté et des inégalités, c'est le manque d’actifs détenus par la majorité de la population sud-africaine », met en avant Isobel Frye, la directrice du think tank Social Policy Initiative (SPI).« Sous l’apartheid, les communautés noires ne pouvaient presque pas posséder de terres. Pareil pour les petites entreprises, les gens étaient prolétarisés et dépendants de leurs salaires. Et les salaires, pour ceux qui sont employés, et surtout pour les emplois semi ou peu qualifiés, sont très bas. Donc, l’introduction d’un salaire minimum est l’une des réussites de l’ANC », ajoute-t-elle.Le système d’allocations sociales, parmi les plus développés du continent, est une bouée pour les plus pauvres : près de 30% de la population en bénéficie, sans compter l’aide post-Covid toujours distribuée.
4/22/20242 minutes, 24 seconds
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Assemblées de printemps: réduire la pauvreté pour soutenir la croissance

Ce week-end se sont clôturées les assemblées de printemps, à Washington, rendez-vous annuel des grandes institutions financières internationales. L’occasion pour elles de dressées leurs bilans et de partager leurs perspectives. Cinq, six, parfois plus de 7% de croissance selon les États africains et pourtant, la pauvreté et les inégalités ne reculent pas de manière significative. Pour lutter contre cela, la Banque mondiale préconise un environnement économique et politique stables : une dette sous contrôle et des budgets transparents.Pour la Banque mondiale, le premier levier se trouve dans celui de l’humain. « Il est très difficile pour des personnes talentueuses de démarrer des entreprises qui se développent, grandissent et créent des emplois, et au final, on aboutit à une société avec de très faibles niveaux de mobilité intergénérationnelle », note Andrew Dabalen, économiste en chef de la Banque mondiale pour l'Afrique.« Promouvoir la mobilité générationnelle »L’Afrique détient le niveau le plus bas de mobilité intergénérationnelle. Selon les données de la Banque mondiale, sur une cohorte d’enfants nés dans les années 1980, seul un tiers d’entre eux ont pu effectivement dépasser le niveau d’éducation de leurs parents. « C’est donc une façon de penser les inégalités. Ce sont des inégalités structurelles dont nous parlons », souligne l’économiste.Et cela n’est pas sans conséquence. C’est pourquoi l’institution appelle les États à investir dans le capital humain. Andrew Dabalen précise : « Il est important de promouvoir la mobilité générationnelle en éliminant un bon nombre de ces inégalités qui commencent très tôt dans la vie. L'égalisation des chances pour les enfants est donc très importante à travers l'éducation dès la petite enfance, un socle d’apprentissage pour les enfants, une meilleure nutrition, une meilleure santé, etc. »Des constats qui sont largement partagés par le FMI. La persistance d’un haut niveau de pauvreté est en partie due à des dysfonctionnements sur les marchés financiers, explique Luc Eyraud, le chef des études pour l’Afrique subsaharienne.« Il y a ce qu'on appelle une très faible inclusion financière, détaille Luc Eyraud. C’est-à-dire que si vous êtes une toute petite entreprise, vous avez beaucoup de mal, par exemple à avoir accès au marché bancaire, à aller voir une banque et avoir un prêt. Et donc ça aussi ça fait en sorte qu'un petit entrepreneur a du mal à développer son activité. Et ça, ça entretient les spirales de pauvreté. »Augmenter les recettes fiscalesL'un des principaux leviers : augmenter les recettes publiques. « En priorité, il faut ce qu'on appelle augmenter la base fiscale. On ne pense pas forcément à augmenter les taux d'imposition, mais il y a très souvent ce qu'on appelle des dépenses fiscales, c'est-à-dire des exemptions qui s'appliquent à des grandes parties de la population, poursuit-il. Et il faut faire en sorte que tout le monde paye l'impôt. C'est ça la priorité. Et quand il y a des exemptions fiscales qui bénéficient aux parties de la population les plus aisées, il faut évidemment les éliminer en priorité. » La Banque mondiale souligne notamment que la mobilisation de recettes nationales peut être conçue pour protéger les plus pauvres « en imposant [par exemple] les personnes fortunées par le biais de l’impôt sur le revenu et de l’impôt foncier ».
4/21/20242 minutes, 23 seconds
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Gabon: face aux critiques, la Comilog cherche à limiter les pollutions [2/2]

Longtemps critiquée pour le déversement des boues et résidus du manganèse dans une rivière, la Comilog, leader mondial du manganèse, a construit des laveries modernes moins polluantes et investi dans le social dans la ville de Moanda au sud-est du Gabon. De notre correspondant à Libreville,Depuis son poste d’observation, Jean-Baptiste Nzeng Eyi veille sur les moindres détails. Il est le responsable d’exploitation des nouvelles laveries de la Comilog. Une avancée importante en matière de lutte contre la pollution, car, selon lui, « ces vastes cuves d’eau ne sont rien d’autre que les décanteurs qui nous permettent de faire la séparation solide, liquide. Rien ne se perd et tout se transforme et tout se valorise. »Après le nettoyage du manganèse, toute la boue et l’eau usée sont évacuées vers d’autres bassins pour traitement. « Les boues sont aujourd’hui jetées dans les bassins industriels, poursuit Jean-Baptiste Nzeng Eyi, donc quand on extrait le manganèse, de façon vulgaire, on dit qu’on aura des trous. La vision de Comilog aujourd’hui c’est qu’après l’exploitation des bassins industriels, qu’on soit capable de mettre la terre végétale et que l’écosystème va reprendre son environnement normal ou naturel. »Le président de l’ONG gabonaise Croissance Saine Environnement, Nicaise Moulombi reste toutefois prudent : « C’est bien de savoir que la Comilog a enfin décidé de sécuriser ses résidus miniers dans le cadre des bassins. Maintenant quel est le niveau de la nappe phréatique ? Est-ce qu’il n’y a pas des infiltrations ? C’est à Comilog de nous donner les éléments scientifiques qui nous permettent d’apprécier leur esprit vertueux. »À écouter aussiGabon: la Comilog, premier producteur mondial de manganèse, monte en puissance [1/2]Des compensations jugées insuffisantesLa Comilog fait cependant face à des critiques sur le plan social. Elle va bientôt délocaliser des populations vivant sur une zone qui sera prochainement exploitée. En guise de compensation, l’entreprise a construit une nouvelle cité de 417 maisons. Mais elles ne sont pas au goût de nombreux bénéficiaires. « Les maisons sont toutes en béton, il y a des éboulements autour du site, des érosions, explique Gaétan Ayami, président du collectif des futurs déguerpis, la Comilog avait recensé plus de 600 maisons, ils n’ont réalisé aujourd’hui que 417 maisons. »Le projet a coûté 19 milliards de Francs CFA, se défend l’Administrateur directeur général de Comilog, Leod Paul Batolo : « La Comilog est fière de pouvoir proposer une nouvelle cité moderne qui va permettre d’améliorer les conditions de vie, les conditions d’accès à l’eau, les conditions d’accès à l’électricité à nos compatriotes. »Du point de vue de l’État, actionnaire à hauteur de près de 30% de la Comilog, les investissements de l’entreprise illustrent un partenariat public-privé gagnant-gagnant. L’entreprise emploie 10 500 personnes dans le pays, presque toutes gabonaises.À lire aussiGabon: l'entreprise Eramet développe la production de la plus grande mine de manganèse au monde
4/18/20242 minutes, 21 seconds
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Gabon: la Comilog, premier producteur mondial de manganèse, monte en puissance [1/2]

Dans le sud-est du Gabon, la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), filiale du groupe métallurgique français Eramet, et premier producteur mondial de manganèse, a réalisé d'importants investissements. La production de cette matière première, très demandée notamment pour la fabrication de l’acier, explose.   De notre correspondant à Libreville,Plateau Okouma est la nouvelle carrière à ciel ouvert récemment mise en service par la Comilog pour extraire le manganèse. « Par jour, nous sortons en moyenne 12 000 tonnes de minerai de manganèse », explique Jean-Baptiste Nzeng Eyi, 36 ans, ingénieur gabonais formé à Nancy, en France. « On a du manganèse de type MMA, le plus riche, dont la teneur est de 48 à 50%. On a trois types de manganèse qui sortent de cette usine. »Premier producteur mondialLa multinationale gabonaise exploite le manganèse à Moanda depuis 1960. L’ouverture de ce nouveau site a permis à l’entreprise de consolider ses parts sur le marché mondial de manganèse. « La Comilog est une société qui se porte très bien, se targue Leod Paul Batolo, l’administrateur directeur général. Depuis 2020, nous sommes devenus le premier producteur mondial de manganèse. Nous avons une croissance qui est établie. Nous avons fini à 6,6 millions de tonnes en 2023. Notre projection pour 2024 est de 7,5 millions de tonnes produites, transportées, embarquées. » Et de se réjouir encore : « C’est une société qui se porte très bien pour laquelle les Gabonais peuvent être fiers. »Pour tenir ce rang, la Comilog a investi beaucoup d’argent entre 2020 et 2023. « Les actionnaires de la Comilog, donc l’État gabonais et le groupe Eramet, ont mis plus de 300 milliards de FCFA pour ouvrir le plateau Okouma et ça montre qu’ils sont confiants », détaille encore le directeur général.À lire aussiGabon: l'entreprise Eramet développe la production de la plus grande mine de manganèse au mondeDes investissements locauxLa prospérité de l’entreprise a longtemps contrasté avec le niveau de pauvreté dans la ville de Moanda situé sur le flanc de la montagne du manganèse. En 2020, Comilog et l’État gabonais ont décidé d’investir directement une partie des revenus du manganèse dans le développement local.Député de Moanda, Jean Valentin Leyama était depuis des décennies le leader de la contestation contre le géant minier. « Sur la base du cahier des charges établit entre Comilog et l’État, il y a plusieurs réalisations qui sont faites. Dans les quartiers, il y a des routes qui ont été pavées, sur le plan social, plusieurs infrastructures construites ou réhabilitées. L’eau potable disponible partout dans les quartiers », assure-t-il. « Il serait malhonnête de ne pas le reconnaître », concède le député. La contribution au budget de l’État a également augmenté. En 2022, elle s’est élevée à 437 milliards de Francs CFA, soit beaucoup plus qu’auparavant.À lire aussiGabon: la ville de Moanda prépare l'après-manganèse
4/17/20242 minutes, 18 seconds
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Inflation en Afrique: comment enrayer la chute des monnaies?

Comment sortir de la crise monétaire en Afrique ? Une vingtaine de monnaies africaines ont atteint leur plus bas historique ces derniers mois. En Égypte, la livre a perdu la moitié de sa valeur. Au Nigeria, le naira, dévalué deux fois en un an, redresse légèrement la barre, mais sur le temps long, le shilling kényan ou encore le cedi ghanéen dévissent face au dollar. Le cedi dégringole de nouveau, résultat de deux effets conjugués : une forte inflation depuis deux ans et un dollar fort. « Le Ghana dépend des importations pour les biens et les services », explique Appiah Kusi Adomako, directeur régional Afrique de l'Ouest de l'ONG de défense des consommateurs CUTS (Consumer Unity & Trust Society) basée à Accra. « Quand le cedi se déprécie, on a besoin de dépenser plus pour importer la même quantité. Et quand le prix de l'essence augmente, ça affecte les transports, donc les prix de la nourriture, du ciment, de l'électricité, etc. La dépréciation du cedi face au dollar provoque un effet en cascade sur toute l'économie. »Des prix changeant d'heure en heureAu Ghana, le spectre de 2022 est dans les esprits. Pandémie de Covid-19 et guerre en Ukraine avaient déjà durement affecté la monnaie ghanéenne, pourtant jugée solide. L'inflation dépasse alors les 50%, une situation incontrôlable, se souvient Appiah Kusi Adomako : « Les consommateurs ghanéens espèrent que la situation ne dégénèrera pas comme en 2022. À l'époque, on est passé de 6 à 15 cédis pour un dollar. Les prix à la consommation changeaient d'heure en heure ».Chaque monnaie a sa spécificité, mais toutes font face au même problème : le dollar, principale monnaie de transaction internationale, reste fort et les réserves de change des banques centrales s'amenuisent.Vers une dédollarisation des économiesLe Soudan du Sud a décidé il y a un an de suspendre l'utilisation du dollar pour rebooster sa monnaie locale. La dédollarisation est une des solutions. « L'Afrique doit se libérer progressivement des systèmes classiques de règlements internationaux. Actuellement, le recours au dollar est très coûteux avec des délais de transactions très longs », estime l'économiste international sénégalais Magaye Gaye. « Ces pays devraient aller vers des stratégies efficientes de dédollarisation de leurs économies extérieures en diversifiant au mieux leurs partenaires commerciaux. Cela passe par le renforcement du commerce intra-africain qui est aujourd'hui faible. Figurez-vous qu'il ne représente que 15% du total des flux commerciaux du continent ».Pour se passer du dollar, le Ghana avait lancé en début d'année dernière son programme « Or contre pétrole ». Face à la nouvelle dégringolade du cedi, la banque centrale ghanéenne demande désormais au gouvernement d'étendre ce programme aux banques commerciales.
4/16/20242 minutes, 22 seconds
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À Madagascar, le port de Tamatave se projette en hub de l'océan Indien

À Madagascar, le grand port de Tamatave change de visage. Les travaux d’extension lancés en 2018 sont entrés dans leur deuxième et dernière phase. Le projet, l’un des plus grands chantiers jamais entrepris sur l’île pour un coût total de 639 millions de dollars, est co-financé par la JICA, l'agence japonaise de coopération internationale, et par l'État malgache. Il vise à faire du premier port de l’île un hub de l’océan Indien. De notre correspondante à Antananarivo,Un soleil de plomb se réfléchit sur les casques de chantier blanc des ouvriers. Ils sont près d’un millier, mobilisés pour changer le visage du port de Tamatave, sur la côte est de Madagascar. Un port stratégique aux infrastructures vétustes, rénové pour la première fois depuis 1927.L’ancien brise-lame a été renforcé. Prolongé sur 345 mètres de long et rehaussé à 12 mètres de hauteur, il est entouré de part et d’autre par près de 3 000 blocs de béton armé – des dolos dans le jargon –, censés protéger les futures infrastructures. « Ce sont ces structures-là qui vont absorber la puissance des vagues, explique Felana Rakotozafy, ingénieur maritime sur le chantier. L’eau, elle, passe à travers ce brise-lame, comme nous le voyons pendant les périodes cycloniques. Et cela peut nuire au quai, mais surtout aux navires qui vont entrer dans le quai. Tout mon travail à moi, c’est de m’assurer qu’après finition des travaux, ce quai ne bouge plus d’un centimètre. »Répondre à l’augmentation du trafic maritimeJuste en face se trouve le futur quai C4, encore en construction. Sa protection est d’autant plus cruciale qu’il constitue la pièce maîtresse du chantier. Avec une profondeur portée à 16 mètres, contre 11 actuellement, il doit permettre au port de Tamatave d’accueillir de plus gros navires et de se muer en hub de l’océan Indien, capable d’assumer un rôle de redistribution des marchandises dans la région. « Jusqu’ici on ne pouvait pas accueillir les bateaux de type Panamax [de près de 300 mètres de long, NDLR]. À la fin de ces travaux, on pourra les recevoir directement sans qu’ils s’arrêtent à La Réunion ou à Maurice et qu’ils doivent décharger sur des petits bateaux pour entrer dans le port de Madagascar. »Achèvement prévu en 2026, mais des retards accumulésUn peu plus loin, sur le récif, le nouveau terre-plein de 10 hectares dédiés à accueillir plus de conteneurs. Objectif : quintupler la capacité du port, de 250 000 EVP à ce jour [équivalent vingt pieds, soit le nombre de conteneurs de 20 pieds ou 6 mètres, NDLR] à 1 million d’EVP en 2035. En l’état actuel, le port étouffe, faute d’espace de stockage suffisant. « C’est vraiment une urgence, il faut une remise en état, car le trafic augmente de jour en jour, observe Liliane Melquiond-Zafinirina, cheffe du département communication de la SPAT, la société de gestion du port. Le transport maritime évolue. Et nous sommes une île, donc les besoins intérieurs du pays exigent aussi cette extension. »Reste une seule inconnue, reconnaît-on à demi-mot sur le chantier : la date d’achèvement des travaux. En plus du retard accumulé pendant le Covid-19, le chantier est régulièrement mis à l’arrêt par les intempéries qui touchent la ville de Tamatave. Selon le calendrier établi, le nouveau port doit voir le jour en février 2026.
4/15/20242 minutes, 25 seconds
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Au Soudan, l'économie terrassée par une année de conflit

Il y a un an, le 15 avril 2023, débutait la crise au Soudan. Aujourd’hui, le système bancaire traditionnel ne fonctionne plus et l’inflation a dépassé les 80% en 2023, selon la Banque africaine de développement. La livre soudanaise a perdu la moitié de sa valeur et le taux de chômage a explosé. Après un an de pillages, de combats et de destructions, tous les pans de l’économie sont minés. La région de Gezira est traditionnellement une zone de production de coton, très rémunératrice. Mais elle est surtout le grenier du pays. « La guerre entrave massivement la production céréalière, qui constitue normalement les deux tiers de celles consommées au Soudan, explique Anette Hoffmann, chargée de recherche pour le think tank néerlandais Clingendael. Les combats en cours empêchent les agriculteurs des principales zones de production du Darfour, du Kordofan et de Gezira de cultiver ou de récolter. En conséquence, comme le montrent des données récentes de la FAO, la dernière récolte céréalière a été inférieure de 40% à la moyenne nationale. »Une baisse de la production qui a été compensée par une hausse intense des importations et donc des prix, a également pu constater Anette Hoffmann : « La crise actuelle est en grande partie financière, il y a encore de la nourriture, les stocks ne sont pas encore épuisés. »À lire aussiUn an de guerre au Soudan: des «retourné » s’installent à Renk, au Soudan du SudUne crise financière et non de disponibilitéHuile, oignons, lentilles et autres sont encore disponibles sur les étals, mais à des prix exorbitants, que même les fonctionnaires qui ne perçoivent plus leurs salaires ne peuvent s’offrir. « La production alimentaire a été dévastée, de sorte que les approvisionnements de produits de base essentiels, comme le sorgho et le mil, ont chuté jusqu'à 50% par rapport à l'année précédente, confirme Dominic MacSorley, ambassadeur humanitaire de l’ONG Concern. Et sur les marchés de Kadugli, dans le Kordofan du Sud, le prix du blé a augmenté de 118%. Les gens n’ont tout simplement plus les moyens de manger. »Autre facteur aggravant : les régions sont isolées du fait de l’insécurité sur les routes et des barrages, les voies d’approvisionnement ont dû être modifiées, entraînant délais et surcoûts. Les prix sur les marchés sont jusqu’à trois fois plus chers, a estimé l’ONG International Rescue Comittee (IRC). Il faut également importer les produits transformés, car l’industrie locale a subi de nombreux dommages. C’est le cas pour les produits laitiers, comme le lait et les yaourts par exemple.À lire aussiSoudan: des cuisines communautaires pour survivre dans un pays dévastéUne production locale ralentie, des usines détruites« Nous avions une production locale. Maintenant, la plupart de ces produits sont importés d’Arabie saoudite ou d’Égypte. Imaginez combien cela peut coûter ! », s’exclame Eatizaz Yousif, directrice d’IRC au Soudan. La problématique est similaire pour les boissons sans alcool. « Nous les produisions à grande échelle dans notre grande usine. Mais cette usine a été détruite. Donc, nous dépendons totalement des importations », précise-t-elle. Une quantité de produits de base qui sont devenus très chers. « Des prix auxquels il faut rajouter le coût des taxes. C’est vraiment massif, et un grand nombre de Soudanais ne peuvent plus acheter ces denrées qui étaient des produits de base », regrette-t-elle.Avec en plus un système bancaire à terre et une crise de liquidité, la directrice d’IRC espère voir les institutions internationales injecter des liquidités dans l’économie soudanaise.
4/14/20242 minutes, 27 seconds
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Crise économique au Nigeria: l’hôtellerie-restauration frappée à son tour [2/2]

La crise économique affecte tous les secteurs de l'économie au Nigeria, y compris les plus dynamiques, comme celui de l'hôtellerie et de la restauration. Avec l’inflation et le ralentissement des affaires, les gens sortent moins à Lagos, la capitale économique, et les entreprises du secteur souffrent, tout comme leurs salariés. De notre envoyée spéciale à Lagos,En pleine journée, le restaurant Praïa est totalement désert. Extension d’un hôtel de Lagos, la capitale économique, il a été inauguré au mois de février. « Notre clientèle est assez mélangée, car nous proposons différents types de plats, explique Neeraj Vasnani, le jeune patron indien de l’établissement. Nous avons beaucoup d’entreprises, donc une clientèle assez aisée. Mais avec notre service de cuisine chinoise à emporter, nous proposons aussi une option plus abordable. »Mais le ralentissement de l’économie a porté un coup à ses affaires. Tout a commencé avec l’augmentation du prix du diesel, se rappelle-t-il. « Dans un business comme le nôtre, nous devons avoir de l’électricité 24 heures sur 24, et donc utiliser tout le temps nos générateurs, rappelle Neeraj Vasnani. Mais ces derniers mois, le prix du diesel a été multiplié par trois. Nous n’avons pas non plus anticipé l’augmentation de nos coûts opérationnels. Tous nos produits alimentaires sont importés. »Les restaurants, tout comme l’ensemble du secteur privé, sont à la peine au Nigeria et n’ont que très peu de marge de manœuvre pour faire face à la crise. « Globalement, cela coûte de plus en plus cher de faire du business au Nigeria, résume l’analyste Mickaël Famoroti, du cabinet Stears. À cause du taux de change face au dollar, de l’inflation, des taux d’intérêt élevés, etc... Et d’un autre côté, la demande est en train de disparaître complètement, le pouvoir d’achat est en train de sombrer. Donc il y a très peu de marge pour augmenter les prix. Parce que si on fait ça, la demande s’effondre. Donc les marges, le bénéfice, diminuent rapidement. »Salariés en difficultéDans son restaurant haut de gamme, Chez Ona, Chef Obehi peut encore compter sur la diaspora et ses dollars pour absorber le choc. « Au Nigeria, tous les moyens sont bons pour fuir la réalité, car il y a trop de problèmes, plaisante-t-elle. Pour être honnête, ma clientèle continue de venir en dépit de la crise. L’année dernière, c’était plus compliqué. Beaucoup de gens avaient quitté le pays par crainte des violences liées aux élections. »Beaucoup de patrons commencent aussi à s’inquiéter pour leurs salariés. Chez Ona, ils bénéficient d’un repas gratuit par jour, mais cela ne suffit pas forcément. « Ils nous demandent beaucoup plus souvent des avances, reconnaît Chef Obehi. Le coût de la vie a tellement augmenté. Au début de l’année, nous leur donnons une augmentation indexée sur l’inflation, mais ça va tellement vite que ce n’est plus du tout au niveau, car tout est vraiment trop cher ! Et si les employés vont mal, ça peut vraiment avoir des conséquences sur l’expérience de nos clients. »Plusieurs personnes sont mortes dernièrement au Nigeria dans des bousculades survenues lors de distributions alimentaires organisées par les autorités.
4/11/20242 minutes, 26 seconds
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Crise économique au Nigeria: les investisseurs étrangers sous pression [1/2]

Au Nigeria, les investisseurs étrangers qui avaient tout misé sur le géant africain il y a quelques années sont désormais en plein doute, alors que le pays s'enfonce dans la crise. La dévaluation brutale du Naira, l'augmentation des coûts et les efforts du gouvernement pour tenter de renflouer les caisses publiques font monter la pression sur les investisseurs. Et certains ont déjà quitté le pays. Avec notre correspondante à Lagos,Cela fait plus d'une décennie que Françoise observe la vie économique du Nigeria, depuis son bureau du port d'Apapa. Cette cadre d'une entreprise d'import-export a beau garder espoir, elle admet que la période est plus que morose. « Il y a beaucoup de tristesse actuellement. Les importateurs aujourd'hui n'arrivent pas à ouvrir des lignes de crédit, puisqu'ils n'arrivent pas à trouver des dollars, constate-t-elle. Et même les fournisseurs sont très inquiets. Nous, on voit une baisse de 30 % à 40 % pour les trois prochains mois. »Autre motif d'inquiétude : le départ en masse des entreprises, qui ne peuvent plus financer leurs opérations au Nigeria. En 2023, au moins 6 000 emplois ont été détruits après le départ des multinationales Procter and Gamble, Cincinnati, Unilever, GlaxoSmithKline ou Sanofi. « Les gens qui investissent, ils sont très pessimistes. Mais ceux qui sont ici depuis très longtemps, plus de dix ans, quinze ans, ils s'efforcent de rester, parce qu’il y aura bien sûr un rebond, analyse Françoise. Mais certaines grosses boîtes sont parties, mais pas trop loin. Elles ont laissé une partie de leurs activités au Nigeria, et dans un an ou deux ans, on pourra y voir plus clair. »La volatilité de la monnaie rend les décisions stratégiques difficiles pour les entreprises. Et elles ne sont pas les seules à souffrir. Ozil repeint des voitures dans un atelier du quartier d'Ikoyi, où travaillent d'autres béninois. Il a aujourd'hui du mal à se rendre à Cotonou. « Avant, j'y allais toutes les semaines, pour voir ma mère. Mais tout a changé, et c'est devenu impossible, regrette-t-il. Maintenant le naira s'est vraiment effondré face au Franc CFA, alors qu'avant quand je changeais des nairas contre des CFA, c'était vraiment plus intéressant. Le transport aussi coûte plus cher. Avant, pour aller jusqu'à Cotonou, on pouvait payer 1 000 nairas. Maintenant, c'est bien 7 000. »Miser sur le marché communMais pour les investisseurs internationaux, le Nigeria reste un marché incontournable, même s'ils préfèrent pour l'instant se replier sur la zone CFA. Mouhamadou Seydou Barry est Sénégalais et travaille pour un fonds d'investissement basé à Dubaï. « En 2023, moins d'argent a été investi dans les start-ups, mais c'est une réalité au niveau global, cela va au-delà du Nigeria. À présent, je pense que cette crise va passer », veut-il être optimiste.Pour cet expert, plusieurs perspectives sont à considérer : « c'est l'effort du gouvernement, la résilience du peuple, mais aussi le fait qu'il y a beaucoup de passerelles entre l'Afrique francophone et l'Afrique anglophone. Comment l’Afrique anglophone peut produire pour l’Afrique francophone et vice versa ? Avec l'initiative du marché commun africain, la Zlecaf, tout ça va faire qu’à un moment où un autre, il fera bon vivre, économiquement. »Le 26 mars, la Banque centrale du Nigeria a de nouveau relevé son taux directeur à 24,75 % dans un nouvel effort pour stabiliser le Naira.À lire aussiNigeria: forte hausse du tarif de l'électricité pour certains consommateurs
4/10/20242 minutes, 24 seconds
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En RDC, les femmes entrepreneuses peinent à rentrer dans l'économie formelle

En République démocratique du Congo, plus de 80% des femmes entrepreneuses évoluent dans le secteur informel. Ce qui ne leur permet pas de développer leur activité ni de contribuer aux ressources fiscales congolaises. À Lubumbashi, une structure de la société civile, Heshima International, qui a récemment organisé un forum des femmes entrepreneures de RDC, encourage la formalisation de ces entreprises. Avec notre correspondante à Lubumbashi,Marlène est une jeune éleveuse de poules pondeuses et de poulets de chair. Elle brûle d'envie de déclarer son activité, mais elle a toujours des craintes. « Je veux bien rentrer dans le secteur formel. Mais, mon capital est faible, et je crains que tout mon petit argent ne soit absorbé par les formalités administratives », explique-t-elle.Cette autre entrepreneuse, qui travaille dans le petit commerce, est découragée par un climat des affaires peu favorable aux micro-entreprises. « Les documents coûtent cher. Et lorsque l’entreprise est légalisée, il y a trop des taxes à payer », se plaint-elle.Le problème ? C’est le manque d'information, indique Me Diginité Bwiza, directrice nationale de Heshima International. Cette structure a récemment organisé un forum des femmes entrepreneuses de RDC. « Lorsqu'on ne sait pas combien coûte l'enregistrement d'une entreprise au guichet unique, on a peur. Et pourtant, ça ne coûte que 110 dollars, plus les frais bancaires. Bien souvent, les agents de l'État profitent de l'ignorance des femmes pour les extorquer », détaille Me Diginité Bwiza.Obtenir des crédits, décrocher de gros marchésMarioutcha Mwanza tient une boutique de vêtements de luxe. Récompensée par un prix, elle fait partie des 19 femmes entrepreneuses qui ont accepté l’accompagnement de l’ONG pour sortir du secteur informel. « Quand on est dans l’informel, on est limité. Il n’y a pas de sécurité et d’assurance, reconnait l’entrepreneure. Dans notre ville par exemple, des fois, des jeunes manifestent dans la rue et on pille les marchandises. Puisque l’État ne nous connaît pas, on ne peut pas bénéficier d’un remboursement. »Malgré les exigences fiscales, la transition du secteur informel vers le formel présente des avantages pour l’entrepreneur. « Il y a la question du crédit. Personne ne peut faire confiance à ce type de business lorsqu’on n’a pas d’adresse, qu’on n’est pas enregistré. Et puis il y a des opportunités à saisir. Lorsqu’on est formalisé, on a aussi cette possibilité de décrocher de gros marchés auprès d’autres sociétés », argumente Séraphin Bukasa, le responsable de Tyche Financials SARL, un bureau d’études d’experts-comptables.L’organisation s’est engagée à accompagner 19 femmes qui œuvraient dans l'informel pour les aider à migrer vers le secteur formel. Elles vont bénéficier de la rédaction gratuite de leurs statuts, d’une formation sur la tenue des états financiers de leur entreprise, et de la couverture des frais pour l’enregistrement de celle-ci au registre du commerce.À lire aussiRDC: l’Entreprise générale du cobalt bientôt opérationnelle
4/9/20242 minutes, 13 seconds
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Les attaques des Houthis en mer Rouge redirigent le flux maritime vers Le Cap

Depuis trois mois, le trafic maritime en mer Rouge est particulièrement perturbé par les attaques des Houthis. Ce dimanche 7 avril, les rebelles ont de nouveau revendiqué plusieurs attaques. Plusieurs navires ont ainsi été touchés, voire même coulés. Cela a contraint les bateaux cargos qui passent traditionnellement par le canal de Suez – où près de 30% du trafic maritime mondial de conteneurs transite – se redirigent massivement par la route sud-africaine par le cap de Bonne-Espérance. 80% du trafic par le canal de Suez aurait ainsi chuté, redirigeant les flux vers le flanc ouest de la côte africaine. Une route plus longue en moyenne de 40%, ce qui impose des pauses ravitaillement en carburant. Certains ports sont ainsi gagnants, comme au Cap-Vert.Récemment, João Oliveira e Sousa, le patron de Vivo Energy, expliquait à la télévision nationale capverdienne le bond du soutage observé sur l’île. « Au cours des trois derniers mois, nous avons eu une augmentation de la consommation du carburant d'environ 80%, affirme le chef d’entreprise. Il est vrai également que le Cap-Vert n'est pas la seule option pour les navires dans la région. Sur la côte ouest de l'Afrique, il y a également Dakar et les îles espagnoles. Ce marché que nous observons ici en ce moment est considérable et il est clair qu'il nous apportera des avantages financiers. »Autre question : celle de la réorganisation des lignes et donc du transbordement des conteneurs. « Il est très, très prématuré de conclure à un changement significatif aujourd'hui des ports de transbordement sur le flanc ouest », explique Loubna Ghaleb, directrice de la stratégie du port de Tanger Med. Pour elle, il faut encore attendre pour confirmer la tendance en cours.« Maintenant, il y a des questions qu'on pourrait effectivement se poser, notamment sur le passage par la route du Cap, est-ce qu'il constitue effectivement une alternative durable pour les compagnies maritimes ? Et si la crise persiste plus longtemps, est-ce qu'on pourrait parler de solutions logistiques temporaires ou d'ajustement structurel ? Ce sont les vraies questions aujourd'hui que l’on se pose, met-elle en avant, tout en n'excluant pas qu’une telle situation se pérennise. Maintenant, si la crise perdure, on pourrait observer une utilisation renforcée des hubs de transbordement qui sont près du détroit de Gibraltar comme Tanger Med, Algésiras, Valence et Sines. »Des capacités à Tanger MedFace à des ports connus pour leur congestion, notamment ceux d’Afrique du Sud, le port marocain fait figure de modèle. Il est classé 4e port le plus performant au monde.Loubna Ghaleb assure que Tanger Med serait prêt à accueillir une partie du flux. « On a une équipe, je parle de l'écosystème portuaire qui comprend les équipes de Tanger Med mais aussi les concessionnaires, qui est très bien coordonnée pour bien gérer toute augmentation significative du trafic, met-elle en avant. Maintenant, effectivement, ça tombe bien parce qu’on a lancé aujourd'hui, et c'est une information effectivement qui est publique, une nouvelle capacité de 400 mètres qui sera mise en service dans les prochains mois et qui permettra effectivement, si demain cette crise perdure et si on voit un flux de trafic important, d'absorber une partie de ce trafic-là. »Fin février, l’un des plus gros transporteurs CMA-CGM déclarait reprendre le transit par la mer Rouge au cas par cas. Selon le centre de recherche Soufan Center, 18 grandes compagnies maritimes internationales ont ainsi modifié leurs itinéraires pour éviter la menace de la mer Rouge, faisant tripler selon lui le prix du fret.À lire aussiLa mission de l'Union européenne en mer Rouge a repoussé 11 attaques des rebelles houthis
4/8/20242 minutes, 23 seconds
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Le Congo-Brazzaville et la Chine célèbrent les 60 ans de leur coopération

Cette année 2024 marque le soixantième anniversaire de la coopération entre Brazzaville et Pékin. La République du Congo bénéficie de plus en plus d’infrastructures construites par son partenaire chinois - des constructions qui sont aussi à l’origine de l’augmentation de la dette du pays. Ces dernières années, la coopération de la Chine s’est fortement diversifiée et touche désormais le secteur du pétrole. De notre correspondant à Brazzaville,Sur un site excentré de la route qui relie Pointe-Noire, la capitale économique du Congo, et l’enclave angolaise du Cabinda, des experts chinois exploitent depuis quelques années un important champ pétrolier on-shore, nommé Banga Kayo. « Il est clair que Banga Kayo a des réserves très importantes, se réjouit Bruno Jean-Richard Itoua, ministre congolais des Hydrocarbures. La Chine, à travers Wing Wah, fait un excellent travail. On est très heureux de voir cette société travailler à la fois sur le pétrole liquide et l’hydrocarbure gazeux avec des résultats palpables tous les jours. On aimerait bien que les autres suivent le même exemple ».Aéroports et Nationale 1, vitrines de la coopération chinoiseLa coopération avec la Chine est à la fois « bénéfique et gagnante pour le Congo-Brazzaville », juge le président de la Chambre de commerce de Pointe-Noire, Didier Sylvestre Mavouenzela. Elle a permis à l’économie congolaise d’aller de l’avant, juge-t-il. « Si je prends le cas de la route [Nationale 1] qui relie Pointe-Noire à Brazzaville [sur près de 520 kilomètres, NDLR], cette route a permis au Congo de jouer son rôle de pays de transit dans la sous-région. La Chine a également été très active dans la construction de barrages et le transport de l’énergie », souligne-t-il.Aujourd’hui, l’essentiel des infrastructures au Congo est l’œuvre de Beijing, souligne Alphonse Ndongo, analyste économique. « Qu’il s’agisse des routes, des infrastructures sportives et des bâtiments administratifs… Les étrangers qui arrivent au Congo voient la transfiguration des deux principaux aéroports internationaux du pays : Maya-Maya à Brazzaville et Agostino Neto à Pointe-Noire, qui sont les véritables vitrines de cette coopération ».40% de la dette du CongoMais certains Congolais questionnent la qualité et la maintenance de certains ouvrages. De plus, cette coopération a un prix. En 2021, Brazzaville avait dû demander une restructuration de sa dette à Pékin afin de pouvoir reprendre les discussions bloquées avec le FMI. Une dette qui avait déjà été revue en 2019. « C’est possible qu’il y ait de ce côté une espèce d’alourdissement de la dette, reconnaît Alphonse Ndongo. Car la Chine représente le plus grand stock du poids de la dette du Congo ». En 2022, le Congo devait officiellement à la Chine et à ses entreprises un peu plus de 1 500 milliards de francs CFA (soit plus de 2,2 milliards d’euros). Ce qui représentait près de 40% de la dette extérieure du pays.À lire aussiApiculture au Congo-Brazzaville: une miellerie chinoise pour booster la production [1/2]
4/7/20242 minutes, 9 seconds
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Tunisie: le gouvernement encourage les circuits courts pendant le ramadan

Face à l’inflation, les autorités tunisiennes renouvellent cette année les opérations dites de ventes directes en cette période de ramadan. Des marchés ponctuels, où les producteurs peuvent vendre directement leurs marchandises au consommateur, sans intermédiaire.  De notre correspondante à Tunis,L’adresse s’est transmise par le bouche-à-oreille. À quelques encablures de l’avenue Bourguiba, une vente directe attire le chaland. « C’est mon fils qui m’a parlé de cet endroit, alors j’ai voulu voir à quoi ça ressemblait, précise une cliente. Les prix sont légèrement inférieurs à ceux du marché qui est près de chez moi où je vais habituellement. Je voulais vérifier cela de mes propres yeux. »Le litre d’huile 13% moins cherLégumes, viandes ou encore dattes, le nécessaire du ramadan est là. Neda Barhoumi est productrice. Originaire de la région du Kef dans l’ouest du pays, elle est venue vendre son huile d’olive à 22 dinars le litre – l’équivalent de 6,50 euros –, soit un euro de moins que ce qu’elle pratique habituellement. Elle est avant tout là pour se faire connaître auprès des consommateurs et compléter ses revenus. « Les temps sont durs en ce moment pour les agriculteurs, explique-t-elle. Donc ça m’arrange d’avoir un peu de liquidités. Le plus important ici, c’est de se faire connaître, que le client goûte nos produits et qu’il devienne un habitué. Je mets mon numéro sur chacun de mes produits, et donc, si le client aime et veut racheter mon produit, il me contactera. » Hattab Messouadi dit travailler pour l’équivalent de la répression des fraudes tunisienne. « Tout cela, c’est du mensonge, estime le sexagénaire, pas du tout convaincu par ces points de vente encouragés par les autorités. Il n’y a rien à gagner à venir ici. » Il est vite contredit par des vendeurs. « Tu ne peux pas dire ça ! Les piments qui se vendent à 6 dinars, tu les trouves à 4 dinars ici », s’insurge l’un d’entre eux. « Ces oranges-là sont vendues à 3,2 dinars au marché central, ici elles sont à 2 dinars », renchérit un deuxième. « C’est juste pour calmer les gens face à l’inflation »Le phénomène est également regardé avec circonspection par Hamdi Ouerghi. Agriculteur et membre de l’ONG tunisienne Alert, il estime qu’il s’agit avant tout de communication de la part des autorités. « C’est juste pour calmer les gens face à l’inflation. Mais l’État n’a pas de stratégie. Si c’était vraiment la solution et qu’il y avait vraiment une différence de prix, pourquoi ne pas la généraliser, pourquoi ne permettre qu’à quelques milliers de personnes d’y avoir accès et pas au reste de la population ? »Après avoir dépassé la barre des 10%, l’inflation en Tunisie se situait le mois dernier à 7,5% en comparaison à l’an dernier. Un taux que les produits alimentaires dépassent très largement en cette période de ramadan.
4/5/20242 minutes, 21 seconds
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Sénégal: après l'élection de Bassirou Diomaye Faye, des réformes attendues dans la pêche

Le secteur de la pêche a été un grand thème de la campagne présidentielle au Sénégal. L’audit du pavillon sénégalais est l’un des grands points du programme du nouveau président, Bassirou Diomaye Faye, alors que les ressources halieutiques se raréfient et que les tensions liées se multiplient. Les bateaux sont toujours plus nombreux et les intérêts sénégalais pas toujours au rendez-vous. Selon la loi, les bateaux doivent être au moins à moitié détenus par des capitaux sénégalais. Cependant, la réalité qui se cache derrière est souvent très différente ; le propriétaire sénégalais fait régulièrement office de prête-nom, révèle un rapport récent de EJF (Environmental Justice Foundation). « Il y a des Européens et de plus en plus de Chinois et de Turcs qui bénéficient de licences bien sûr, avec des complicités », détaille Bassirou Diarra, enseignant-chercheur à l’université Cheikh Anta Diop et chargé de plaidoyer pour EJF.Bassirou Diarra travaille sur ces thématiques depuis plus de 30 ans. « Il y a un manque de transparence. Le listing des navires autorisés, qui était en outil de lutte contre la pêche illicite – parce qu'on sait qui pêche ou comment ; il est partagé, tout le monde peut le voir, mais depuis 2019, le listing est un document confidentiel », explique-t-il.Des zones de pêches non respectéesAutre problématique, les conflits en mer. Aujourd’hui, pas de garde-côtes dédiés, mais une question gérée par la Marine nationale. « Il y a beaucoup de conflits entre la pêche artisanale et la pêche industrielle, explique Dr Aliou Bâ, chargé de campagne océan à Greenpeace. Tout simplement du fait que la pêche industrielle, parfois, descend dans des zones où se trouve la pêche artisanale. »Durant la campagne, de nombreux candidats ont promis d'augmenter la zone d'activité de pêche artisanale à 12 miles pour permettre de lever la pression sur les pêcheurs artisanaux et permettre la régénération des ressources. « Parfois, il arrive qu'on détecte des navires qui viennent pêcher clandestinement. On a d'ailleurs, en février dernier, détecté un navire qui battait pavillon russe, un navire de pêche d'une capacité de 2 000 tonnes qui était venu et qui était en activité pendant deux semaines au niveau des eaux sénégalaises. Donc ce sont des situations qui arrivent très souvent », précise encore le Dr Bâ.Des devises qui s'échappentUne surexploitation des ressources qui impacte négativement la pêche artisanale et fait grimper les prix sur les marchés locaux. Une pêche intensive qui rapporte peu au Sénégal, regrette également Bassirou Diarra. Pour lui, le problème vient des choix politiques. « Au lieu de faire la gestion, on a fait de la production. Je pense qu'il faut recentrer et revenir à des options de gestion durable et en domiciliant les valeurs ajoutées locales. On ne peut plus prendre le poisson du Sénégal, aller le vendre pour chercher des devises éventuellement qui ne reviendront pas », avance-t-il. Il s’appuie sur une note de la BCEAO : « Ils disent que le secteur de la pêche est quand même un secteur qui a un très faible taux de rapatriement des devises. Ça veut dire qu'il y a de l'évasion fiscale. »Élargissement de la zone réservée à la pêche artisanale, audit du pavillon sénégalais ou encore renforcement du dispositif de surveillance maritime font partie des promesses de campagne de Bassirou Diomaye Faye. Les deux experts s’accordent sur le besoin d’une politique ambitieuse pour le secteur et, pour cela, la nécessité de consacrer plus de moyens humains et financiers.
4/3/20242 minutes, 22 seconds
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TenSenses mise sur la noix de macadamia au Kenya

Il est surtout connu pour ses exportations de thé, de café ou encore de fleurs coupées, mais le Kenya est aussi un important exportateur de noix de macadamia. Nairobi a d’ailleurs levé l’année dernière l’interdiction de l'exportation des noix de macadamia non décortiquées, qui était en place depuis 2015. Après des années difficiles, le secteur repart. Le groupe Pamoja l’a compris et vient de lever 8,5 millions de dollars pour accélérer la production de ces noix en Tanzanie et au Kenya, notamment à travers sa filiale kényane, TenSenses, qui a une usine de transformation en bordure de la capitale. De notre correspondante à Nairobi,Dans l’usine de TenSenses, les employés s’affairent autour de grandes tables où sont étalées les noix de macadamia. Après les avoir achetées auprès des agriculteurs, l’entreprise doit les sécher, les décortiquer puis les trier. « Là, ce sont les noix qui viennent d’être décortiquées, décrit Hillary Rotich, en charge du contrôle qualité. Il faut maintenant séparer les bonnes des mauvaises. Celles-là, ce sont les bonnes, on les a séparées de celles-ci, qui ont été abîmées par des insectes, de celles-ci qui sont moisies ou encore de celles qui ne sont pas mûres. »Les noix de macadamia de TenSenses partent majoritairement vers les États-Unis ou l’Europe. L’entreprise exporte environ 500 tonnes de noix transformées par an. Des noix qui proviennent d’un réseau de 5 000 fermiers kényans, des petites productions, la plupart en agriculture biologique. « Le Kenya est très différent parce que ce sont 200 000 petits fermiers qui ont des noix de macadamia sur leurs terres, mais avec des productions très petites et en polyculture, comme on le fait souvent au Kenya », explique Guillaume Maillard, directeur général de Pamoja.À lire aussiL'Afrique du Sud veut tenir son rang de premier exportateur mondial de noix de macadamiaUne place de choix sur le marché mondial« Sur le même lopin de terre, ils font des noix de macadamia, mais ils peuvent faire aussi du maïs, des tomates, des mangues, différentes choses. Sur nos 5 000 fermiers, ils ont en moyenne 26 arbres chacun. Sachant qu’en culture commerciale, sur un hectare, on a plus de 300 arbres », précise-t-il encore.Un modèle plus résilient qui permet tout de même au pays d’avoir une place de taille sur le marché mondial. « Quand on regarde le marché mondial de la noix de macadamia, il y a quatre sources principales. Le Kenya, qui devrait avoir une production de 40 000 tonnes cette année, derrière la Chine, l’Australie et enfin l’Afrique du Sud, qui est de loin le plus grand producteur et devrait produire cette année entre 90 000 et 95 000 tonnes. Le Kenya, dans tout ça, détient une part du marché équivalente à, disons, 15 à 20% », analyse Kees Blokland, de l’agence de négoce, Global Trading & Agency.Le secteur sort de deux années difficiles. La macadamia, considérée comme noix de luxe, a fait les frais de pandémie de Covid-19 et d’une hausse de l’inflation mondiale. Depuis, ses prix commencent à remonter. L’offre et la demande aussi, souligne Guillaume Maillard. Pamoja en a fait le pari. Avec sa nouvelle levée de fonds, le groupe compte, entre autres, développer sa capacité de transformation au Kenya.
4/2/20242 minutes, 14 seconds
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Produire sur place au lieu d'importer, la politique camerounaise qui peine à décoller

Crise du Covid-19, guerre en Ukraine, changement climatique... Différents facteurs ont eu un impact sur la disponibilité et les prix des céréales ces dernières années. Pour limiter la dépendance aux importations alimentaires, le Cameroun a engagé un plan triennal d’import-substitution. Il s’agit de produire sur place ce qui peut l’être au lieu d’importer. Mais malgré un budget de plus de 114 milliards de FCFA (170 millions d’euros), la mise en œuvre de cette politique peine encore à décoller. Développer la production locale pour limiter les importations, l’entrepreneur Bertin Tchoffo est convaincu. « Quand le président de la République a fait son discours et a exprimé la volonté de soutenir l’import-substitution, tout de suite, on n'a pas hésité, se rappelle le patron. Le lendemain, je peux vous assurer, mes équipes et moi, nous avons fait le nécessaire pour démarrer les champs de manioc. »L’idée du directeur de Pafic : substituer une partie de la farine de blé utilisée dans la pâtisserie et la boulangerie camerounaise par de la farine de manioc. « Au fond de moi, je savais que c’était porteur comme tout ce qui est agro-alimentaire », détaille-t-il. Pour cela, il se lance dans un grand projet de 2 000 hectares de production de manioc. Il conçoit même des machines adaptées pour moudre les tubercules.Des initiatives privées encouragéesUne initiative privée, mais encouragée par les autorités, assure-t-il. « Je prendrai l'exemple du ministre du Commerce. Dès que les premiers sacs de farine sont sortis, deux jours après, il a convoqué une réunion avec tous les pâtissiers de la ville de Yaoundé, présente Bertin Tchoffo. On a présenté le produit et on leur a donné les produits pour aller faire les tests. Et il nous a donné une position stratégique au boulevard du 20 mai pour exposer ce pain de manioc. Le ministre du Commerce est en train de faire tout ce qui est en son pouvoir pour faire cette farine et pousser les boulangers à mettre cette farine dans le pain. »Malgré la volonté politique et la disponibilité de la farine, tout n’est pas encore gagné. « Effectivement, [les débuts] sont encore un peu timide mais on voit déjà les grands groupes de pâtissier passer des grandes commandes. En termes de tonnes, même pas en termes de sacs », se réjouit-il.Des réticences aux changementsDans le domaine des farines panifiables, les maillons de la filière et leurs intérêts sont grands, ce qui peut expliquer certaines réticences. « Pour les lectures que j'ai faites, j'ai bien compris qu'effectivement la filière elle-même, en particulier tout ce qui est minoteries, etc, n’a pas trop intérêt à ce que les choses changent, constate Thierry Leroy, chercheur au Cirad, directeur régional pour l’Afrique centrale basé au Cameroun. Enfin, si on leur dit, tu vas prendre de la farine de manioc que tu vas intégrer après au niveau des boulangers… Peut-être qu'il y a des équilibres à trouver, mais c'est certain et c'est logique que chacun défende son domaine. »La fixation du prix de la farine de manioc – comme ça l’est pour la farine de blé – est encore attendue. D’autres actions seraient possibles, selon le chercheur : « Favoriser déjà cette production et déjà voir avec la boulangerie, avec les opérateurs de la fabrication de pain, comment est-ce qu'on peut l’intégrer. Il faut une fois que l'expérimentation, on va dire en laboratoire ou en petite quantité, a été faite, c'est passer à l'échelle. »Les autorités sont conscientes des défis rencontrés. Le rapport d’exécution 2023 de la politique d’import-substitution pointe notamment la problématique d’enclavement des bassins de production. Autre constat : le faible décaissement des budgets alloués, à peine plus de la moitié des montants ont été dépensés l’an passé. À lire aussiCameroun: développer la filière lait gräce aux Montbéliardes
4/1/20242 minutes, 16 seconds
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Sénégal: Canal+ entre au capital de Marodi TV, créateur de séries à succès

Canal+ renforce sa présence dans l'audiovisuel en Afrique. Le groupe français, filiale de Vivendi aux mains de Vincent Bolloré, devient actionnaire minoritaire de la société sénégalaise de production Marodi TV, dont elle diffusait déjà le catalogue de séries télévisées en Afrique de l'Ouest. Maîtresse d'un homme marié, Pod et Marichou, Karma... Les séries de Marodi TV ont cartonné, en wolof et en français, sur les plateformes digitales (3 milliards de vues sur YouTube) ou les chaînes de télévision locales et panafricaines. Mais la société de production sénégalaise avait besoin d'un nouveau souffle financier. « On avait besoin de fonds pour faire plus de production et distribuer un peu partout dans le continent, explique Serigne Massamba Ndour, son fondateur et dirigeant. Au lieu de choisir un fonds d'investissement classique, on a préféré choisir Canal+ qui est un partenaire stratégique avec qui on partage la même vision et les mêmes ambitions pour l'Afrique et avec qui on travaille depuis plus de cinq ans ».Étoffer le catalogueCanal+ ne pouvait passer à côté de cette opportunité : les produits africains, dont ceux de Marodi déjà à son catalogue, sont en tête des audiences auprès de ses désormais 8 millions d'abonnés sur le continent. Et ils font plus que jeu égal avec les produits américains sur le premium.« Il y a 20 ans, nos offres s'adressaient à une élite en partie expatriée et en partie locale, mais très internationale, qui s'accommodait d'une offre de télé internationale, rappelle Sébastien Faux, directeur des programmes de Canal+. Aujourd'hui, notre expansion s'est faite dans toutes les capitales africaines, puis des capitales vers les provinces. Les familles qui nous rejoignent sont en attente de produits, d'histoires qu'elles comprennent et qui leur ressemblent et qui sont donc africaines. »À lire aussiMédias: pourquoi le groupe français Canal+ veut racheter le sud-africain MultiChoiceAvant l’arrivée des plateformesDes histoires africaines et de plus en plus en langue locale. « C'est important, vis-à-vis du public et stratégiquement vis-à-vis d'autres opérateurs qui pourraient être nos concurrents demain, de disposer de contenus dans ces langues vernaculaires, souligne Sébastien Faux. Et c'est le cas de Marodi. Installé au Sénégal, il sait produire en wolof, en pulaar et en français. »Après avoir acquis Rok Studios au Nigeria, Plan A en Côte d’Ivoire, et Zacu Entertainment au Rwanda, Canal+ poursuit donc ses investissements pour étoffer son catalogue en produits audiovisuels entièrement créés et fabriqués en Afrique. Avec 2000 à 2500 nouveaux épisodes par an et des droits de longue durée, la chaîne française à péage espère pouvoir résister à la concurrence des plateformes américaines, lorsqu'elles débarqueront en Afrique.À lire ou à écouter aussiL’ambition africaine de Canal+
3/31/20242 minutes, 28 seconds
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En Côte d’Ivoire, les œufs de Pâques inaccessibles pour la majorité de la population

En nouchi, l’argot abidjanais, on appelle les classes moyennes et supérieures les « choco ». Et pour cause : dans le premier pays producteur de cacao au monde, le prix du chocolat est trop élevé pour la plupart des ménages. À Pâques, la chasse aux œufs est donc réservée aux enfants les plus favorisés.  Avec notre correspondante à Abidjan,« Tu dis quoi ? Œuf de Pâques ? Non, non, ça n’a jamais existé. » Dans les rues d’Abidjan, le concept de chocolats de Pâques n’est pas très populaire. Près de l’Ivoire Trade Center, le centre commercial le plus huppé de Cocody, ce père de famille dit même n’en avoir jamais entendu parler. « Je te mets au défi : tu ne verras même pas cinq habitants ici, en Côte d’Ivoire, donner [des] cadeaux de Pâques à leurs enfants. C’est la première fois même que j’apprends ça. Sinon ça n’a jamais existé dans nos coutumes. Du haut de mes 46 ans, je ne connais pas. C’est que c’est purement européen ! »Car les prix du chocolat sont si élevés qu’il est majoritairement réservé à une clientèle d’expatriés. Dans ce centre commercial, on trouve ainsi un sachet de 180 grammes d’œufs pralinés de la marque suisse Lindt à 10 200 francs CFA (15,60 euros). Un autre, de la chocolaterie française Motta à 9 600 francs CFA pour 150 grammes (14.70 euros).Et les productions locales s’inscrivent dans la même gamme de prix, comme les chocolats de la marque ivoirienne MonChoco, vendus à un stand de la galerie marchande. « Nous avons le grand panier de Pâques, composé de l’œuf moyen, du petit lapin de Pâques, des poissons, des petites poules, détaille la vendeuse. Tout ça pour 19 000 francs CFA (près de 30 euros). Nous avons aussi la cabosse, les poules, pour 17 000 FCFA (26 euros). Nous avons aussi le coq à 4 500 francs (6,90 euros), le petit lapin là-bas pour 3 000 francs (4,60). C’est beaucoup les étrangers qui achètent [nos chocolats] pour la fête de Pâques. »À lire aussiLe cacao plus cher que le cuivre pour la première fois de l'Histoire« C'est la mondialisation »Mais les chocolats de Pâques parviennent aussi à séduire une élite mondialisée, dont les enfants fréquentent des établissements internationaux comme l’école Fred & Poppée. « Il y a beaucoup de traditions qui ne sont pas des choses que nous, les parents d’aujourd’hui, avons vécues quand on était enfants, reconnaît le père de deux élèves. Pâques, c’est une fête que l’on connaît pour son côté religieux. Mais il faut dire qu’avec nos générations d’enfants, on a développé, en tant que parents, cette flexibilité - c’est la mondialisation, hein ! - à faire comme les autres. Il y a la Pâques maintenant, sur ce volet-là : chocolats, chasse aux œufs, tout ça. On n’a pas grandi avec, mais nos enfants, avec la télévision et tout, c’est leur univers, et on essaie de leur offrir tout ça. »Une des éducatrices de l’école, Mariam Atta-Kouadio a lancé depuis l’an dernier une activité de chasse aux œufs de Pâques au jardin botanique de Bingerville. Avec pour objectif d’inciter les enfants à intégrer le chocolat à leurs habitudes alimentaires. « Il faut dire que ça ne fait pas partie de nos cultures, en fait. Le chocolat au village, ce n’est pas tout le monde qui en consomme ! C’est vrai que la Côte d’Ivoire est la première productrice en café-cacao, mais il faut reconnaître que c’est coûteux. Le chocolat est cher, ce n’est pas tout le monde qui en consomme. On va essayer de parler de ça aux enfants, pour que ça puisse entrer dans nos cultures. » Sa chasse aux œufs a rassemblé plus de 150 participants l’an dernier, et compte autant d’inscrits cette année. Coût de la participation : 10 000 francs CFA (15,30 euros), chocolat inclus.À lire aussiCôte d'Ivoire: inauguration d'une des plus grandes usines de transformation de cacao du pays
3/28/20242 minutes, 20 seconds
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Au Congo, quel bilan pour le contenu local dans l’industrie pétrolière et gazière?

À l’occasion des 100 ans de TotalEnergies, gros plan sur le contenu local dans le secteur des hydrocarbures au Congo-Brazzaville, qui exploite le pétrole depuis 1960 et qui vient d’abriter la toute première table ronde sur le sujet. L’occasion de faire le point sur l’utilisation des talents nationaux par les opérateurs étrangers. De notre correspondant à Brazzaville,Au Congo, le secteur des hydrocarbures est pilote en matière de contenu local, car il est l’un des principaux vecteurs de transfert de technologies de la part des sociétés étrangères. Total Congo est plutôt un bon élève en matière de contenu local. La filiale du groupe français emploie 600 Congolais contre 40 expatriés. Et elle a mis en place une nouvelle politique de gestion des travailleurs. « On a basculé de la gestion des ressources humaines à la gestion des talents, explique Jean-Didier Ngami, chef du département des ressources humaines. Aujourd’hui, c’est le salarié qui se prend en charge ; c’est le salarié qui gère sa carrière et la compagnie vient en support. »Le secteur aval, pétrolier et gazier, ne pose en général pas de problème, selon les experts, car les Congolais gèrent eux-mêmes le transport et la distribution des produits. Mais en amont, la dizaine d’autres sociétés qui opèrent au Congo est loin de l’objectif fixé par les autorités, à savoir plus de 50% d’employés locaux. « Les sociétés commencent à mettre en place, de plus en plus, des actions sur le contenu local, observe Sarah Rihane Sockath, conseillère sur ce dossier au ministère des Hydrocarbures. Mais les résultats ne répondent pas encore aux objectifs que nous avons fixés. Nous continuons donc à encourager les entreprises dans la promotion du contenu local. »Doper la formationCes sociétés ne peuvent pas non plus se substituer à l’État dans l’organisation de l’enseignement professionnel dans le pays, souligne Sarah Rihane Sockath : « La véritable question est de se dire : est-ce qu’au niveau du Congo, les formations que nous offrons à nos étudiants répondent aux besoins des entreprises ? »En attendant, les sociétés étrangères forment elles-mêmes leurs salariés en fonction des besoins. L’Italien Eni a ainsi formé 40 salariés congolais aux technologies de la liquéfaction, pour le démarrage de l’exploitation et de l’exportation du gaz naturel liquéfié (GNL). L’émergence de ce secteur gazier pourrait être l’occasion de doper le contenu local, grâce à l’adoption de nouveaux textes. « On va avoir un nouveau code gazier qui permettra de définir le cadre législatif, fiscal et contractuel », promet le ministre congolais des Hydrocarbures, Bruno Jean-Richard Itoua.Plus largement, les experts jugent que le contenu local ne devrait pas concerner le seul secteur des hydrocarbures, si l’on veut lutter efficacement contre le chômage et la pauvreté.À lire aussiCongo-B: retombées financières et emploi local au menu d’une table ronde sur le pétrole
3/28/20242 minutes, 20 seconds
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Sénégal: les priorités économiques du nouveau président élu Bassirou Diomaye Faye

Bassirou Diomaye Faye, élu dès le premier tour dimanche 24 mars, devrait entrer en fonction le 3 avril prochain, avec un programme de rupture pour tenter de relever d'immenses défis comme l'alimentation, la dette et l'emploi. La souveraineté alimentaire est en tête du programme économique du nouveau président élu du Sénégal. Une priorité qu’approuve Meissa Babou, enseignant-chercheur à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar. « Il faut rompre avec le modèle actuel de notre économie, qui est un modèle d'importation, avec ce que ça nous coûte en devises. Parce que nous importons tout ce que nous mangeons, de l'oignon au riz, en passant par la pomme de terre. »Huit pôles agro-industriels régionauxDans cette même optique, ajoute-t-il, « il faut penser immédiatement à rompre les contrats léonins sur la pêche ». L’économiste se félicite du projet de Bassirou Diomaye Faye de décaler la zone de pêche de 20 km, au profit des pêcheurs sénégalais.La région de Dakar concentre encore 80% des investissements publics, déplore Cherif Sy, ancien professeur à l'École nationale d'économie appliquée. Ce dernier voit donc d’un bon œil le projet de décentralisation économique de la nouvelle équipe. Huit pôles agro-industriels régionaux devraient être créés, précise Cheikh Fatma Diop, auteur du programme de l'ex-Pastef, afin que les entreprises s'implantent, notamment les PME et PMI, « pour exploiter les ressources autour de l'arachide dans le centre, autour des fruits et légumes dans le sud, autour des produits halieutiques sur le littoral ». Il s’agit aussi de « permettre aux jeunes d'accéder à un maximum d'opportunités par l'industrialisation et d’atteindre une valorisation totale du secteur primaire ».Renégocier la dette et les contrats de pêche et de gazPour retrouver de l'aisance budgétaire, l’équipe du nouveau président envisage de renégocier la dette sénégalaise, « sur le modèle de la Zambie ou du Ghana ». Et de récupérer des ressources fiscales en supprimant des exonérations et en élargissant l'assiette de l'impôt, très réduite.Elle ne s'interdira pas non plus de revoir les contrats signés, y compris dans le gaz. « Par définition, tout contrat signé dans des conditions non optimales pourrait être revu, indique l’inspirateur du programme, Cheikh Fatma Diop. Ce sont des pratiques internationales connues. »Rectification sur la future monnaieEn revanche, Bassirou Diomaye Faye a publiquement rectifié le tir en annonçant, de concert avec Ousmane Sonko, qu'il soutiendrait la future monnaie ouest-africaine pour remplacer le franc CFA, avant de songer à créer une monnaie sénégalaise. « Ce sont des rectifications rassurantes, juge l'économiste Cherif Sy. Ils précisent aujourd’hui qu'ils combattront pour l'émergence de la monnaie de la Cédéao... Une sortie du Sénégal de la zone monétaire, ce serait sa disparition immédiate, avec des effets désastreux sur les pays voisins. »Il est possible d'orienter l'économie vers la satisfaction des besoins essentiels internes – infrastructures, nourriture, éducation –, juge l'économiste, sans provoquer « maladroitement » la fuite des capitaux ou celle des investisseurs extérieurs.À écouter aussiPrésidentielle au Sénégal: décryptage de la victoire de Bassirou Diomaye Faye
3/27/20242 minutes, 15 seconds
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Madagascar: une start-up se spécialise dans la fabrication de drones cargo

Avec leurs 3,20 mètres d’envergure, on peut les voir sillonner le ciel malgache. Ce sont des drones cargos, conçus sur la Grande Île depuis 2019 par une start-up, la seule à proposer un service de livraison avec les drones qu’elle fabrique. La jeune société et sa soixantaine de salariés ont réussi à lever 3 millions d’euros l’an dernier auprès d’un fonds d’impact basé en France. Une aventure humaine et technologique dans un secteur aussi innovant qu’incertain. De notre correspondante à Antananarivo,Le dernier drone d’AerialMetric est solidement harnaché sur le banc d’essai. Les équipes de calibration et de recherche et développement simulent un décollage en conditions réelles. Objectif : vérifier le comportement des quatre moteurs, poussés à leur vitesse maximale de 110 km/h. Le test fini, les ingénieurs viennent récolter les premières données physiques. « Moteurs avant D et A, température : 80°C. Ce n’est pas normal, il faut qu’on vérifie ça », alerte l'un d'eux.Jusqu’à 10 kg de charge transportable (ou 12 litres), une autonomie de plus 200 km, ce petit bijou de technologie à plus de 90 000 euros pièce a été conçu dans ce hangar tananarivien. « On importe les ailes, le corps du drone, le fuselage, la dérive, l’aile centrale », explique, tournevis en main, Zo Rakotoarisoa, le tout premier salarié de la start-up, assis devant une table de montage. « Pour le reste, c’est nous qui fabriquons tout à l’intérieur du drone, comme l’ordinateur de bord, par exemple. On adapte aussi le drone à la demande des clients. Parfois, ils veulent transporter plus de poids ou augmenter la vitesse. En ce moment, on tente une amélioration du système de largage », décrit-il. Une imprimante 3D est en train de fabriquer la pièce manquante, pendant qu’au département électronique, on vérifie le câble du moteur, soumis à des températures trop élevées.À écouter aussiWilliam Elong, le petit génie du drone camerounaisUn drone à l’épreuve de la géographie malgacheL’objectif de la start-up, à terme, est d’être totalement autonome pour produire ses drones. Un vrai défi dans un secteur de technologie de pointe très concurrentiel. « C’est une course à la précision, sur l’autonomie de vol, sur la capacité d’emport [capacité de charge d’un avion, NDLR], surtout dans le domaine de la cargaison par drone, expose Thomas Clochard, directeur technique adjoint. Il faut être le meilleur. »Une agilité permanente à laquelle s’astreint la start-up, favorisée, il est vrai, par la législation aéronautique encore souple à Madagascar, qui lui a permis de réaliser des milliers de vols. « Nous avons sur une même île, des zones désertiques, très humides, des chaleurs très élevées, un relief avec des montagnes, des vallées, qui se suivent avec peu d’intervalles, poursuit Thomas Clochard. C’est vraiment quelque chose qui soumet le drone à des conditions de vol très extrêmes. C’est pour ça que nous avons réussi à développer un drone tout terrain. » Une expertise désormais reconnue à l’international et qui laisse présager un bel avenir au drone cargo malagasy.
3/25/20242 minutes, 15 seconds
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En Tunisie, un podcast pour lutter contre la vie chère

En Tunisie, inflation et pénuries rythment le quotidien des habitants depuis des mois. C’est dans ce contexte que l'association locale Alert sensibilise les Tunisiens aux questions économiques, en diffusant notamment des podcasts hebdomadaires à destination du public. Financement des médias, prix de l’huile d’olive ou encore économie de rente sont des sujets traités. Sur le réseau social TikTok, certaines vidéos engrangent jusqu’à plusieurs centaines de milliers de vues. De notre correspondante à Tunis,En cette froide soirée de ramadan, une dizaine d’amis – de jeunes trentenaires pour la plupart — se retrouve dans les rues de Carthage, en banlieue de Tunis.« Toutes les semaines, on se retrouve après le travail le lundi pour tourner un podcast qui est diffusé sur toutes les plateformes le dimanche matin », explique Louai Chebbi. Diplômé en droit à Paris, il est revenu au pays pour enseigner. Il chapeaute aussi l’association Alert.« Trois, deux, un, action ! », décompte l’un des membres. Ces podcasts durent parfois jusqu’à près de deux heures. Alors que les difficultés que traverse la Tunisie — comme l’inflation, l’endettement, les pénuries — sont souvent expliquées par les autorités comme étant les conséquences de complots visant l’État tunisien, Alert veut contrer le discours officiel, chiffres et démonstrations à l’appui.Des contenus accessibles qui donnent des clés« On a remarqué que les "think tank" qui travaillent normalement avec l’écriture de longs rapports qui font 80, 90 pages, parfois 150 pages, mais ne trouvent pas un public large, un public de profanes », constate le président de l’organisation. Face à ce constat, Alert a voulu faire quelque chose de concret : « On a travaillé des vidéos, avec du contenu accessible, avec un langage, un vocabulaire tunisien qui donne les clefs à ces personnes pour déverrouiller les questions qui semblent un peu trop techniques. »Et les sujets économiques ne sont jamais vraiment décorrélés des questions politiques. « L’économie, c'est la politique, bien évidemment. Notre travail, c'est de dire : "On fait de la politique en parlant d’économie et on fait de l’économie en parlant de politique" », souligne Louai Chebbi.À écouter aussiTunisie : face à la crise, le secteur informel exploseAu programme aujourd’hui dans le podcast tourné ce jour-là, le statut des professions libérales en Tunisie. Pas de présentateur attitré. Le plus compétent des membres du collectif conduit les débats. Mehdi Jemaa, expert-comptable et membre d’Alert, tient la barre pour cette émission. À 27 ans, expert-comptable dans un cabinet, ce projet est très stimulant pour lui : « Honnêtement, moi personnellement, j’y trouve du sens. C’est une quête de sens. J’ai un rôle quelque part et j’arrive à avoir un impact, et ça honnêtement, c'est mon moteur. »Aujourd’hui, l’organisation fonctionne essentiellement sur l’implication et la générosité de ses membres. Pour garantir la liberté de ton et l’indépendance d’Alert, Mehdi Jemaa encourage les auditeurs à mettre la main à la poche pour assurer la pérennité du programme.
3/24/20242 minutes, 18 seconds
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Le Congo-Brazzaville devient producteur et exportateur du gaz naturel liquéfié avec le groupe Eni

L’économie congolaise qui repose depuis toujours sur le pétrole va dorénavant pouvoir également compter – même si à moindre échelle - sur le gaz naturel liquéfié (GNL). Le Congo-Brazzaville devient producteur et exportateur de GNL grâce aux investissements du groupe pétrolier italien Eni. La toute première cargaison vient de quitter Pointe-Noire (sud), la capitale économique. Avec notre envoyé spécial à Pointe-Noire, Loïcia MartialSur le site de Litchenjili à quelques encablures de Pointe-Noire, les officiels venus assister au démarrage de la production du gaz naturel regardent un cargo qui mouille dans l’Atlantique. Dans ce bateau se trouve la première cargaison de gaz liquéfié prête à partir. Symboliquement, le chef de l’État Denis Sassou Nguesso ouvre une vanne sous le regard enthousiaste du ministre des hydrocarbures, Bruno Jean-Richard Itoua. « Aujourd’hui, nous célébrons à la fois le début de la production et le premier cargo, donc l’exportation du gaz naturel liquéfié pour la première fois dans ce pays, se félicite ce dernier. Pour l’instant, nous sommes dans la première phase qui est celle de 600 000 tonnes (par an) et l’année prochaine, nous passerons à 3 millions de tonnes. »Une usine de liquéfaction livrée par Eni en temps recordL’essentiel de la production sera exportée et une infime partie, avant sa liquéfaction, sera destinée à la consommation locale et à l’alimentation de la centrale électrique du Congo, première unité de production d’énergie du pays.La société italienne Eni a investi 5 milliards de dollars dans cette usine de liquéfaction qui a vu le jour en un temps record. Une année seulement pour qu’elle sorte de terre et soit opérationnelle. « Nous avons voulu (volontairement) avec le contracteur que le projet se fasse très vite, explique Bruno Jean-Richard Itoua. Il y a un marché très demandeur de gaz. Au niveau international, la crise entre l’Ukraine et la Russie crée des tensions sur le marché. Parce qu’il y a une partie de la production mondiale, notamment celle de la Russie qui n’est pas disponible. Il y a une demande très forte, les prix sont très élevés. Donc, tout producteur de gaz a intérêt à aller vite. »Eni a fait usage de technologies très avancées pour produire et traiter ce gaz plus rapidement. « Nous avons (en particulier) utilisé des technologies qui nous ont permis de réaliser un développement modulaire de GNL de petite taille, détaille Claudio Descalzi, le PDG du groupe italien. C'est un modèle jamais utilisé en Afrique et même avec peu d’exemples dans le monde. »Exploiter le gaz plutôt que le torcherLa production de gaz naturel liquéfié apporte une réelle valeur ajoutée à l’économie congolaise, selon le directeur général du Port autonome de Pointe-Noire, Séraphin Balhat. « Depuis les années 1950, on brûlait le gaz, on gaspillait une richesse. Le chef de l’État a pris cette sage décision de faire en sorte que ce gaz soit désormais récupéré, liquéfié et exporté pour la richesse nationale, pour plus de revenus », rappelle-t-il.Le gouvernement envisage également de produire des engrais avec ce gaz. Cette année, la production de gaz naturel liquéfié devrait déjà rapporter 29 milliards de francs CFA (environ 44 millions d’euros) aux caisses de l’État.
3/21/20242 minutes, 21 seconds
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Au Sénégal, le projet gazier GTA s’invite dans la campagne

Au Sénégal, plus que quelques jours avant la fin de la campagne pour les 19 candidats à la présidence. Croissance économique, FCFA, lutte contre la corruption sont des thématiques qui apparaissent dans les différents programmes. Autre sujet économique qui s’invite dans la campagne, celui de la gestion des ressources naturelles et plus précisément le cas du projet gazier sénégalo-mauritanien « Grand Tortue Ahmeyim ». Ce projet s'est invité dans la campagne, car peut-être emblématique des difficultés de gestion et les attentes qui entourent ces grands projets énergétiques. Les découvertes pétrolières et gazières sont promesse de recettes fiscales et de redevances. Mais les premiers litres de gaz prévus pour avril 2022 ne sortiront finalement de terre qu'aux alentours du 3e trimestre 2024.La production annuelle de GNL attendue pour cette 1ʳᵉ phase est de 2,5 millions de tonnes, essentiellement destinée à l'exportation dans un contexte géopolitique très favorable.Cependant, alerte Papa Daouda Diene, analyste économique au Natural Resource Governance Institute, ces rentrées prévisionnelles doivent être considérées avec précaution. Car les retards pris dans le lancement du projet pourraient avoir des conséquences économiques importantes, notamment pour le budget de l'État. « Il ne faut pas oublier que des affectations avaient été prévues dans le budget de 2023 par exemple au niveau des fonds de stabilisation, des fonds intergénérationnels, souligne l’analyste. Mais également, ils peuvent avoir des impacts sur les prévisions de croissance et les prévisions d'endettement, ça, c'est au niveau macroéconomique. »« Se prémunir des risques associés à ces retards »Des retards qui peuvent avoir également des impacts sur les perspectives économiques. Le FMI en fin de mission en septembre 2023 évaluait les perspectives de croissance du PIB à 8,8% pour 2024. Une croissance qui sera stimulée en cas de démarrage de la production de pétrole et de gaz, précise l’institution. « Pour se prémunir de ces risques associés à ces retards, le gouvernement doit faire preuve de prudence dans la planification de l'utilisation de ce gaz, des emprunts associés, de l'utilisation des revenus, etc. », précise encore Papa Daouda Diene.Le coût estimé de la Phase 1 du projet gazier était estimé à 3,6 milliards de dollars. Mais les retards de mise en service vont entraîner de fait des surcoûts. « Quand on connait un retard, il y a forcément de nouveaux investissements et le coût va augmenter, pointe Babacar Gaye, économiste spécialisé dans les questions pétro-gazières et consultant au cabinet DG Link. Il y a des surcoûts, il y a des surfacturations. BP va récupérer l’argent dépensé avant de parler de bénéfices. Du coup quand est-ce qu’on va amortir ? »Les montages financiers de ce genre de projets sont complexes et évoluent au fil du temps et des phases d’exploitation. Le ministre du Pétrole et des Énergies sénégalais, Antoine Félix Diome a rappelé certaines modalités à l’occasion d’une conférence de presse conjointe avec son homologue mauritanien à Nouakchott en janvier dernier. « Au début, nous ne mettons pas d'argent. C'est-à-dire que l'opérateur arrive, il y a une décision finale d'investissement qui est arrêtée après le plan de développement de l'unité qui annonce le coût, détaille le ministre. Après avoir engagé toutes les dépenses, c'est à partir de ce moment, quand [l’opérateur] récupère les dépenses qu'ils ont mises, qu'on se partage le "profit oil". »Renégocier les contrats ?Le « cost oil » est donc le coût pétrolier, « qui d'ailleurs doit être arrêté à un certain montant. Il ne peut pas aller indéfiniment. D'où l'intérêt de bien surveiller le cost oil », précise-t-il encore. Face à ces retards importants, les autorités ont indiqué lancer un grand audit pour notamment évaluer ces surcoûts. Un exercice de transparence également vivement attendu par la société civile. « Je pense que ce sera le plus grand dossier pour le prochain gouvernement, estime le spécialiste Babacar Gaye. C'est pourquoi aujourd'hui, vous pouvez constater que dans l'arène politique, à ce moment de la campagne, certains candidats ont promis aux Sénégalais de renégocier les contrats, parce que ce à quoi nous sommes en train d'assister n'augure rien de bon pour l'avenir de l'exploitation du gaz au Sénégal. »Les difficultés à voir mis en service durant la première phase inquiète. Les phases 2 et 3 de Grand Tortue – censées être plus tournées vers le marché local et plus rémunératrice pour les États – sont prévues. Mais les surcoûts, les reports, mais également la politique générale de BP — notamment ses engagements à réduire ses investissements dans les hydrocarbures — crée de l'incertitude autour de l'avenir du projet.À lire aussiProjet gazier GTA: le Sénégal et la Mauritanie lancent un audit après un énième retard
3/20/20242 minutes, 25 seconds
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Des avancées économiques et sociales grâce à l'amélioration du stockage en Afrique [2/2]

Crise du Covid, changement climatique, conflits... Le continent africain est touché par de multiples facteurs qui impactent sa sécurité alimentaire. La question du stockage des céréales et autres denrées alimentaires est donc centrale, mais encore très imparfaite. Pourtant, le développement d’entrepôts et d’infrastructures de stockage adaptés peut avoir par ricochet — en plus d’assurer la bonne conservation des produits – des impacts importants sur les économies. Avec son plan de développement de lieux de stockage, la Côte d’Ivoire a fait les comptes, explique Justin N’Goran Koffi, le directeur général de l’Autorité de Régulation des Récépissés d'Entreposage. « Ca va développer un tissu industriel local. Vous prenez l'exemple, d’un entrepôt de 1000 m² c'est 150 emplois directs, c'est 450 emplois indirects. C'est un véritable parc industriel. Ne serait-ce qu'un seul entrepôt, ça change la vie des populations », soutient le DG.Dans ce domaine, le Sénégal est également sur les rangs. Développer l’activité dans le centre économique, mais également en régions. « Le Sénégal a érigé le marché de Diamniadio pour centraliser tout ce qui est stockage. Ce qui gangrenait jusque-là la productivité du Sénégal, c'est la période post-récolte, analyse Djibril Diop inspecteur à la Compagnie nationale d’assurance agricole du Sénégal et témoigne de la politique en cours.  Donc Diamniadio est le centre, mais au niveau des agro-pôles qui sont en train d’être érigées, on est en train d’ériger des infrastructures au niveau des départements, au niveau des régions pour un quadrillage national. Et ça permettra aux actifs du secteur primaire de prendre leur vraie place dans le développement économique. »À écouter aussiEn Afrique, des pertes agricoles dues aux problèmes de stockage [1/2]Suivi des travailleurs indépendantsUn développement d’autant plus important dans des pays qui manquent encore d’infrastructures, souligne Mireille Mogena qui fait du conseil au Tchad. « C’est une zone sahélienne, on produit beaucoup, malheureusement, on n'a pas de lieu de stockage, on a une vraie problématique là-dessus, constate-t-elle. Il faut pouvoir trouver des lieux pour justement les installer au plus près de la population. Parce que malheureusement les infrastructures ne nous permettent pas de faire des grandes distances. » L’objectif essentiel pour elle, dynamiser ce secteur agricole qui peine à se développer à l'export, mais surtout localement.En Côte d’Ivoire, le développement des entrepôts s’accompagne d’un système de récépissés et donc de traçabilité qui peut avoir des impacts importants et parfois inattendus. « Aujourd'hui, nous avons développé la couverture maladie universelle en Côte d'Ivoire par exemple. Le paysan qui n'a pas de salaire à partir d'un récépissé d'entrepôt, il peut être traçable, met en avant Justin N’Goran Koffi. Vous avez la Caisse nationale de prévoyance sociale qui a lancé la retraite des travailleurs indépendants. Mais comment on fait pour prélever tout ça ? Dans l'organisation, l'écosystème que l’on va mettre en place autour du système d'entreposage, ça permettra aux paysans d'avoir accès à des financements. Ils sont visibles. » Les systèmes de stockages locaux et de récépissés peuvent également encourager la transformation dans de petites unités locales grâce à la disponibilité des matières et des facilités de crédits.À écouter aussiL'Afrique dans les salons de la logistique
3/19/20242 minutes, 20 seconds
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En Afrique, des pertes agricoles dues aux problèmes de stockage [1/2]

Crise du Covid-19, changement climatique, conflits… Le continent africain est touché par de multiples problématiques qui impactent sa sécurité alimentaire. Dans ce contexte, les questions de qualité de semences ou d’engrais sont souvent évoquées. Celle du stockage plus rarement, alors qu’elle est hautement stratégique. Des productions agricoles mal stockées sont sujettes à de nombreux risques. Djibril Diop est inspecteur à la Compagnie nationale d’assurance agricole du Sénégal. Il est un témoin des dégâts récurrents. « Vous pouvez produire, mettre ça en stockage et un aléa arrive », illustre-t-il. « Les rongeurs peuvent arriver si c'est mal entreposé et déprécier la marchandise. Du coup, la valeur marchande diminue. »Et d'ajouter : « Il est donc dans l'intérêt du producteur qui a trimé pendant des jours, des mois ou bien des années, au terme de sa production et dans l'attente des dividendes de son action, de bien couvrir cela pour que les résultats ne soient pas biaisés, afin que quand le sinistre arrive, cet événement aléatoire que personne ne maîtrise, qu’il soit indemnisé. »Ces problèmes de stockage se ressentent dans le quotidien des populations, souligne Mireille Mogena, à la tête d’un cabinet de conseil qui travaille notamment sur les thématiques agricoles au Tchad. « Pendant les périodes de soudure, on voit que les prix flambent et on se demande pourquoi les prix flambent », souligne-t-elle. « Parfois, on a l'impression que les producteurs ont stocké pour faire de la surenchère. Mais parfois non. Justement, ils n'ont pas forcément stocké, mais ils ont cette problématique de pouvoir trouver des lieux de stockage. Donc, c'est un peu une double peine. »En Côte d'Ivoire, un programme de prélèvement et de constructionDes problèmes de stockage qui ont clairement été identifiés et estimés par les autorités ivoiriennes. Entre 30 et 60% des récoltes sont ainsi perdues faute de bons lieux de stockages chaque année, pour un coût évalué à 40 milliards de francs CFA. « Ne serait-ce que pour la moitié des 23 spéculations que nous avons, afin de stocker la moitié, nous avons besoin d'un peu plus de 2 000 entrepôts. Ça fait un investissement d'environ 5 milliards d'euros dans toutes les zones de production », détaille Koffi Ngoran, le directeur général de l’Autorité de régulation des récépissés d'entreposage.« Ce n’est pas reluisant par exemple d’entendre dire que la meilleure qualité de l’anacarde vient du Bénin. Alors qu'eux, ils produisent à peine 150 000 tonnes et nous sommes à plus d'un 1,3 million de tonnes. Et donc évidemment, s'il y a un stockage intelligent, avec un traitement manutentionnaire adéquat, s'il est possible de faire la surveillance 24 heures sur 24 avec un système électronique qui a des capteurs sur l'humidité, sur l'intrusion et sur la contamination des produits, ça permet de faire un bond », explique encore détaille Koffi Ngoran.Face à cette problématique, et dans l’objectif d’avoir moins de pertes et d’assurer la qualité des produits agricoles, les Ivoiriens ont engagé une politique de prélèvements pour permettre le développement de ces structures de stockage. Un projet de construction de 108 entrepôts est en cours.
3/18/20242 minutes, 17 seconds
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En Centrafrique, le travail des enfants dans les mines subsiste

Pour nourrir leurs familles et assumer certains de leurs besoins, des dizaines d'enfants abandonnent le chemin de l'école et se lancent chaque année dans les activités minières à Mbaïki, une ville située à 105 km de Bangui, au sud-ouest de la Centrafrique. Poussés par la pauvreté pour certains ou le suivisme pour d'autres, ces enfants en quête d'indépendance économique sont aujourd'hui exposés à différents dangers. Avec notre envoyé spécial à Ndolobo,Cet après-midi, le véhicule roule à 20 km/h sur les pistes sablonneuses de la Lobaye. Avec précaution, le chauffeur s’arrête par moments, cherche le bon chemin puis arrive enfin sur le chantier minier de Ndolobo, qui se trouve à 18 km au nord de Mbaïki. C’est une grande carrière à ciel ouvert, non loin d’un cours d’eau, tenue par un groupe de collecteurs natifs de Mbaïki.Juste à l’entrée, un groupe d’enfants assis sur des blocs de pierres se partagent du vin de palme. « J’ai abandonné l’école cette année pour venir chercher le diamant et l’or, explique Nestor, un jeune de 14 ans. Mes parents sont pauvres. Je me bats pour soutenir ma famille et financer mes études l’année prochaine. »Sous ce soleil ardent, les uns portent de lourds paniers remplis de graviers jusqu’au cours d’eau, d’autres les lavent, les tamisent afin de trier les pierres précieuses. C’est un travail artisanal et pénible selon Samuel, lui aussi âgé de 14 ans : « Il faut creuser plusieurs mètres pour avoir le diamant et l’or. Les adultes ne nous distinguent pas. Nous devons aussi creuser et casser les grosses pierres avec des masses. Chaque jour, on se réveille à 3 heures du matin pour parcourir 18 km à pied. »Si certains se partagent entre l’école et le chantier, Olivier, 15 ans, a définitivement tourné le dos aux études. « Parfois, je gagne entre 50 et 60 000 francs CFA en deux jours. Parfois, en un seul jour, je gagne entre 40 et 50 000 francs CFA. Il m’arrive aussi souvent de rentrer bredouille. »À écouter aussiTravail des enfants: un constat alarmantDroits des enfantsEn 2020, Gabriel a perdu son fils dans un chantier minier. Chez lui, le deuil n’est pas fini. « C’est un travail pénible pour les enfants, concède ce père rongé de remords. Je m’en voudrais éternellement d’avoir entraîné mon enfant qui n’avait pas encore 10 ans dans ce travail. Il est mort parce qu’un bloc de terre s’est effondré sur lui. »En Centrafrique, le manque d’opportunités économiques pousse des milliers d’enfants à se lancer dans des activités parfois dangereuses. « L’un des principaux facteurs poussant les enfants vers le travail minier est lié au manque d’opportunités économiques. À cela s’ajoute la pauvreté endémique que certaines familles traversent dans des régions où l’économie est largement informelle et basée sur l’extraction minière, analyse Remy Djamouss, coordonnateur du Centre pour la promotion des droits de l’enfant (CPDE). Généralement, les familles dépendent du travail des enfants pour survivre. »À lire aussiCentrafrique: les enfants ont désormais leur Code et des droitsEt d'ajouter : « Les conventions internationales sur les droits des enfants et même le code de protection des enfants en Centrafrique, interdisent le travail des enfants, surtout lorsque ce travail est dangereux et lorsque cela met à mal l’éducation des enfants. »Même s’il n’y a pas de données exactes sur le nombre d’enfants qui pratiquent des activités minières, dans la Lobaye, une vingtaine de chantiers miniers attireraient chaque année selon les sources une centaine d’enfants âgés de 10 et 15 ans.
3/17/20242 minutes, 19 seconds
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Au Kenya, les écrivains peinent à se faire publier

Du très renommé Ngugi wa Thiong’o, à des auteurs plus contemporains comme Yvonne Adhiambo Owuor, la littérature kényane bourgeonne. Les lecteurs sont de plus en plus avides de récits locaux. Mais se faire publier reste un défi pour de nombreux écrivains, surtout à leurs débuts. Il faut parfois se tourner vers l’étranger ou publier à compte d’auteur. De notre correspondante à Nairobi,Les rayons de Soma Nami à Nairobi sont remplis d’auteurs du continent. La librairie indépendante se revendique panafricaine. Elle vient aussi de lancer sa propre maison d’édition. Wendy Njoroge, une des cofondatrices, explique : « Il y a des lacunes au Kenya en termes de publications d’œuvres de fiction ou de littérature non fictionnelle. Peu de maisons d’édition s’y risquent. Notre objectif, c’est de pouvoir faire découvrir des récits est-africains au reste du monde. Beaucoup de films sont tirés de livres. L’idée serait même que le livre soit une première étape pour nourrir un paysage plus large avec des histoires est-africaines. »Kiarie Kamau est bien conscient de ces lacunes, malgré des demandes du public pour de la littérature kényane. Il est PDG d’une maison d’édition et président de l’Association des éditeurs au Kenya. « Le secteur de l’édition est très dynamique au Kenya, mais principalement dans un domaine : celui des manuels scolaires, explique le professionnel de l’édition. Je dirais qu’ils représentent entre 85 à 90% des livres publiés. Et ce parce qu’ils assurent des revenus presque immédiats, surtout si l’on répond à un appel d’offres du gouvernement qui sont généralement payés dans les six à huit mois. Pour la fiction, la rentabilité est plus longue, ça demande aux maisons d’édition d’avoir plus de capital. »Publication à compte d'auteurFace à ces difficultés, Joan Thatiah a décidé d’auto-éditer ses œuvres. Elle le reconnaît, l’investissement est risqué. L’écrivaine dit avoir dépensé un peu plus de 1 500 euros pour obtenir 1 000 copies de son premier livre. « J’ai dû chercher un rédacteur, un designer pour le livre, puis il y a tout l’aspect juridique, les copyrights, et enfin l’impression qui coûte très cher, détaille-t-elle. Et à la fin, on ne sait pas si les livres vont se vendre. J’y ai mis toutes mes économies, c’était un vrai pari ! »Aujourd’hui, Joan ne regrette pas sa décision, car elle réussit désormais à vivre de son métier d’écrivaine. « C’est beaucoup de travail, mais pour moi, la publication à compte d’auteur est plus rentable que si j’étais passée par une maison d’édition », assure-t-elle. Sur ses neufs livres, seul un a été publié par une maison d’édition, au Nigeria. « Je tire comme profit environ 50% des revenus des livres vendus, contre 10% que me promettait une maison d’édition kényane », précise encore Joan Thatiah.Forte de cette expérience, l’écrivaine aide aujourd’hui les plumes kényanes débutantes à naviguer dans le milieu de l’autoédition et ainsi encourager l’essor de la littérature kényane.
3/14/20242 minutes, 23 seconds
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Au Sénégal, les producteurs de riz face à de nombreux défis

Le riz est présent dans toutes les assiettes sénégalaises mais pour la grande majorité il s’agit de riz importé d’Asie. Cette céréale est pourtant cultivée localement, avec la pluie dans le centre et le sud du pays, et par irrigation fluviale dans le nord. Un programme d’autosuffisance en riz a même été lancé en 2014, des efforts sont faits pour mécaniser la production, mais de nombreux défis persistent. Avec notre envoyée spéciale à Richard Toll, Juliette DuboisÀ Richard Toll dans le Fouta, la période des semences a commencé. Des saisonniers jettent des poignées de semis dans l’eau. Mouhamed Diop loue 100 hectares de terres, mais il se bat chaque année contre les oiseaux qui viennent picorer ses cultures.« Aux champs, nous les cultivateurs, on fait bien notre travail, se défend-il. Ce sont les oiseaux qui nous fatiguent trop et font baisser la rentabilité. Par exemple, si je devais avoir 100 sacs et que les oiseaux en mangent 30, il y aurait moins de production. »Des machines peu adaptéesIl faudrait donc récolter rapidement pour échapper aux oiseaux, mais le manque de machines handicape les producteurs comme l’explique Mouhamed Diop : « Je n’arrive pas à avoir ce que je devrais récolter à cause des oiseaux, mais aussi du manque de matériel agricole. Là où la récolte devrait se faire en une semaine, si tu n’as pas de matériel, ça peut prendre jusqu’à un mois. »Certains cultivateurs ont pu acheter des moissonneuses batteuses grâce à des subventions de l’État. C’est le cas d’Ousseynou Ndiaye. Sa machine récolte quatre hectares par jour, un énorme gain de temps. Mais selon lui, le changement climatique la rend déjà obsolète : « Avec les pluies précoces, on a des difficultés pour que cette machine qui est équipée de pneumatiques parfois n’est pas en mesure d’assurer la récolte parce que les périmètres sont humides et inondés. Là, il nous faut des machines à chenilles. »En plus des inondations, les germinations se font trop tôt, et les sols sont de plus en plus salinisés. Ousseynou Ndiaye estime les pertes l’an dernier dans la région à près de 200 000 ha et 100 milliards de FCFA.Nécessaire adaptationAutre conséquence : les producteurs prennent du retard dans l’exécution des travaux et l’objectif de deux récoltes par an n’est pas atteint. Pour Ousseynou Ndiaye, qui est aussi président du comité interprofessionnel de la filière riz, des mesures doivent être prises pour mieux gérer ces effets du changement climatique. « Il faudrait aussi assurer la qualité des semences avec un bon crédit adapté aux semences. Il faut aussi veiller à l’assurance agricole qui doit être généralisée. Il faudrait mettre en place un fond de calamité », détaille-t-il. Un comité scientifique a été mis en place avec la SAED, la Société d'Aménagement et d'Exploitation du Delta du Fleuve Sénégal. Aboubacry Sow en est le directeur : « les conseils que l’on donne, c'est d’essayer de voir comment mettre en place les semis le plus tôt possible pour permettre donc peut-être la récolte au mois de juin au plus tard au mois de juillet avant que la saison des pluies ne s’installe. »À terme, l’objectif est d’arriver à généraliser la double culture et d’enfin s’approcher de l’autosuffisance en riz. Le Sénégal importe encore un million de tonnes de riz par an.À lire aussiRiz sénégalais: le pays est toujours loin de son objectif d’autosuffisance
3/13/20242 minutes, 22 seconds
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Centrafrique: à Mbaïki, les pépinières fleurissent

En Centrafrique, la ville de Mbaïki est réputée pour ses pépinières. Située dans la forêt équatoriale, la localité compte plusieurs millions d’hectares de forêt avec une centaine de groupements spécialisés dans la production des jeunes végétaux. En plus d’entretenir les arbrisseaux, leurs habitants sont aussi en quête de marchés pour assoir leur indépendance économique.   Avec notre envoyé spécial à Mbaïki,Casquette noire, t-shirt vert et arrosoir en main, Augustin Baguénde montre d’un geste passionné des centaines de jeunes plants alignés en plusieurs colonnes dans de petits sachets noirs en plastique. « Cette pépinière de 20 hectares, fondée en 2019, produit chaque année 50 variétés de 500 jeunes plants. Âgé de 55 ans, Augustin nous ouvre les portes de son entreprise », lance-t-il fièrement. « Ici, nous développons nous-mêmes les graines dans des sachets et nous les arrosons tous les jours. Nous avons des cacaoyers, des orangers, des pommes rouges, des goyaviers, des avocatiers, des manguiers, les fruits de la passion... et presque l'ensemble des agrumes », ajoute-t-il.  Produire des plans, un travail techniqueLes prix varient entre 250 et 2 500 FCFA. Avec son équipe de 15 personnes, Augustin travaille essentiellement avec des moyens artisanaux. Pour avoir de meilleurs rendements, ces jardiniers bénéficient parfois des formations délivrées par Fidèle Baya, responsable forestier à l'Institut supérieur de développement rural (ISDR) de Mbaïki. « Le processus commence toujours par le choix d'un site approprié, explique celui-ci. Une fois le site de la pépinière choisi, il faut commencer par le nettoyage et le défrichage complet. Ça se passe généralement entre les mois de novembre et décembre. Préalablement, il faut mettre les graines dans des sachets avant d'ajouter le terreau, c'est-à-dire de la terre arable, mélangée avec la terre noire. On installe les plants en colonnes et on les arrose régulièrement pour avoir un bon rendement. »Mathieu est l'un des fils d'Augustin. Passionné par ce travail, il s’émerveille dès qu’il en parle. Après cinq ans d'activités, il connait mieux le profil de ses potentiels clients : « Nous vendons nos arbrisseaux aux agriculteurs, aux fermiers et aux agents des eaux et forêts. Les principaux acheteurs viennent de la capitale ou des principales villes et villages de notre préfecture. Chaque employé à un salaire mensuel qui permet de couvrir ses besoins et ceux de sa famille. »Agroforesterie et protection de l'environnementAujourd'hui, une centaine de micro-entreprises de pépinières travaillent dans cette zone forestière qui couvre une superficie de 37 500 km². Leur existence est cruciale pour la protection de l'environnement selon Didier, agent des eaux et forêts : « Avant, pour mettre en place une plantation, il fallait tout détruire. c'est-à-dire enlever tous les arbres pour cultiver le champ. Mais maintenant, on demande à la population de pratiquer l’agroforesterie, explique Didier. Nous amenons la population à comprendre que la forêt que nous voyons aujourd'hui peut disparaître demain. En faisons cela, nous luttons contre la dégradation des terres et l'avancée du désert. La forêt se dégrade à un rythme accéléré. C'est pourquoi il faut encourager maintenant la population à pratiquer le reboisement. »Aujourd'hui, ces groupements cherchent à s’équiper en véhicules, pour étendre leurs activités dans toute la République centrafricaine et dans la sous-région. À lire aussiEn Centrafrique, un dispositif de près de 40 ans pour comprendre la forêt
3/12/20242 minutes, 19 seconds
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Bénin/Togo: les potentiels économiques du fromage peul

Il s’appelle wangash, wagashi ou wagasi. Il s’agit du célèbre fromage fabriqué par les femmes peules au Bénin, mais aussi au Togo. Un mets prisé dans l’Afrique de l’Ouest, mais dont la production reste peu structurée. De nombreux acteurs ont compris le potentiel de ce produit unique et font bouger les choses. Dans une arrière-cour familiale, en banlieue de Lomé, les femmes préparent le wagasi dans de grosses marmites en métal. Rafiatou a chargé sur sa tête un grand fût en plastique, dans lequel des fromages ronds et blancs sont empilés – elle passera la journée à vendre ses produits dans la capitale du Togo. « C’est un peu difficile, ça prend du temps », explique Rafiatou.Chaque matin, un cousin part à moto et parcours plusieurs kilomètres pour aller chercher le lait frais qui sera ensuite cuisiné par les femmes. Elles fabriquent du fromage wagasi, mais aussi des yaourts ou des boissons à base de lait. « Il part des fois à 5h, des fois à 6h, décrit ce cousin. Il s’en va chez les Peuls, il collecte le lait et il le ramène avec les bidons comme ça. C’est des dépenses ! »Sédentariser l'activitéAlaji Abdoulaye est à la tête d’une association culturelle peule. Cet éleveur originaire du nord du Togo voit bien les limites de l’élevage nomade : « Il n’y a plus de forêt pour nourrir les bœufs. Tu es toujours sur le terrain de quelqu’un. Il y a des moments, tu peux produire beaucoup de lait. Il y a des moments, il n’y a pas de lait. Et si tu dois te déplacer pour chercher le wagasi, ça risque de se gâter. Nous, on est en train de chercher comment on peut faire pour garder nos bœufs sur place, pour produire du lait et faire le wagasi au même endroit. »Alaji Abdoulaye n’est pas le seul à avoir compris le potentiel économique du wagashi. Installée en France depuis dix ans, Ornella Anani produit son propre fromage peul, en région parisienne. « C’est un fromage qui se substitue parfaitement à la viande et au poisson et qui est très nutritif et bon pour la santé », plaide-t-elle.Une certification pour le fromage peulMais pour soutenir le développement de la filière en Afrique, il faut commencer par protéger un savoir-faire unique. Des travaux ont été lancés en avril 2023 pour tenter de développer une indication géographique Wagashi Gassirè. « L’indication géographique, c'est d’abord un instrument de propriété intellectuelle. C’est-à-dire qu’on va essayer de réserver l’usage du nom d’un produit à ceux qui produisent et qui sont dans la zone. Et donc on va protéger ce nom et protéger les producteurs qui produisent spécifiquement dans la région. Dans de nombreux cas, ça devient un instrument de développement de filières agricoles », explique Claire Cerdan, chercheuse au sein du Centre de coopération international en recherche agronomique pour le développement (CIRAD).Le Wagashi Gassiré visé par cette certification est produit spécifiquement au nord et au centre du Bénin et sa fabrication implique d’utiliser des feuilles de pommier de Sodome pour accélérer la coagulation du lait. « Le produit sous indication géographique va fortement ressembler au produit que l’on croise aujourd’hui sur les marchés, poursuit-elle. On essaie de regarder comment on va conserver et emballer ce produit. Il sera dans des boutiques et pas seulement sur les marchés au bord des routes, et donc l’idée, c'est vraiment d’avoir une plus-value et des retombées économiques. »Ce projet doit également permettre d’améliorer l’insertion professionnelle des femmes et garantir de meilleurs revenus aux productrices.À écouter aussiFromages sauvages
3/11/20242 minutes, 29 seconds
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RDC: l’Entreprise générale du cobalt bientôt opérationnelle

L’Entreprise générale du cobalt (EGC) qui aura le monopole et le contrôle du cobalt issu de l’exploitation artisanale en RDC devrait être enfin opérationnelle. La Gécamines, actionnaire majoritaire à 95%, a annoncé en février doter cette société d’État de cinq carrés miniers destinés à l’exploitation minière artisanale. La création d’EGC devrait lui permettre d’assurer une chaîne d’approvisionnement de qualité sans violation des normes environnementales et des droits humains. Avec notre correspondante à Lubumbashi, Denise MahehoLa nouvelle a été très bien accueillie par les milliers de mineurs artisanaux de la région du Katanga, car la plupart exploitent du cobalt illégalement sur des sites industriels. Mais Papy Nsenga, un exploitant artisanal de Kolwezi, est inquiet que l’ensemble des coopératives n’aient pas accès à ces carrés miniers. « Aujourd’hui, nous comptons plus de 200 000 exploitants artisanaux à Kolwezi. La ville enregistre plus d’une centaine des coopératives minières qui n’ont pas de sites propres, combien d’entre elles vont accéder à ces cinq carrés miniers ? », questionne-t-il.Une inquiétude partagée par Shadrack Mukad, membre de la plateforme Comprendre et Agir dans le secteur minier, CASMIA. Le secteur minier artisanal est envahi par des acteurs politiques qui se cachent derrière des coopératives minières, estime-t-il. Quid de celles qui n’ont pas de soutien ? « Ceux qui ont été marginalisés, ces coopératives minières qui n’ont pas de parapluie politique devraient être privilégiées pour exploiter ces cinq carrés miniers que la Gécamines a accordés à l’EGC », estime Shadrack Mukad.Traçabilité et meilleure rémunérationPour sa part, l’Entreprise générale du Cobalt veut d’abord assainir la chaîne d’approvisionnement de ce minerai stratégique pour la transition énergétique. « D’abord, nous pourrons contrôler l’accès aux mines artisanales, ce qui veut dire plus de présence d’enfants et de personnes vulnérables, détaille Eric Kalala le directeur général d’EGC. Nous pourrons distribuer des équipements de protection individuelle aux mineurs. Nous pourrons lancer un programme de traçabilité et nous assurer d’une meilleure rémunération des artisanaux. »Le directeur général assure qu’ils seront très stricts quant à l’attribution de ces carrés miniers. « Ceux qui se verront donner accès aux mines dont nous avons le contrôle, respecterons ces normes éthiques qui sont très exigeantes. Il en va de la sécurité des mineurs aussi de leur santé et aussi plus largement de l’exclusivité de la croissance issue de nos mines », assure-t-il.Assainir l'ensemble du secteurDe son côté, la coalition Ne touche pas à mon Cobalt, une autre structure de la société civile, veut voir l’État congolais, qui détient 5% des parts dans EGC, apporter aussi son appui dans le cas de la mine de Kasulo qui est actuellement gérée par une entreprise chinoise.Franck Fwamba est le coordonateur de l’organisation : « Nous demandons maintenant à l’État Congolais qui est coactionnaire dans EGC de céder la seule et unique zone artisanale de Kasulo qui est aussi une partie d’un permis de la Gécamines qui avait été prise pour créer une zone artisanale, afin d’assainir la chaine d’approvisionnement. »En 2020, EGC avait déjà signé, avec le groupe Suisse Trafigura, un accord de commercialisation du cobalt artisanal de la RDC. En plus de sa production industrielle issue de la mine de Mustoshi à Kolwezi, Trafigura entend exporter entre 5 000 et 10 000 tonnes de cobalt provenant des mines artisanales.À lire ou à écouter aussiRDC: la quête d’un cobalt éthique
3/10/20242 minutes, 17 seconds
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La banane, produit de luxe du ramadan en Tunisie

En Tunisie, les courses du ramadan se feront dans l’austérité, pour faire face à une inflation générale proche de 8%, alors que la hausse des prix des denrées alimentaires atteint les 12%. Dans de nombreux pays, la banane est un produit de saison plutôt bon marché. Mais en Tunisie, il s'agit d'un luxe difficilement accessible. Les commerçants en vendent d’ailleurs de moins en moins et doivent souvent s’en procurer au marché noir, faute d'importations. De notre correspondante à Tunis,L'an dernier, le prix de la banane avait fait l'objet de vives polémiques, poussant l'État tunisien à le fixer à 5 dinars le kilo, soit 1,50 euro. Mais cette année, le fruit est de nouveau inaccessible pour les petites bourses. Sur l’étal de Wissem Krouma, 29 ans, dans le quartier populaire de Bhar Lazreg, les bananes suspendues au-dessus des légumes n’attirent plus la clientèle. Wissem doit les vendre à 10 dinars le kilo, soit 3 euros, pour rentrer dans ses frais.« Le carton de bananes me coûte environ 220 dinars les 18 kilos, donc je ne fais même pas de marge, je vends les bananes au prix où je les achète au marché de gros, lâche-t-il, dépité. Parce que ça me permet d’avoir une offre variée dans mon étal même si pas grand monde les achète. Les clients achètent au mieux une à deux bananes maximum. »Des bananes au prix de la viandeSous le régime de Ben Ali, l’importation de la banane était taxée à 36%, mais les proches du président avaient le droit de contourner cette taxe et négociaient directement avec les producteurs de banane en Équateur et en Côte d'Ivoire.À l'époque, ces bananes de contrebande abondaient à des prix très accessibles sur le marché tunisien. Wissem s'en souvient bien. « À l’époque, j’étais au collège, mais je tenais déjà un stand de fruits. Pendant le ramadan, j’achetais le carton de bananes à 12 dinars le kilo, le max, c'était 23 dinars. Donc dix fois moins cher que maintenant ! », s'exclame-t-il.Chez Marwen, un autre commerçant, un client vient d’acheter un peu plus d’un kilo. Il se moque de son prix trop élevé. « Ça m’a coûté plus de 15 dinars, à ce prix-là, ce ne sont pas des bananes, c’est de la viande de mouton que j’achète ! C’est très cher. Apparemment, Kaïs Saïed n’est pas encore venu contrôler tout ça », grince-t-il.« On ne peut pas gérer l’inflation par décret »Une blague en référence à l’année passée où le prix de la banane avait suscité de telles polémiques que le président Kaïs Saïed avait ordonné au ministère du Commerce de geler son prix. Une initiative qui avait rencontré un certain succès populaire, mais qui n’a pas duré, comme l’explique Louai Chebbi, cofondateur de l’association Alert : « On ne peut pas gérer l’inflation par décret, lance-t-il. Le gouvernement et les autorités publiques essaient de légitimer leur position politique en ayant des résultats économiques et donc la limite de cette vision, c’est de dire : "Il faut combattre la cherté des prix par décret." En limitant le prix de la banane à 5 dinars, on fait complètement disparaître l’offre. Ce qu’on fait, c'est qu’on va stresser l’offre parce qu’on ne va pas permettre aux agriculteurs, aux commerçants, aux petits détaillants, d'y trouver leur compte. »Dans le sud tunisien, Jamel Sayaari confie aller chercher les bananes directement en Libye pour sa consommation personnelle. « Je passe la frontière parce que le kilo est à 2-3 dinars et à Ben Guerdane, ils le revendent entre 5 et 7 dinars. Mais ça reste beaucoup moins cher que les prix pratiqués dans la capitale ! »L’office du commerce tunisien a annoncé vouloir importer 2 000 tonnes de bananes d’Égypte pour le mois de Ramadan, et fixer son prix de vente à 5 dinars comme l’année passée. Mais pour le moment, celles-ci ne sont pas encore arrivées sur les étals.
3/7/20242 minutes, 27 seconds
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En Côte d'Ivoire, la filière hévéa se met aux normes européennes

Les nouvelles normes européennes RDUE, concernant l’importation de certains produits d’Afrique comme le cacao ou le café, s’appliqueront dès le 1er janvier prochain. Objectif : lutter contre la déforestation et améliorer les conditions de productions (meilleure rémunération des producteurs, lutte contre le travail des enfants, etc.). En Côte d’Ivoire, pour répondre à ces exigences, la filière hévéa se met en ordre de bataille. La traçabilité est l’un des grands enjeux de cette réforme. Et pour cela, la géolocalisation des plantations est en cours afin de s’assurer qu’elles n’empiètent pas sur des forêts ou des zones protégées. « Ça consiste à prendre par exemple le GPS et à tourner autour de la plantation pour avoir exactement ces mesures, explique Isabelle Billon, chargée de projet à la Société africaine de plantations d'hévéas. Cette plantation apparaît ensuite sur un logiciel sous forme de polygone. » Un travail de longue haleine et coûteux. Cependant, aujourd’hui, « tous nos planteurs ont été géolocalisés ». Une fois ce travail réalisé dans l’ensemble des plantations, l’enjeu sera de créer une base de données communes et harmonisée sur l’ensemble du territoire.Autres souci pour la traçabilité : s’assurer que du caoutchouc qui n’est pas durable ne soit mélangé avec du caoutchouc qui respecte les normes. Un risque lorsque les intermédiaires se multiplient, concède l’association des professionnels du caoutchouc. Dans ce domaine, la Société africaine de plantations d'hévéas explique avoir fait le choix d’acheter directement au planteur. « Grâce à l'achat direct au planteur, ça nous permet de savoir exactement qui nous livre », assure Isabelle Billon. L’autre stratégie pour l’entreprise est de déterminer un potentiel de livraison par plantation. « On sait par exemple qu’un planteur qui a quatre hectares va nous fournir 4 000 tonnes à l’hectare, précise la chargée de mission. Et si jamais un planteur dépasse ce potentiel de production, c'est une alerte pour nous et on va du coup faire un contrôle pour voir s’il n’y a pas eu fraude à son niveau. »Des normes sources d'opportunitésEt quand il y a doute, la production partira vers des destinations moins regardantes, précise l’association des professionnels du caoutchouc. Car le marché européen ne représente aujourd’hui que 20% des exportations ivoiriennes. Mais si ces nouvelles normes sont contraignantes, l’association veut y voir une opportunité.« Compte tenu du fait que le géo-référencement, donc assorti de la traçabilité, sera pratiquement impossible pour certains gros producteurs de caoutchouc naturel, évidemment ça va offrir à la Côte d'Ivoire une opportunité d'élargissement de sa part de marché en Europe, défend son vice-président Lamine Sanogo. Le deuxième aspect, c'est que le marché européen est plus rémunérateur. Et avec tous les efforts qui sont faits, évidemment, ce caoutchouc aura une certaine valorisation, donc on peut s'attendre à une prime qui vienne nous aider à couvrir tous les efforts qui sont faits. »Lorsque ces nouvelles normes seront appliquées, une prime à la qualité devrait être débloquée, dont les planteurs espèrent bénéficier. L’association des professionnels du caoutchouc assure par ailleurs qu’une partie de sa production correspond déjà aux nouvelles normes européennes.
3/6/20242 minutes, 26 seconds
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En Afrique, la filière ovine a de beaux jours devant elle

Parmi les filières passées à la loupe à l’occasion du Salon de l’agriculture qui s'est tenu la semaine dernière à Paris, celle du mouton. Si la production de viande ovine est en hausse dans le monde, cette tendance recouvre différentes réalités. En baisse en Europe et en Océanie, elle est en plein développement en Afrique : +19% pour le continent. En Côte d’Ivoire, il est parfois difficile de trouver du mouton sur les étals. « On n’arrive pas à couvrir nos besoins en termes de protéines animales en matière de moutons d'ovin, constate le Dr Christian Alla, vétérinaire et coordinateur de projet au ministère des Ressources animales et halieutiques. Donc le ministère a instauré plusieurs projets structurants dans l'optique d'améliorer cette couverture en besoin de viande ovine. »Aujourd’hui, pour couvrir ses besoins, la Côte d’Ivoire importe des moutons du Burkina Faso ou du Mali. « Le premier défi, c'est celui de l’amélioration génétique, poursuit le Dr Christian Alla. Nous avons des races animales qui ne sont pas suffisamment performantes. C'est-à-dire que la production carcasse n'est pas suffisante, il n'y a pas assez de viande. En Côte d'Ivoire, on a les races qu'on appelle les races Djallonké, qui sont adaptées à notre climat. Nous souhaitons donc faire venir des races performantes que nous allons croiser avec nos races locales de sorte à avoir des ovins performants et qui sont résistants au climat que nous avons en Côte d'Ivoire. »Développer la filière et créer de la valeurSi certains continents produisent essentiellement en vue d’exporter, la production africaine tente pour l’instant de répondre aux ambitions de souveraineté alimentaires et aux besoins locaux. « La croissance est en interne par rapport à un besoin de sécurisation d'une alimentation plus saine, plus locale, et en quantité plus importante », analyse Patrick Soury, président de l’organisation Inn’ovin. Ceci en valorisant les spécificités des territoires qui sont particuliers en Afrique, assure le spécialiste, tout en étant « dans une logique de conservation de la biodiversité, de l'environnement, produire sans détruire, mais plus en autosuffisance locale ». Le potentiel de développement y est important, détaille-t-il encore, notamment du fait de l’évolution des habitudes et des besoins alimentaires.Dans cette perspective, des étudiants agronomes togolais en service civique en France viennent chercher des pistes dans la mécanisation, l’amélioration de l’alimentation du bétail, ou encore les soins vétérinaires.Cependant, les jeunes du continent – tout comme les Européens – désertent le milieu agricole. D’où le besoin de rendre le secteur plus attractif, estime Florence Afetor, cette agronome togolaise. « Je dirais qu’il faut beaucoup plus se tourner vers la transformation », avance-t-elle. Aujourd’hui, la filière ne présente que peu « de valeur ajoutée », constate-t-elle, « mais quand vous mettez en place une industrie de transformation et que vous commercialisez la viande déjà abattue, ou bien le lait, ou bien le fromage, ou bien des produits dérivés, je crois que nous pouvons aisément vivre de l'élevage. » Selon les spécialistes, la création de chaînes de valeurs sur le continent peut également stimuler l’élevage d’ovins.
3/5/20242 minutes, 23 seconds
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Le défi du financement de la transition agricole en Afrique [2/2]

Souveraineté alimentaire, juste rémunération, ou encore durabilité des agricultures sont des thématiques au cœur des discussions mondiales et africaines. Si l’essentiel des acteurs est d’accord sur la nécessité de transformer les systèmes agricoles, cette transition aura un coût. Le 13 février s’est tenu à Paris, la grande conférence de la Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (FARM). À cette occasion, une réflexion était menée sur comment financer cette transformation. Sur le terrain, le constat est quasi unanime. « Les grandes structures sont impossibles à toucher, regrette Jacqueline Ngbe, médiatrice qui travaille auprès de nombreuses femmes agricultrices en Côte d’Ivoire. Il faudrait mettre en place des structures pour que ces femmes, pour beaucoup analphabètes, pour beaucoup qui ont laissé les bans, puissent avoir accès à ces structures de financement et qu’elles soient accompagnées. »Jacqueline Ngbe prend l'exemple de la coopérative Zoyezlamba, de Teapleu, qu'elle connaît. « Elle est structurée, mais elle n’a pas de compte bancaire, constate-t-elle. Il faut nous rapprocher des banques, il faut mettre des petites structures dans des sous-préfectures très éloignées même si les routes ne sont pas encore très bonnes. Il faut mettre des banques à proximité de ces femmes et les accompagner. »À lire aussiComment enrichir le secteur agricole en AfriqueActivité centrale, mais financièrement peu attractivePlus de la moitié de la population en Afrique subsaharienne travaille dans le secteur agricole selon le FMI. L’agriculture est source de richesses importantes — elle représente en moyenne 15% du PIB des États. Pourtant, le secteur attire peu d’investissements publics. Une activité considérée comme trop risquée qui rebute également les banques traditionnelles. Pour compenser cela, Matthieu Brun, directeur scientifique de Farm évoque différentes pistes de réflexion.« Les banques agricoles ont souvent été transformées ou réduites. Donc, on a besoin de réinvestir là-dessus », introduit-il. Pour lui, un autre moyen de financer cette transformation des agricultures peut aussi passer par l’innovation. « On a un bel exemple aujourd’hui avec l’accélérateur Neisha en Afrique de l’Est, un accélérateur d’entreprise agroécologique », présente Matthieu Brun. Et ensuite, il y a des questions très pratiques, souligne-t-il. « En fait, financer c'est gérer du risque. Avec le risque climatique aujourd'hui, c'est encore plus compliqué de se projeter dans le financement de l'agriculture. Alors, il y a des fonds qui se développent, les fonds à impacts, le Fida etc », poursuit encore le chercheur. Les résultats restent malgré tout encore timides, concède-t-il : « Tout ça doit encore avoir des effets concrets sur le terrain pour vraiment accompagner les agriculteurs. »À lire aussiLe FIDA cherche à mettre les finances mondiales au service des petits agriculteursPenser en écosystèmePar ailleurs, le partenariat public-privé est actuellement mis en avant. Arise, un groupe agro-industriel très présent en Afrique, estime que la transformation passe par le financement et la création d’un écosystème général. « Notre objectif et notre rôle sont de développer une industrialisation durable, en veillant à ne pas résoudre le seul problème de l'agriculture, mais l'ensemble de l'écosystème en garantissant qu’un maximum de la valeur générée revienne en Afrique, affirme Bhavin Vyas est le responsable des questions environnementales, sociales et de gouvernances du groupe. Notre objectif est donc une approche écosystémique dans laquelle nous investissons dans des routes, nous construisons des magasins, des dépôts. Et nous veillons à assurer l’accroissement de la production de produits agricoles transformés localement. »Autres leviers, selon les spécialistes, pour pallier le manque de financements : augmenter l’offre de prêts à taux avantageux, développer des projets de financement mixtes ou encore créer une banque agricole publique de développement.
3/4/20242 minutes, 25 seconds
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Le défi de la transformation des agricultures en Afrique [1/2]

La Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (Farm) a organisé ce mois-ci, une journée consacrée à la transformation des agricultures. Dans un monde touché de plus en plus par le changement climatique, les problèmes environnementaux, le besoin d’aller vers une agriculture plus durable, mais néanmoins productive pour faire face aux défis de la faim se fait de plus en plus pressante. Malgré les préconçus, l’agriculture africaine est, elle aussi, touchée par l’usage de nombreux entrants, à la monoculture et donc à la dégradation des sols. Rachel Bezner Kerr est professeure associée à la Cornell University. Elle a beaucoup travaillé au Malawi. Pour elle, la réponse doit être multifactorielle.Il faut pouvoir « évoluer vers des paysages plus diversifiés, incluant la culture de nombreuses variétés et la réintégration des animaux dans le système agricole s'ils ont été séparés. Mais cela signifie aussi des procédés tels que davantage d’agroforesterie, donc différentes formes de biodiversité sauvage », détaille la chercheuse. « Cela signifie travailler avec les agriculteurs pour assurer la transition, en faisant de la recherche participative afin que le système agricole développé fonctionne pour les agriculteurs et pour les communautés », poursuit-elle, rappelant qu’à la base de tout est de donner la priorité à des principes écologiques. Donc la « réduction des intrants chimiques » ou encore « travailler à la santé des sols ». La question de la rémunération des agriculteurs ne peut également être éludée, souligne Rachel Bezner Kerr. « Il faut aussi tenir compte des principes sociaux et économiques, comme s’assurer que le système est juste et équitable et que les agriculteurs obtiennent un prix juste pour leurs cultures », plaide-t-elle lors de la conférence de Farm.À lire aussiAu Gitex Africa, des start-up pour aider les agriculteurs africainsDonner des impulsions politiquesMais pour parvenir à cela, le béninois Godfrey Nzamujo estime qu’il faut montrer qu’une agriculture raisonnée et vertueuse est possible. C’est pourquoi il a créé le centre Songhaï. « Il faut déconstruire cette mentalité qui ne veut pas bouger. Songhaï, c’est un laboratoire où les gens voient que c’est possible, explique-t-il. Parce que les discours ça ne marche pas, il faut que les gens voient que c’est plus facile, que c’est moins cher et que ça stabilise l’environnement. Comme ça on n’a plus d’excuses. »Un changement de pratiques et de mentalité des agriculteurs que prônent beaucoup. Gifty Narh-Guiella, la directrice du Corade au Burkina Faso est d’accord. Mais tout ne doit pas reposer sur les épaules des petits producteurs, alerte-t-elle.« C’est vrai que c’est l’agriculteur qui est au cœur, mais il faut des mesures incitatives. Ils sont confrontés à beaucoup de contraintes et donc s’il y a des mesures incitatives, c'est à l’État de le faire », argumente-t-elle. Gifty Narh-Guiella donne plusieurs exemples qui pourraient faire avancer les choses : « L’État distribue des intrants chimiques à coup de milliards, une partie peut être convertie en intrants organiques par exemple. L’État fait des achats pour les cantines scolaires, si des exigences sont posées pour avoir des produits qui respectent une certaine norme, ça peut aussi inciter les agriculteurs à produire des produits plus durables pour avoir accès à ces marchés. » Il est clair pour elle que les impulsions peuvent venir de l’État et des services publics.Les spécialistes estiment que le secteur privé doit également prendre sa part en soutenant les agriculteurs, en favorisant l’achat de produits plus durables pour contribuer à la création de filières plus vertueuses.À lire aussiL'agrotech africaine, une opportunité pour l'agriculture du continent
3/3/20242 minutes, 26 seconds
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Congo-B: face à une agriculture rudimentaire, la recherche propose des solutions technologiques

Au Congo-Brazzaville, l’agriculture est citée comme « priorité des priorités » en vue de diversifier une économie dépendante du pétrole. Cependant, elle se pratique, depuis toujours, avec des moyens rudimentaires et les rendements sont maigres. Face à ce constat, l’Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche et de l’innovation (Anvri) propose des solutions basées sur les nouvelles technologies à travers le projet Agritech. Avec notre correspondant à Brazzaville, Loïcia MartialÀ l’arrière de la cité scientifique de Brazzaville, les chercheurs ont érigé un jardin pédagogique. Sur les sillons de six mètres, bien espacés, les plants, des légumes essentiellement, sont arrosés à partir d’une application, pour réduire le travail de l’homme, comme le témoigne cet étudiant. « L’objectif du projet est de mettre en relation l’agriculture, la recherche et l’innovation technologique », explique-t-il.Une serre de 693 mètres carrés se dresse sur la parcelle. La culture se concentre sur des espèces légumières. « Nous avons des étudiants qui ont des connaissances théoriques sans base sur la réalité. Ici, c’est comme un centre d’appui didactique où ils vont découvrir les nouvelles technologies. Celles-ci sont arrimées à l’agriculture. Or, on n’avait pas ce cadre, voilà pourquoi nous l’avons créé », explique le Dr Edmond Sylvestre Miabangana, responsable du jardin pédagogique.Le projet Agritech a été initié suite à une analyse du secteur agricole congolais. Patrick Obel Okeli est directeur général de l’Anvri. « Nous sommes partis sur un contexte général ; l’agriculture congolaise est encore de type traditionnel. Donc, l’agriculture est encore paysanne, avec des moyens de production peu performants. Aujourd’hui, au Congo, 70% des actifs agricoles ou les producteurs sont représentés par des femmes. Donc, nous assistons à une féminisation de l’agriculture », affirme-t-il.À lire aussiApiculture au Congo-Brazzaville: une miellerie chinoise pour booster la production Analyser les sols pour mieux les cultiverFace à un tableau peu reluisant et pour améliorer les rendements, l’Anvri propose des pistes. « Il faut utiliser les intrants agricoles, notamment l’engrais, les pesticides et les semences de bonne qualité. L’autre point, c'est la mécanisation ou réduction de la pénibilité. La mécanisation et l’irrigation s’imposent aujourd’hui », pointe Patrick Obel Okeli.Mais le projet Agritech veut aller plus loin. Et mettre à contribution les nouvelles technologies dans cette recherche de productivité. L’Anvri a développé une application — qui n’a pas encore été baptisée — et qui permet par exemple d’analyser précisément le comportement des sols.Une application que maîtrise Nasser Koumba, étudiant en agro-économie à l’École nationale supérieure d’agronomie et de foresterie (Ensaf). « Avec cette application, on peut facilement connaître le PH des sols, les maladies des plantes, mais aussi l’humidité. C’est une application qui nous permet de savoir si on peut arroser les plantes ou pas », explique-t-il.Le Congo dispose de 10 millions de terres arables. À peine 3% sont officiellement exploitées. Mais ses importations de denrées alimentaires sont estimées officiellement à 700 milliards de francs CFA par an.À lire aussiCongo-Brazzaville: l’autosuffisance alimentaire, une équation toujours difficile à résoudre
3/1/20242 minutes, 22 seconds
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Côte d'Ivoire: les Kroumen réinvestissent le secteur touristique

Un temps délaissé en raison des affres de la guerre militaro-politique de la décennie 2000, les Kroumen – autochtones de la région de San Pedro et propriétaires terriens – souhaitent réinvestir le secteur touristique, porteur et en plein développement. À Roc, près de Grand-Béréby, des projets d'écotourisme ont émergé. Près du campement d’Olivier Djiboro, le sable est soigneusement ratissé chaque matin. L'espace aménagé face à l'océan offre un coin de tranquillité apprécié des touristes. C’est en 2016 que les jeunes du village ont commencé à construire les cases en bambou pour accueillir les visiteurs.Protection des tortues« L'idée est venue quand une ONG a décidé de protéger les tortues, déroule-t-il. Les touristes venaient beaucoup dans le village, pour la visite des bébés tortues. Donc quand ils venaient, ils voulaient dormir sur place. Mais il n'y avait pas de toit, il n'y avait pas de logement. C'est ça qui nous a motivés à créer cet espace. »Huit cases ont été construites et équipées sur la plage. Point de salle de bain, mais des toilettes sèches et des seaux d'eau pour se doucher. Une approche écologique défendue par Olivier Djiboro.« Tout ce qu'on voit sur le littoral, ce sont des hôtels, explique-t-il. Donc nous, on s'est dit qu'il fallait faire au moins une différence de ce que les autres avaient. Au départ, on n'avait pas trop de moyens. C'est ça qui nous a amenés à créer des cases en bambou, qui permettent aussi de mieux préserver la nature. »Équilibre communautaireL’idée d’Olivier Djiboro ainsi que le succès grandissant de la destination Grand-Béréby ont donné envie à d’autres villageois de se lancer dans cette activité. Gnépa David déplace d’immenses de feuilles de palmier pour bâtir un espace cuisine. « Ici, on aura un petit bar pour pouvoir les mettre à l'aise, indique-t-il avec fierté. Le coin me plait tellement que vraiment, je me suis donné à fond. Pour que ceux qui vont venir ressentent le même sentiment que j'ai pour la place. »Pour respecter l’équilibre communautaire du village, les revenus issus de ces activités sont partagés. Une part des revenus revient au village, pour dédommager aussi les habitants qui n’exercent pas sur la plage. « Il y a un revenu pour le chef de village, qui met cela dans une caisse commune, pour les petites dépenses, on peut piocher là-dedans ! », expliquent les deux hommes.Ceux-ci n'ont pas reçu d’aides ou de subventions pour développer leur projet, mais les autorités tentent de promouvoir la région. La candidature du village voisin de Mani-Bereby a été présenté auprès de l’Organisation mondial du tourisme, afin de rejoindre la liste des Plus beaux villages touristique du monde.
2/28/20242 minutes, 23 seconds
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Centrafrique: Igwé Motor, un service de motos-taxi plus sécurisé

En RCA, un service moderne de motos-taxi a vu le jour il y a un mois. Baptisée « Igwé Motor » (en langue locale, « allons-y »), cette entreprise met un point d'honneur à mieux respecter les critères de sécurité et les mesures d'hygiène. Pour la première fois, une application « Igwé Motor » permet aussi aux clients de réserver une course en ligne. Avec 500 abonnés, ce nouveau service gagne progressivement le cœur des usagers. Sous le soleil ardent de midi, une dizaine de motos sont stationnées à proximité du croisement des martyrs. Les conducteurs cherchent activement des clients. Gilet jaune et casque noir sur la tête, Joachim, l'un des conducteurs de Igwé Motor, se distingue des autres motos-taxi multicolores et sans plaque d'immatriculation. « Comme vous voyez, Igwé Motor nous a bien dotés en casques, gants, lunettes et gilets, se réjouit-il. Pour des raisons de sécurité, je transporte seulement deux personnes. Je commence le travail à 6 heures et je termine à 19h15. Je couvre tous les neuf arrondissements de la capitale. » Les usagers peuvent également contacter les conducteurs sur l'application Igwé Motor. Une première depuis 2004, l’année où les premières motos-taxi ont commencé à circuler en Centrafrique.« Ils sont efficaces et de surcroit, le coût du transport n'est pas cher, explique Israëlle, une usagère régulière de ce service. Les prix varient entre 1 000 et 2 000 francs CFA selon la course. Avant de monter, comme vous voyez, le chauffeur me passe un désinfectant pour la main. Ensuite, il nettoie le casque avec le gel avant de me le donner. Il y a toute une sécurité qui est là et je me sens rassurée. En plus, ils sont toujours propres contrairement aux taxis-moto ordinaires. »Aujourd'hui, le syndicat des motos-taxi de Bangui estime à plus de 20 000 le nombre de chauffeurs qui travaillent dans la capitale. Mais la majorité ne sont pas en règle. Non seulement la plupart de ces motos-taxi n'ont pas les équipements adéquats, mais il leur arrive aussi de transporter jusqu'à cinq personnes.De nombreux accidents gravesAvec une vingtaine de motos en service dans la capitale, Igwé Motor apporte un nouveau souffle sur ce service, selon Joachim, qui a même reçu une formation spécifique : « On nous a inculqué la valeur de respecter les principes du Code de la route. J'ai reçu des formations sur la sécurité routière, le respect des panneaux de signalisation et les sens interdits. J'ai validé une formation sur le Code de la route avant de commencer. »À Bangui, trois Centrafricains sur dix sont victimes d'amputation, de fractures sévères ou de décès liés aux accidents provoqués par les motos-taxi. En 2023, le service de traumatologie de l'hôpital communautaire a documenté plus de 500 accidents graves et mortels impliquant ces engins.Au-delà de la sécurité routière, l’entrepreneur Anis Zowe Nganyade espère stimuler l’économie centrafricaine avec son projet Igwé Motors. « En Centrafrique, le taux de chômage des jeunes est très élevé, constate-t-il. Il y a des jeunes qui ont des diplômes, mais qui n'ont rien à faire. Mais nous recrutons ces jeunes, nous leur donnons du travail et ils arrivent à joindre les deux bouts. »Chaque moto verse chaque jour la somme fixe de 8 000 francs CFA à Igwé Motor. Cette somme permet de payer les salaires des employés et d'assurer le fonctionnement de l'entreprise, qui leur donne un statut et leur verse des primes.
2/28/20242 minutes, 18 seconds
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À Lubumbashi, les avancées de la fibre optique très attendues

Ce lundi s’ouvre à Barcelone, le grand congrès de la téléphonie mobile (Mobile World Congress). Plus de 50 000 professionnels de l’industrie sont attendus en Espagne pour parler des avancées dans le domaine… Sur le continent, la pénétration du haut débit est encore limitée. En RDC par exemple, seulement 20% de la population est connectée et à un coût élevé. Toutefois, des efforts sont fournis par le gouvernement afin d’attirer de plus en plus d’investisseurs dans le secteur du numérique. C’est le cas à Lubumbashik, où une nouvelle ligne de fibre optique est en train d’être installée. Aux coins de plusieurs avenues de la ville de Lubumbashi, deux tuyaux de couleur bleu et orange sortent des terres. Ils vont bientôt abriter une ligne de fibre optique. L’entreprise privée Telmec Solution est en charge des travaux, Innocent Sema est l’un des superviseurs.  « Présentement, nous travaillons sur le plan de la ceinture de la ville de Lubumbashi, explique-t-il. À certains endroits, on a même déjà posé la fibre optique comme dans la commune de Kenya au centre-ville et certaines antennes sont déjà connectées. »Cependant, les clients vont encore devoir patienter un peu pour pouvoir bénéficier du haut débit, précise-t-on dans l’entreprise. Une fois qu’elle sera mise en service, une équipe en charge de la connexion pourra venir faire le nécessaire. « Le client paye, et on connecte sa maison ou son entreprise. Ensuite, il aura une facture de consommation mensuelle. Il aura un code. C’est une très bonne connexion », précise Daniel Baluza, un autre agent de l’entreprise Telmec Solution.Une très bonne connexion pourrait augmenter le taux de pénétration d’Internet en RDC – selon le ministère du numérique, plus de 82 % des Congolais n’y ont pas accès – et participer au développement des activités économiques. Daniel Kanyinda, directeur de Dani Web-Expert, une start-up du secteur du numérique, espère grâce à cela doubler ses activités. « Cela aura un impact sur nos activités. On peut offrir de bons services dans le domaine de la santé, de l’éducation et même du commerce avec l’application e-commerce », se réjouit-il. L’arrivée en RDC de ce nouveau fournisseur suscite l’espoir chez plusieurs opérateurs économiques pour qui une bonne connexion internet est primordiale au quotidien. Aref Hachicha est le directeur adjoint du centre médical Diamant de Lubumbashi. Ici, tous les services sont informatisés : « Ça nous donne une seule connexion, plus stable, plus fluide, mais ça nécessite toute une infrastructure. Mais c’est bon, il y a des signes qui montrent qu’on essaye d’améliorer », dit-il.À Lubumbashi, en plus de la société commerciale des postes et télécommunication qui propose ce service, deux entreprises se sont également lancées sur le marché. Mais son coût est élevé et la qualité de la connexion n'est pas toujours au rendez-vous. « Pour avoir une bonne connexion internet, il nous faut au moins 700 dollars. Et lorsque nous voulons nous connecter à la fibre optique, le coût d’installation est élevé et la facture mensuelle n’est pas aussi moindre », explique Fiston Mukendi, chargé de l’administration du centre international de formation au développement du capital humain (HCDIC).La connexion des 80% de Congolais qui n’ont pas encore accès à la fibre devrait prendre du temps. Selon le ministère des Postes et télécommunication, il faudrait au moins 50 000 km de fibre optique pour couvrir l’ensemble du pays.
2/25/20242 minutes, 24 seconds
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Mining Indaba: encadrer ou réprimer les activités minières artisanales [5/5]

Selon la Banque mondiale, l'Afrique abrite le plus grand nombre de mineurs artisanaux : d’après une estimation de 2019, ils seraient au moins 10 millions. Et ce sont en tout 60 millions de personnes qui dépendent du secteur minier informel. Impossible pour les pays concernés d’ignorer cette activité, d’autant que les revenus de ces ventes échappent aux États, partagés entre stratégie punitive et approche collaborative En Afrique du Sud, ils seraient au moins 30 000 à tenter leur chance dans les anciens puits de mines désaffectées, pour récupérer des restes de minerais. Les activités des « zama zama » – « ceux qui essaient » en zoulou sont souvent orchestrées par des gangs. Malgré des appels à légaliser leur situation de plus en plus nombreux, le ministre sud-africain des Mines Gwede Mantashe se borne pour l’instant à une réponse punitive.« Les activités minières illégales, c’est la même chose que du vol d'argent, tranche-t-il sans hésiter. Et donc nos policiers, avec le renfort de l’armée, se battent contre ces pratiques. J’entends des discours qui avancent que cette exploitation illégale s’explique par la pauvreté… et ils voudraient que cela devienne notre problème et qu’on leur donne des permis ! Mais la majorité de ces mineurs viennent du Lesotho, du Zimbabwe ou du Mozambique. Il y a peu de Sud-Africains concernés, c’est ça la réalité à laquelle on est confronté. »Manque à gagnerLes pratiques illégales représentent un manque à gagner pour les États et elles alimentent les trafics, notamment dans le Sahel. La Tanzanie – qui n’est pas concernée par les mêmes niveaux de criminalité – a choisi une autre voie, puisque le gouvernement tente désormais de formaliser le secteur. « Notre pays a pu les recenser, leur donner des permis et lancer des marchés à minerais, détaille Steven Kiruswa, le vice-ministre des Mines. Et ainsi, nous sommes parvenus à contrôler le commerce illégal de la vente de ces minerais. Depuis le début de ces démarches, en 2017, on estime qu’on a pu récupérer 3,4 milliards de dollars de revenus pour le gouvernement grâce aux efforts pour formaliser le secteur. »Mais la Zambie peine encore à régulariser tous les acteurs impliqués et à garantir leur sécurité : 22 mineurs artisanaux ont, par exemple, été tués dans un glissement de terrain le mois dernier. Ces activités à petite échelle ont aussi des conséquences environnementales sur le continent.En République démocratique du Congo, la production artisanale de cobalt est aussi marquée par la corruption et le travail des enfants. L’entreprise générale du cobalt (EGC), qui a le monopole sur la vente artisanale, va bientôt lancer un programme pilote pour encadrer la production, selon son directeur, Eric Kalala : « On est entré en discussions avec plusieurs opérateurs, dont la Gécamines, pour obtenir des sites pilotes afin d’expérimenter et de tester, de manière empirique, les normes et les standards convenus, indique-t-il. On vient d’obtenir cinq carrés miniers en amodiation, qui seront orientés sur une phase de test dans le cobalt. »Les experts soulignent qu’afin d’être suivies, les politiques de régularisation ne doivent être ni trop coûteuses ni trop complexes pour les mineurs artisanaux.
2/23/20242 minutes, 27 seconds
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Mining Indaba: les compagnies minières s'adaptent, malgré les coups d'état [4/5]

Malgré une succession de coups d’État en Afrique ces dernières années, c'est « business as usual » pour les compagnies minières : les affaires continuent et les entreprises s'adaptent pour collaborer en bonne intelligence avec les gouvernements de transition. Une flexibilité essentielle pour maintenir l'exploitation des gisements dans lesquels elles ont effectué de lourds investissements. Au Gabon, Eramet avait temporairement interrompu ses opérations suite au coup d’État du 30 août dernier. Mais tout est depuis rentré dans l’ordre et le groupe français entend même augmenter ces prochaines années la production de sa mine de manganèse de Moanda, exploitée en partenariat avec l’État gabonais. « Aujourd’hui, les opérations tournent, et elles tournent bien, se réjouit même Virginie de Chassey, membre du comité exécutif d’Eramet. On travaille avec les autorités, et donc il n’y a pas de raisons objectives, pour l’industriel que nous sommes, qui ne fait pas de politique, de changer la trajectoire. »Des putshs et des réformesLes putschistes ont généralement en tête les revenus que les mines permettent de débloquer. L’une de leurs priorités, à leur arrivée au pouvoir, est souvent de rassurer les acteurs du secteur, comme en Guinée, ou encore au Mali. Mais ces changements apportent aussi leurs lots de réformes. Par exemple, le nouveau Code minier mis en place par Bamako n’affecte pas directement la mine d’or de Fekola déjà en activité, mais a créé quelques accrocs pour B2Gold.Son PDG Clive Johnson affirme être « très à l’aise là-bas », mais une bonne collaboration avec le gouvernement en place. « Les autres permis sur notre ceinture vont dépendre du Code minier de 2023, explique-t-il. Nous prévoyons une production plus faible cette année, en partie parce que nous n’avons pas pu obtenir un permis à temps pour amener de la matière supplémentaire. »Et la discrétion est de mise. L’entreprise française productrice d’uranium Orano entend bien poursuivre ses activités au Niger, mais a refusé de s’exprimer à ce sujet.Sanctions informellesPar ailleurs, les compagnies minières doivent aussi faire face à la dégradation du contexte sécuritaire : trois employés de B2Gold sont récemment décédés au Mali dans l’attaque d’un convoi.Au Soudan, l’entreprise Perseus a acquis une mine d’or en 2022, après le coup d’État, mais avant le début de la guerre. Outre les risques sur le court terme, les difficultés s’accumulent aussi sur la durée selon Martijn Bosboom avocat général pour le groupe australien : « Les sanctions sont bien sûr un risque sur le long-terme. Mais aussi les sanctions "informelles" avec les fournisseurs qui ne veulent pas traiter avec le pays et les banques qui ne veulent pas nous aider à envoyer de l’argent pour payer nos employés. De plus, nous avons rapidement dû faire comprendre que nous étions neutres, que nous ne prenions pas parti, pour aucun camp. »Les partenaires comme les États-Unis continuent de marteler que le rétablissement de la démocratie – qui apporte plus de stabilité et de la transparence selon eux – reste nécessaire.
2/22/20242 minutes, 22 seconds
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Mining Indaba: manque d'investissements pour les mines de demain [3/5]

On ne pourra pas faire sans les minerais du sous-sol africain si le monde veut enclencher la transition énergétique telle qu'elle est actuellement pensée. Mais ces ambitions se heurtent à un paradoxe : les investissements dans les explorations – soit les recherches pour découvrir de nouveaux gisements – ne parviennent pas à décoller suffisamment en Afrique. De notre correspondante en Afrique du Sud,La demande de minerai critique pourrait être multipliée jusqu’à 3,5 fois d'ici à 2030 d’après l’un des scénarios de l’Agence internationale de l’Énergie (AIE). Et pourtant, les investissements en Afrique restent insuffisants pour permettre un rattrapage de l’offre. Car il est difficile de trouver les financements nécessaires pour enclencher de nouvelles opérations d’exploration.10% des dépenses d'exploration pour l'AfriqueAl Cook, à la tête de l’entreprise diamantaire De Beers, décrit la situation avec pédagogie : « Imaginons que je prenne ce billet de 10 rands pour l’investir dans les activités d’exploration d’Errol... Errol me dit : "En retour, je te donnerai 1 000 rands ! Sauf que je ne te donnerai pas ces 1 000 rands avant 20 ans". Et il ajoute même qu’"il n’y a qu’une chance sur 10 pour que je te rende une quelconque somme d'argent". Donc à ce moment-là, je reprends mes 10 rands et les remet dans ma poche ! »Seules 10% des dépenses d’exploration mondiales sont à destination de l’Afrique, selon l’agence Standard&Poor’s, et elles vont en majorité dans le secteur de l’or. Ces investissements seront pourtant décisifs pour développer les mines de demain, puisqu’il faut en général dix à vingt ans avant une mise en exploitation.« Ce qui est intéressant dans la phase d’exploration, c'est qu’on a une petite idée de ce qui se trouve sous le sol, mais ce n’est pas chiffré. Et donc c’est pour ça que la phase d’exploration est toujours plus compliquée, admet Fawzi Abi Saleh, responsable commercial au sud de la RDC pour la RawBank. Ce qu’on constate, c'est qu’elles sont financées par des start-up, des levées de fonds de l’ordre de 50 millions de dollars... C’est des "educated guess". »Perceptions négativesLes perceptions négatives autour des risques en Afrique, au niveau des régulations, des infrastructures, et de la transparence, peuvent aussi rebuter les investisseurs. En Afrique du Sud, par exemple, la question de l’énergie ne représente qu’un problème parmi d’autres, selon Hugo Pienaar du Conseil sud-africain des mines : « Notre système pour demander des permis est très obsolète, donc cela met beaucoup trop de temps pour les obtenir. Il y a bien des investissements, mais ils servent à soutenir des opérations en cours, et non à étendre les capacités. »De son côté, Josh Goldman, président de l’entreprise KoBold Metals, insiste sur la nécessité de rendre accessibles les données déjà connues du sous-sol : « Il faut commencer à partir de ce qui existe, sinon on passe notre temps à aller collecter des données qui l’ont peut-être déjà été par quelqu’un d’autre. Une chose très importante que les pays peuvent faire, c’est d’imposer la divulgation de ces données et de les rendre publiques et gratuites. »La start-up américaine, qui utilise l’intelligence artificielle, a récemment annoncé la découverte d’un important gisement de cuivre en Zambie.À terme, l’intensification des opérations d’exploration, puis d’exploitations, posera aussi des questions environnementales dans les zones concernées.À lire aussiMining Indaba: restreindre l’exportation de matières premières brutes pour transformer localement [2/5]À lire aussiMining Indaba: le projet Simandou, la «montagne de fer» guinéenne [1/5]
2/20/20242 minutes, 28 seconds
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Mining Indaba: restreindre l’exportation de matières premières brutes pour transformer localement [2/5]

Afrique économie se penche en cinq volets sur le secteur des mines sur le continent, après l’évènement Mining Indaba qui s’est déroulé au début du mois au Cap, en Afrique du Sud. Les mines d’Afrique seront cruciales pour la transition énergétique. Mais à quelles conditions pour l’Afrique ? Afin de créer de la valeur sur le continent, la volonté de transformer davantage sur place est martelée, et certains pays vont jusqu’à mettre en place des restrictions à l’exportation de matières premières non transformées. Avec notre envoyée spéciale au Cap, Claire BargelèsL'année dernière, la Namibie a par exemple donné son feu vert pour l’interdiction d’exporter certains minéraux dits « critiques » non transformés, comme le lithium broyé, le cobalt, ou encore les minéraux de terres rares. « Comme la demande est élevée, nous estimons que nous perdons au change : nous devrions récolter le maximum de bénéfices de nos minerais », estime Isabella Chirchir, la commissaire des mines du pays. Elle estime qu’il faut désormais s’assurer d’apporter de la valeur ajouter aux minerais. Mais pour cela, une vision est nécessaire.« Tout dépend de quelle étape on parle. Est-ce qu’on veut à termes se lancer dans la fabrication de batteries ? Bien sûr, dans 20 ans, souligne la commissaire des mines. Mais pour l’instant, on doit comprendre la chaîne de valeur, et dans le cas du lithium, voir s’il est possible de faire du concentré, ou aller jusqu'au carbonate, ou l’hydroxyde. »Des interdictions d’exportation efficaces ?Le Zimbabwe a lui aussi mis en place des interdictions similaires. Mais elles ne touchent pas les contrats déjà existants, et laissent la porte ouverte à des possibilités d’exemption. D’autres pays, comme le Ghana, y pensent aussi. Mais le ministre des terres et des ressources naturelles Samuel Jinapor se montre prudent. « En termes de calendrier, on interdira l’exportation des minerais bruts dans leur ensemble dans un futur assez proche, assure le ministre. Mais on ne veut pas mettre en place de politiques qui opposeraient deux camps. Les investisseurs sont des partenaires, pour arriver une situation gagnant-gagnant : l’État ghanéen gagne, et les investisseurs aussi. »De telles interdictions ont été régulièrement, par le passé, mises en place puis supprimées, et selon un rapport de l’OCDE, elles n’ont pas forcément les effets escomptés pour développer une transformation locale. Attention pour lui, à ne pas mettre la charrue avant les bœufs. « Des expériences ont montré que lorsque des interdictions d’exportations sont mises en place sans la création d’une base industrielle dans le pays, avec des infrastructures, de l’électricité, des compétences nécessaires, la plupart de ces interventions ne sont pas très positives », précise Silas Olan’g, de l’Institut pour la Gouvernance des Ressources Naturelles (NRGI).À l’image de l’Indonésie, les pays prennent aussi le risque que des différends soient amenés devant l’Organisation mondiale du commerce. Mais Jose Fernandez, sous-secrétaire d’État américain pour l’Économie, la Croissance, l’Énergie et l’Environnement, préfère prôner la coopération. « Tout pays doit décider comment il compte attirer les investissements. Il y a des pays avec lesquels on travaille et qui ont ces restrictions : c’est quelque chose que nos entreprises sont prêtes à accepter, pour amener de la valeur à leurs investissements », affirme-t-il. Selon les experts, les pays africains devront surtout créer des chaînes de valeur régionales afin de transformer ensemble ces minerais « critiques ».
2/19/20242 minutes, 26 seconds
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Mining Indaba: le projet Simandou, la «montagne de fer» guinéenne [1/5]

Le projet Simandou est désormais lancé en Guinée, après presque trente ans de rebondissements. Il est estimé à 20 milliards de dollars, pour une production qui devrait atteindre, à terme, 60 millions tonnes par an, soit 5% des échanges internationaux de fer. Et malgré des délais liés aux négociations sur le volet financier, les parties prenantes envisagent toujours que les travaux soient achevés d'ici à la fin de l’année, pour une première production en 2025. Le géant minier anglo-australien Rio Tinto possédait des permis sur le gisement convoité depuis 1997. « Je pense que la première fois que j’ai entendu parler du Simandou... j’avais quatre ans ! » affirme même Karamo Kaba, le gouverneur de la Banque Centrale Guinéenne.Mais selon lui, les choses se sont accélérées depuis 2022 et la prise de pouvoir du général Mamadi Doumbouya. « Nous avions un état qui a été pragmatique. C’est vrai qu’on a eu de longs échanges, on a eu des réunions musclées. Mais nous avons adhéré à cette idée de codéveloppement, gagnant-gagnant » analyse le gouverneur.Une ligne de chemin de fer de 600 kmSimandou, c’est en fait deux mines : l’une développée par Rio Tinto Simfer et le poids lourd chinois de l’aluminium Chinalco - et l’autre par le producteur d’acier chinois Baowu associé au consortium sino-guinéo-singapourien Winning.Mais ce n’est pas tout : il faut aussi construire une ligne de chemin de fer comme le gisement se trouve loin à l’intérieur du pays, ainsi qu’un port. Tony Sun, du groupe Winning est confiant dans l’avancée des travaux. « C’est un long et dur travail… on doit, en autre, construire près de 600 km de chemin de fer. Ce n'est pas terminé, mais les voies de raccordement, sur ces 600 km, ont été complétées, et nous travaillons à pleine vitesse pour faire avancer le projet » développe-t-il.À lire aussi«Mettons de l’ordre chez nous»: des voix s'élèvent pour une meilleure gestion des mines en AfriqueD’après les autorités, un peu moins de la moitié des infrastructures ont déjà été réalisées, pour pouvoir, à terme, exporter ce minerai d’une teneur en fer de près de 65%. Une qualité exceptionnelle qui pousse Rio Tinto à le comparer à du « caviar ». « Le plus gros a été négocié, au stade actuel, il y a encore quelques tuilages à faire, avance Samuel Gahigi, le directeur du groupe minier pour la Guinée. Le plus important, c'est qu’on a eu la ratification des accords de codéveloppement par le Conseil national de transition. Je pense que les prochaines semaines vont être décisives pour la clôture des accords restants. »Deux milliards à partir de 2040Le gouvernement de transition n’est pas en reste et calcule déjà les retombées pour le pays. « Le budget de la Guinée, c'est entre 3,5 à 4 milliards de dollars dans l'année. Et vous avez 2 milliards qui vont arriver directement dans le budget de l’État à partir de 2040. Les dividendes, droits, impôts et taxes vont être importants pour l’économie guinéenne », se réjouit notamment Moussa Cissé, le ministre guinéen de l’Économie.Cependant, la question des conséquences environnementales du projet reste en suspens, alors que la société civile continue de réclamer publication et la mise à jour des études d’impact.À lire aussiRDC: la population de Manomapia sous l'emprise de l'exploitation minière [1/2]
2/18/20242 minutes, 20 seconds
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Sénégal: le port de Ziguinchor toujours à l’arrêt, de lourdes conséquences économiques

Au Sénégal, ce nouveau rebondissement jeudi soir 15 février : le Conseil constitutionnel s’oppose au report de l’élection présidentielle. À Ziguinchor, en Casamance, dans le sud du pays, cette échéance est un espoir pour la reprise des liaisons maritimes entre Dakar et Ziguinchor. La suspension, effective depuis le mois de juin, et les violences qui avaient entouré le procès de l’opposant Ousmane Sonko, pèsent lourdement sur l’économie de la région du Sud. De notre envoyée spéciale à Ziguinchor,Calme plat au port de Ziguinchor. Le site est désert et les engins de manutention sont à l’arrêt. Avant, « il y avait du monde, il y avait du bruit », témoigne Lamine Diedhiou. Assis sous un arbre devant le portail, ce docker attend désespérément le retour des ferrys : « Je viens tous les jours, je suis tellement pressé que ça reprenne [Une pétition avait été lancée, ndlr]. Quand je rentre à la maison, ma femme et mes enfants, me regardent. Mais je n’ai rien. »En juin 2023, la suspension avait été justifiée – officieusement – par des « raisons de sécurité nationale » après des émeutes. Huit mois après, c’est le statu quo. Une situation incompréhensible pour Malamine Mané, président d’une entreprise de manutention qui exerce au port de Ziguinchor. En temps normal, il gère le chargement et le déchargement du riz, du mil, de l’anacarde, de la noix de cajou ou encore de ciment. Un secteur d’activité qui emploie normalement beaucoup de monde. « Au temps de l’anacarde, je recrute 300 personnes, prend-il pour exemple. La Casamance est une partie intégrante du Sénégal. C’est extrêmement difficile et pitoyable », regrette-t-il.Un peu plus loin, au port de pêche de Boudody, Kébé Samb est assise devant son étal de poisson. « Auparavant, je mettais mes poissons et mes crevettes dans des cartons, et je les expédiais par bateau pour les vendre à Dakar, détaille-t-elle. En deux ou trois jours, j'avais mon argent. Maintenant, je dois les mettre dans la glace, pour les vendre congelés, petit à petit, mais il y a des pertes. »« L’impact est énorme, c’est à coup de milliards de FCFA »Actuellement, rien ne sort, rien ne rentre par le port. Certains produits qui arrivaient de Dakar manquent sur les marchés, comme les légumes. L’avion n’est pas une alternative, d’autant que l’aéroport de Ziguinchor est en travaux. Les vols sont transférés à Cap Skirring, à environ 70 kilomètres. Quant à la voie terrestre, elle est plus chère et moins sûre, explique Jean Pascal Ehemba, président de la Chambre de commerce de Ziguinchor : « Ce qui passe par la route, ce sont des petits volumes, ça ne fait pas tout à fait l’affaire. Et puis le chemin est trop long avec des risques d’accident. »L’arrêt des activités portuaires a donc un impact économique important pour la localité. « L’impact est énorme, c’est à coup de milliards de FCFA, estime le président de la Chambre de commerce de Ziguinchor. Et c’est pour cela qu’on essaie de demander une aide de l’État, qu’il continue à faire sa mission régalienne pour pousser l’économie de cette région. »Lors de sa visite à Ziguinchor le mois dernier, le Premier ministre Amadou Ba avait annoncé une reprise prochaine des liaisons. Le commandant du port l’assure, « des travaux de maintenance des bateaux et sur le chenal sont prévus pour un retour du trafic en toute sécurité ». Aucune date précise n’a encore été fixée.À lire aussiDans la Casamance enclavée, une économie fragilisée
2/15/20242 minutes, 24 seconds
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Ouganda: dans la capitale Kampala, des routes de plus en plus dégradées

Depuis plusieurs semaines, les routes cabossées de la capitale ougandaise font l’objet de campagnes sur les réseaux sociaux, mais aussi de débats politiques intenses. Ces routes en piteux état qui feraient perdre 1 million de dollars par jour à l’économie de Kampala, selon l’autorité de la capitale, KCCA.  Dans une vidéo publiée sur le réseau social X, on peut voir des Ougandais pêcher un vrai poisson dans un trou béant de la chaussée. Les actions dénonçant le mauvais état de la route se sont multipliées ces derniers temps, et politiques comme organisations de la société civile se sont emparés du sujet.Julius Mukunda est le directeur de l’organisation, Civil Society Budget Advocacy Group (CSBAG), spécialisé sur les questions de redevabilité économique. Il évoque un problème à plusieurs niveaux : « Premièrement, il y a un manque de savoir-faire et une mauvaise planification. On construit des routes, mais on ne prévoit pas leur entretien, énumère-t-il. Deuxièmement, le prix des réparations est en augmentation, en partie dû à la corruption. Il y a également la question du manque de qualification pour trouver de l’argent. Et même quand les fonds sont disponibles, nous peinons à les décaisser. Il y a aussi des difficultés à collecter les taxes. Moins de recouvrement signifie moins d’argent disponible pour des postes comme le réseau routier. »Un état des lieux peu reluisant pour l'autorité en charge des routes. La Kampala Capital City Authority (KCCA) est au cœur de cette politique. « Nous faisons de notre mieux, même pour réparer les nids-de-poule, ce qui n'est pas recommandé pour une route en fin de vie », s’est récemment défendu David Luyimbazi, le directeur adjoint de KCCA, sur une radio ougandaise. Pour lui, il ne s’agit pas d’un problème de corruption.À lire aussiRDC / Ouganda: des routes pour booster le commerce et ralentir l’insécurité attribuée aux AFDCoût élevé du bitumageIl préfère mettre en cause des problèmes structurels, un réseau routier vieillissant et de grosses contraintes budgétaires. « Il faut regarder les ressources qui nous sont dédiées. Par exemple le plan stratégique initié il y a quatre ans environ. Il requiert un budget d’1,4 trillion chaque année. Cette année, nous avions 550 milliards. Il y a une inadéquation entre les ressources que nous obtenons vis-à-vis des besoins. Cela vous donne une idée de la qualité des services que vous recevez ! », argumente le directeur adjoint de KCCA.Quant au coût plus élevé du bitumage par rapport aux autres pays de la région, comme le Kenya, le directeur avance les contraintes logistiques liées à l’enclavement de l’Ouganda : « Tous les produits pétroliers nécessaires à la construction des routes doivent être acheminés depuis Mombasa, pointe-t-il. Nous utilisons du gravier pour les travaux, mais le gouvernement n’est pas propriétaire de la terre. C’est donc le marché qui détermine le prix des matériaux. La plupart des équipements doivent être importés ! »Plusieurs prêts de bailleurs internationaux dédiés aux routes sont attendus dans les prochains mois et devraient permettre lancer des travaux de réhabilitation de la voirie dans les cinq prochaines années, selon le fonctionnaire. Pour la société civile, la priorité est de mettre en place des normes et standards et de lutter contre la corruption.À lire aussiL'Ouganda développe sa mobilité électrique au-delà des grandes villes
2/14/20242 minutes, 22 seconds
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Le FID, un fond pour soutenir l'innovation sociale en Afrique

Le Fonds d’innovation pour le Développement, lancé en 2020 et hébergé par l’AFD, a vu sa dotation renouvelée et augmentée le 8 février, passant de 15 à 25 millions annuel. Il est présidé par le prix Nobel de l’économie Esther Duflo spécialiste des questions de développement. Les projets soutenus sont choisis pour leurs impacts sociaux reconnus ou probables. Des projets qui sont peu porteurs pour les levées de fonds traditionnelles, notamment sur le continent africain. Dans le domaine des fonds à impact en 2022, seuls 2% étaient destinés à l’Afrique subsaharienne, selon une enquête du Global impact investing network. Une difficulté qu’a bien ressenti l’Ivoirien Hugues Kouadio, qui développe un projet pour lutter contre le saturnisme. « Clairement, c'est un peu comme la question d’un bien public. Ça ne parle pas aux banques, c'est sûr, confirme-t-il. C'est beaucoup plus une question de politique publique au niveau des États, et donc forcément ce sont plus des fonds publics. Clairement, les banques ne vont pas financer ce genre de projet dans l’immédiat. »Le Kényan Tom Osborn travaille sur la santé mentale des jeunes. Son expérience va dans le même sens. « Pour l’instant, dans le domaine de la santé mentale par exemple, nous ne disposons pas toujours de dossiers économiques très solides et viables pour du capital-risque plus traditionnel », détaille l’entrepreneur.Esther Duflo est Prix Nobel de l’économie et présidente du Fonds d’investissement pour le développement. Le but du FID est bien de changer de paradigme : « C'est vraiment un fond qui vise à permettre à des tas d'acteurs nouveaux, que ce soit des ONG, des universités, des gouvernements, des laboratoires, de proposer de l'innovation sociale. Donc ce n’est pas de l'innovation pour faire du profit, c'est ça qui est vraiment très différent. »Faire la différence dans la vie des gensL’objectif final étant d’améliorer la qualité de vie des gens. « Toujours avec cet objectif de créer de la valeur sociale, pas de la valeur marchande, insiste Esther Duflo spécialiste des questions de développement. Mais comme il n’y a pas la rentabilité comme indicateur de réussite, ce qui la remplace, c'est l'impact. » Les décisions de financement du Fonds et ensuite l'évaluation qui suit est fondée de manière « vraiment très organique sur quelle est la différence que cela fait dans la vie des gens ». Une série d’indicateurs et d’évaluations ont été mis en place pour ce faire.  Présent pour signer un nouvel accord de financement, le directeur général du Trésor français reconnaît aimer l’innovation « lorsqu’on est sûr qu’elle va réussir ». Une vision paradoxale que l’économiste spécialiste du développement bat en brèche.« Pour nous, quand un projet particulier ne réussit pas, ce n'est pas en tant que tel un échec », met en avant le prix Nobel. Ce qui compte est d’avoir pu tester une bonne idée a priori. « Ça ne marche pas, tant pis, on passe à la chose suivante. Si ça marche par contre d’avoir cette évaluation rigoureuse que le projet a fait une vraie différence dans la vie des gens, ça permet de le passer à l'échelle », met-elle encore en avant.Soixante-six projets ont déjà reçu des soutiens du FID. Qu’ils soient en phase de test pour permettre de prouver l’efficacité de l’innovation ou en phase de développement et de mise à l’échelle. 90% d’entre eux se trouvent sur le continent africain.
2/13/20242 minutes, 25 seconds
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Le Gabon se lance dans la production de gaz butane

Le Gabon est un pays producteur de pétrole mais qui importe la quasi-totalité du gaz butane consommé dans les ménages. Pour réduire sa dépendance de l’étranger, le Gabon vient d’inaugurer une usine de production de gaz à Batanga dans le sud-ouest du pays, à proximité de Port-Gentil. Un événement salué par les populations, mais aussi par les autorités de la transition. De notre correspondant à Libreville, Le président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema a personnellement effectué le déplacement de Batanga pour inaugurer l’usine. Ce chantier avait été lancé sous l’ancien régime, il y a deux ans. « En réponse à un besoin en énergie supplémentaire exprimée par le Gabon, Perenco a lancé le projet de construction de cette usine de GPL, ce qu’on appelle plus communément gaz butane ou gaz domestique, explique Adrien Broche, directeur général de Perenco. Cela représente pour nous un investissement de plus de 50 millions de dollars, soit environ 35 milliards de FCFA. » Selon l’entreprise franco-britannique, l’usine est en capacité de produire 15 000 tonnes par an de gaz butane et va permettre de réduire de plus de 50% les importations de gaz butane. Avant cette usine, le Gabon produisait 10 000 tonnes de gaz butane via la Société gabonaise de raffinage (Sogara). Toute cette production ne comble pas cependant la forte demande nationale. Bonne nouvelle pour les populations, juste après l’inauguration de l’usine, le gouvernement a baissé le prix de la bouteille de gaz de 5 950 à 4 950 FCFA soit une réduction de 1 000 FCFA.Du mieux pour les populations et pour l'environnementAlban Migueli, de l’ONG Mandji Moins cher, estime que ce n’est pas suffisant, l'État peut encore mieux faire : « En comparaison avec d’autres pays, on va parler du Maroc qui a pour la même bouteille à 1 250, la Tunisie à 1 350, pour la Libye le gaz est toujours à 1 500 FCFA. On peut mieux faire pour notre pays en ce qui concerne la réduction du prix du gaz. »Dans le passé, le gaz découvert dans les champs pétroliers était systématiquement brûlé. Nicaise Moulombi, président de l’ONG Croissance saine environnement, estime que la nouvelle usine génère un gain économique et environnemental. « Aujourd’hui, ce gaz n’est plus torché et donc n’émet plus de gaz à effet de serre », explique-t-il. Un usage qui va permettre de réduire l’impact sur le climat, estime-t-il, de « réduire significativement les pollutions ». Et de conclure : « c’est donc une bonne chose pour le Gabon qui se prépare à la transition énergétique. »Plusieurs autres projets gaziers sont en cours. À long terme, le Gabon rêve de mettre fin à l’importation de gaz pour en devenir un exportateur.À lire aussiLe Gabon va augmenter sa production de gaz butane de 20% après 2023
2/12/20242 minutes, 19 seconds
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RDC: les impacts encore limités de la loi sur la sous-traitance

Alors qu’elle devait permettre la création d’une classe moyenne en RDC, la loi sur la sous-traitance du secteur privé a encore du chemin à faire. En trois ans, l’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé (ARSP) estimait que 50 000 entreprises à capitaux congolais devaient pouvoir obtenir des marchés. Mais 1/3 seulement ont finalement réussi à décrocher des contrats. L’ARSP a pris une nouvelle fois l’engagement au début de cette année de revoir ce chiffre à la hausse. De notre correspondante à Lubumbashi,Gaël Mbala est le patron de la société congolaise Mon jardinier, spécialisée dans l’aménagement et la fourniture des biens et services. Malgré la mission de contrôle effectuée l’an dernier par l’autorité de régulation, il estime qu’accéder au marché de la sous-traitance est encore un mythe. « Il s’avère qu’il n’y a pas eu jusque-là d’appels d’offres publiés ni sur le site de l’ARSP, ni sur d’autres sites, assure-t-il. Il faut accompagner cette ambition avec beaucoup d’actions sur le terrain afin que nous, Congolais, puissions en tirer profit. »Golive Camping est une autre entreprise congolaise spécialisée dans le service de restauration. Avec ses cinq employés, elle ne remporte que des petits marchés de moins de 500 dollars. Ce qui ne lui permet pas de s’agrandir. « Si on pouvait décrocher de gros marchés, on aurait ainsi la capacité d’augmenter le nombre d’emplois, insiste Adiel Mikitshi, la directrice. On passerait de 5 à 25 employés. Parce que nous avons des cuisiniers, il y a ceux qui s’occupent du ménage et d’autres servent les clients. »Cependant, les entreprises congolaises ne parviennent pas à décrocher ces contrats de sous-traitance. Le manque à gagner pour l’État est estimé à 8,5 milliards de dollars. Le directeur général de l’Autorité de régulation de ce secteur, Muguel Katemb, estime n’avoir qu’un seul moyen pour relever le défi : « C’est de faire accéder des sociétés à capitaux majoritairement congolais ou des sociétés éligibles au marché de la sous-traitance. Parce qu’une fois que ces sociétés accèdent au marché, elles sont implantées en RDC, elles vont payer des taxes et créer de l’emploi dans le pays et cela va contribuer au développement économique de la RDC. »Des réussites dans le secteur minierMais tout n'est pas sombre dans le secteur de la sous-traitance. Quelques Congolais ont réussi à décrocher des marchés importants, notamment dans le secteur minier. Seulement leurs capacités financières sont souvent limitées, explique Eric Lwamba, économiste et ancien consultant du gouvernement pour la mise en œuvre de la loi sur la sous-traitance.« Comme c’est dans les affaires, on ne peut pas vous donner des marchés importants si on n’est pas sûr que vous pouvez mobiliser des garanties qui permettent à ce que si vous ne parvenez pas à fournir les services, vos risques soient réellement couverts », analyse ce spécialise. Dans cette optique, le gouvernement a mis en place le Fonds de garantie des entrepreneurs congolais (Fogec). « La réalité est que ce Fonds n’est pas vraiment opérationnel au sens où il remplit son rôle pour donner des contreparties à ces entreprises pour que le risque soit atténué », précise-t-il.Malgré ce défi financier, l’ARSP espère tripler le nombre d’entreprises congolaises qui signent des contrats de sous-traitance et ceci notamment dans le secteur minier.À lire aussiRDC: un potentiel minier sous-exploité
2/11/20242 minutes, 16 seconds
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Centrafrique: reprise économique à Mbaïki après la réouverture de la station-service

En Centrafrique, après la crise militaro-politique de 2013, la plupart des stations-service ont été pillées et détruites dans presque toutes les grandes villes du pays. À Mbaïki, à 105 km au sud-ouest de la capitale, la station avait repris du service, mais était de nouveau à l’arrêt depuis 2020 suite à la tentative de coup d'État de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC). Après des années d'inactivités dans cette ville, la société TAMOIL RCA qui a racheté en avril dernier les activités de TotalEnergies a rouvert sa station de Mbaïki. Cette reprise permet non seulement de combler les besoins des consommateurs en produits pétroliers, mais aussi de relancer les activités socio-économiques de cette grande préfecture qui reposent sur le carburant. De notre envoyé spécial à Mbaïki,Au marché central de Mbaïki, il est 10h et c’est l’heure de pointe. Dans une allée du marché, difficile d’entendre autre chose que le bruit des moteurs des moulins. Une dizaine de machines transforment manioc, patate douce, taro et igname, en farines.Saturnin Debona est le propriétaire de trois moulins. « À Mbaïki, tout le monde salue la réouverture de cette station-service. Nous avons enfin du carburant de bonne qualité et à bas prix, s’enthousiasme le jeune entrepreneur. J’achète le litre à 1 100 francs CFA et je fais 100 % de bénéfice. Chaque jour, j’utilise 10 litres pour mes activités. Pour un litre consommé, ma farine rapporte 3 500 francs CFA. »Dans sa robe pagne, Geneviève, une commerçante, patiente dans la queue avec deux cuvettes de manioc. « J’ai emprunté un taxi-moto à 250 francs CFA pour apporter mes maniocs ici. C’est très abordable par ce que dans les mois passés, je payais le double », détaille-t-elle.La remise en service de la station a permis de faire revenir le carburant en quantité importante et sur le marché légal. Conséquence : le coût du transport a baissé de moitié dans la ville. Les ateliers de soudure, les petites salles de cinéma, les centres de formations professionnelles, les agences multimédias et les administrations qui fonctionnent avec des groupes électrogènes peuvent désormais se ravitailler plus facilement.Un prix du litre identique à la capitaleDans son atelier de menuiserie du quartier Bombolet, Alain Sindo a le sourire aux lèvres : « Depuis quatre ans, on se ravitaille au Congo ou au Cameroun, deux pays proches de Mbaïki. Nous utilisons des groupes électrogènes parce qu’il n’y a pas d’autre source d’énergie. Le litre coûtait 1 500 francs CFA partout dans la ville et il était rare. Maintenant que le carburant est abondant, nous travaillons sans cesse, nous avons beaucoup de commandes. »La station-service se trouve dans le centre-ville, un endroit accessible et sécurisé. La reprise des activités a attiré de nombreux clients. Deux camions-citernes en provenance de Bangui sont déjà venus réapprovisionner le point de vente.« Actuellement, nous avons 13 000 litres de gasoil et 13 000 litres de super. On ouvre ici à 5h et on ferme à 17h, précise Narcisse Lezin, un pompiste. Il y a des gens qui viennent des villages environnants à l’exemple de Bangandou, Mongoumba, Moukoko et autres pour se ravitailler. » Ici, on achète le carburant au même prix que dans la capitale. Le litre de super est à 1100 francs CFA et le litre de Gasoil à 1350 francs CFA.La réouverture de la station-service est une bouffée d’air pour la localité. Cependant, les autorités sensibilisent les habitants de Mbaïki sur les potentiels actes de vandalisme qui pourraient nuire à ce nouvel élan économique.
2/8/20242 minutes, 24 seconds
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Sénégal: à Saint-Louis, les retombées de l'exploitation gazière se font toujours attendre

À Saint-Louis, la nouvelle plateforme gazière est désormais visible de tous au large des côtes. Mais l’exploitation ne cesse de prendre du retard ; initialement programmée pour 2023, celle-ci est maintenant annoncée pour le troisième trimestre de cette année. Sur place, les Saint-Louisiens sont inquiets et les retombées tant promises tardent à venir. De notre correspondante à Dakar,Dans le quartier Guet Ndar des pêcheurs de Saint-Louis, de plus en plus de pirogues rentrent bredouille de la pêche.Assis sur un petit tabouret, le leader syndical Moustapha Diagne dénonce la surpêche et le changement climatique. Mais aussi l’installation de la plateforme gazière à une dizaine de kilomètres au large des côtes. « BP est venu implanter sa plateforme là où il y a le récif qui a le plus de poissons », lance-t-il d’emblée. « Et ce récif qui fait vivre la ville est maintenant interdit à la pêche. On ne peut pas tuer la pêche pour le gaz ! »La pêche qui est la principale activité à Saint-Louis a donc pris un coup. Mais grâce au gaz, le gouvernement a promis des retombées économiques sur la région et sur la ville, qui se transforme progressivement. « Notre aéroport est devenu international. On a vu aussi l’installation d’une agence CBAO, que le président de la République est venu inaugurer tout récemment », avance Sidy Ba de l’Apix, l’agence de promotion des investissements. « Donc, je pense que tout ça, ça commence à animer le département et la ville de Saint-Louis. »Pourtant, l’Apix attend toujours des investisseurs privés qui voudraient travailler avec le projet gazier. « Ils n’ont pas encore commencé à venir ici pour dire qu’ils veulent lancer des activités en rapport avec ça », admet ainsi Sidy Ba.Qualifications inadéquatesLa société civile suit de près l’arrivée du gaz. Un observatoire territorial du secteur extractif a été créé avec 30 organisations et des activités de sensibilisation sont organisées auprès de la population. Mais Mohamed Lamine Tall, coordonnateur du Forum civil à Saint-Louis, estime que la ville n’est pas encore préparée pour ce tournant important.« Le plaidoyer demande à ce que l’État appuie mieux le secteur privé », insiste-t-il. « Je prends juste un exemple : nous n’avons pas d’hôtel avec des capacités d’accueil suffisantes à Saint-Louis. Donc, parfois les gens qui font des activités ici sont obligés de loger à Dakar. » Autre souci majeur : les entreprises et les travailleurs Saint-Louisiens qui ne sont pas encore formés aux normes des sociétés exploitantes, BP et Cosmos. « Par exemple, lorsqu’on a besoin de plongeurs en haute mer, eh bien ces compétences-là, on ne les a pas ici », soupire Mohamed Lamine Tall. « Il y a des pêcheurs ici qui peuvent le faire, mais qui n’ont pas de certifications », regrette-t-il.Les contrats sont donc rares : quelques producteurs de riz ont bénéficié de commandes de BP qui doit distribuer des aliments dans le cadre de sa RSE, responsabilité sociale d’entreprise. Du côté des pêcheurs, des discussions ont été entamées avec les exploitants pour construire des récifs artificiels et faire revenir les poissons perdus.
2/7/20242 minutes, 17 seconds
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En Côte d'Ivoire, l'apiculture comme alternative au glyphosate [2/2]

Alors que l'Europe peine à se séparer du glyphosate - le composant chimique qui a fait la fortune de la firme Monsanto - un agriculteur ivoirien a trouvé la solution pour que les cacaoculteurs cessent d'utiliser ce désherbant dont les effets pourraient être nocif pour la santé. En échange d'un désherbage complet - et naturel - des parcelles de cacao, il permet à de jeunes apiculteurs de s'installer gratuitement sur ses terres, dans un pays où l'accès au foncier est difficile. De notre correspondant à Abidjan,Il faut traverser un champ d’hévéa avant d’atteindre la cacaoyère de Yeo Yaya, située non loin du village de Youasso, près de la ville balnéaire de Grand-Bereby. Ce cultivateur possède trois hectares et demi de terre. Jusqu’en 2020, il utilisait du glyphosate pour désherber ses champs, faute de main d’œuvre disponible.Effets secondairesMais à force d’asperger ses parcelles avec ce produit chimique, il a commencé à s’interroger sur les effets de ce produit sur sa santé. « Souvent, quand tu finis de traiter, tu vois que ton corps commence à te brûler. Donc, si je continue, est-ce que ça ne va pas me tuer demain à petit feu ? », s’interroge l’agriculteur.Il constate aussi que sa terre s’appauvrit sous l’effet de l’herbicide. « Il y a des insectes sur le sol et ça les élimine. Par exemple les serpents, les escargots, le mille-pattes, les vers… Si ça arrive à tuer les insectes qui doivent nous aider à fertiliser le sol, alors la terre finira par ne plus être fertile, s’inquiète Yeo Yaya. Quand on traite, le sol devient dur. Tellement dur qu’on ne peut rien faire dessus. »C’est alors qu’il rencontre Cédric Konan, également cultivateur et membre de l’Union Interrégionale des sociétés coopératives. Après avoir échangé avec des chercheurs de l’INPHB, l’ancien entrepreneur prône une cacaoculture sans glyphosate, basé sur des répulsifs naturels, comme le jus de cacao fermenté ou certaines plantes qui éloignent les insectes ravageurs.Désherbage manuelRestait le problème de la main d’œuvre. Pour y remédier, il conseille aux cultivateurs de la région de laisser s’installer librement de jeunes apiculteurs sur leur terrain, en échange d’une aide au défrichage.« En mettant des ruches sur ces parcelles, on résout deux problèmes majeurs, souligne Cédric Konan. On réussit à faire la promotion de la biodiversité et ça permet aux apiculteurs de vivre, en vendant les produits issus de ces ruches-là. Ils ont eux-mêmes leurs ruches. Et en nettoyant autour de leur ruche qui sont dans les cacaoyers, eh bien, en même temps, ils nettoient les cacaoyers. »Un désherbage manuel qui devrait permettre de « régler le problème du glyphosate » selon lui. Axel Kassarate, 25 ans, est apiculteur depuis quatre ans. Il se dit heureux de participer à ce projet, mais le métier d’apiculteur reste peu pourvoyeur de revenus. « Ce n'est pas aussi facile que ça, on essaie aussi de trouver de bons marchés et des moyens de nous agrandir », soupire-t-il.À l’avenir, Cédric Konan a pour projet de développer des unités de biofertilisant à plus grande échelle, notamment à base de coquilles d'escargot.
2/6/20242 minutes, 25 seconds
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Apiculture au Congo-Brazzaville: une miellerie chinoise pour booster la production [1/2]

Grâce à un partenariat avec la Chine, la principale coopérative apicole du Congo-Brazzaville, dénommée « ya Diyi », a pu bénéficier d’une miellerie moderne, permettant de produire jusqu’à 13 tonnes de miel par mois. Une façon d'encourager la diversification des activités économiques. Même si un prélèvement plus intensif du miel pose des questions sur le plan environnemental. De notre correspondant à Brazzaville,La miellerie financée par la Chine est disposée en pièces détachées dans la cour de la mairie du quatrième arrondissement de Pointe-Noire. Raymond Massouema, le permanent de la coopérative Ya Diyi, inspecte la machine qui permettra bientôt d'accroître considérablement la production – qui va passer de 2 tonnes par an à 13 tonnes par mois. « Avec cette unité, les choses vont certainement changer, parce que nous aurons la possibilité d’aller vers d’autres apiculteurs qui travaillent en vase clos, de récolter leur miel et de l’acheter. Ce don va booster nos efforts. Il nous manquait beaucoup », analyse M. Massouema. « Ya Diyi » dispose de plus 2 000 ruches piégées à travers le Congo. Désormais, la coopérative ambitionne non seulement de devenir exportatrice de miel sur le continent africain, elle pourrait contribuer à la diversification de l’économie nationale. « C’est ce qu’on appelle le développement durable, assure Justin Goma Gabou, le promoteur de la coopérative. Tant qu’il y aura des arbres et des fleurs, il y aura toujours du miel. Par contre, le jour où le prix du pétrole baisse, c’est la catastrophe qui arrive. On n’a plus rien, on ne sait plus où aller pour trouver de l’argent afin de réaliser le budget. »Diversification économique Un avis totalement partagé par Apollinaire Molébé, maire sortant du quatrième arrondissement de Pointe-Noire : « C’est tout à fait normal. Moi, je crois qu’on ne peut pas se focaliser seulement sur le pétrole. Il nous faut évidemment d’autres activités économiques, afin de booster le PIB national », déclare-t-il.Un argument également avancé par l’ambassadrice de Chine au Congo, alors que son pays a décidé de débloquer des financements pour l’apiculture, un secteur jugé prometteur. « Aujourd’hui, l’apiculture est devenue une composante importante dans la diversification économique du Congo », a soutenu la diplomate chinoise dans son discours de remise de la miellerie. Mais Maixent Animba Emeka, du Forum pour la gouvernance et les droits de l’homme (FGDH), voit dans cette accélération de la production une potentielle menace pour les revenus des minorités. « Le miel est l’une des premières sources de protéines pour les peuples autochtones et l’une des sources économiques pour eux. Mais, ils l’exploitent de façon rationnelle, par quantités raisonnables et soutenables. Mais, lorsque vous venez faire des systèmes de récolte industrielle, vous pouvez créer la rareté dans la forêt : et donc toucher les moyens de subsistance des peuples autochtones et renforcer leur pauvreté », prévient-il.Pour lui, l'industrialisation du secteur doit être rationnalisée, afin de ne pas menacer les réserves naturelles de miel.À lire aussiCongo-B: la principale coopérative d’apiculture reçoit une miellerie moderne de la Chine
2/5/20242 minutes, 21 seconds
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Tunisie: Bako, la petite voiture solaire hybride qui voit grand

Tout juste sur les routes qu’elle fait déjà beaucoup jaser. En Tunisie, la société Bako commence à commercialiser un utilitaire et une voiture à énergie solaire. Avec leur design moderne et leur prix attractif qui débute à moins de 4000 euros, ces véhicules solaires et électriques retiennent l’attention des automobilistes tunisiens dont le pouvoir d’achat est de plus en plus grevé par l’inflation. De notre correspondante à Tunis,À l'aide d'une communication énergique sur les réseaux sociaux, le fabricant Bako Motors a commencé à se rapidement faire un nom en Tunisie. Depuis le département qualité, de larges baies vitrées s’ouvrent sur la ligne d’assemblage de Bako. Des ouvriers s’affairent pour réaliser l’opération du « mariage » – c’est-à-dire l’intégration de la carrosserie avec le châssis.Un véhicule sort chaque jour de cette usine de la banlieue de Tunis. Des tricycles essentiellement à usage commercial ou rural, mais aussi, depuis peu, une voiture. « Tous les véhicules que vous voyez là sont vendus, indique Boubaker Siala, le PDG de Bako Motors. La stratégie de Bako Motors, c’est d’avoir les avances et après trois mois, on livre. C’est pour travailler à flux tendu. On ne stocke pas. »Hybride solaire et électriqueLe chef d’entreprise est un ancien du secteur automobile en Allemagne. Lui qui a aussi travaillé dans le solaire en Tunisie a décidé de faire fusionner ses deux vies antérieures. « C’est un rêve qui a commencé il y a deux ans, avec des slides de power point, avec des papiers, avec des idées, avec deux personnes et maintenant avec 47 personnes ! », se réjouit-il.Avec des modèles accessibles à partir de 3 500 euros, le véhicule a de quoi séduire les Tunisiens alors que leur pays traverse une crise économique sévère. Et c’est Ahmed Oueslati, le directeur commercial qui propose un tour en Bako. La voiture solaire démarre malgré la météo pluvieuse. « Le solaire, il charge la batterie. Et le moteur consomme directement depuis la batterie », décrit Ahmed Oueslati. Et une fois lancée, la petite automobile hybride peut monter jusqu’à 45 km/h.Après avoir levé 1,7 million d’euros, Bako Motors affiche de grandes ambitions : après Tunis, l’entreprise a prévu d’ouvrir des usines en Arabie saoudite, Égypte et Nigeria.À lire aussiUne voiture solaire iranienne construite par des étudiants
2/4/20242 minutes, 19 seconds
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La stratégie africaine de l’Italie

Un sommet Italie-Afrique avait lieu en début de semaine, à Rome. Une vingtaine de chefs d’État et de gouvernements africains ont fait le déplacement pour entendre le plan de la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni pour encourager le développement du continent. Avec son « Plan Mattei », l’Italie veut investir dans plusieurs secteurs de l’économie pour créer des emplois et freiner l’émigration irrégulière. En insistant particulièrement sur la production énergétique, dont pourrait aussi bénéficier l’Europe. Sur le plan diplomatique, le sommet Italie-Afrique a été un succès même si les promesses doivent maintenant se concrétiser. Les acteurs économiques africains et italiens ont pu se rencontrer en marge du programme officiel.Une opportunité à saisir, selon Jacqueline Lydia Mikolo, la ministre des PME en République du Congo – présente dans la délégation du président Denis Sassou-Nguesso. « Sur le plan économique, plusieurs sociétés italiennes sont implantées au Congo. Dans le domaine de l’alimentaire, dans l’environnement, dans la transformation des matières premières, c’est une relation économique qui existe. À travers les priorités que s’est fixées le Congo, dans le cadre de son plan national de développement, nous avons décidé de renforcer le partenariat économique avec l’Italie dans ces domaines. Et nous sommes venus avec des entrepreneurs et des artisans. »Mais l’Italie, qui se voit comme « un pont » entre l’Europe et l’Afrique, met surtout l’accent sur l’énergie. Avec un objectif : que la production africaine augmente pour qu’une partie de ses ressources puisse être exportée vers l’Europe. Giorgia Meloni a promis que les énergies renouvelables ne seraient pas laissées de côté, mais selon le spécialiste italien Francesco Sassi, il sera difficile de diversifier la production énergétique en Afrique, tant que l’Europe n’aura pas elle-même opéré sa transition : « L’Italie dépend tellement du gaz algérien, qu’en ce moment les compagnies italiennes investissent de plus en plus en Afrique, dans des pays comme le Mozambique ou la République démocratique du Congo, à la recherche de nouvelles sources d’énergie gazière, pour réussir à sortir de la dépendance au gaz russe. »« Le plan Mattei » tire son nom de celui d’Enrico Mattei, le fondateur de la major italienne ENI, très impliquée en Afrique. Des intérêts sur lesquels Giorgia Meloni a préféré rester discrète durant ce sommet, remarque la chercheuse Sofia Scialoja : « Dans l’énonciation de ses différents projets, elle n’a jamais parlé des vrais actifs économiques italiens en Afrique que sont l’ENI Ente Nazionale Idrocarburi, (la société nationale italienne des hydrocarbures) et aussi d’autres géants privés. »À l’issue de ce sommet, l’Italie a annoncé une enveloppe de 5,5 milliards d’euros pour financer une série de projets pilotes en Afrique et donner le coup d’envoi du Plan Mattei.
2/1/20242 minutes, 22 seconds
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Madagascar: la production de foie gras se professionnalise progressivement

À Madagascar, le foie gras n’est pas réservé qu’aux tablées des fêtes de fin d’années. S’il demeure un mets d’exception, ses amateurs le consomment de plus en plus toute l’année. À Behenjy, à une quarantaine de kilomètres au sud d’Antananarivo, c’est toute une commune qui vit de sa production. Mais récemment, les méthodes de travail se sont professionnalisées dans la « capitale du foie gras ».  De notre correspondante à Antananarivo,En sillonnant le chemin qui mène à l’une de ses fermes partenaires, Miora, gérante du « Coin du Foie Gras », refait le film de ses 20 ans de carrière. « Au fur et à mesure que les années passent, on apprend beaucoup de choses. Il y a différents paramètres qu’on ne connaissait pas avant », sourit-elle.Sa carrière a pris un nouveau tournant en 2020. En pleine pandémie de Covid, les portes de son restaurant ferment, et la production s’arrête brutalement. L’occasion de découvrir, un peu par hasard, un secret de fabrication : « À Madagascar, il y’a plusieurs variétés de maïs, détaille la gérante. C’est surtout après le confinement qu’on a vu qu’il y a un maïs, plutôt jaune ivoire, c’est le meilleur maïs à donner aux canards pour avoir le meilleur foie gras, soit en texture, soit en couleurs, soit en goût. On ne gave plus les canards avec du maïs jaune par exemple, on ne les gave pas avec n’importe quel maïs. »Gavage plus efficaceEntre-temps, les 200 éleveurs partenaires du restaurant se sont, eux aussi, professionnalisés. Comme chaque jour à l’aube, Michel, d’un geste maîtrisé, gave une trentaine de canards mulards, une race connue pour être quasi muette.« Ici, on n’a pas de machine !, s’exclame-t-il. On utilise un entonnoir en plastique pour verser le maïs dans le cou du canard. Avant, je gavais les canards à la main, mais ça prenait trop de temps : jusqu’à 2 heures pour 30 canards. Maintenant, avec cette technique, c’est plus rapide, et ça évite de stresser l’animal. »Avec ces nouvelles méthodes, Behenjy peut désormais produire du foie gras toute l’année. Une activité devenue plus rentable encore dans cette région, où elle est pratiquée dans la plupart des familles. « Mes revenus ont augmenté, se réjouit-il. Par exemple, il faut un an pour tirer les premiers bénéfices de l’élevage de porc, alors qu’avec le canard, c’est un cycle très rapide : on reçoit l'argent au bout de seulement 21 jours ! » Poids idéalÀ trois kilomètres de là, en cuisine, on fait dorer les magrets, poêler les foies gras. Là encore, pas de place au hasard, explique Miora : tout est question de poids idéal.« Avant, les gaveurs, ils étaient très contents d’avoir un canard qui donne du foie gras 800 grammes, alors que maintenant, on a vu que 800 grammes de foie gras, une fois qu’on les transforme, ça ne donne que du gras, souligne-t-elle. Donc, on a formé nos paysans à gaver les canards juste entre 400 et 500 grammes de foie gras, comme ça on obtient le gras, mais aussi le foie avec. »Le savoir-faire a évolué ces dernières années et les produits finis ont gagné en qualité. Mais consommer du foie gras reste un luxe à Madagascar, où le met est vendu 80 000 ariarys le kilo en moyenne… soit plus d’un tiers du salaire minimum.
1/31/20242 minutes, 22 seconds
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Les coupures d'internet et de réseaux sociaux coûteux pour l'économie africaine

Le site spécialisé TOP10VPN a réalisé une compilation des données évaluant les temps de coupures des réseaux sociaux et de la connexion internet dans le monde ainsi que l’évaluation de leur coût… Selon ces recherches, l’Afrique arrive en seconde position derrière l’Europe — largement dû à la Russie – avec en tout, plus de 30 000 heures de coupures cumulées affectant 85 millions de personnes selon leur compilation, pour un coût total estimé à 1,74 milliard de dollars. Un enjeu majeur pour l’économie du continent. Conflits, élections, manifestations, triches aux examens… Les raisons avancées des coupures sont multiples, mais les conséquences pour les économies bien réelles, souligne le chercheur de TOPVPN, Samuel Woodhams.« Les restrictions d’accès à internet peuvent affecter tous les pans d’une économie. Depuis les grandes multinationales qui utilisent les réseaux sociaux pour promouvoir leurs produits, jusqu’aux petites entreprises locales, précise-t-il. Et il y a également des impacts à plus long terme sur le développement d'une économie numérique locale et les investissements étrangers dans les services numériques dans un pays donné. »Le premier pays africain concerné est l’Éthiopie, selon cette étude. Plus de cinq mois de restriction aux réseaux sociaux et des régions du nord coupée d’internet ont été répertoriées. Le coût estimé est de plus de 1,5 milliard dollars.Des entreprises internationales réticentes« S’il n’y a pas d’internet, il n’y a pas de travail. Les entreprises ont déjà des difficultés à obtenir des contrats, car être en Afrique constitue déjà en soi un très grand défi », constate Wondwesen Zewdie, le président de l’association des professionnels des services digitaux externalisés.Si les entreprises du continent doivent faire des efforts de développement commercial, il souligne néanmoins les limites de ce travail si les coupures sont courantes. « Quand les entreprises disent à des investisseurs qu’il peut y avoir dans des coupures tous les jours, sans que l'opérateur sache les prédire, c'est un véritable signal d'alarme », note-t-il.Les conséquences sont importantes pour les entreprises, mais également pour les particuliers. Les coupures de réseaux sociaux et plus largement d’internet rendent par exemple les transferts et retraits d’argent compliqués. M’Bany Sidibé est le président de l’Union pour la défense des consommateurs de Guinée. Il nous appelle grâce à un VPN, mais la connexion est difficile et le coût pour l’utilisateur élevé.Un quotidien rendu compliqué« Il faut savoir qu’il y a beaucoup de formulaires d’ouverture de comptes, de retraits, qui passent aujourd’hui par des outils tels que WhatsApp, Messenger ou d’autres applications des réseaux sociaux, décrit M’Bany Sidibé. Et c’est après confirmation que l’on peut ensuite passer soit par les opérateurs de téléphonie mobile, c'est-à-dire à travers les comptes Orange Money ou Mobile Money pour retirer l’argent sur ton compte. »Mais lorsqu’il n’est pas possible d’accéder à ces formulaires, les démarches deviennent alors plus compliquées, l’argent n’est pas directement disponible. « Vous êtes alors obligé de venir faire de longues files d’attente et cela fait traîner l’activité économique », regrette le président de l’Union pour la défense des consommateurs.Le coût économique est également porté par les États qui voient leurs administrations ralenties et les services publics comme les hôpitaux affectés.
1/30/20242 minutes, 18 seconds
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Côte d'Ivoire: moins de travail et plus de précarité pour les dockers de San Pedro

En Côte d’Ivoire, sous l’effet d’une conjoncture défavorable, les représentants des dockers de San Pedro affirment que le travail manque au port pour les 1 062 dockers, dont près de 90 % sont journaliers. La mauvaise récolte de cacao conjuguée à la hausse de sa transformation localement prive les « sachetiers » de travail et aggravent les difficultés quotidiennes. De notre envoyé spécial à San Pedro,Les dockers affectés à la « sacherie », le transport des sacs de fèves de cacao dans le jargon, s’octroient quelques minutes de pause à la sortie de l’entrepôt autour d’un point d’eau. Ils travaillent dans une chaleur étouffante, portant à bout de bras des sacs de 50 kilos pour les empiler dans un container.En sueur, ils sont trempés de la tête au pied. En plus de la pénibilité du travail, il faut désormais compter avec les jours chômés non volontaires. « On ne travaille pas assez. On vient ici, on gagne un temps, témoigne ce docker. Les jours où il n’y a rien, ils disent qu’il faut rentrer à la maison. Alors, tu ne sais pas où aller, il n’y a pas assez de travail. »Des heures d’attente, pas de travail garantiUn peu plus loin, de nombreux dockers patientent au quartier général. Chaque matin, ces travailleurs du port doivent attendre d’entendre leur nom, pour savoir s’ils pourront embaucher. « Le matin, c’est ici. Les dockers se regroupent et on fait la désignation ici, nous explique un travailleur du port. Toutes ces personnes sont en attente de travail. À 17h30, il va y avoir un classement du soir. On affecte encore d’autres vagues qui vont commencer à 19h00 jusqu’à 7h00. »Julien et Ibo, dockers depuis plus de 25 ans, patientent en jouant aux dames sous un arbre. « Avant, on travaillait facilement, cette année la traite a baissé, décrit le premier. Pour avoir du travail, c'est difficile. La cherté du pays est difficile aussi. » Même se loger est devenu compliqué, rajoute le second : « Quand tu dis que tu es docker en ville et que tu veux une maison, on te refuse parce qu’on sait que c’est un travail temporaire. » Et le premier de conclure : « Le problème, c’est que depuis que les transformations ont commencé, il n’y a plus de “sacherie”, on devait s’attendre à ça. »Garantir des postes permanentsSi les chiffres ne sont pas encore connus avec exactitude, la Côte d’Ivoire pourrait voir sa production de cacao chuter de 30 à 40 % pour la grande campagne 2023/2024. Moins de fèves signifie moins de travail pour les dockers. À cela s’ajoute la hausse de la transformation locale : le nombre de sacs de fèves brutes à charger dans les containers a considérablement diminué. Pour pallier le problème de l’insécurité de l’emploi pour les dockers, Koffi Louis, secrétaire général du syndicat majoritaire, le SynDUSSP, demande à ce que le décret présidentiel du 30 janvier 2019 soit appliqué. « Nous souhaitons que la quasi-totalité des dockers soient des permanents, revendique le syndicaliste. Ce qui leur donnerait droit à un salaire, même quand nous sommes en baisse d’activité. Et donc nous nous souhaitons que le décret s’applique intégralement, et surtout que l’informatisation du hall parte jusqu’à son terme, pour voir l’ensemble des dockers avoir un poste garanti. » Le décret prévoit en théorie qu’un docker ayant exercé consécutivement cinq années au port soit automatiquement considéré comme employé permanent. Aujourd’hui, en raison de la précarité de l’emploi, la grande majorité des dockers ne touche pas le salaire minimum garanti.
1/29/20242 minutes, 24 seconds
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À Nairobi, la start-up BasiGo lève 5 millions de dollars pour ses bus électriques

La mobilité électrique est en plein essor à Nairobi. De la mototaxi aux bus, de plus en plus d’entreprises se lancent dans le secteur et partent à l’assaut de la capitale kényane. Parmi elles, BasiGo. La start-up a mis en circulation ses premiers bus électriques en 2022. Aujourd’hui, 19 roulent dans les rues de Nairobi. De notre correspondante à Nairobi,C’est sans bruit de moteur que le bus électrique démarre dans le centre-ville de Nairobi. Un peu de musique pour divertir les passagers. Les interrogés sont unanimes. « C’est la première fois que je prends un bus électrique, je suis avec ma femme, témoigne cet usager. Jusqu’ici tout va bien, le trajet est fluide, il n’y a pas de bruit. Je trouve ça bien d’avoir ces bus, ça n’émet pas d’émissions polluantes. »« C’est mon troisième trajet en électrique. J’aime bien ces bus, ils sont confortables et rapides. Mais parfois sur certains trajets, c'est difficile de les avoir, ils ne sont pas partout. J’aimerais bien qu’ils passent dans mon quartier par exemple ! », explique cette autre passagère.Selon leur taille, les bus peuvent faire entre 250 et 300 kilomètres par jour avec une charge complète. Il y a quatre stations de recharge à Nairobi. La start-up met en avant le bilan carbone. « Un bus qui roule au diesel peut relâcher jusqu’à 50 tonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère par an. En le remplaçant par un bus électrique, on évite ces émissions, précise Samuel Kamunya le responsable du développement commercial pour BasiGo. Et puis, le bus n’a pas de moteur et utilise une énergie verte qui coûte moins cher. Ne pas avoir de moteur a d’ailleurs un double avantage, éviter la pollution dans l’air et réduire la pollution sonore. »Répartir le coût des busL’électrique fait particulièrement du sens au Kenya où 87% de l’électricité provient du renouvelable. Mais le coût élevé des véhicules est souvent un frein à l’achat. BasiGo l’a pris en compte. C’est ce qu’explique Samuel Kamunya : « Nous faisons en sorte que le prix initial du bus soit similaire à celui d’un bus qui fonctionne au pétrole. Puis, s’ensuit un abonnement avec un "payement suivant la conduite". »C’est-à-dire que, pour chaque kilomètre effectué, le propriétaire du bus verse un certain montant. « C’est ce montant qui permet de ne pas demander un prix plus élevé dès le départ, mais de le répartir sur une longue période », précise-t-il encore. Ce « paiement suivant la conduite » garantit un accès à des recharges illimitées du bus ainsi que son entretien. « Grâce à ce système, nous pouvons offrir nos bus à des prix abordables », insiste-t-il.BasiGo vient de recevoir un prêt de 5 millions de dollars du British International Investment, une institution de financement du gouvernement britannique. Cet argent devrait permettre à la start-up de mettre 100 bus en circulation au Kenya d'ici à la fin de l’année. Ils sont tous assemblés localement. Plus de 400 personnes ont déjà versé une caution pour être sur liste d’attente. BasiGo entend aussi s’implanter dans d’autres pays du continent. En plus du Kenya, la start-up s’est aussi lancée au Rwanda.
1/28/20242 minutes, 23 seconds
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Au Maroc, le difficile travail des éplucheuses de crevettes

Le Maroc est devenu une destination privilégiée par les industriels néerlandais pour le décorticage des crevettes grises vendues sur le marché européen, en raison du coût de la main-d'œuvre, plus faible qu'aux Pays-Bas. Sept mille éplucheuses marocaines sont ainsi employées dans les 18 usines de décorticage de crevettes du pays. Un métier difficile, mal payé et exclusivement féminin. Avec notre envoyée spéciale à Tétouan, Nadia Ben MahfoudhL’activité est récente au Maroc. Elle a débuté au début des années 1990, mais s’est développée rapidement. Les crevettes font le voyage jusqu’au Royaume chérifien pour être décortiquées par les 7 000 éplucheuses marocaines. Parmi elles, Malika. « Je me réveille à 4h, je fais mes ablutions, ma prière, je mange un bout et je sors de chez moi à 5h pour prendre les transports. Et à 6h30 le travail commence », décrit-elle. Malika a la trentaine, elle est mère de deux filles de 6 et 11 ans et depuis un peu plus d’un an, c’est tous les matins le même rituel.En arrivant à l’usine, elle enfile ses gants et ses trois ou quatre couches de vêtements pour se protéger du froid. La température dans l’usine est très basse pour conserver la fraîcheur des crevettes. « On prend un sac de crevettes, on le dépose sur une table basse, détaille-t-elle. On est quatre femmes par table. Et puis on commence à éplucher. »Une paie au kilogrammePour obtenir 1 kg de chair de crevettes, il faut environ 3 kg de crevettes entières non décortiquées. « Certaines épluchent quatre kilos et demi, cinq, six ou même sept kilos par jour, précise-t-elle. Ça dépend de tes mains et de ta dextérité. Moi, je n'atteins pas les cinq kilos. Mais ça dépend aussi des crevettes. Si elles sont grosses et belles, j'arrive à bien travailler, quand elles sont toutes petites c’est plus compliqué. »Malika et ses collègues travaillent dix heures par jour, mais sont payées au kilo de crevettes épluchées. Avec 19,50 dirhams le kilo de chaire, soit environ 1,80 euro, Malika n’atteint pas les 200 euros de salaire à la fin du mois. Le salaire minimum au Maroc est de 280 euros. « C’est ce décalage justement qui justifie la délocalisation. S’il n’y avait pas un décalage aussi important, il n’y aurait pas délocalisation. Les crevettes seraient décortiquées sur le territoire européen », analyse Mohamed Naji, économiste spécialiste de la pêche et chef du département d’ingénierie halieutique à l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II.95% des 600 tonnes de crevettes pêchées chaque semaine dans la mer du Nord sont décortiquées à Larache, Nador, Tanger ou encore Tétouan, avant d’être renvoyées aux Pays-Bas puis revendues à d’autres pays européens.Une activité attribuée aux femmesCette activité est uniquement pratiquée par des femmes en Tunisie. Ce qui ne déplait pas à Malika. « J’ai quitté ma montagne et je suis venue vivre près de Tétouan pour travailler et faire vivre mes filles, leur permettre d’étudier et leur assurer un meilleur avenir, explique Malika. C’est mon premier emploi et on est entre femmes, on est mieux entre nous. Les hommes ne seraient pas satisfaits de ce métier et puis ils peuvent faire d’autres boulots dans le bâtiment ou l’agriculture. »Mais selon Mohamed Naji, cet emploi est menacé de disparaître dans les années à venir : « L’automatisation est entrée en jeu. Après plusieurs années de recherche et développement, il y a des machines maintenant pour le décorticage automatique des crevettes sans altérer la chaire. Ce sont les 7 000 emplois au Maroc qui sont menacés à terme. » Une bonne partie des industriels préfèrent pour l’instant le travail manuel, mais la réforme est en marche et l’automatisation gagne de plus en plus de terrain.
1/25/20242 minutes, 26 seconds
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Tchad: le patronat réclame plus de financements à la SFI

Le patronat tchadien réclame plus de financements. C’est une des premières contraintes des entreprises qui souhaiteraient investir mieux et recruter plus. La Société financière internationale, institution de la Banque mondiale chargée du développement du secteur privé, est souvent critiquée, notamment à cause des conditions de financement jugées trop rigides. Le directeur régional de la SFI était récemment à Ndjamena pour tenter de trouver des solutions.  C'est l'un des principaux griefs du patronat tchadien: la Société financière internationale (SFI) financerait trop peu de projets dans le pays. Cinq entreprises bénéficient aujourd’hui d’un partenariat dans les secteurs de l’énergie ou des télécommunications par exemple et quatre autres PME ont été retenues dans un programme dit des « Champions locaux ».Parcours semé d'embûchesMais l’accès à ces financements reste semé d’embûches. « Les conditions de remboursement, c'est un problème et aussi les montants, explique Bichara Doudoua président du conseil national du patronat tchadien. Moi ce que je vais proposer à la SFI, c'est de nous financer très rapidement parce qu'aujourd'hui vous avez vu le chômage dans le pays, constate-t-il. Les gens sont en train de d'errer dans la rue autour de la fonction publique. S'il y a des financements, on peut recruter et on peut arriver à payer les impôts pour faire tourner l'économie du pays ».Ces critiques ne laissent pas indifférent Olivier Buyoya, le directeur pour l’Afrique de l’Ouest à la SFI, mais il assure qu’après une période de grande discrétion, son institution est bien de retour pour faire avancer les projets. « Compte tenu des couvertures un peu limitées de ces marchés-là, nous avions moins de possibilités de faire des choses dans des pays comme au Tchad » reconnait-il, en évoquant aussi « une certaine inertie » et des lenteurs dans le traitement des dossiers.« Nous avions par le passé moins de capacité d'accompagner les clients dans le développement des projets. Nous avions une approche d'un financier classique qui attend que le projet soit mûr avant de prendre position. Aujourd'hui, nous avons des équipes qui sont spécialisées pour accompagner les clients dans le développement des projets »,assure-t-il.Investissements graduelsLe bureau de la SFI à Ndjamena a rouvert en 2020. Son portefeuille de 65 millions de dollars ouvre le champ des possibles et cela plait bien à Bichara Doudoua. « Le fait que le représentant soit ici, ça nous arrange beaucoup. Avant ils venaient ici et repartaient vite. Maintenant, on est en contact tous les jours, donc on espère trouver une solution très rapidement »,espère-t-il.Un rapport de la banque mondiale paru fin 2023 pointait effectivement le manque chronique d’investissements dans le secteur de l’énergie. Mais pour répondre aux besoins du Tchad en matière d’infrastructures, il faudrait débourser l’équivalent 50% du PIB au cours de la prochaine décennie. « C'est beaucoup, convient Olivier Buyoya, mais je pense qu'il faut y aller graduellement. Le Tchad a des ressources considérables en termes d'énergies renouvelables. Aujourd'hui, je pense que le plus important, c'est qu'il y ait une stabilité politique et sociale pour qu'effectivement le secteur privé tchadien, régional et international, puisse aller chercher ses opportunités et des financements. »La nomination de l'économiste Succès Masra à la tête du gouvernement pourrait également, selon Olivier Buyoya, fluidifier et améliorer le climat des affaires dans le pays.
1/24/20242 minutes, 22 seconds
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Intelligence artificielle en Afrique: à Brazzaville, un centre de recherche et de formation à l'IA [3/3]

Appuyé notamment par la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), le Congo-Brazzaville s’est doté en 2021 du Centre africain de recherche en intelligence artificielle (Caria). Depuis fin 2022, ce centre dispense des formations diverses à des publics variés : de la cybersécurité pour les agents de l’État, à des formations très qualifiantes pour des jeunes chômeurs. Ce centre est présenté comme une aubaine pour la transformation du continent. Avec notre correspondant à Brazzaville,Le Caria est logé au premier niveau d’un gigantesque bâtiment de l’université Denis Sassou Nguesso dans la banlieue nord. « Celui qui deviendra le leader de l’intelligence artificielle sera le maître du monde », peut-on lire sur le fronton du Caria.Le Centre propose quatre types de formation, dont le Caria Youth qui est une initiation à la robotique et à l’intelligence artificielle. Prince Christian Ekouya, 24 ans, se forme comme expert en cybersécurité : « Aujourd’hui, le Congo se dirige vers la modernisation, vers la quatrième révolution qui est numérique. C’est primordial de ne pas manquer ce pôle. Ce serait bien que tout le monde ait une conscience numérique. »« Ici, dans le monde des entreprises, la certification en cloud computing est de plus en plus demandée, affirme son condisciple, Sagesse Moukakou, licencié en sécurité des réseaux et système informatique. Donc, cette formation m’apporte un grand plus dans ma carrière professionnelle. »Se former avec et pour les grands de l'InternetArborant une robe blanche fleurie, Mariam Oyandzi, 22 ans, qui évolue également dans ce domaine, nous présente sa classe. « Ici, c'est la salle où on bosse tous les jours, montre-t-elle. Donc, il y a des machines, des serveurs et des machines spécialement utilisées pour la simulation avec la plateforme d’Amazone directement. On a aussi une connexion réseau. Si elle manque, cela signifie que le travail ne se fera pas. »Le Caria travaille ou projette de travailler avec différents géants du domaine : Google, Microsoft, Ali Baba. Maruam Oyandzi est, elle, la première Congolaise à avoir reçu la certification Amazon web services. « Quand on voit le domaine du cloud, c’est la dématérialisation des serveurs ; des serveurs physiques en tout ce qui est virtuel. C’est-à-dire on arrive à virtualiser les systèmes, les serveurs, ainsi que les logiciels pour permettre une flexibilité en travaillant, et une agilité », détaille-t-elle.Face aux avancées de l’IA, le Congo ne veut pas être à la traine. Au contraire, il souhaite même devenir un acteur incontournable. « D’ici deux ans on ne parlera plus de la transformation digitale sans parler de l’intelligence artificielle, souligne Eric Armel Ndoumba le conseiller du ministre en charge de l’Économie numérique et point focal du Caria. Celle-ci est en train de toucher tous les secteurs d’activités : dans la recherche des fake news, l’intelligence artificielle est capable de détecter une information fausse et celle qui est vraie. Dans le domaine de la santé, aujourd’hui, il y a des traitements du cancer qui commencent à se faire grâce à l’intelligence artificielle. »Si les autorités portent haut leurs ambitions, les acteurs du numérique doivent encore faire face à des défis récurrents comme les coupures du courant ou des lenteurs sur le réseau internet.À lire aussiIntelligence artificielle en Afrique: l'IA au service des banques [1/3]À lire aussiIntelligence artificielle en Afrique: l’IA change la donne chez les communicants [2/3]
1/23/20242 minutes, 22 seconds
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Intelligence artificielle en Afrique: l’IA change la donne chez les communicants [2/3]

Google annonçait mercredi dernier le licenciement de plusieurs centaines de personnes au sein de son équipe mondiale de vente de publicités à cause de l’automatisation de tâches grâce à l'intelligence artificielle (IA). En Afrique, l’usage de l’IA se développe également dans la communication et la publicité. Ceci dans un contexte budgétaire restreint. Graphistes, photographes, designers... Dans le milieu, beaucoup craignent donc des pertes d’emplois.   L’été dernier, le plus grand opérateur téléphonique kényan, Safaricom, a lancé un premier clip publicitaire réalisé avec l’Intelligence artificielle. Un évènement qui n’est pas passé inaperçu dans le milieu. L’IA est de plus en plus développée dans les agences de communication et publicitaires. Les professionnels du secteur craignent des pertes d’emplois.« Je peux vous assurer qu’il y a des emplois qui sont perdus et c’est une tendance qui va se poursuivre », assure Anthony Irari un analyste kényan spécialisé dans ces questions. Et de poursuivre ses explications en prenant l’exemple de la campagne de Safaricom : « Cela peut prendre environ un mois d’organiser un shooting pour une campagne et cela implique de nombreuses personnes. Mais désormais, si vous avez un individu qui manie bien les requêtes sur l’intelligence artificielle, avec les retouches, cela prendra peut-être un ou deux jours pour avoir les images. En une semaine, les affiches peuvent être envoyées à l’impression. »L’IA vu comme remplacement ou comme outilDes études évaluent la baisse des dépenses pour la publicité en Afrique de plus de 10 %. Pour lui, cela ne fait aucun doute « quand les entreprises vont voir que cela fonctionne et que les coûts sont réduits », elles n’hésiteront pas à se lancer. Parmi les leaders en Afrique de l’Ouest : Voodoo group. Stéphane Kouakou est le directeur de l’agence d'Abidjan qui compte 52 employés. Cela fait un an qu’ils travaillent avec les IA génératrices. Cependant, il n’a pas souhaité revoir l’organisation actuelle de son agence.« C’est un complément, c'est une aide à la réflexion qui permet de générer plus, explique Stéphane Kouakou. Peut-être qu’on aurait recruté un ou deux illustrateurs en plus sur certains sujets pour faire des story-​​​boards, où on aurait externalisé certains travaux de ce type, ce qu'on ne ferait plus aujourd'hui parce qu’en termes de rapidité et de productivité, on a l'élément tout de suite. Mais cela n’a pas changé la structure actuelle de l’équipe. »Un modèle économique à trouverPour lui, l’IA est un outil de réflexion qui permet de gagner du temps. Mais le modèle économique nécessite tout de même d’être réfléchi. « Le modèle de l'agence fonctionne sur des honoraires de création et de la commission agence qui rémunèrent de la production, détaille-t-il. Avant, j'aurais fait une photo, donc si je ne fais pas cette photo d'un point de vue strict, je n'ai pas de commission liée à la production de cette photo. »Si l'image est générée par IA, l’agence perd alors la commission liée à cette image. « Il y a un gain de rentabilité pour nos clients puisqu’ils ne dépensent plus d'argent en production, concède-t-il. Mais il y a une légère perte de revenus au niveau des agences. Donc, je pense que sur la durée, il faudra retravailler le modèle pour ne pas perdre de revenus en fait. »Par ailleurs, selon Stéphane Kouakou, la compréhension humaine du contexte local et culturel restent irremplaçables pour des campagnes performantes.
1/22/20242 minutes, 30 seconds
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Intelligence artificielle en Afrique: l'IA au service des banques [1/3]

En Afrique, l’IA permet aux banques de mieux cerner le profil de leurs clients, les données collectées peuvent notamment faciliter l'accès au crédit, tout en permettant d’offrir des services mieux calibrés aux besoins spécifiques des emprunteurs non bancarisés.  Difficile d’évaluer si un client va rembourser son prêt lorsque celui-ci n’est pas bancarisé. S’il utilise uniquement de l’argent liquide pour ses transactions par exemple. Mais depuis une dizaine d’années, les services de paiement intègrent des outils d’intelligence artificielle permettant une évaluation alternative du risque crédit. « Avant 2010, les prêts pour les petites et moyennes entreprises étaient accordés par les différentes banques au terme d’un processus traditionnel assez long », rappelle Riadh Naouar, manager au sein de l’International Finance Corporation. Il s'exprimait lors d'un débat au sommet de la Finance Africaine (AFIS), qui s'est tenu à Lomé au mois de novembre. « Entre 2010 et 2015, on a vu l’émergence de “prêteurs numériques”. Les opérateurs des télécommunications tiennent entre leurs mains une immense base de données – et en partenariat avec les banques, ils sont parvenus à faciliter l’accès à l’emprunt pour leurs clients. Ces processus numériques se sont encore accélérés pendant le Covid », ajoute-t-il.Collecte de données sur mobileDes entreprises de la fintech se sont peu à peu positionnées sur ce marché – elles proposent de collecter et d’analyser des données disponibles dans le téléphone des utilisateurs. Une solution plébiscitée par les banques selon Nana Araba Abban, directrice de la banque des particuliers Ecobank : « Ces fintechs proposent des applications que le client va télécharger en donnant son approbation pour que toutes leurs activités soient analysées, leur mode de vie. Toutes ces informations sont partagées par les banques qui peuvent ajuster leurs offres, et prendre de meilleures décisions pour attribuer un crédit. »Une demande d’emprunt peut ainsi être réalisée en quelques clics - plus rapide, plus risquée aussi : au Kenya, l’essor des prêts numériques a poussé certaines personnes à s’endetter à des taux d’intérêt élevés. « L’année dernière, le Rwanda a lancé un cadre pour évaluer les besoins réglementaires », souligne Anita Umuhire, patronne de Bank of Kigali. « Les banques peuvent tester certaines de leurs solutions dans un environnement réel, avec de vrais clients, mais dans un cadre régulé. »La confidentialité et la protection des données des utilisateurs est un autre enjeu majeur pour le législateur.
1/21/20242 minutes, 10 seconds
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Centrafrique: Warani, un premier service de livraison à domicile plébiscité

En Centrafrique, la population a désormais la possibilité de faire appel à une application pour se faire livrer tout type de produits dans la capitale. On y trouve des établissements renommés comme le Bangui Mall, le supermarché Prima ou encore des établissements de restauration comme le Cafrina, le Grand Café ou le Relais des chasses. Cette plateforme en ligne se nomme Warani, (« trouver le produit » en sango). Lancée il y a trois mois, elle compte déjà 2 500 utilisateurs actifs. De notre correspondant à Bangui,En ce début d'après-midi, Fiston Tongo un jeune coursier qui démarre sa journée reçoit une commande dans une agence. Il quitte son lieu du travail à quelques pas du centre-ville avec la commande soigneusement mise dans une caisse métallique accrochée derrière sa moto.  « Notre quotidien consiste à satisfaire nos clients, explique le livreur. S'il y a une commande, la direction reçoit la notification du client. Elle nous donne toutes les informations nécessaires à savoir l'adresse du client, l'adresse du restaurant où on va aller chercher le produit en question pour aller livrer notre client. »Cette équipe constituée de jeunes est l'unique spécialisée dans la livraison à Bangui. On les remarque dans la capitale sur des motos ou des vélos vêtus de t-shirts bleues foncées.  Un gain de tempsSurchargé au bureau, Prédestin Voungo a commandé son déjeuner sur Warani et le reçoit en un temps record. « J'ai commandé deux plats de yabanda à 1 500 francs CFA chacun, donc ça fait 3 000 francs CFA, avec le coût de la livraison, ça me fait un bilan de 4 000 francs CFA, détaille Prédestin Voungo. Le prix est très abordable. Je suis en train de travailler, je ne pouvais pas sortir. Me faire livrer directement au bureau en si peu de temps, me plaît beaucoup. Le rapport qualité prix, c'est ok pour moi. »Après avoir livré son client, Fiston arrange les lacets de ses baskets et part pour un autre rendez-vous. Ça va être la course jusqu'au soir. « Je travaille sept jours sur sept, mais les créneaux horaires varient selon les secteurs, précise-t-il. On travaille dans tous les arrondissements de la capitale, mais il y a certains secteurs où on ne peut pas aller aux heures tardives à cause de l'insécurité. Nous sommes au service de tous les centrafricains. »Développer la visibilité des entreprises localesVianney Kanda est le directeur général de Warani. En trois mois, son entreprise a fait du chemin et contribue au développement de l'économie centrafricaine, estime-t-il. « Elle vise à répondre aux besoins concrets tout en stimulant l'économie nationale. Nous améliorons l'accès aux services et aux produits. Nous rendons les produits alimentaires et une gamme de produits de vente très accessibles aux populations. Cela inclut les produits locaux, nationaux et internationaux », explique le patron.Et de rajouter : « nous contribuons à diversifier la demande et l'offre disponible sur le marché. C'est une forme de soutien aux entreprises locales en mettant en avant les produits des commerçants pour stimuler l'économie. Cela crée des emplois et donne la possibilité aux petites et moyennes entreprises de s'affirmer. »Pour l'instant, Warani travaille sur un rayon de 12 km. Cette application aide également les touristes à trouver des appartements et des lieux de loisirs.
1/18/20242 minutes, 19 seconds
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Au Forum de Davos, lancement d'un fonds d'un milliard de dollars pour soutenir l'Afrique

Le Programme de développement des Nations unies (UNDP) a lancé mardi 16 janvier le fonds Timbuktoo pour soutenir l’innovation en Afrique.  C’est la barre fixée par le programme de l’ONU. Un milliard de dollars investis au cours des dix prochaines années pour construire un réseau d’innovation autour de huit pôles panafricains, parmi lesquels Dakar, Nairobi, ou Lagos. Le constat établi notamment par la directrice Afrique de l’UNDP, l’Éthiopienne Eleni Gabre-Madhin : c’est que les start-ups africaines existent, mais qu’elles n’ont ni le financement nécessaire ni le réseau pour rivaliser au niveau mondial. « J’ai beaucoup travaillé avec de jeunes start-upers. Au début, ils disent toujours : "Je veux traverser l’Afrique. Je vais créer ma boîte et puis je vais conquérir le monde." Mais quand on leur demande comment ils vont s’y prendre, ils n’ont aucune idée. Ils n’ont aucun accès sauf s’ils dépensent beaucoup d’argent pour payer de grandes sociétés d’experts-conseils qui leur disent comment faire tomber ces barrières ; comment obtenir une licence d’exploitation ; comment devenir une start-up panafricaine et même mondiale. »Kigali consacrera 3 millions de dollars à ce nouveau fond et devrait en accueillir le siège. Le Rwanda en pointe sur l’écosystème start-up porté en exemple par Achim Steiner, administrateur de l’UNDP : « Lors de ma visite à Kigali en décembre, j’ai eu l’impression d’avoir un aperçu du futur de l’Afrique. Nous savons tous que l’Afrique abrite des millions d’idées, mais la grande majorité de la population ne vit pas dans des communautés qui attirent des investissements internationaux. Il y a des gens qui, avec un certain degré de possibilités d’éducation, mais aussi un écosystème qui puisse les soutenir, peuvent devenir des révolutionnaires du développement. »Présent à Davos, l’Américano-Zimbabwéen James Mannyka, vice-président de la Recherche et technologie chez Google – partenaire du fond Timbuktoo – croit en l’innovation comme voie vers la résilience. Et le guide à suivre, selon lui, c’est l’Intelligence artificielle : « Je pense que l’IA représente une formidable opportunité pour l’Afrique. Premièrement, pour aider les individus, les gens font des choses extraordinaires à partir de leurs tâches quotidiennes. Ensuite, il y a la possibilité d’alimenter les startups, les entreprises, qu’elles soient grandes ou petites et alimenter la croissance des économies. Il faut que ce soit une innovation menée par l’Afrique. C’est de capitaliser sur le potentiel de l’IA qui va être très important. »Un fond qui cherche à inciter le secteur privé à investir au démarrage des startups. Mobiliser localement alors qu’aujourd’hui 89% des fonds levés par les startups africaines viennent des autres continents. À lire aussiLe Forum de Davos assombri par le chaos du monde
1/17/20242 minutes, 28 seconds
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Le Togolais New World TV à la conquête de nouveaux abonnés

Petit poucet dans le paysage médiatique africain, New World TV lancée en 2015 à Lomé a remporté une partie des droits de diffusion de la CAN 2024, après ceux de la Coupe du Monde en 2022. Le groupe panafricain revendique des audiences cumulées de 565 000 spectateurs mensuels. Dans le contexte compétitif des droits du sport, la chaîne togolaise peut-elle récupérer de nouveaux abonnés et concurrencer les grands groupes ? Au cœur de la stratégie de New World TV : conquérir un maximum d’abonnés. « Le modèle en tant que tel consiste à proposer un projet un peu différent de ce qui se fait dans le paysage audiovisuel africain actuellement. Notre ambition n’est pas de faire concurrence à Canal+, mais de proposer quelque chose d’autre, indique Louis Biyao, avocat et porte-parole du groupe. En l’occurrence, on a considéré que dans un village perdu au fin fond du Sénégal ou de la RDC, les gens n’ont pas suffisamment de moyens. Et donc New World TV propose des prix extrêmement compétitifs. Ça dépend des pays. Nous avons des abonnements qui vont de 500 francs CFA à 1 000 à 5 000. Mais nous ne dépassons jamais ces 5 000 parce que l’objectif est d’avoir accès à la télévision premium, à la télévision de qualité, mais à très bas coût. » Argument supplémentaire : la diffusion et les commentaires en langue locale. « De façon que ceux qui ne comprennent pas le français puissent dans leur propre langue, suivre ce qui se passe à la télé. »Une proximité culturelle ainsi que de grands noms sur les plateaux télé pour inciter les abonnements : « C’est valable comme argument marketing. Et puis politiquement et socialement, c'est très intéressant. Mais je ne sais pas si c’est un argument qui suffira commercialement. »Élargir l’audience, mécanique pas si évidente pour Gérard Akindes, ancien basketteur professionnel, enseignant-chercheur spécialiste de l’économie du sport. « Il faut beaucoup d’abonnés. Ça veut dire désabonner ceux qui sont déjà bien installés. Donc il faut pouvoir avoir un déploiement commercial continental suffisamment fort avec une machine marketing derrière. Pour le moment, ils ont des droits d’événements qui durent un mois. Est-ce qu’un événement qui dure un mois est suffisant pour faire basculer les abonnés de Canal + vers leur abonnement ? La seconde question, c'est : est-ce qu’ils ont la capacité d’être présent au niveau programmation, à la dimension que Canal+ a aujourd’hui ? Et il y a un élément aussi important, ce sont les droits des grandes compétitions européennes comme la Champions League, la ligue anglaise, la ligue française, espagnole qui sont également très suivies en Afrique et qui sont sur neuf mois, dix mois. Est-ce que New World TV va être en mesure de compétir pour ces droits-là ? »Des droits très onéreux, ce qui rend le retour sur investissement difficile. Par le passé, d’autres s’y sont cassé les dents, rappelle Gérard Akindes à l’exemple du Zimbabwéen Kwesé Sports.
1/16/20242 minutes, 21 seconds
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Tunisie: un producteur d’huile d’olive face à la sécheresse et l’inflation

La Tunisie vit depuis des mois au rythme des pénuries. Après la farine, le pain, le lait, le beurre, c’est désormais l’huile qui vient à manquer, ce qui est assez inédit dans un pays qui fait partie des plus grands exportateurs d’huile d’olive au monde. Rencontre d’un producteur tunisien, à Jendouba, dans le nord-ouest du pays, pour tenter de mieux appréhender la situation. De notre correspondante à Tunis,C’est en pick-up que Leith Ben Becher fait le tour de son domaine de 180 hectares. « Vous avez à droite et à gauche des oliviers. C’est encore plus beau quand les oliviers sont chargés de leurs fruits », décrit-il. Ce dandy-agriculteur d’une soixantaine d’années aime à dire que dans sa famille, on fait la cueillette des oliviers depuis 1848 au moins : « Généralement, on commence la cueillette vers mi-novembre. Cette année, j’ai commencé vers la deuxième décade de décembre. »Seule une petite dizaine d’ouvriers s’activent ce matin, contre cinquante les années fastes. En cause, une sécheresse qui a touché tout le bassin méditerranéen et qui hypothèque la cuvée de l’année. « L’année dernière, on a fait autour de 20 tonnes d’olives, cette année, on risque de ne produire que la moitié », déplore le producteur.Flambée des prix de l'huile d'oliveRésultat : les prix de l’huile d’olive ont bondi de 50% en un an en Tunisie. Une situation que l’exécutif prend très au sérieux. À la mi-novembre, le président Kaïs Saïed en personne convoque plusieurs ministres, dont celui de l’Intérieur. Il demande la baisse immédiate des prix.Une huile d’olive à 15 dinars du litre – soit environ 4,40 euros au lieu des 7,40 euros du marché – est alors commercialisée. « Il a demandé, si on veut être gentil, avec insistance aux producteurs que chacun mette la main à la citerne, si je puis dire, pour apporter une sorte de contribution… "volontaire", mais obligatoire », commente le cultivateur.Même scepticisme chez Louai Chebbi. À la tête d’Alert, une association qui vise à vulgariser les questions économiques, il suit les instructions venues d’en haut avec une grande circonspection. « J’ai l’impression que les autorités tunisiennes interviennent toujours en retard par rapport aux situations de crises. On n’arrive plus à prendre de décisions fermes, mais on fait de la communication politique autour de questions économiques réelles. On ne peut pas logiquement faire d’injonctions anti-inflation. L’inflation ne fonctionne pas comme ça. L’inflation dépend de la situation de l’offre et de la demande. Lorsqu’on ne soutient pas l’offre, la production, c’est normal de connaître des prix exorbitants. »Contactés, ni le ministère de l’Agriculture tunisien, ni l’Office national de l’huile n’a donné suite à nos demandes d’interviews.
1/15/20242 minutes, 23 seconds
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Kenya: quand la reforestation sert l'économie locale

Au Kenya, le Green Belt Movement (« Le Mouvement pour une ceinture verte » en français) travaille à la restauration des forêts. Objectif de cette organisation fondée en 1977 par Wangarii Maathai, prix Nobel de la paix : prendre soin de l’environnement tout en impliquant et améliorant les revenus des communautés locales. Reportage à Dundori Forest rattachée au complexe de la Forêt Mau. Un chant de bienvenue repris en cœur par une quinzaine de femmes pour accueillir des représentants du Green Belt Movement. Des chants qui résonnent au-dessus d’un camaïeu de vert, divers semis cultivés par ces femmes. L’organisation met en ce moment en œuvre la deuxième phase d’un projet financé par l’Agence française de développement : avec la plantation de 300 000 arbres.« Après avoir répandu les graines, ils recouvrent de terre. » Harriette Maiyo, du Green Belt Movement, décrit le travail dans la pépinière, du semis jusqu’à la préparation des petits plants : « On coupe les racines pour que le plant puisse les renforcer avant d’être planté en forêt. » Une grande partie des plants est destinée à la reforestation : « On est les principaux acheteurs, ils vendent le reste des plants à d’autres partenaires, des voisins et s’en servent pour leur propre ferme. »À écouter aussiThe Green Belt Movement au Kenya Cette activité économique a permis à Anna Wanjiku d’améliorer son niveau de vie. « Green Belt m’a beaucoup aidée. Avec l’argent des plants qu’ils m’achètent, j’envoie mes enfants à l’école, j’achète le nécessaire pour la maison et j’économise un peu ». Une fois les jeunes pousses sorties de la pépinière, elles seront plantées sur des parcelles comme celle-là, partagées avec des agriculteurs pendant trois ans. John Gichogohi est « Volontaire vert », en quelque sorte un garde forestier qui s’assure de la survie des plants et dispose d’une parcelle comme celle-là. « Nous produisons de la nourriture où les arbres sont plantés. Et par exemple ceux qui cultivent ces choux, ils le font à des fins commerciales. Cela a vraiment amélioré nos moyens de subsistance ici. En même temps, cela aide à s’assurer que les plants survivent, car ici la végétation n’est pas aussi touffue que là-bas. »La restauration des forêts permet d’améliorer les ressources en eau, d’atténuer les impacts des sécheresses ou de limiter les risques d’inondation. Un avantage environnemental et économique, souligne Raphaël Kweyu, membre du conseil d’administration du Green Belt Movement : « Si l’on regarde simplement la forêt Mau, c’est une source pour de nombreuses rivières, y compris celles où nous avons des centrales hydroélectriques, ces rivières donnent aussi de l’eau à des exploitations agricoles. Et cette même eau traverse le parc Masaï Mara, qui est une destination très touristique. »Une petite portion de colline défrichée en hauteur d’une zone où la forêt est censée être restaurée témoigne de la compétition qui demeure quant à l’usage des sols. À écouter aussiKenya: Wangari Maathaï, première Africaine prix Nobel de la paix
1/14/20242 minutes, 33 seconds
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CAN 2024: de nouveaux acteurs viennent rebattre les cartes de l'acquisition des droits de diffusion

En 2022, ce sont plus de 400 millions de téléspectateurs qui ont suivi la CAN à la télévision. Pouvoir retransmettre les matchs est un enjeu majeur. C’est pourquoi les droits de diffusion sont stratégiques. Ils s’élèvent à plusieurs millions d’euros. Sur le marché, des groupes historiques comme Canal+ mais aussi de nouveaux acteurs, viennent faire jouer la concurrence. Canal+ a obtenu les droits payants en langue française en 2017. Si le montant relève du secret des affaires, David Mignot, directeur général de Canal+ Afrique, revient sur le processus d'acquisition. « Quand la CAF a vendu ses droits pour très longtemps avec un très bon contrat, nous, on a pris les droits des CAN à ce moment-là. C'était déjà il y a plusieurs années. On a donc sécurisé d'ailleurs un revenu et une exposition de la CAN. On les a eus dans des conditions qui sont correctes. » Un contrat qui arrive à son terme cette année. Et ceci dans un contexte où la concurrence se fait de plus en plus rude. « Cette situation, la concurrence sur les achats de droit, elle est naturelle, elle fait partie du marché et donc on la vit très bien », assure David Mignot. « On a l'habitude de la gérer. Donc, on n’est pas du tout inquiet de cette nouvelle situation de marché tant que les économiques qui sont proposés restent rationnelles. » De nouveaux acteurs entrent dans la danseDans la bataille de l’acquisition des droits, un jeune acteur se fait de plus en plus de place. C’est le groupe togolais New World TV.« Les droits payants, nous avons acquis ces droits pour la langue anglaise et les langues locales [ainsi que] les droits "free to air", donc pour la diffusion en clair », explique Louis Biyao, l’avocat et le porte-parole de New World TV. « Ces droits concernent toutes les langues, aussi bien le français, l'anglais, le portugais, l'espagnol que les langues locales. Ces droits doivent être revendus aux chaînes locales distribuant en clair. Et dans ce cadre-là, New World TV sert d'agence à la CAF pour redistribuer dans tous ces pays et atteindre le maximum de public. Je confirme que dans chaque pays il y a plusieurs chaînes qui diffusent en gratuit et qui ambitionnent d’avoir les droits et nous choisissons les meilleures offres. » Une compétition de plus en plus rude pour les chaînes nationalesEt pour les chaînes nationales, là aussi la compétition est de plus en plus rude. C’est le cas au Sénégal par exemple. « La nouveauté dans l'écosystème des droits de retransmission est que depuis quelques années, on est dans un marché ouvert », décrit Oumar Guebane, conseiller spécial sur les droits du sport à la RTS. « On a aussi les radiodiffuseurs privés, qui auparavant n'étaient pas présents, mais qui le sont aujourd'hui, qui soumissionnent et qui participent. »Dans ce contexte, comment la RTS parvient-elle à remporter le marché ? Oumar Guebane a son idée : « Par son expérience déjà. Depuis 1972, on est dans les acquisitions de droits d'événements sportifs. Mais au-delà de l'expérience, il y a aussi le fait que la RTS s’y prend tôt. Il y a aussi le carnet d'adresses. Il faut aussi connaître, avoir de très bons rapports avec les commerçants des droits. » Et pour la première fois cette année, des télévisions privées diffuseront la CAN : c’est le cas de Canal 2 au Cameroun ou de la Nouvelle Chaine Ivoirienne.À lire aussiCalendrier et résultats de la CAN 2024Tous nos articles, analyses et podcasts consacrés à la CAN 2024
1/11/20242 minutes, 21 seconds
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Quand les start-ups propulsent l'industrie touristique en Afrique

Le tourisme, une industrie d'avenir pour l'Afrique. Les voyageurs sont de retour après la pandémie de Covid-19. Le ministère sud-africain annonçait avoir retrouvé, voire légèrement dépassé le niveau de 2019 avec un peu plus de 10 millions de touristes l'année dernière. Les start-ups africaines s'emparent de ce florissant marché et le poussent dans son développement. L’après-Covid : une révélation pour les entrepreneurs africains du tourisme. La Kényane SleepOut, la désormais célèbre Ojimah, des dizaines de start-ups ont émergé pour répondre à la forte demande qui a suivi les périodes de restrictions. L’Ougandais David Gonahassa a créé Tripesa, une plateforme pour les petites et moyennes entreprises du secteur : hotels, organisateur d’évènements et tour opérateurs.« C’est un secteur dominé par les gros opérateurs qui maîtrisent la technologie et le marché. De nombreuses petites entreprises touristiques africaines n’y ont pas accès, elles ne peuvent pas vendre aussi efficacement que les gros du secteur. Ce que nous faisons à Tripesa, c’est de leur fournir la technologie pour qu’elles soient en mesure de créer par exemple des sites internet de qualité, de recevoir des paiements en ligne, qu’elles soient capables de s’attaquer à d’autres marchés. »Le Mobile Money, un atout pour l’AfriqueL’atout du continent africain, c’est le Mobile Money. Le paiement par téléphone lancé il y a une quinzaine d’années au Kenya. Une solution financière sûre et efficace qu’utilise le Camerounais Nghombombong Minuifuong, fondateur de la start-up Bongalo une plateforme de réservations.« C’est quelque chose qui a pris l’Afrique en entier. Tu ne peux pas aller dans un pays en Afrique aujourd’hui et ne pas trouver de Mobile Money. Nos compétiteurs n’auront jamais cette solution, une méthode de paiement incorporé sur leur plateforme. On compte sur cela pour bien servir nos hôtes d’un côté et nos clients de l’autre côté qui sont les voyageurs. C’est une très bonne innovation pour l’Afrique entière. »Un océan de croissance ?La demande augmente. L’Afrique est, selon David Gonahassa, le bon continent pour faire du tourisme. « Encore assez peu d’entreprises proposent les mêmes services que nous sur le continent. On a toujours un bel océan bleu devant nous. »Un océan de croissance pour le tourisme africain ? Sans doute, mais toutes les conditions ne sont pas encore réunies, tempère Nghombombong Minuifuong. « Il faut développer des sites touristiques. Par exemple, ici au Cameroun, il y a plein de sites touristiques qui sont juste abandonnés et les gens ne savent même pas. Il y a des chutes, il y a des plages, il y a des forêts, il y a des animaux que tous les gens veulent visiter. Donc quand je vois ça, je pleure. »Après le Rwanda et le Cameroun, Bongalo poursuit son développement en Afrique de l'Est. Tripesa, elle, revendique 700 sociétés clientes sur sa plateforme. Encore loin des mastodontes mondiaux comme AirBnB et Booking.
1/10/20242 minutes, 23 seconds
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Ouganda/Tanzanie: Lionel Zinsou va évaluer la politique foncière de TotalEnergies

Après avoir confié une mission à Jean-Christophe Ruffin dans le Cabo Delgado où se trouve un grand projet gazier, cette fois c’est Lionel Zinsou qui s'est vu missionné par TotalEnergies jeudi 4 janvier. L’ancien Premier ministre béninois, co-président de la Banque d'investissement panafricaine Southbridge a accepté d’évaluer le programme d’acquisitions foncières de la major dans le projet Tilenga/EACOP. Compensations insuffisantes, évictions forcées, pressions et menaces. Un projet très controversé, de nombreuses critiques ont été faites durant les procédures d’acquisitions foncières. Lionel Zinsou revendique une vingtaine d’années d’expérience sur les thématiques de développement. Il mènera cette mission en toute indépendance, affirme-t-il.« Je vais voir seul, sans censure aucune tous les gens qui voudront bien me parler. Et il s'agit des autorités publiques, nationales et locales, parce que ça se passe énormément du côté des attentes sociales », explique Lionel Zinsou. « Il y a des sujets de gouvernance locale qui sont très importants. Et évidemment les gens qui ont formulé, documenté des critiques très vives. Et essayer d'être utile à l'ensemble de ces parties prenantes. Parce qu'il faut aller de l'avant. Ce sont des projets qui ont un impact social très important et un impact environnemental très important. L'idée est de faire le diagnostic et de faire les recommandations au service du développement. » Projet controverséUn projet Tilenga/EACOP très controversé. En juin dernier, une nouvelle action devant la justice française a été lancée à Paris. Objectif : demander réparation à TotalEnergies pour les préjudices estimés et liés notamment aux questions foncières. Parmi les plaignants, l’ONG Les amis de la Terre.« Selon nous, cette mission d'évaluation commanditée par Total a clairement pour objectif de répondre à nos accusations en justice et donc je suppose, d'être versé au dossier judiciaire », affirme Juliette Renaud, responsable de campagne pour l'ONG Les amis de la Terre. « On s'attend soit à ce que le rapport soit peu critique, c'est quand même le plus souvent le ton des rapports qui sont commandités par total et qui visent surtout à rassurer et finalement à blanchir leur image face aux enquêtes multiples qui dénoncent les violations qui ont lieu dans ces processus d'expropriation. Mais c'est vrai que même lorsqu'il y avait certaines critiques dans ces rapports, on est sceptiques sur le fait que Total agisse. » « On ne peut pas avoir un développement prédateur »Lionel Zinsou s’attend aux critiques, mais pour lui cette évaluation est une opportunité positive qui dépasse le cadre-même du cas ougando-tanzanien. « C’est pour ça que moi, je n'ai pas hésité à dire bon, si on peut faire quelque chose d'utile sur un projet très emblématique, le deuxième plus gros investissement en Afrique », souligne-t-il. « Est-ce qu'il a les retombées et les impacts qu'il doit avoir, ou est-ce qu'il n'a que des impacts négatifs et beaucoup de frustration ? On ne peut pas avoir un développement prédateur. Il faut absolument qu’il y ait du contenu social et environnemental quoi que l’on fasse. Et que l’on respecte les droits humains. Il y a beaucoup d'attentes, ça je le sais, et donc je vais essayer d'être le porte-parole de quelque chose qui est quand même un peu un nouveau modèle africain dans la façon dont l'Afrique demande à se développer avec ses ressources et non pas simplement d'être un producteur un peu exposé à des prédateurs. » TotalEnergies attend la remise du rapport d’ici le mois d’avril. 
1/9/20242 minutes, 23 seconds
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Électrification du Togo [2/2]: l'éclairage public solaire se développe dans les zones rurales

Au Togo, l'entreprise française Sunna Design a remporté un contrat de 40 millions d'euros pour fournir et installer 50 000 lampadaires solaires dans les zones rurales éloignées du réseau électrique. Plus de la moitié ont déjà été déployés dans les régions des Savannes et de la Kara. Reportage dans un village proche de la frontière béninoise, ayant bénéficié de ce plan d'électrification publique, initié par le gouvernement togolais. À partir de 18 heures, la nuit tombe rapidement sur le village de Kadjanga. C'est le moment où les lumières des lampadaires solaires commencent à s'allumer. Installés à la fin de l’année 2022, inauguré officiellement par le président togolais en avril 2023, l’éclairage public a changé la vie des habitants – et en particulier celle des vendeuses installées à l’entrée de la communauté – Sudou Maimounatou est l’une d’entre elles : « Le changement est bien visible : avant, à partir de 18 heures, les femmes qui vendent sur le marché devaient arrêter leurs activités, alors que maintenant, elles continuent jusqu'à 20 heures. Et puis, quand tu veux sortir de la maison, tu n'as plus la crainte des reptiles, donc même dans la nuit, les femmes peuvent prendre leur bassine et aller chercher de l'eau à la pompe du village. »Au-dessus du puits, sur un croisement stratégique, près d’un barrage militaire ou à proximité d’une école, tous les lampadaires solaires ont été installés de manière raisonnée, grâce à une cartographie des infrastructures réalisée au préalable par la start-up française Mitsio Motu. Julie Nicolas Lawson, responsable Sunna Design au Togo : « Donc, du coup, les critères, c'est qu'il faut être à plus de deux kilomètres du réseau électrique et ce qui est privilégié, ce sont les centres de santé, les écoles, les points d'eau. Il y avait aussi des enjeux de sécurité, comme on sait qu’il y a beaucoup de circulation au niveau des frontières, donc c'était aussi une demande, même des populations d'ailleurs, de pouvoir éclairer les frontières. »70 lampadaires connectés à KadjangaLes 70 lampadaires connectés font la fierté de Kadjanga. Ce village avait déjà bénéficié dans le passé de l’installation de quelques lampadaires solaires financés par une banque chinoise, mais cette première expérience a tourné court, relate Président Yoma Karatchi : « Ce n'était même pas au cœur du village, c’était à un endroit non précis, comme ça, et l’éclairage était faible aussi. Quand, ils ont mis ça, ça n'a même pas fait un an. »Pour éviter ce genre de pannes, les équipes de Sunna Design sont aussi chargées d’assurer la maintenance de leurs lampadaires pendant douze ans après leur installation. Une démarche essentielle pour garantir la durabilité de ce projet qui a redynamisé l’économie locale, selon Keleou Massama, le représentant du chef de village : « Les gens qui sont loin, ils viennent visiter notre marché. Comme nous sommes sous éclairage, le marché s'anime bien et les gens sont aisés dans leur ménage. Maintenant, les élèves ont profité de ces lampadaires pour mettre leurs tableaux contre les murs pour la révision de leur leçon. »Jusque-là, l’entreprise Sunna Design a déployé près de 29 000 lampadaires électriques dans les zones rurales du Togo.À écouter aussiÉlectrification du Togo [1/2]: Les données géospatiales au service du développement
1/8/20242 minutes, 25 seconds
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Électrification du Togo [1/2]: Les données géospatiales au service du développement

Le gouvernement togolais a lancé il y a trois ans un ambitieux projet de cartographie des infrastructures disséminées sur son territoire. En tout, plus de 150 types d’infrastructures ont été répertoriées dans le système de santé, de l’éducation ou de l’énergie... Ces données réunies sur une plateforme en ligne permettent une meilleure représentation du territoire, afin d'appuyer la planification et le développement économique du Togo. Rencontre avec les équipes de Mitsio Motu, jeune pousse de la tech française en charge de ce projet. Pendant près de huit mois, les équipes de Mitsio Motu ont réalisé une collecte de données d'une ampleur et d’une précision inédite sur le continent. C’est un véritable tour de force, que décrit Louis Verin, cofondateur et PDG de la start-up française : « C'était réaliser un recensement complet de toutes les infrastructures du pays, tout le système sanitaire, tout le système éducatif, les infrastructures énergétiques, les routes, les infrastructures agricoles, et on a travaillé donc à la cartographie de tous ces réseaux, sur le terrain, en partenariat avec les ministères. Ça a impliqué notamment une équipe de 750 personnes qui s'est déployée du nord au sud, avec également une équipe data qui a développé une plateforme assez inédite, qui s'appelle un géoportail, qui va représenter toutes ces informations, de manière hyper précise, et aussi de les rendre accessibles. »Les informations récoltées dans le cadre du Projet de recensement des infrastructures sociales et économiques en République togolaise (PRISE) ont été traitées et modélisées sur une carte dynamique. Arsène Touck est développeur full stack chez Mitsiu Motu : « Ça permet d'avoir cette donnée décisionnelle, et qui peut évoluer dans le temps. Pour dire, aujourd'hui, si nous avons eu 100 élèves dans une école et qu'il y a cinq ans il y en avait 50, on voit bien qu'il y a eu un progrès. »Chaque soir, les données récoltées sur le terrain par les collecteurs étaient traitées par l’équipe de Morgane Benoist, data ingénieur pour la start-up : « Une fois qu'on a une donnée exhaustive, on agrège toutes nos données, donc on a toutes les données du pays, on vérifie, on fait beaucoup d'analyse aussi géospatiale, pour que les données soient propres et exploitables, qu'il n'y ait pas de doublons, d'incohérence, et on les met dans une base de données géoréférencée, qui appartient maintenant au client. »L’utilisation des données géospatiales permet de réduire les risques et de faire exister des projets à moindre coût. Mitsiu Motu a par exemple définit les futurs emplacements des lampadaires solaires de l’entreprise française Sunna, déployés dans le cadre du programme d’électrification du gouvernement togolais. Eloge Amakbre, analyste projet, a supervisé la collecte des données : « Ça a permis de répartir de manière mathématique et logique, 50 000 lampadaires sur toute l'étendue du territoire, en fonction des critères que le client nous a donnés. Et ensuite, on a encore des collecteurs qui sont allés sur le terrain pour valider le déploiement théorique que nous avions fait depuis nos bureaux. »Les données géospatiales permettent une mise en œuvre rationnalisée et donc plus rapide et plus efficace des infrastructures dans le cadre de projet de développement.
1/7/20242 minutes, 23 seconds
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Dans le Somaliland, Berbera se place en concurrent de Djibouti

L’Éthiopie et le Somaliland ont annoncé avoir trouvé un accord sur l’usage du port de Berbera. Le port commercial est sous la gestion de DP World depuis 2017. Le groupe a prévu d’investir 442 millions de dollars pour le corridor de Berbera afin de s’imposer comme une alternative à la traditionnelle route de Djibouti. Sur le terrain, de nombreux travaux ont été réalisés, témoigne le sénateur des Français de l’étranger, Olivier Cadic. Il s’est rendu sur place en juillet dernier. « Il y a un port tout neuf en eau profonde dont j'ai pu observer des travaux d'agrandissement. J'ai visité l'aéroport et il y a une piste d'atterrissage qui est la plus longue d'Afrique. Le nouveau terminal flambant neuf qui pourrait accueillir les avions-cargos. J'ai vu aussi la zone franche aussi toute neuve. J'ai pu circuler sur la toute nouvelle route qui relie la capitale Hargeisa au port de Berbera, voir un magnifique rond-point tout neuf, une sorte de rocade qui permet d'éviter le centre d’Hargeisa et de partir directement vers l'Éthiopie. Donc, on voit qu’il y a beaucoup de moyens qui ont été mis pour créer ce nouveau corridor. »L’ambition serait d’y voir circuler 500 camions par jour alors que la qualité de cette route de plus de 900 kilomètres est très inégale. Cependant, les activités au port de Berbera sont belles et bien lancées. « Sur les statistiques, en tout cas de 2022, il y avait environ 123 000 conteneurs qui avaient été manutentionnés, indiqueYann Alix, délégué général de la fondation Sefacil, spécialiste des questions portuaires africaines. Ça veut donc dire qu’il y a encore de la place, évidemment, ça veut aussi dire que malgré tout, Berbera réussit à attirer des lignes régulières, pas nécessairement toujours au détriment de Djibouti, mais en tout cas, ça crée une alternative. Et donc, pour DP World, qui vend un peu un modèle clé en main de construction d'un port et ensuite d'une zone économique spéciale où on peut implémenter de l'activité industrielle, de transformation et ensuite d'investir le corridor. Je ne sais pas si on peut parler de succès ou d'échec. En tout cas, c'est une vraie alternative portuaire qui est née. »À lire aussiL'Éthiopie s'explique sur l'accord avec le Somaliland et tente de calmer le jeuUne opportunité notamment pour les régions les plus enclavées du sud de l’Éthiopie. Éthiopie qui exporte des produits agricoles notamment pour plus de 4 milliards de dollars annuellement et qui par ailleurs importe hydrocarbures, de biens semi-finis et de consommation pour plus de 18 milliards. « J'y vois véritablement une saine concurrence entre deux corridors avec Djibouti qui a une très forte expérience et expertise vis-à-vis des chargeurs et des organisateurs de transport et les logisticiens éthiopiens. Mais ces derniers sont aussi motivés par la possibilité de pouvoir peut-être négocier aussi des temps de transit ou des taux de fret qui soient assez intéressants par le Somaliland via Berbera », note Yann Alix.Cependant, contrairement à Djibouti, les conditions tarifaires et douanières entre l’Éthiopie et le Somaliland sont encore peu favorables. À noter également qu’en 2018, l’Éthiopie avait déjà voulu prendre des parts dans le port de Berbera avant de voir l’initiative achopper.
1/4/20242 minutes, 25 seconds
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Tunisie: les artisans bijoutiers qui travaillent le corail menacés de disparition [2/2]

En Tunisie, la côte de corail qui s’étend sur 180 km de Bizerte jusqu’à Tabarka, ne rapporte plus grand-chose aux artisans de la ville. Habitués à récupérer les débris ou les branches non exploitables pour l’export, les artisans bijoutiers locaux, autrefois prospères, sont menacés de disparition face à la rareté du corail et sa cherté. Portrait du doyen de cet artisanat à Tabarka. De notre correspondante à Tunis,Dans son échoppe avec pignon sur rue vers le centre-ville, Mokhtar Saoudi, 75 ans et artisan bijoutier dans le corail depuis quatre décennies, guette sa clientèle. Il est tombé amoureux pour la première fois de l’or rouge, à l’âge de 15 ans.« À l’époque, le corail était disponible en grandes quantités. Il se vendait 30 euros le kilo. On allait avec d’autres jeunes à la rencontre des pêcheurs qui ramenaient le corail avec la croix de Saint-André, une croix en métal qu’ils jetaient dans les récifs pour les casser et récupérer dans les filets, les débris. Tout ce que les pêcheurs ne gardaient pas, parce que c’était trop abîmé ou trop petit, on le récupérait et on mettait un peu d’huile d’olive dessus pour le rendre encore plus rouge. Et on le vendait pour quelques dinars dans la rue. »Autodidacte, Mokhtar s’achète ensuite une meule et du papier à poncer, avec lesquels il commence à sculpter des colliers ou des bracelets.À écouter aussiTunisie: la contrebande de corail à Tabarka [1/2]« Les gens venaient de partout en Tunisie »Peu à peu, il ne vit que pour cet artisanat qui attire de nombreux touristes dans cette ville de 20 000 habitants connue pour ses paysages entre la montagne et la mer et la richesse de son corail.« Les gens venaient de partout en Tunisie dans des foires artisanales où l’on vendait nos produits. On avait même la fête du corail, une sorte de festival dédié à l’or rouge. Les affaires se portaient bien. Il y avait déjà des acheteurs qui venaient prendre les belles pièces et allaient directement les vendre en Italie, mais c’était une époque où il n’y avait pas de contrôles douaniers ou autre. »« On se retrouve à travailler à perte »Il ouvre ensuite son atelier dans les années 2000 avec cinq femmes qu’il a formées lui-même, mais surexploité, le corail se fait de plus en plus rare et cher. Il faut désormais plonger à des profondeurs entre 120 et 150 mètres pour en trouver à Tabarka. Depuis dix ans, Mokhtar a vu son chiffre d’affaires baisser considérablement « Tous les jours, je pense à fermer boutique et je n’y arrive pas. Mais concrètement, ce n’est plus rentable pour nous les artisans. On investit en achetant 1 ou 10 kilos de corail à 3 000 euros pour faire nos bijoux, mais ensuite la clientèle ne suit pas. On se retrouve à travailler à perte. »Et la jeunesse n’est pas intéressée pour reprendre le commerce. Une vingtaine de bijoutiers vivent encore du corail à Tabarka. Si Mokhtar s’en sort encore en rachetant à des prix intéressants aux enchères, la marchandise de corail de contrebande confisquée par la douane. L’artisanat, lui, risque de bel et bien disparaître.
1/3/20242 minutes, 22 seconds
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Tunisie: la contrebande de corail à Jendouba [1/2]

Le corail de Tabarka au nord de la Tunisie a longtemps représenté une manne économique pour la région. En 2019, les autorités tunisiennes avaient d'ailleurs démantelé un réseau de trafic international en possession d'un butin de 600 kilos de corail, d’une valeur de 2 millions d’euros. Effectivement, Les prix du corail à l’export peuvent atteindre 5 000 euros le kilo. Mais dans le pays, le secteur a perdu de son prestige. Les corailleurs peinent à payer leurs charges face à l’augmentation des coûts de logistique, les plongeurs se raréfient à cause des dangers du métier et la contrebande prolifère, faisant baisser les prix du corail sur le marché. Objet de tous les fantasmes à cause de sa valeur marchande, cet or rouge est aussi l’une des causes de la mort de nombreux plongeurs. Slim Medimegh, plongeur professionnel depuis 26 ans dans les travaux sous-marins et corailleur de première formation, suit de loin le bilan meurtrier. « On en enterre pas mal chaque année, il y a des décès, il y a des disparus qu’on ne retrouve jamais », constate-t-il.Et avec la raréfaction de plongeurs professionnels, le braconnage se développe. Pour récolter le corail, les pêcheurs de l'Antiquité utilisaient la croix de Saint-André, une grosse croix en métal pour taper sur les récifs coraliens, les plongeurs en récupéraient ainsi les débris.Aujourd’hui, cette technique est encore utilisée, ainsi qu’une autre plus moderne, mais tout aussi dévastatrice : « Cela consiste à tracter des grosses chaînes sur lesquelles on accroche des morceaux de filet et ces grosses chaînes sont tractées avec des unités de pêche avec des bateaux de 10 mètres équipés de 200-300 chevaux et plus », indique-t-il.« C'est le jeu du chat et la souris »Des pratiques illégales qui ont failli faire quitter le métier à Mourad Ben Khelifa, armateur de corail depuis une dizaine d’années dans les eaux de Bizerte, au nord. Il fait face à de nombreuses difficultés : les prix de l’hélium, nécessaires pour la plongée profonde, ont quadruplé en dix ans et la concurrence de la pêche de contrebande du corail algérien est très répandue dans l’une des plus grandes réserves de corail rouge en Méditerranée.« On va dire qu’ils frôlent les frontières », explique-t-il. « Parce que moi, je l’entends à la radio toute la journée « Marine nationale, marine nationale, le bateau dans tel endroit, veuillez rebrousser chemin » C’est toute la journée, c’est la chasse, c’est le chat et la souris. C’est une barrière qui est beaucoup plus grande, c’est interdit donc, forcément, ça pas été trop exploité ».De nombreux contrôles douaniers et policiersUne fois pêché, ce corail est écoulé pour l’export, vers l’Italie, qui domine le marché. Un trafic qui fait l’objet de nombreux contrôles douaniers et policiers comme en témoignent les saisies régulières de la douane. Pour Mourad, l’excès de contrôles de plus en plus sévères met aussi en difficulté le secteur légal.« On est rentré dans l’ordre du fantasme », souffle-t-il. « Les flics, quand ils vous arrêtent avec du corail, on dirait qu’ils vous ont attrapé avec du shit. Il y en a un qui trafique, alors ils ferment pour tout le monde, le temps de comprendre et de voir. Plus personne dans la douane ne veut signer un papier parce qu’ils ont peur de se retrouver en prison à cause du corail. L’État a fixé les prix. »Le trafic menace l’écosystème corallien en méditerranée. Une problématique environnementale mise en lumière dans le documentaire tunisien The Red. 
1/2/20242 minutes, 24 seconds
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Nigeria: à Kaiama, l'effondrement des prix du karité confirme l'exception nigériane

Alors que dans les autres gros pays producteurs les prix s'envolent, le karité perd actuellement son attraction commerciale au Nigeria, pourtant premier pays producteur mondial alors qu'il exploite moins de 40 % de son potentiel. Contrairement à ses voisins ouest-africains, le Nigeria exporte une faible proportion de sa production. Seuls les acteurs artisanaux sont présents sur ce marché, très majoritairement féminin, et la demande n’est pas suffisamment forte pour soutenir les prix. Une situation qui pourrait décourager les acteurs de la filière pour la prochaine campagne l'an prochain et avoir un impact sur l’industrie de transformation, principalement située dans le sud-ouest du pays. De notre envoyé spécial de retour de Kaiama,Impossible pour Rasheeda de quitter son village de Kaiama, dans l'État de Kwara. Depuis une dizaine d'années, cette trentenaire produit du beurre karité dans un espace collectif. Rasheeda travaille pour elle-même. Ici, elle peut cuire puis piler ses amandes de karité.« Si vous avez un peu d'amandes de karité maintenant, vous pouvez réussir à produire du beurre de karité et si vous êtes patiente, cela peut vous rapporter beaucoup d'argent. Si vous produisez avec deux seaux d'amandes de karité, quand les prix sont bons, vous pouvez réaliser un bénéfice pour acheter quatre autres seaux d'amandes de karité. »Le prix actuel de vente des amandes de karité n'est pas satisfaisant pour Rasheeda, car équivalent à 0,18 euro le kilo dans son village, et un centime de plus seulement sur le marché de Kaiama. Rasheeda préfère donc transformer en beurre de karité une toute petite partie de son stock, attendant la hausse des prix des amandes.Parmi les clients de Rasheeda, Akabi Iyabo est une négociante indépendante : « Pour l’instant, un sac vaut l'équivalent de 95 euros. Il contient du beurre de karité mis directement à la fin de sa préparation. J'achèterai, disons, jusqu'à 50 à 60 sacs. Vous savez, avant la dévaluation du naira, c'était vraiment intéressant d'acheter 50 sacs. Maintenant, les prix ont augmenté pour nous ».Un bénéfice d'environ 15 000 euros annuelsLa vente du beurre de karité, pour Rasheeda c'est de l'argent frais pour investir dans des céréales qu'elle achète ici à Kaiama. En spéculant sur le prix de ces céréales, Rasheeda peut ainsi acheter des amandes de karité dans des villages voisins isolés, car sans voie d'accès, puis revendre ces amandes lorsque le prix est haut, notamment à des représentants de grosses entreprises industrielles.« J'achèterai des céréales comme du millet et du maïs grâce aux bénéfices de mes ventes de beurre de karité et je les stockerai. Si la noix de karité arrive à maturité, j’achèterai alors de nouvelles noix, je commencerai à la transformer et en stockerai certaines. C'est comme ça que je fais mes affaires. »Et pour toutes ces transactions, Rasheeda n'emprunte jamais auprès des rares établissements de microfinance présents à Kaiama. À demi-mot, elle reconnaît que ses bénéfices dépassent l'équivalent de 15 000 euros en moyenne chaque année. Une belle somme comparée au 1 934 euros de revenu brut annuel par habitant au Nigeria, selon la Banque mondiale en 2022.À lire aussiKarité: une campagne portée par la hausse des prix du cacao
1/1/20242 minutes, 27 seconds
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Maurice: la double hausse des salaires prévue en janvier suscite espoirs et inquiétudes

Double bonne nouvelle pour les salariés de l'île Maurice : le gouvernement a annoncé une hausse significative du salaire minimum, suivie d’une augmentation sans précédent des salaires. Cette dernière mesure concerne plus de 460 000 actifs. Si les syndicats saluent cette décision, les industriels et les économistes s’interrogent... Avec notre correspondant à Port-Louis,« C’est du jamais-vu à l’île Maurice. » La syndicaliste Jane Ragoo se réjouit face à ce qu'elle considère comme une avancée majeure pour la revalorisation salariale à Maurice. La secrétaire générale de la Confédération des travailleurs du secteur privé a été agréablement surprise par l’annonce du ministre des Finances le mois dernier : « Pour voir qu’un salaire puisse doubler en cinq ans, c’est du jamais-vu à Maurice. On a compris que les gens ne peuvent plus vivre avec un salaire de misère ».Le salaire minimum concerne 140 000 salariés des secteurs public et privé. Il est revalorisé à 15 000 roupies, soit 310 euros contre 240 euros auparavant. C’est un relèvement de 45 % en ajoutant les allocations sociales. Cette augmentation se double d'une autre décision exceptionnelle puisque l’ensemble des 460 000 actifs mauriciens, employés du privé comme fonctionnaires, vont voir leurs salaires augmenter de 30 à 40 euros à partir de fin janvier prochain.Une annonce qui a bousculé les projets de Manoj Hardial, qui tient une entreprise textile avec six salariés : « C’est pour cette raison que je suis présent dans les foires en ce moment. Il faudra engranger un maximum de bénéfices, pour pouvoir maintenir les emplois. Et puis j’espère que le fisc va encore aider les entreprises en difficulté ».Une décision à hauteur de 22 milliards de roupiesL’une des organisations patronales, Business Mauritius, affirme que cette situation met une forte pression sur les industriels. Les économistes, eux, évaluent le coût de cette mesure pour le pays à 22 milliards de roupies. C’est, à titre d’exemple, le budget annuel consacré à l’Éducation nationale.L’analyste Manisha Dookhony estime que de tous les secteurs industriels, c’est le textile qui sera le plus impacté. Un secteur qui va être forcé de revoir son modèle. Elle observe aussi que Maurice met à exécution son projet de devenir un pays à revenu élevé : « Ces nouvelles politiques au niveau des salaires donnent aussi une indication que Maurice souhaite aller vers plus de valeur dans les emplois et se tourner notamment vers les secteurs à haute valeur ajoutée telle que la biopharmaceutique ».Certains industriels considèrent la double augmentation de salaire décidée par le gouvernement un peu rapide, ou même qu'il s'agit d'une décision populiste alors que le pays se prépare à entrer en campagne électorale.À lire aussiMaurice: les centres commerciaux deviennent la principale attraction de la population
12/31/20232 minutes, 14 seconds
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Le FIDA cherche à mettre les finances mondiales au service des petits agriculteurs

Mi-décembre, le Fonds international de développement agricole (FIDA) des Nations unies a lancé sa nouvelle campagne de levée de fonds. Il cherche à récolter deux milliards de dollars de nouveaux financements pour atteindre une enveloppe globale de dix milliards pour son programme d’action triennal. Objectif : améliorer les conditions de vie de 100 millions de ruraux.  La quatrième session de reconstitution des ressources financières du FIDA a pris place à Paris et était coorganisée par l'Angola et la France. En Angola, le FIDA finance neuf projets qui ont profité à près de 600 000 familles. Un exemple de succès, selon la ministre de la Pêche et des Ressources marines angolaise, Carmen do Sacramento Neto, est le projet AFAP qui a permis de développer les capacités des pisciculteurs.« Deux bassins ont pu être fabriqués au bénéfice de 235 familles, explique ainsi la ministre. Un bassin est dédié à la production de poissons pour la vente sur les marchés. L’autre bassin pour la consommation locale. Cela a permis de créer une source de revenus pour les communautés, mais également de répondre aux besoins alimentaires. »Cet appel à contribution du FIDA intervient à un moment où d’autres institutions organisent également leurs levées de fonds. 48 États se sont tout de même engagés à contribuer pour un montant d’un peu plus d’un milliard de dollars. « C’est vrai que de nombreux pays doivent choisir entre différentes organisations, reconnaît Alvaro Lario, le président du Fonds. Pour nous, c'est donc le témoignage de la confiance qu'ils ont dans la mission et surtout dans les résultats du FIDA. »À lire aussiRDC : une loi pour sécuriser les petits agriculteurs du Haut-KatangaS'adapter au nouveau contexte économique mondial, un effort obligatoireLa singularité du FIDA est qu'il s'agit de la première institution spécialisée des Nations unies à s’être connectée aux marchés financiers mondiaux, ce qui lui permet de lever davantage de fonds. « La capacité d’emprunt du FIDA est notée AA+. Nous émettons également des obligations dans le cadre de placements privés bilatéraux », continue le président.C'est une initiative prise dans le contexte économique complexe de ces dernières années. En effet, la finance publique n’est plus l’option favorisée par les institutions internationales. Le FMI et la Banque mondiale ont entamé une réflexion sur les mécanismes de financement, à laquelle n’échappe pas le FIDA.« Désormais, nous utilisons notre bilan pour co-investir avec le secteur privé, explique encore Alvaro Lario. Maintenant, pour les nouvelles stratégies pays et nos nouveaux programmes, nous verrons quels sont nos points d'entrée, les moyens de nous connecter et d’intégrer le secteur privé dans nos projets. »Le FIDA se destine à aider les petits exploitants agricoles essentiels à la sécurité alimentaire des pays à faibles revenus. Ces petits agriculteurs sont également les plus vulnérables au changement climatique et aux conflits.À lire aussiInsécurité au Sahel : comment relancer la filière agricole
12/28/20232 minutes, 15 seconds
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Centrafrique: la culture de l'orange à Borossé entravée par l'état des routes

En Centrafrique, décembre est le mois de la récolte des oranges. Le village de Borossé, situé à 35 km au nord de la capitale Bangui est considéré comme l’un des premiers centres de production d’oranges du pays. Mais cette année, les cultivateurs n’arrivent pas à écouler leurs marchandises en raison de l’état piteux des routes et des barrages illégaux. De notre correspondant à Bangui,À l’entrée du village Borossé, 5 000 orangers sont alignés de part et d’autres au bord de la route sur une distance de cinq kilomètres. Sur les branches, on distingue des oranges de couleur verte, jaune ou orange selon les variétés.  Ce village est l’un des premiers producteurs d'oranges du pays, une notoriété qu’il lui vaut son surnom de « capitale de l’orange ».Ruffin Doubalé est un cultivateur de 45 ans. Dans sa parcelle, il réserve une portion de dix hectares à la production d’oranges. Avec une moyenne de 1 000 orangers par hectare et un rendement de 20 tonnes chaque année, il est l’un des plus grands producteurs du village depuis 20 ans. « C’est difficile de travailler sur 10 hectares d’orangers, révèle le cultivateur. C’est pourquoi chaque année, je mobilise une dizaine d’ouvriers pendant la saison des oranges. Ces jeunes que vous voyez sont là pour entretenir les orangers et chercher des anomalies qui peuvent nuire aux fruits ».Privat, l’un des fils de Ruffin, fait partie des ouvriers. À 22 ans, son père lui a transmis la passion de l’orange : « J’adore les oranges, raconte-t-il. C’est un stimulant qui me donne de l’appétit. Quand il est fraichement cueilli comme ça, il est doux, naturel et très sucré. Depuis des années, mon père travaille avec des moyens archaïques. Mais je me bats pour devenir d'ici à cinq ans l’un des grands producteurs d’oranges de la RCA. »À lire aussiCentrafrique : à Bangui, le succès d'une foire organisée par des femmes entrepreneuresDes infrastructures routières encore trop précairesUn grand dépôt de 20 m² se trouve à l’angle ouest de la parcelle. C’est ici que Ruffin conserve ses oranges. Pour améliorer ses rendements, il compte sur des experts comme cet homme, Mboligoumba Toussaint : « Ça fait 32 ans que je m’intéresse aux oranges, affirme-t-il. Depuis deux ans, j’accompagne ce jeune entrepreneur dans ses activités. Je l’aide à développer des pépinières afin d’avoir un meilleur rendement et surtout de consolider son économie. »Cette année, Ruffin a fait un surplus de production parce que la saison des pluies a duré huit mois au lieu de six. C’est un avantage, mais il n’arrive pas à écouler ses produits : « Le problème est la dégradation des routes qui relie Bangui à notre village. Les camions que je louais ne veulent plus venir jusqu’ici. Les quelques rares qui viennent coûtent trop cher et ça joue en notre défaveur ».Quelques vendeurs sont obligés de venir à la source pour se ravitailler. C’est le cas de Diane Kossi : « Je suis obligée de venir à la source, témoigne-t-elle. J’ai loué ce taxi-brousse à 150 000 francs CFA [approximativement 225 euros] parce que le carburant est rare. Il faut ajouter à cela les tracasseries routières. C’est vrai qu’on ne va pas gagner beaucoup comme auparavant, mais je suis obligée de continuer ».Le village Borossé compte plus de 2 000 habitants, parmi lesquels plus de 800 producteurs d’oranges, selon le chef du village. Pour être plus influents, ils veulent mettre en place un groupement de producteurs.À lire aussiCentrafrique : les habitants de Bangui face à une crise des carburants qui s'éternise
12/27/20232 minutes, 17 seconds
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Côte d'Ivoire: l'élevage d'escargots géants, une activité lucrative

En Côte d’Ivoire, l’élevage d’escargots géants est une nouvelle filière en plein boom. Ces cinq dernières années, plusieurs fermes d’élevage ont ouvert leurs portes, essentiellement dans les zones humides. Cette activité s'avère particulièrement lucrative. Reportage dans une ferme d’élevage, à Azaguié, à 40 km au nord d’Abidjan. Dans un bâtiment en briques, des bâches en plastiques font office de mur. À l’intérieur, ion peut voir plusieurs bacs, recouvert d’une grille. Dans ces bacs, des milliers d’escargots vivent sous des feuilles. Jean-Noël Akessé les arrose une fois à deux fois par jour, selon la saison. « En ce moment, j'en ai 4 000 et ils se reproduisent vite, indique-t-il. Nous voulons recréer l'environnement naturel de l'escargot : il n'aime pas le soleil et vit dans les milieux humides. »À l’origine, Jean-Noël Akessé est commerçant. Il s’est reconverti dans cette filière par pragmatisme : l’élevage d’escargot nécessite peu d’investissements et rapporte gros. « Je fais la vente par trimestres, rapporte l'éleveur. Je vends environ une tonne d'escargots et elle me rapporte 300 000 francs CFA [environ 450 euros]. À l'année, ça revient à 12 millions de francs CFA [approximativement 18 000 euros] ».Bernus Bleu fait partie des pionniers dans cette filière. Cet ingénieur mise sur les produits dérivés de l’escargot. Son entreprise fabrique notamment des savons et des gels douche à partir de la bave d’escargot. « On peut vendre la coquille de l'escargot, qui est une composante de l'alimentation du bétail, explique-t-il. La bave de l'escargot peut servir aux produits cosmétiques. Ces produits dérivés sont achetés par des industriels, comme des fabricants de savons parallèles par exemple. Les industriels qui fabriquent les produits cosmétiques achètent la bave et nous achetons l'escargot vivant directement auprès des éleveurs ».Une filière en pleine expansion depuis cinq ansLa Côte d’Ivoire produit en moyenne 250 tonnes d’escargots géant par mois. Cependant, la filière doit encore se structurer davantage afin de pouvoir répondre à la demande sur l’international. C'est ce qu'explique Christian Alla, le coordonnateur d'un projet d’appui des élevages en développement au ministère des Ressources Animales : « D'abord, il n'y a pas suffisamment de production au niveau de la bave d'escargot pour qu'elle puisse être exportée. Ensuite, il y a la question des normes. Le projet va travailler à ce que l'on puisse accroître la production de bave, améliorer les normes de production et aussi la législation. »Ce responsable entend continuer de mettre l’accent sur la formation afin d’aboutir à un label ivoirien, pour mieux exporter les produits dérivés de cette filière.À lire aussiCôte d’Ivoire : la progression fulgurante de l'élevage d'escargots géants
12/26/20232 minutes, 26 seconds
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Visa Schengen: au Portugal, l'accès aux visas facilité pour les Africains lusophones [2/2]

La question des migrations est au cœur des débats des États européens. L’Union européenne vient de signer son « Pacte asile et migration ». Et aors que certains États cherchent à tout prix à limiter l’arrivée d’étrangers, d’autres comme le Portugal veulent au contraire les encourager. Depuis novembre 2022, le pays a mis en place une facilité de visas aux populations de l’espace de langue portugaise (CPLP) pour venir y résider et travailler. Originaire du Cap-Vert, Fernando Furtado est arrivé au Portugal à la fin des années 1980. Venu chercher du travail dans le bâtiment, sa légalisation a pris du temps. Il observe avec une pointe d’envie les facilités pour les nouveaux arrivants : « J'ai un collègue, il travaille dans le bâtiment comme maçon. Il est là depuis 4 ou 5 mois et il a été légalisé tout de suite. Dès son arrivée, il a eu ses papiers, son contrat de travail et un visa de deux ans. Deux jours après son arrivée, il travaillait ».Le Portugal aurait déjà délivré 140 000 de ces titres de séjours. Ana Gomes est une diplomate et femme politique portugaise : « La priorité pour les Portugais, c'était de légaliser la situation de beaucoup de travailleurs qui sont au Portugal en situation irrégulière. C'est aussi bien sûr l'intérêt de certains secteurs au Portugal qui ont vraiment besoin de main-d'œuvre. C'est le cas bien sûr des secteurs de l'agriculture, de la construction, etc ».Une infraction selon la Commission européenneCes migrants viennent du Brésil, mais également de pays lusophones d’Afrique comme l'Angola ou le Mozambique. À Sao Tomé-et-Principe, le Programme des Nations unies pour le développement a étudié ce phénomène avec près de 20 000 candidats. Les demandes de visa vers le Portugal y ont doublé depuis la mise en place de cette facilité.Luca Monge Roffarello est l’économiste qui a mené cette étude : « Cela représente 8 à 9 % de la population, ce qui est énorme. C’est pourquoi, au PNUD (Programme des Nations unies pour le développement), nous avons immédiatement examiné cette question. Nous avons fait une évaluation préliminaire, mais nous souhaitons également examiner cette question d'un point de vue systémique, car cela peut poser des problèmes du point de vue du développement. Par exemple, nous sommes très préoccupés par la fuite des cerveaux et l’impact que cela peut avoir sur la santé, sur le système éducatif ou encore sur le secteur privé. Mais d’un autre côté, cela peut également créer des opportunités avec l’envoi de fonds provenant de la diaspora ou des échanges plus étroits de compétences avec les personnes de la diaspora qui ont réussi ».La Commission européenne a ouvert une procédure d’infraction contre le Portugal. Elle estime que ce titre de séjour va à l’encontre du modèle uniforme de l’espace Schengen et demande au Portugal de remédier à ces manquements.À lire aussiVisa Schengen, un frein pour les entrepreneurs africains [1/2]
12/25/20232 minutes, 18 seconds
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Visa Schengen, un frein pour les entrepreneurs africains [1/2]

Le visa court séjour permettant l'entrée dans l'espace Schengen pour trois mois maximum est devenu difficile à obtenir. C'est le cas pour la France, et c'est un obstacle de plus pour les entrepreneurs africains qui viennent dans l'Hexagone pour trouver des capitaux.
12/24/20232 minutes, 27 seconds
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Le poids de la dette sur l'action climatique

Un examen mondial sur la dette, la nature et le climat a été officiellement lancé au cours de la COP28 par la Colombie, la France et le Kenya. Objectif : étudier les réformes nécessaires pour assurer la viabilité de la dette des pays en développement face aux besoins liés au changement climatique. Mais en quoi dette et climat sont-ils liés ?  Réaliser la transition énergétique pour limiter le réchauffement climatique, s’y adapter, cela demande des investissements. Encore faut-il pouvoir investir, a souligné Ali Mohamed, émissaire kényan pour le climat, en marge de la COP28 à Dubaï. « Malheureusement, de nombreux pays, y compris le nôtre, n’ont pas la marge budgétaire nécessaire pour avoir accès à des capitaux qui nous aideraient à être plus résilients et à agir pour le climat. Les marges se rétrécissent. Et en fait, beaucoup de pays sont au bord du défaut. Je pense qu'il y a plus de 54 pays dont la situation est alarmante. Au moins 24 d'entre eux sont en Afrique, mais il y a beaucoup d’autres pays en développement qui sont concernés. Ils ne peuvent pas développer des mesures pour être résilients face aux crises climatiques. »À écouter aussiCOP28 : la stratégie commune des pays africainsDes marges budgétaires amoindries à cause des dégâts liés au changement climatiqueMoins de résilience, c'est plus de dégâts. Et in fine, ce sont des marges budgétaires qui se réduisent encore. Le Kenya a été confronté en novembre à des inondations dévastatrices. Inondations favorisées par le changement climatique. Selon le World Weather Attribution, il a rendu les précipitations, liées au phénomène El Niño, jusqu’à deux fois plus intenses.« Un certain nombre de ponts au Kenya, qui ont été construits avec de la dette, ont été détruits par les eaux. Et le Kenya doit emprunter de l’argent pour reconstruire les infrastructures qui ont été détruites à cause des événements météorologiques extrêmes que nous vivons », rappelle Ali Mohamed.À lire aussiKenya: au moins 120 morts dans des inondations recordsEntrave au développement des énergies renouvelablesLes fonds pour financer reconstruction et dépenses climatiques, lorsqu'ils sont disponibles, le sont à des taux d'intérêts « insoutenables » aux yeux d'Ali Mohamed. Le coût du capital : une entrave, par exemple, au développement des énergies renouvelables, souligne Amos Wemanya, en charge de l’énergie chez Power Shift Africa, basé à Nairobi. « Les statistiques les plus précises indiquent que le coût du capital en Afrique est six fois plus élevé que dans d’autres régions. Et cela est dû au niveau de risque que présentent les prêts aux pays africains. Mais parfois, certains de ces risques, ne sont pas fondés. Je pense donc qu’un changement dans l’architecture financière mondiale serait une bonne chose. »L'accord de la COP28 promeut l'augmentation des financements basés sur des subventions ou des prêts hautement concessionnels, c'est-à-dire à des conditions préférentielles. Le Kenya, en avance sur les renouvelables, espère désormais attirer davantage de fonds pour l’adaptation. En 2021, seulement 27% de la finance climatique était dirigée vers l’adaptation, selon l'OCDE. 
12/21/20232 minutes, 19 seconds
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Cédéao: multiplication des accords bilatéraux en faveur du «free roaming»

Malgré l’adoption en 2017 d’un « règlement relatif aux frais d’itinérance sur les réseaux mobiles dans l’espace Cédéao », les habitants de la sous-région continuent bien souvent de payer leurs appels et leurs données au prix fort lorsqu’ils sortent de leur pays. À moins qu'ils n'achètent une SIM locale à chaque déplacement. Mais ces derniers mois, plusieurs accords bilatéraux ont été signés entre régulateurs nationaux, afin de faire baisser drastiquement les frais d’itinérance. Le Togo, le Bénin, le Ghana, le Gabon ou encore la Côte d'Ivoire ont par exemple commencé à s'entendre sur le sujet. De notre correspondante à Lomé, En plein cœur de la capitale togolaise, à quelques mètres seulement de la frontière avec le Ghana, Idayatu vend des savons et des produits de beauté sur un petit stand : « Moi, je vais à Lagos pour acheter les marchandises, pour les ramener ici ». Mais, à chaque fois qu’elle passe une frontière, Idayatu est forcée d’acheter une nouvelle carte SIM pour communiquer. « J'ai une SIM du Nigeria, une pour le Ghana, une pour le Togo. Et même une pour la Côte d'Ivoire aussi. Si tu as besoin, c'est normal, tu vas payer » déplore-t-elle.Frais d'itinérance réduits pour 2024Pourtant, la Cédéao a adopté dès 2017 une initiative relative à l’itinérance des données. Un règlement communautaire qui a du mal à être appliqué jusque-là. Yoavi, qui tient un bureau de change à cent mètres de la frontière ghanéenne, se plaint du coût élevé du roaming : « Parfois, quand tu rentres au Ghana, ta SIM se met directement en "roaming". Et ça va couter cher pour toi et pour celui que tu appelles. »Pourtant, les choses sont sur le point de changer. Le Togo a signé récemment des accords bilatéraux de free roaming avec le Bénin, le Ghana ou encore le Mali. À partir de début 2024, les frais d’itinérance entre ces pays vont être drastiquement réduits. « Dans un premier temps, la réception d'appels est gratuite pour ces clients, alors que dans le roaming courant, la réception d'appels est facturée. Alors que là, elle est gratuite pour un séjour consécutif de 30 jours dans le pays visité. Et dans un second temps, lorsqu'il utilise son numéro dans le pays visité, les tarifs ont été étudiés de telle sorte qu'ils ne dépassent pas les tarifs qui sont appliqués par les opérateurs du pays visité », explique Aissatou Diallo, la directrice du marketing et de la communication pour l’opérateur Togocom.Un coût pour les opérateurs Avec ces accords bilatéraux, les régulateurs nationaux espèrent utiliser les communications comme un vecteur de développement et d’intégration régionale.  La baisse tarifaire prévue est importante : au moins 60% de réduction sur les appels passés depuis le Bénin vers le Togo par exemple. Et elle concerne aussi les données. Hervé Coovi Guedegbe est le secrétaire exécutif de l’autorité de régulation des communications du Bénin – il constate que le règlement de la Cédéao n’est pas suffisamment mis en œuvre : « Avant ces accords, vous êtes exclus lorsque vous passez de l'autre côté, parce que le service d'itinérance data, peut-être que votre fournisseur système ne l'a pas en contrat avec un opérateur du pays visité... Et quand il l'a, vous étiez dans des tarifs de l'ordre de 1 500 à 2 000 Francs CFA le mégaoctet... Avec ces accords, les opérateurs ont concédé que le mega ne dépasserait pas les 2,22 Francs CFA. »Ces mesures ont bien sûr un coût pour les opérateurs téléphoniques, qui tablent sur la fidélité de leurs clients, même à l’étranger. À écouter aussiFin du roaming : vers la téléphonie mondialisée ?
12/20/20232 minutes, 23 seconds
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Sommet Emerging Valley: les startupeurs africains à la chasse aux investissements

La chasse aux investissements pour les start-up africaines. Les levées de fonds ont largement diminué cette année, comme dans le reste du monde. Les investissements ont encore chuté au second semestre. Comment trouver des capitaux pour se développer ? Rencontre de startupers africains lors du forum Emerging Valley qui se tenait à Marseille, en novembre 2023. De notre correspondante de retour de Bentiu,Doudou Tamba affiche un large sourire. Le jeune pharmacien-chimiste sénégalais présente son innovation. Un répulsif anti-moustique naturel qui a reçu une autorisation de mise sur le marché en France. Un environnement en constante progressionLa start-up de Doudou Tamba, labellisé French Tech, s'appuie sur un incubateur marseillais depuis 2019, utile pour trouver des financements : « Souvent les investisseurs, ils occultent l'innovation. Tant qu'il n'y a pas de preuve de marché, il n’y a pas d'investisseur. Mais c'est vrai qu'avec un accompagnement comme c'est proposé ici, on arrive quand même à avoir des produits qui arrivent à maturité. Lee but derrière, c'est de faire perpétuer cette coopération nord-sud à travers ce type de projet innovant. » Certes, les levées de fonds stratosphériques des années post-Covid ne sont plus. Certes, les entrepreneurs africains manquent toujours de financements. Mais Malick Diouf, créateur de LAfricaMobile, très impliqué dans l'écosystème tech' du Sénégal, insiste sur un point, cela progresse : « L'environnement de l'investissement a tellement évolué que les acteurs d'aujourd'hui, les startupers d'aujourd'hui, ne se rendent pas compte de ce qu'il y avait il y a 10 ans. J'ai discuté avec un jeune startuper qui se plaignait du fait, après avoir gagné un prix de 20 millions de francs CFA – l'équivalent de 30 000 euros -, qu'on allait lui donner ça par tranche et que ça allait retarder son projet. Nous à l'époque, quand on a commencé, je me rappelle le premier prix que j'avais gagné au Sénégal, c'était 2 000€. C'était énorme à l'époque. » Des investisseurs plus sensibles au capital humainCynoia, c’est une start-up franco-tunisienne qui propose des solutions digitales aux petites et moyennes entreprises. À sa tête Nasreddine Riahi, il vient de lever 850 millions d’euros. Il nous explique ce qui a plu aux investisseurs : « C'est vrai qu'il y a de moins en moins d'argent à donner à des start-up. Le capital-risque est révolu, et maintenant, ils investissent plus dans l'humain que dans des "succes stories". Mes investisseurs me le disent toujours : "On a investi en Nasreddine, lui-même, avec sa team". C'était vraiment un chemin semé d'embûches hein, ce n'était pas facile du tout. Mais on a pu quand même aller convaincre pour mettre un gros ticket. » Quatre pays : Nigeria, Kenya, Afrique du Sud et Égypte captent toujours l’essentiel des investissements. Mais selon un récent rapport du cabinet StartupBlink, le Sénégal et l'île Maurice ont réalisé cette année les plus fortes progressions sur le continent. À écouter aussiPourquoi les start-up en Afrique sont à la peine
12/19/20232 minutes, 14 seconds
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Soudan du Sud: les inondations renforcent l'économie de la pêche

À cause du changement climatique, le Soudan du Sud connaît des inondations catastrophiques. C'est le cas à Bentiu, la capitale de l’État d’Unité, au nord du pays, qui abrite pas moins de 230 000 déplacés ayant perdu tout ce dont ils dépendaient pour leur subsistance. Mais ces inondations ont apporté avec elles une nouvelle ressource en abondance, le poisson. Et toute une petite économie se développe autour de la pêche. De notre correspondante de retour de Bentiu,La longue digue qui protège le camp de déplacés, accolé à la base de l’ONU à Bentiu, sert d’embarcadère pour les canoës. Elle accueille plusieurs petits marchés aux poissons.Mary Nyapar, 30 ans, vendeuse de tresses de poisson séché, fait partie d’un groupe de femmes qui se sont organisées ensemble pour faire ce commerce : « C’est notre propre initiative, on a réussi à mettre chacune un peu d’argent dans un pot commun ; ça nous permet d’acheter ce poisson séché pour le revendre et assurer la survie de nos enfants. Ça fait deux ans que je fais ça, j’ai commencé après les inondations. Avant, j’avais un petit stand de thé, mais c’est devenu insuffisant, donc je suis devenue vendeuse de poisson séché ».Tous les métiers liés au poisson se développent D’autres métiers se développent autour de la pêche. Jeremiah Dak Mantai, 50 ans, menuisier, se concentre lui sur la fabrication de canoës : « Moi, je résidais dans le comté de Gwit et ça fait presque trois ans que je suis ici à cause des inondations. Je construis des canoës pour subvenir aux besoins de ma famille. Il faut entre trois et sept jours pour en construire un de petite taille, selon la disponibilité des matériaux. Le prix de vente varie entre 300 et 600 dollars. C’est un bon job, car je peux aussi m’en servir pour pêcher ».À l’autre bout de ce camp gigantesque, des coups de marteaux retentissent depuis l’atelier de Gatluak Kuany, un forgeron de 39 ans. Installé ici depuis 10 ans, il a dû abandonner son atelier en ville, à Bentiu, quand la guerre civile a éclaté en 2013. « Ça nous a pris quelques semaines pour démarrer cet atelier. Mais nous avons réussi à en faire ce qu’il est maintenant au fil des mois. Nous sommes en bord de route, ça permet d’attirer les clients. Ce job me permet de survivre, car il n’y en a pas d’autre ici », explique-t-il.Sortir de la dépendance humanitaireGatluak Kuany forge toutes sortes d’objets à partir de métaux recyclés : bijoux, cuillers, couteaux, machettes et autres outils pour l’agriculture, mais aussi des instruments pour la pêche. « Les pêcheurs nous achètent ces poids par douzaines. Ils les accrochent au bout de leurs filets pour éviter que le courant de l’eau ne les emporte. Ça permet d’attraper du poisson. Ils viennent ici pour s’approvisionner, il y a des jours où nous avons trop de demande et des jours où on a du mal à vendre tout ce que nous produisons ».Pour tenter de sortir de la dépendance à l’aide humanitaire, les pêcheurs et artisans déplacés par les inondations espèrent recevoir des équipements, des outils, des compétences pour les soutenir dans leurs activités.
12/18/20232 minutes, 25 seconds
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Centrafrique: à Bouboui, la crise du carburant freine l'activité et la vie quotidienne des habitants

La République centrafricaine vit depuis un mois au rythme d'une crise de carburant. À Bangui, certaines stations-service sont fermées. Et en province, dans certains villages comme à Bouboui à 45 km au nord de Bangui, il n'y a pas de stations-service. Il est difficile pour les opérateurs économiques et les usagers de s'en procurer, alors certains jeunes du secteur revendent du carburant acheté à Bangui. Si beaucoup sont soulagés par cette revente sur le marché informel, d’autres dénoncent des pratiques fallacieuses de certains revendeurs. De notre correspondant à Bangui,Dans la vallée de l'Ombella-M'Poko, le village de Bouboui est isolé entre les hautes herbes, les pierres et une étendue de verdure. Près de 2 000 personnes y vivent : des éleveurs, pêcheurs et commerçants qui animent le marché au bétail, l'un des plus importants du pays.Mais depuis un mois, la crise du carburant a fortement impacté le bon déroulement des activités. Les usagers doivent leur délivrance à une dizaine de jeunes revendeurs. Devant un kiosque en bois, une vingtaine de bidons sont remplis d'essence. Les usagers font la queue pour s'approvisionner sous un soleil de plomb. Amos est un revendeur.« Dans les stations de la capitale, le litre coûte 1 100 francs CFA. Je parcours les 45 km avec ma moto et je transporte généralement cinq bidons de 25 litres. Je paie aussi des sommes forfaitaires à chaque barrière. Ici, je revends le litre à 1 500 francs CFA pour compenser les tracasseries routières et avoir de quoi vivre », explique-t-il.Une crise qui impacte la vie quotidienneProblème : la demande dépasse l’offre. La crise du carburant provoque aujourd'hui la hausse des prix des marchandises et le mouvement de transport n’est plus fluide à Bouboui. Dans les ménages, les femmes comme Fidélia ne parviennent pas à moudre le manioc avec les machines à essence.« Ce problème de carburant a un impact négatif sur ma famille. La plupart des moulins à manioc du village ont cessé leur activité. Les seuls qui fonctionnent grâce aux revendeurs nous imposent des tarifs exorbitants. Le petit seau de manioc qu’on a l’habitude de moudre à 50 francs CFA passe à 125 francs CFA. »Les revendeurs jouent un rôle non négligeable à Bouboui mais certains panachent le carburant brut avec des produits indésirables comme de l'eau et des colorants. Alain-Blaise, un usager, se plaint de la moralité de quelques-uns. « Cette pratique n’est pas du tout normale. J’ai acheté ma moto à 700 000 francs CFA. Mais certains revendeurs mélangent le carburant avec de l’eau ainsi que des colorants pour augmenter la quantité et avoir beaucoup d’argent. Aujourd’hui, le moteur de ma moto ne marche plus », déplore-t-il.Depuis le début de l'année, une vingtaine de dépôts de revendeurs de carburant ont pris feu à Bangui et à l’intérieur du pays, causant d'importants dégâts matériels. En juin dernier, le ministre de l'Énergie a pris la décision d'interdire la vente anarchique de carburant. Mais faute de stations-service dans les localités reculées comme à Bouboui, les revendeurs continuent d'approvisionner leurs villages en produits pétroliers.À lire aussiCentrafrique: les habitants de Bangui face à une crise des carburants qui s'éternise
12/17/20232 minutes, 19 seconds
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Congo-Brazzaville: l'opération «gardons nos villes propres» fait grincer des dents

Le ministère congolais en charge de la Décentralisation mène de concert avec les municipalités des grandes agglomérations une opération dénommée « gardons nos villes propres ». À Brazzaville, elle consiste à déguerpir les marchés de fortune et à libérer les trottoirs. Au risque de plonger les jeunes vendeurs informels dans la pauvreté.   De notre correspondant à Brazzaville,Nous sommes devant le marché Total, le plus grand et le plus moderne de Brazzaville. Mais les marchands qui exposaient produits alimentaires, cosmétiques et autres friperies sur les trottoirs encombrés de l’ex-avenue de l’OUA ont été chassés. La circulation est fluide. Mais, Prince, étudiant sans emploi, est furieux. Il est revenu s’installer dans un coin pour vendre des sandales en caoutchouc aux passants. « Ce n'est pas une bonne de chose (de nous déguerpir) parce que le pays ne propose pas de boulot. Au Congo, on n’a pas de boulot, mais l’État nous chasse encore au bord de la voie principale. On va aller où ? Le seul boulot qui reste ici, c'est l’armée. Pour faire rentrer les dossiers en vue de l’intégration dans l’armée, c’est aussi un problème. On est partis à l’école, mais au final, on ne nous donne pas le boulot », se plaint-il.Le jeune Prince défend son travail informel, qui lui permet de faire face à ses besoins. « On fait de bonnes affaires, on ne fait pas de la pagaille. Ça va, mon petit chiffre d’affaires. Avec mon petit travail (de vente d’articles) je ne peux pas envier un fonctionnaire. Je me débrouille, c’est l’essentiel pour moi », indique-t-il.   « C'est un manque à gagner »L’opération « gardons nos villes propres », à durée indéterminée, fait grincer des dents, y compris chez les clients de l’informel : « Il faut dire que pour les vendeurs et les acheteurs, c'est tout un problème. C’est un manque à gagner. Nous, les acheteurs, nous ne savons où trouver les marchands », analyse un usager.  Les déguerpis, eux, cherchent à reprendre leurs activités. « Ma plainte est que, si c’est ce qu’ils veulent, qu’ils nous montrent où aller vendre. Il n’y a pas de places où on peut aller ; même pas dans le marché. La mairie n’a rien prévu. Ils sont en train de chasser les gens », se désole un marchand.  « Il s’agit de parler de réorganisation »Un témoignage battu en brèche par le ministre en charge de la Décentralisation, Juste Désiré Mondélé : « Il ne s’agit pas de parler de compensation comme telle. Il s’agit de parler de réorganisation, d’autant plus que les personnes ou les commerçants déguerpis retrouvent les marchés domaniaux. Selon les retours ou les témoignages que nous avons, nombreux ont déjà occupé les étals dans les marchés domaniaux avec une aisance dans la pratique de leur commerce. Les marchandises ne sont plus étalées à même le sol. Cela impacte aussi sur leurs chiffres d’affaires », a-t-il affirmé.  Au Congo-Brazzaville, il est établi que l’économie informelle emploie plus que la fonction publique et le privé, soit 73 000 emplois en 2023, selon le gouvernement.  
12/14/20232 minutes, 13 seconds
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Le grand marché de Bouaké dans sa sensible phase de commercialisation

En construction depuis 2019 et financé par un prêt souverain de 90M d’euros de l’Agence française de développement (AFD), le grand marché de Bouaké devrait ouvrir ses portes au dernier trimestre 2024, 26 ans après l’incendie qui a ravagé l’ancien marché et qui a fait la renommée de la ville. Situé à mi-chemin entre le Sahel et la zone côtière, le nouveau complexe deviendra le plus grand marché couvert d’Afrique de l’Ouest. La complexe phase de commercialisation a commencé le 5 avril 2022, et doit se poursuivre jusqu’à la fin de l’année. 76% des 7 827 emplacements ont déjà trouvé preneur, mais Bouaké compte 15 000 commerçants et tout le monde n’aura pas sa place. Malgré les travaux en cours, ce terrain de 12 hectares au centre de la ville paraît encore calme. Dans quelques mois, près de 8 000 commerçants et des dizaines de milliers de clients sillonneront les allées de ce marché impressionnant divisé en 5 blocs. Maatoug Ben Amer tient en main le plan des lieux, il est chef de mission contrôle de groupement des travaux. « Nous sommes maintenant sur le bloc 3 et on va se diriger vers le bloc 1. Là où les travaux sont plus avancés. On va voir les travaux de la charpente métallique qui sont achevés avec la toiture, la totalité, c'est achevé, mais aussi les allées avec le pavage, la toiture des boutiques, avec les travaux d'électricité. Et y a une évolution », dit-il.« Tout le monde n'aura pas de place au niveau du grand marché de Bouaké »À ce jour, les commerçants sont installés dans les rues adjacentes au site de construction, rendant la circulation difficile dans les rues de Bouaké. Ils seront délogés après l’ouverture du grand marché. Ainsi, tout le monde cherche à acquérir une place dans le grand marché, indique Jean-Michel Konan Attien, chargé du volet commercialisation à la municipalité. « Dans tous les cas, nous avons un environ 8 000 places au niveau du grand marché, il y a plus de 15 000 commerçants à Bouaké. Il va sans dire que tout le monde n'aura pas de place au niveau du grand marché de Bouaké. Je pense que c'est dans ce cadre que depuis un certain temps, la mairie est en train de réhabiliter ou de reconstruire certains marchés périphériques pour que certains commerçants qui n'auront pas la place au niveau du grand marché puissent aller dans un de ces marchés de proximité là pour pouvoir avoir aussi des places ».Avant loyer, il faut débourser entre 350 000 francs et 6 millions de francs de pas-de-porte pour pouvoir s’installer dans un magasin en fonction de sa taille et de son emplacement. Une somme que cette commerçante de vivriers secs ne peut actuellement pas débourser : « J'ai envie de m'installer, mais c'est par rapport à l'argent du marché. Comme le prix est un peu élevé, là, si on n'a pas l'argent où on va aller, nous-mêmes, on se demande ça même », explique-t-elle.Depuis un an et demi, le site alterne des périodes d’ouverture et de fermeture pour les inscriptions, désarçonnant les commerçants qui peinent à obtenir la bonne information. Touré Namméssé vend des légumes et des ingrédients pour les sauces. « Oui, on a déjà la patente, il reste maintenant la demande en ligne, on nous demande d'essayer plus tard, parce qu'il y a plusieurs demandes en ligne. (Ils disent que) on ne peut pas traiter tout ça en même temps. On dit de patienter, c'est saturé », indique-t-elle.Au moins 5 570 commerçants ont déjà sécurisé un emplacement, c’est le cas de Fadiga Mariam, commerçante de friandises. « J'ai eu un rendez-vous, j'ai respecté le rendez-vous, j'ai payé le premier versement », dit-elle.Le grand marché de Bouaké devrait ouvrir ses portes à la fin de l’été 2024 et deviendra une importante source de financement pour la mairie de Bouaké, maîresse d’ouvrage sur ce projet.
12/13/20232 minutes, 29 seconds
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Le Sénégal se dote d'une Agence d'études spatiales

Le Sénégal s'est doté cette année d'une Agence d’études spatiales, l’ASES.Celle-ci s'est installée dans ses fonctions en septembre et commence à constituer des équipes et à travailler sur de grands projets, notamment l'ouverture d'une usine de fabrication de satellites, et d'un grand observatoire spatial régional.  À lire aussiUn premier satellite motif d'espoir pour le spatial sénégalais
12/12/20232 minutes, 12 seconds
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Gabon: l'entreprise Eramet développe la production de la plus grande mine de manganèse au monde

C'est l'un des métaux clé de la transition énergétique : le manganèse, utilisé dans les batteries de voitures électriques notamment. Le Gabon en est le deuxième producteur mondial, derrière l'Afrique du Sud, et a doublé sa production depuis quatre ans. L'entreprise française Eramet, qui exploite là-bas la plus grande mine de manganèse du monde en collaboration avec l'État gabonais, a annoncé le 12 novembre qu'elle prévoit d'extraire 20% de métal en plus à horizon 2026. Vue du ciel, la mine de Moanda, la plus grande mine de manganèse au monde, ressemble à une étendue noire au milieu de la verdure. Le site est exploité par une filiale d'Eramet, la Comilog, dont l'État gabonais est aussi actionnaire. La production de cette mine a presque doublé en quatre ans et va encore augmenter de 20 % environ d'ici à 2026, pour atteindre huit millions et demi de tonnes par an.Pour cela, il a fallu agrandir la mine, mais surtout investir dans le Transgabonais, l'unique ligne de train du pays.« Nous gérons également le train qui permet de transporter le minerai de la mine, qui se situe près de la frontière du Congo, jusqu'à la mer. Il transporte aussi des voyageurs et du fret. Nous avons beaucoup investi et plus que doublé sa capacité sur les quatre dernières années. Mais nous devons continuer à investir significativement », explique Christel Bories, la patronne d'Eramet.L'entreprise n'a toutefois pas dévoilé le montant précis des travaux engagés ou à venir : « C'est une voie qui n'était pas faite pour transporter du minerai avant. Elle transporte aujourd'hui le nôtre et celui de nos concurrents. On a des investissements qui sont encore significatifs sur les prochaines années, on parle de plusieurs centaines de millions d'euros ».L'activité minière représente 30% des exportations du GabonSi le Gabon produit plus de manganèse, ce n'est pas seulement à cause de l'essor des voitures électriques, explique Aloys d'Harambure, directeur exécutif de l'Institut international du manganèse : « Cette hausse de la production au Gabon est en partie liée à l'augmentation de la demande mondiale de manganèse, notamment pour les batteries de voitures électriques. Mais c'est aussi parce que dans une période où l'énergie est chère partout dans le monde, il y a un avantage pour les utilisateurs de minerai de manganèse à avoir du minerai à haute teneur en manganèse. Car cela permet de réduire la consommation d'électricité. Or quand on produit des alliages de manganèse, l'électricité est le premier coût ».Du manganèse à haute teneur, très recherché pour fabriquer de l'acier plus résistant, c'est justement ce que l'on trouve au Gabon. L'activité minière représente aujourd'hui près de 30% des exportations gabonaises, derrière le pétrole.Après le coup d'État de ce mois d'août contre Ali Bongo, une ONG locale que nous avons contactée appelle à redéfinir la répartition des richesses minières pour qu'elles profitent davantage aux habitants. Son directeur espère des avancées sur ce point lors du dialogue national promis par le président de la transition, Brice Oligui Nguema, à partir d'avril prochain.À lire aussiIndustrie extractive: dix ans après, le Gabon fait son retour au sein de l’ITIE
12/11/20232 minutes, 25 seconds
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Kenya: le secteur du tourisme s'inquiète de l'augmentation des prix d'entrée dans les parcs nationaux

Le tourisme en Afrique de l’Est en plein essor. Les attentes, du moins, sont grandes. La Communauté d'Afrique de l'Est anticipe 14 millions de touristes d'ici 2025 contre 7,2 millions en 2019 avant le coup d’arrêt de la pandémie de Covid-19, et l'EAC encourage les pays à diversifier leur offre touristique. Rien qu’au Kenya, l’office du tourisme s’est fixé comme objectif de recevoir 5,5 millions de touristes étrangers à l’horizon 2028. Mais certaines mesures récentes inquiètent les professionnels du tourisme, comme l'augmentation des prix d'entrée dans les parcs nationaux. « Bonjour, merci, de rien »… devant le Giraffe Center où l'on peut observer et nourrir les girafes, un groupe de vacanciers révise une dernière fois quelques mots de swahili. À l’heure du bilan, les guides remercient leurs clients et les encouragent à promouvoir la destination Kenya. Geoffrey Okwara, l’un des accompagnateurs, salue le plan de stratégie visant à accroitre le nombre de touristes dans le pays. « C’est un bon plan, car le tourisme est un secteur très important pour le pays. Les idées sont bonnes. Si seulement ils baissaient les frais, que les parcs naturels ne soient pas trop chers, et des visas ou autres choses qui attirent les gens ». En attendant, l’entrée dans une réserve nationale phare du Kenya va augmenter. « Cela m’inquiète beaucoup, cela sera un coup dur pour nous, car les autres pays africains ont aussi des atouts touristiques », ajoute-t-il.Devant le véhicule de safari, Yves un Français établit aux États-Unis, assure que le prix ne le dissuaderait pas de recommencer. « C'était vraiment super, un voyage extraordinaire, on a vu tous les animaux et on a eu un guide extraordinaire. »Entre attractivité et préoccupations financièresMais, pour certaines bourses, l’augmentation du droit d’entrée au Masai Mara, pourrait faire réfléchir. Pour les non-résidents, de 80 dollars, le billet passera à 100 dollars en janvier et ce n’est qu’une première étape. Georges Mumba, de Perfect Safari, voit ces nouveaux tarifs d’un mauvais œil. C’est Serengeti, grand parc tanzanien jouxtant la réserve du Masa Mara, qui y gagne assure l'agent de voyage : « L’entrée dans le parc Serengeti est de 71 dollars. En juillet prochain, au Masai Mara ce sera 200 dollars ! Si un client veut venir avec sa famille de cinq ou six personnes pour dix jours… où vont-ils ? Ils vont au Serengeti ». Georges Mumba ne s’inquiète pas que de l’attractivité du Kenya. « Des clients ont réservé il y a deux ou trois ans. Je ne peux pas aller vers eux et leur dire que les tarifs ont augmenté. Donc, les entreprises absorbent les pertes. Maintenant, on est content si un client pour l'année prochaine annule ! Car, on veut une nouvelle réservation pour facturer en fonction des nouveaux tarifs. Alors qui conseille le gouvernement ? On a besoin de temps. Ces changements sont apportés sans préavis », dit-il.Une publication sur un réseau social, fin octobre, concernant des taxes sur certains biens à l'entrée dans le pays avait provoqué un tollé. Le ministre du Tourisme avait dénoncé devant les médias un « harcèlement » des visiteurs.
12/10/20232 minutes, 25 seconds
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L'énergie à tout prix [5/5]: Au Togo, les kits solaires comme premier accès à l'électricité

Dernier épisode de notre série sur l'accès à l'électricité en Afrique, avec des kits solaires individuels qui permettent d'apporter une électrification de base dans les zones les plus éloignées du réseau électrique. Ces systèmes solaires domestiques sont composés d'un panneau solaire qui permet d'alimenter une ou plusieurs ampoules et de charger un téléphone, et ils rencontrent un succès grandissant sur le continent. Au Togo, où le gouvernement a lancé dès 2018 un ambitieux programme d'électrification rurale, l'entreprise française MOON est l'un des quatre opérateurs privés chargés du déploiement de ces kits solaires. De notre envoyée spéciale,À 19h, le village de Degbevi Condji est déjà plongé dans une obscurité presque totale. Mais de la lumière – et de la musique – s'échappent de la maison de Yao Guinnou. Une ampoule alimentée par un kit solaire éclaire sa machine à coudre. Le tailleur a inscrit la date de son l'installation de ce système électrique sur une des poutres de sa maison : « Le 7 octobre 2021 ».« Je travaille de nuit. Quand il n'y avait pas de kit, nous utilisions la torche, mais lorsque les piles s'épuisent et que la puissance se réduit, vous êtes obligés de laisser le travail et d'aller vous coucher avant de reprendre le lendemain. »À quelques kilomètres de là, le village de Kpodzo Condji est sorti de l'obscurité il y a quelques mois seulement. La majorité des onze familles qui vivent dans cette communauté isolée ont adopté les kits solaires distribués par l'entreprise française MOON. Amevi Djodjinon est chef d'équipe dans la préfecture des lacs : « Notre kit MOON ne coûte pas cher. Avec un premier apport de 2000 francs CFA, tu as la lumière pendant un mois. Après 30 jours, la lumière va s'éteindre. Tu vas payer 1 585 francs par mois. Tu fais 1 585 francs fois 36 pour trouver le coût total et le kit t'appartient ».Une récupération systématique des kits solairesLe kit solaire permet un premier accès à l'électricité en alimentant trois ampoules et un port de recharge USB. Grâce à ce système, Bossou Maoussi, mère de quatre enfants, peut voir les scorpions ou les serpents qui se glissent parfois dans sa maison à la nuit tombée.« Mon mari est professeur dans une autre région et il est souvent absent. Grâce à cet éclairage, je peux maintenant voir si une personne mal intentionnée s'approche de chez moi et alerter le voisinage. Avant, on ne voyait rien du tout, tout était plongé dans l'obscurité. Alors, nous faisons tout ce qui est possible pour payer la location du kit chaque mois, on se débrouille. »Se pose la question de la durabilité de ces systèmes solaires domestiques et de la pollution qu'ils peuvent engendrer. Pour surmonter ce problème, MOON propose un service après-vente gratuit pendant trois ans, prolongé ensuite par une garantie payante.Prince Monsekea est responsable du déploiement des kits au Togo : « On arrive à intervenir en trois jours maximum. La récupération s'effectue pour les clients qui n'arrivent pas à payer, là, on est obligé d'arrêter le contrat. On s'arrange toujours pour récupérer nos kits ».Le Togo a prévu de fournir des kits solaires à 500 000 foyers. Environ un quart d'entre eux ont déjà été équipés par l'un des quatre prestataires privés partenaires de ce programme d'électrification rurale.À lire aussiL'énergie à tout prix [4/5] L’Afrique du Sud voudrait prolonger la durée de vie de ses centrales à charbon
12/7/20232 minutes, 21 seconds
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L'énergie à tout prix [4/5] L’Afrique du Sud voudrait prolonger la durée de vie de ses centrales à charbon

En pleine COP28, et alors que l’Afrique du Sud figure parmi les quinze plus gros émetteurs de gaz à effet de serre mondiaux, et constitue le premier du continent, ses centrales à charbon pourraient voir leur durée de vie être rallongée. C’est en tout cas la direction que souhaiterait prendre le parti au pouvoir, l’ANC, alors que le pays ne parvient pas à sortir de sa crise énergétique et doit continuer les délestages. Selon les plans de la compagnie publique Eskom, qui produit plus de 80% de son électricité à partir du charbon, six centrales devraient atteindre leur fin de vie et être arrêtées d'ici à 2030. Mais si c’est déjà le cas pour l’une d’entre elles, Komati, l’ANC souhaite désormais que le reste continue à fonctionner.Cyril Ramaphosa a bien entendu le message, plus tôt dans l’année, lors d’un rassemblement du parti : « Alors que la fin des délestages est pour nous une priorité, le comité exécutif national soutient l’approche de revisiter notre programme de mise hors service, pour trouver un équilibre entre notre sécurité énergétique et nos engagements climatiques. Un certain nombre d’autres pays ont dû faire des choix similaires, lorsqu’ils ont eu à faire face à différentes crises de leur secteur énergétique. »À lire aussiL’énergie à tout prix [3/5] Le barrage de la Renaissance, l'immense défi électrique éthiopienL’exécutif entretient pour l’instant le flou autour du possible nouveau calendrier, et affirme être toujours engagé pour une transition, mais à son propre rythme. Car à moins d’un an des élections générales, l’objectif le plus urgent est de garder les lumières allumées. « Si nous repoussons ces arrêts de un à deux ans, nous ne pensons pas que ce soit vraiment un problème, car ça ne devrait pas fondamentalement changer notre trajectoire d’émissions. Mais si on parle d’une longue extension, dix ou quinze ans, là cela posera un problème, car nous ne pourrons pas respecter nos contributions déterminées au niveau national », explique le directeur de la Commission présidentielle sur le climat, Crispian Olver.Des organisations de la société civile s’inquiètent de l’impact sur la qualité de l’air que ces délais pourraient avoir. Leanne Govindsamy, du Centre pour les droits environnementaux (CER), met aussi en garde contre les risques financiers : « Une partie des sommes promises, qui vient des Fonds d’investissement pour le climat, à hauteur de 500 millions de dollars, est rattachée au démantèlement. Si on repousse ce démantèlement, ces ressources sont en danger. Or, c’est ce genre de fonds, très concessionnels, qui peuvent aider à lancer la décarbonisation de notre secteur électrique, pour éviter, à l'avenir, que nos biens exportés ne se retrouvent taxés par le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières. »La Banque mondiale rappelle pour sa part qu’« investir dans les nouvelles technologies, en particulier les énergies renouvelables, est la solution la moins chère et la plus rapide pour répondre aux besoins énergétiques de l’Afrique du Sud. »À lire aussiAfrique du Sud: 3500 emplois menacés par la fermeture de deux usines d'ArcelorMittal
12/6/20232 minutes, 24 seconds
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L’énergie à tout prix [3/5] Le barrage de la Renaissance, l'immense défi électrique éthiopien

Direction l’est de l’Éthiopie, dans la région du Benishangul, où le plus grand barrage d’Afrique est en cours de construction à la source du Nil Bleu. Il doit permettre au pays de doubler sa production d’électricité. Le barrage de la Renaissance est un projet à 5 milliards de dollars financé par l’argent public, à la taille du défi énergétique immense pour le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique où plus de la moitié de la population n'a pas accès à l'électricité. Le pays souhaite faciliter le financement des infrastructures énergétiques au secteur privé pour exploiter ses nombreuses ressources par l’éolien, la géothermie et le solaire. « Nous sommes à présent sur la centrale électrique du quai droit du grand barrage de la Renaissance. Ce que vous voyez ici, c'est le tunnel qui va permettre à l’eau de passer du réservoir jusque dans la turbine en bas. Ce tunnel fait 8,9 mètres de diamètre et il peut faire passer 300 mètres cubes d’eau par seconde. Avec cette quantité d’eau, nous pouvons générer 400 mégawatts pour chaque unité. » Ephrem Woldekidan, le chef de projet adjoint sur le site, nous montre les deux turbines qui fonctionnent et les onze autres en cours d’installation.À lire aussiL'énergie à tout prix [1/5] En Centrafrique, une deuxième centrale solaire, mais pour quelle efficacité?D'ici à 2027, elles devront produire 5 100 mégawatts. Un chantier colossal débuté il y a 10 ans, mené avec six prestataires différents et 6 000 employés. Un défi logistique et inédit. « C’est un mégaprojet impliquant différents prestataires. Donc, tous les jours, on s'assoit autour d’une table pour discuter, coordonner les activités des différentes entreprises, gérer les interfaces et les accès. C’est une bonne expérience en termes de coordination et de gestion des difficultés », explique-t-il.Des compétences précieuses dont le pays a besoin pour mener à bien sa production d’énergie, qui peinent à atteindre ses objectifs.Un plus grand rôle donné au secteur privé« Il y a quelques années, tout était financé par de l’argent public. Mais maintenant, le gouvernement veut donner un rôle plus important au secteur privé, donc c’est un changement politique. C’est nouveau que le secteur privé s’implique dans des projets d’infrastructure », précise Mehrteab Leul, avocat d’affaires et gérant de Mehrteab & Getu Advocates LLP.Jusqu’ici, l’ouverture au privé est un échec : projets trop ambitieux, manque de compétences dans la mise en œuvre et risques trop grands pour les investisseurs.Mais grâce à de nouvelles règles, les entreprises vont pouvoir négocier directement avec le gouvernement, sans passer par un appel d’offres concurrentiel, laborieux et chronophage. Surtout, le gouvernement a décidé de prendre en charge les risques liés à la devise éthiopienne : « C'était un des risques les plus importants et une des raisons pour lesquels les projets précédents ont échoué. Maintenant, le gouvernement éthiopien a dit qu’il voulait donner une garantie de conversion. Donc, si une entreprise française vient développer un projet énergétique en Éthiopie, il n’y a aucun risque de conversion. Quel que soit le montant généré sur le marché local, ce sera converti en euros et garanti par l’État. »Le pays fait tout pour améliorer le cadre législatif et créer un environnement financier positif. Il devra aussi améliorer l’environnement sécuritaire dans un pays en proie à de nombreux conflits.À écouter aussiL'énergie à tout prix [2/5] Les navires-centrales de Karpowership, des solutions d'urgence contestées
12/5/20232 minutes, 33 seconds
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L'énergie à tout prix [2/5] Les navires-centrales de Karpowership, des solutions d'urgence contestées

Sur le continent, les besoins en électricité restent énormes. Un Africain sur deux n'y a pas accès. Du fait de l'accroissement de la population, leur nombre est même en augmentation depuis plusieurs années. Face à cette demande, de plus en plus de pays font appel aux navires-centrales de compagnies privées. Des plateformes flottantes, alimentées au fuel ou au gaz, qui sont ensuite connectées aux réseaux électriques terrestres. Des solutions imaginées pour répondre à des situations d'urgence, mais qui sur le long terme imposent d'énormes contraintes financières aux États.  Des capitales sont plongées dans le noir. 24 heures sans électricité à Freetown le 8 octobre, même chose à Bissau une dizaine de jours plus tard. Des entreprises sont à l'arrêt, les hôpitaux sont contraints de trouver des générateurs pour les salles d'opération. Incompréhension de la population et énervement dans cette émission de radio sierra-léonaise. Car derrière ces coupures, il y a des dettes, 17 millions de dollars pour la Guinée-Bissau, 40 millions pour la Sierra Leone, contractées auprès de l'entreprise turque Karpowership. Grâce à ses navires-centrales, la société vend de l'énergie aux opérateurs électriques nationaux, 100% de l'électricité en Guinée-Bissau par exemple. « La Sierra Leone et la Guinée-Bissau ont des problèmes de trésorerie, elles n'ont pas été en mesure de payer les fournisseurs de carburant. Nous sommes une entreprise familiale, donc nous sommes beaucoup plus clémentssur nos relations avec nos clients. Nous offrons des conditions de crédit très arrangeantes, mais les fournisseurs de carburant, lorsqu'ils ne sont pas payés, ont le droit de ne pas livrer », se justifie au micro de RFI Zeynep Harezi, la directrice commerciale de Karpowership.Des solutions à court-termeKarpowership est efficace en tant que fournisseur d'urgence. Ces navires débarquent au large d'un pays et peuvent se brancher sur n'importe quel réseau électrique. C'est un gain de temps pour les pays face aux besoins d'électricité, mais ce sont des solutions court-termistes et piégeuses, selon l'économiste sénégalais Magaye Gaye. « Ce n'est pas une bonne solution, parce que le propre d'un pays, c'est de maîtriser sa politique énergétique. Or, il y a des inconvénients extrêmement nocifs. C'est l'opacité des contrats qui, comme vous le savez, ne favorise pas la bonne gouvernance du secteur », explique-t-il.Les navires de Karpowership fournissent de l'électricité à huit pays africains comme la Côte d'Ivoire, le Ghana ou la Gambie. Selon Magaye Gaye, ce genre de société profite du sous-investissement chronique des États dans les infrastructures énergétiques. « Je pense aussi qu'il faut restructurer les sociétés d'électricité existantes et améliorer leur gouvernance. Les États africains devraient encourager l'installation, à l'échelle du continent, de solides producteurs indépendants d'électricité capables de renforcer, à mon avis, l'offre continentale selon des modes modalités raisonnables. »Karpowership en pleine expansion avec un projet en Afrique du Sud, où la compagnie nationale Eskom est en grande difficulté. Argument avancé : les coûts des délestages pour l'économie sont plus importants que les coûts des centrales flottantes.À écouter aussiL'énergie à tout prix [1/5] En Centrafrique, une deuxième centrale solaire, mais pour quelle efficacité?
12/4/20232 minutes, 36 seconds
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Centrafrique: une deuxième centrale solaire, mais quelle efficacité ? [1/5]

Les besoins en électricité sont énormes, un africain sur deux n'y a pas accès. Un chiffre en augmentation depuis plusieurs années. En Centrafrique, le gouvernement mise sur l'électricité pour assoir le développement socio-économique durable du pays. Les autorités centrafricaines ont inauguré vendredi 17 novembre la deuxième centrale solaire à Danzi, un village situé au nord de Bangui. Un motif d'espoir pour les habitants et commerçants de la capitale en proie à d'incessantes coupures. De notre correspondant à Bangui,Les vendeuses d'eau glacée, on les retrouve dans toutes les artères et dans tous les marchés de Bangui. Cuvettes sur la tête ou sachets d'eau glacée entre les mains, elles se faufilent entre les véhicules et passants pour écouler leurs marchandises.Mais ces dernières semaines, Abigaëlle ne parvient pas à satisfaire la demande à cause des délestages récurrents dans son secteur. « Ce problème me dépasse. Je vends de l'eau glacée, du jus local et des yaourts. Mais ces dernières semaines, rien ne marche. Plusieurs fois, j’ai dû jeter mes produits à cause des délestages et cela m’a causé des pertes financières importantes. Je me débrouille avec cette activité qui me permet de vivre. Mais avec ces multiples coupures, je ne parviens pas à m’en sortir », déplore-t-elle.Ces coupures ont des répercussions sur toutes les activités socio-économiques de la capitale, et même les entreprises ne sont pas épargnées. Pour palier ce problème, les autorités comptent sur cette nouvelle centrale solaire. D'une superficie de 70 hectares, cette installation a une capacité de 25 mégawatts et comporte près de 47 000 panneaux solaires.Des coupures d'électricité, malgré la centrale« L'inauguration de la centrale solaire photovoltaïque de Danzi témoigne à nouveau notre engagement à diversifier les sources de production d'électricité. Il se résume en trois principales priorités : une société plus inclusive, une économie plus ouverte à la concurrence et de meilleures capacités pour les populations », explique le président de la République centrafricaine, Faustin-Archange Touadéra.Malgré la mise en service de la première centrale solaire de Sakaï le 27 mars dernier, le régime de délestage n'a pas changé. Dans les neuf arrondissements de Bangui, les Centrafricains rencontrés font face aux mêmes problèmes.« Au quartier PK5, avant la mise en service de la première centrale solaire, nous bénéficions d'environ neuf heures d'électricité par jour. Mais jusque-là, rien n'a vraiment changé. Tous les jours, la distribution de l’électricité est perturbée par des coupures générales. Certaines entreprises et lieux de commerces font recours à des groupes électrogènes pour tourner leurs activités », témoigne Ousmane Nour, un habitant de PK5.Selon une source à la Direction Générale de l'énergie centrafricaine (ENERCA), les coupures sont parfois provoquées par des pannes techniques. Avec l'inauguration de la deuxième centrale solaire de Danzi, la production de l'électricité centrafricaine passe de 72 à 96 mégawatts alors que le besoin général du pays est estimé à 250 mégawatts.À écouter aussiCentrafrique: le PK5, à nouveau symbole du vivre ensemble [3/3]
12/3/20232 minutes, 31 seconds
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En Tunisie, les récoltes de dattes s'annoncent bonnes malgré la sécheresse

La saison des dattes s’annonce bonne avec une récolte estimée à 390 000 tonnes au lieu des 340 000 de l’année dernière en Tunisie, selon le ministère de l'Agriculture. Mais à Tozeur, dans les palmeraies et oasis vieilles de 4 000 ans du sud du pays, les agriculteurs parlent aussi des problèmes liés à la sécheresse, car les dattes restent des fruits à forte consommation en eau. De notre correspondante à Tunis,Perché à près de 10 mètres de hauteur, Chokri 24 ans, coupe les branches des dattiers avec dextérité. En chaussettes et sans gants, il grimpe le long des troncs des palmiers avec agilité pour récolter les dattes : « Dès qu’on est petit, on apprend à grimper dans les palmeraies donc c’est très facile pour moi, c’est mon travail, mais aussi une passion. Pendant l’automne, tous les jeunes de la région ne font que ça. » « On s’occupe de la palmeraie le reste de l’année, son entretien surtout et son irrigation. Pour moi, c'est un métier vraiment important, car ça fait partie de notre identité à Tozeur et c’est aussi ce qui fait marcher l’économie de la ville », poursuit Chokri.Une économie basée sur 10 000 hectares d’oasis et 400 000 palmiers dattiers avec la culture des dattes Deglett Ennour qui représentent 70% de la production totale.Le manque d’eau impacte la qualité des dattesDans une autre palmeraie, Hedi Abassi récolte avec d’autres ouvriers la fameuse variété destinée à l’export, cette année le manque de pluie a affecté la production. « La saison est mitigée parce que même s’il y a des dattes, on voit qu’elles sont un peu sèches et ça, c'est à cause du manque d’eau. Cela se voit dans la couleur du fruit. Normalement, lorsqu’il pleut, la pluie lave la poussière qu’il y a sur la datte et les fait briller. Leur prix est plus élevé, car elles sont belles, brillantes et plus tendres, là ce n’est pas le cas. »Les prix à l’export sont fixés par l’État autour de 5 à 6 dinars soit environ 2 euros le kilo. Un prix attractif, mais la concurrence est rude sur le marché international comme l’explique Lamine Touati. Ce gestionnaire supervise le tri des dattes et les départs des camions vers les sociétés exportatrices : « Les prix fluctuent beaucoup en fonction de la concurrence sur le marché international. Nous sommes toujours obligés de nous aligner sur le marché étranger, donc nous surveillons de près cet aspect. Cette année, vu que les dattes manquent d’eau, elles sont plus sèches donc leur poids se réduit lors de la pesée en vrac, précise Lamine Touati. Économiquement, cela a un impact et nous avons plus de pertes. »Le manque d’eau a été un peu atténué par des pluies fin novembre, mais les agriculteurs redoutent une baisse de la production dans les années à venir avec les périodes de sécheresse prolongée et le tarissement des sources souterraines.À lire aussiLa datte Medjool se démocratiseÀ lire aussiDattes Medjool: trésor palestinien sous occupation
11/30/20232 minutes, 22 seconds
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COP28: l'Afrique au défi de la transition énergétique

Aujourd’hui s’ouvre la COP28 à Dubaï. Une COP dont l’un des enjeux sera d’inscrire ou non la sortie des énergies fossiles. En Afrique, la situation varie selon les pays : qu'ils soient producteurs, avec des projets en cours ou bien d’autres qui ne produisent pas. Des intérêts divergents donc… Cependant, il semble que beaucoup se retrouvent sur une ligne commune : une transition énergétique accompagnée. Tous mettent en avant la faible part de l’Afrique dans les émissions mondiales de gaz à effet de serre et les besoins énergétiques énormes du continent. Emmanuel Seck est le directeur de l’ONG Enda Energie au Sénégal, aussi négociateur à la COP.« On est dans ce processus là où qu’on se dit qu'il faut arrêter le fossile, pour nous je pense que ce serait quand même inéquitable. Raison pour laquelle nous parlons de transition. Pour les finances qui découleraient par exemple de l’exploitation du gaz, il faut que cela nous donne des options meilleures pour aller vers la promotion des énergies renouvelables. »Les États ne sont pas contre la transition, assure Tosi Mpanu Mpanu, le médiateur congolais. Mais c'est une voie qui a un coût : « Nous avons la possibilité d'utiliser certaines industries extractives comme leviers de croissance et simplement faire fi de cette opportunité-là pour essayer de sauver la planète, ce n'est pas suffisamment attractif. Donc il faut vraiment qu'on nous donne une espèce de compensation par rapport au coût d'opportunité pour que ça nous serve d'incitation suffisante pour pouvoir aller dans un sens à décarboner nos économies ».Des attentes de la part des États africainsÉchaudés par la promesse non tenue des 100 milliards de dollars de financements climats par les pays riches, les États africains attendent des compensations : un système de finance climat fonctionnel en échange de la non-exploitation de leurs ressources. Les ONG internationales soutiennent leur demande, assure Marine Pouget du Réseau Action Climat.« Nous, notre message, c'est de leur dire que leur requête est complètement légitime. On rappelle qu'ils ont quand même un potentiel énorme sur les énergies renouvelables, que c'est hyper sous-financé par les pays développés pour l'instant et donc il faut aussi qu'ils aillent vraiment se battre de ce côté : "Nous, on a énormément de ressources renouvelables donc pourquoi n'allez-vous pas investir sur ça plutôt que de continuer d'investir maigrement de manière générale dans notre transition énergétique". »Les ONG internationales rappellent également que dans beaucoup de pays, l'exploitation des énergies fossiles n'a que très peu bénéficié aux populations. Emmanuel Seck confirme la vigilance sur ce sujet.« On voudrait, pour ce qui concerne le Sénégal, apprendre et regarder les pays qui ont su utiliser à bon escient ces ressources-là, comment avoir une gouvernance plus inclusive de ces ressources-là avec les communautés, les différentes parties prenantes pour que les retombées aient des impacts bénéfiques pour les populations. »Les discussions à Dubaï s’annoncent donc âpres dans ce grand pays producteur, où cette année encore les lobbys du pétrole devraient être très nombreux.À lire aussiCOP28: où en est le fonds «pertes et dommages» pour les pays les plus vulnérables ?
11/29/20232 minutes, 20 seconds
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La Mauritanie se rêve en hub énergétique régional

Le grand forum MSGBC sur les énergies entre les pays du bassin ouest-africain aura duré deux jours dans la capitale mauritanienne, mardi 21 et mercredi 22 novembre 2023. L’occasion pour la Mauritanie, le Sénégal, la Guinée-Bissau ou encore la Guinée de réfléchir ensemble aux moyens et stratégies communes pour développer les énergies dans la sous-région : les hydrocarbures comme les énergies renouvelables. La Mauritanie en a profité pour mettre en avant ses atouts. Objectif pour la Mauritanie durant ce forum : se positionner comme véritable hub énergétique dans la région pour attirer les investisseurs. Pour cela, elle met en avant ses ressources - qu'elles soient fossiles ou renouvelables -, sa position géographique, stratégique, sa stabilité, mais aussi ses grands projets en cours.  Parmi eux, le GTA, le plus grand projet d’extraction de gaz de la région, conduit conjointement avec le Sénégal, qui devrait se concrétiser en 2024, selon le gouvernement, ou encore son programme d’hydrogène vert.Des ressources naturelles foisonnantes Des initiatives réfléchies dans un souci de transition juste, selon Mamadou Khane, conseiller du ministre du Pétrole, des Mines et de l’Énergie : « La Mauritanie a un potentiel énorme, on a beaucoup de gaz. Le gaz est une source d’énergie de transition. On décarbone et au fur et à mesure, elle va permettre une pénétration de plus en plus grande des énergies renouvelables. Le potentiel en énergie renouvelable, en particulier en solaire et éolien, est l’un des meilleurs du monde. Nous avons beaucoup d’eau et nous avons énormément de mines. Mais comme d’habitude, il manque l'argent. Beaucoup d’efforts ont été faits ces dernières années pour mettre en place un cadre rassurant pour les investisseurs. » À écouter aussiL'économie mauritanienne se prépare à l'arrivée du gazL’occasion aussi, selon Abdel Boudadya, directeur général d’une entreprise mauritanienne, partie prenante au projet d’extraction de gaz (GTA), de montrer aux investisseurs qu’ils peuvent faire confiance aux opérateurs locaux : « Notre objectif est de montrer aux autres investisseurs que nous avons réussi des projets dans le domaine de GTA, ils ont vu que c’était du concret. Aussi, qu’il y ait des partenaires locaux qui sont capables de les réaliser. Le grand frein, c'est surtout le niveau de qualification qui reste encore un défi, mais nous avons surmonté ce défi à travers la formation, même s'il faut encore beaucoup plus d’efforts de la part des parties prenantes pour investir davantage dans la formation. » Créer un cadre juridique pour les investisseurs Selon l’indice de perception de la corruption de Transparency international, la Mauritanie se classe au 130ᵉ rang sur 180 pays… Si des freins à l’investissement demeurent toujours, les autorités font des efforts, notamment en renforçant le cadre juridique et réglementaire. C’est ce qu’assure Amadou Gaye, directeur général d’une compagnie logistique pétrogazière sénégalaise qui vient de s’installer dans le pays : « Nous avons aussi un certain nombre d’exonérations, l’engagement des autorités qui ont annoncé la réforme du code pétrolier du pays, la loi sur le contenu local qui visera à mieux organiser le secteur, ce sont des politiques publiques qui permettent aux acteurs de pouvoir évoluer dans un cadre juridique encadré. C’est un pays qui a besoin d’investissement dans le secteur de la logistique. »Objectif d’ici 2030 pour la Mauritanie : concrétiser ses projets en cours, décarboner peu à peu ses énergies et améliorer le taux d’électrification du pays.À lire aussiCoton malien: le nouveau corridor mauritanien
11/28/20232 minutes, 17 seconds
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Pourquoi les startups en Afrique sont à la peine

La 7ᵉ édition d'Emerging Valley, le sommet des startups émergentes, s'ouvre ce mardi 28 novembre à Aix-en-Provence, dans le sud de la France. Mais partout dans le monde, les startups – notamment dans la FinTech – font face à des difficultés et les startups africaines ne font pas exception. Des vagues de licenciements et même des faillites sont fréquemment annoncées. Certains y voient trop de risques pris par les investisseurs, d’autres le manque de sérieux de certaines startups. Charlotte Cosset a tenté de comprendre pourquoi celles-ci sont à la peine.
11/27/20232 minutes, 21 seconds
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Womin, porter la voix des femmes dans les zones d'extractions minières

Une organisation panafricaniste appelée Womin dénonce les impacts des activités minières sur les femmes des communautés. En Ouganda, au Mozambique, au Burkina Faso... des mouvements se structurent contre la perte des terres pour faire entendre la voix des femmes.
11/26/20232 minutes, 22 seconds
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Un premier satellite motif d'espoir pour le spatial sénégalais

Le Sénégal va réceptionner son premier satellite début décembre – entièrement conçu et construit par une équipe d’ingénieurs et de techniciens sénégalais, formés au centre spatial universitaire de Montpellier. Un projet de 1,5 million d’euros porté par le ministère sénégalais de l’Enseignement supérieur qui espère ainsi booster un nouveau secteur d’activité vecteur d’emplois. De notre correspondante à Dakar,C’est au Sénégal, dans une grande salle équipée en écrans et ordinateurs que se fera le suivi et le contrôle du premier satellite sénégalais. La petite boîte noire envoyée dans l’espace aura pour principale mission de récupérer les données des agences étatiques de météorologie et de mesure des niveaux d’eau qui ont des stations aux quatre coins du pays.« Il fallait aller sur place et récupérer les données », indique l’ingénieur Ismaila Sall, chef du projet spatial. « Quitter Dakar pour aller jusqu'à Ziguinchor  pour récupérer des données, c'est assez compliqué. Avec le satellite, on peut directement depuis le ciel communiquer avec cette station-là, récupérer les données et les transmettre ici même à Dakar. »Ce nanosatellite de 10 centimètres d’arrêtes passera quatre fois par jour au-dessus du Sénégal pendant cinq ans. Moustapha Diop, ingénieur sénégalais de 26 ans est chargé de gérer la communication entre le satellite et la station au sol.« Je suis en charge de faire une thèse sur en télécommunication spatiale. J'aimerais bien la faire en France dans les plus grands laboratoires, mais aussi revenir au Sénégal après pour être enseignant, mais aussi participer au développement de mon pays notamment pour cette technologie de pointe », espère-t-il.À lire aussiLa conquête de l’espace se poursuit aussi en AfriqueUn partenariat avec le centre spatial universitaire de MontpellierAu total, huit ingénieurs et cinq techniciens ont été formés au Centre spatial universitaire de Montpellier depuis 2020. C'est le fruit d’un partenariat avec le ministère sénégalais de l’Enseignement supérieur et de la Recherche coordonné par Gayane Faye.« Si on a pris l'option de former les gens, c'est vraiment pour créer un secteur », souligne Gayane Faye. « Cela permettra aussi des startups qui vont se lancer dans ce domaine. On va aussi pouvoir collaborer avec les universités, comme ça on va permettre des transferts de connaissances, de technologies et pourquoi pas demain former une autre jeunesse ici au Sénégal, que ces jeunes-là pourront former. »À lire aussiÀ Abidjan, l’Afrique réaffirme ses ambitions spatiales pour des retombées très concrètesGrâce à un partenariat similaire avec le Centre spatial de Montpellier, Djibouti a lancé son premier satellite mi-novembre. D’autres pays africains pourraient suivre. Sébastien Hesse, ingénieur spatial français, explique pourquoi la technologie des satellites miniatures intéresse de plus en plus :« Il va y avoir des laboratoires, des universités, ça peut être aussi de l'industrie... Tout le monde commence à adopter de plus en plus ces technologies-là. C'est d'avoir un satellite à moindre coût, moins cher qu'un satellite à 100 ou 200 kilos, qui peut éventuellement faire le même type de mission. »Le premier satellite sénégalais devrait être mis en orbite au premier trimestre 2024.
11/23/20232 minutes, 21 seconds
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Royal Airways, une nouvelle compagnie aérienne qui assure les vols internes au Tchad

Au Tchad, la question du transport interurbain demeure une préoccupation majeure. Pour tenter de pallier ce problème, un groupe des jeunes opérateurs économiques tchadiens, avec l'appui de quelques institutions financières telles que la Banque commerciale du Chari, a décidé de lancer une compagnie aérienne privée de transport de passagers pour desservir différentes villes du Tchad comme Amdjaras, Sarh, Abéché et autres. Son premier vol a eu lieu au début de ce mois de novembre à Ndjamena.  De notre correspondant à Ndjamena,Voyager coûte de plus en plus cher. En transport public avec le bus, l’aller-retour Ndjamena-Abéché a par exemple presque doublé depuis la crise du Covid, passant de 40 000 à 70 000 FCFA. Pour éviter ces augmentations et les longs trajets sur de mauvaises routes, certains passagers préfèrent voyager par la voie aérienne. Christophe revient d’Abéché à bord de la nouvelle compagnie Royal Airways. Il indique avoir payé 78 000 FCFA. Pour à peine plus qu’un trajet par la route, il s’est épargné une journée entière sur les routes cabossées : « En quelques minutes, je suis allé gérer mes activités et puis je suis rentré, c’est vraiment avantageux. Quand je prenais la route, j’ai toujours eu des problèmes, de plus ça coute cher. »Le directeur de cette nouvelle compagnie aérienne n’est autre que l’ancien patron de l’aviation civile au Tchad. Brahim Dadi s’est lancé dans l’aventure avec cinq appareils : « Notre pays est très vaste. Il y a des régions inaccessibles pendant une saison et d’autres difficilement accessibles par la route. Nous avons un seul credo, c’est satisfaire nos clients : partir à l’heure et partir même si ce n’est qu’avec deux passagers. À lire aussiTchad : la reprise d'activité des aéroports perturbée par un appel à la grèveUne compagnie aérienne à fonds privésPar le passé, d’autres compagnies aériennes ont proposé des vols internes. Air Tchad, Toumaï, Tchadia Airlines. Des expériences qui n’ont pas fait long feu à cause de la mauvaise gestion et des ingérences politiques. Mais Brahim Dadi n’entend pas répéter les mêmes erreurs. « D’abord, nous sommes partis sur la base des échecs tirés des compagnies aériennes disparues. Le premier facteur qui a fait que ces compagnies aériennes ont coulé, c’est à cause de la contribution de l’État. Nous, nous avons voulu créer une compagnie à capitaux totalement privés pour se départir de l’influence politique qui fait que les compagnies ne puissent plus résister », explique-t-il.Le conseiller à la présidence Ali Abderaman Haggar estime que toutes les conditions administratives et techniques sont réunies pour permettre à cette nouvelle compagnie - soutenue par les autorités de la transition - de satisfaire les voyageurs. Même si cet observateur averti soulève des défis persistants dans le domaine du transport aérien tels que les approvisionnements en carburants et surtout la ponctualité et la garantie d’assurer le transport sur une longue période.À lire aussiTchad : un accident entre deux bus fait plusieurs dizaines de morts
11/22/20232 minutes, 16 seconds
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Burkina Faso: reprise limitée du train de voyageurs entre Ouagadougou et Bobo Dioulasso

Cela fait quatre ans, que le train de voyageurs ne fait plus le trajet entre Ouagadougou et Abidjan. Ceci depuis la fermeture de la frontière entre les deux pays, suite à la pandémie de Covid-19. En fin de semaine dernière, un premier train de voyageurs est parti pour Bobo Dioulasso. Une reprise limitée aux frontières burkinabè, mais porteuse d’espoir. Après plusieurs rendez-vous manqués, le train voyageur a finalement repris du service la semaine dernière. Oussina Soulama est un conducteur à la retraite. Il a été rappelé pour le redémarrage des activités. Un soulagement pour celui qui a consacré toute sa carrière aux chemins de fer : « On espérait que ça reprenne. C’est une bonne chose pour tout le monde aussi bien pour les Ivoiriens que pour les Burkinabè. C’est toute ma vie les chemins de fer, ça représente beaucoup pour moi. »Dans le petit marché situé à proximité de la gare, c’est également le soulagement. Asseta Gansoré aide sa mère à y gérer un petit commerce de fruits et de légumes. Les voyageurs et leurs accompagnateurs étaient leurs premiers clients. Elle se réjouit déjà de cette reprise, même timide, de ces trajets : « Ça va nous faire du bien parce que depuis que le train s’est arrêté, il n’y a plus de clients. Personne ne vient ici, on ne vend plus rien. Il n’y a rien, on ne gagne plus rien ici. Les marchandises arrivent, mais c’est cher. Il n’y a pas de clients non plus. On vient parce qu’on ne veut pas rester à la maison, explique la jeune femme. Avant, il y avait beaucoup de monde, il y avait aussi des étrangers qui venaient et ça rapportait bien. »Le voyage s'arrête à Bobo DioulassoPour cette reprise, le service voyageur de Sitarail se compose de deux voitures, d’une capacité totale de près de 200 passagers. Pour l’heure, le train ne passera pas la frontière ivoirienne, le voyage s’arrêtera à Bobo Dioulasso, explique Roland Somda, le ministre burkinabè des Transports : « Il nous est revenu que la partie ivoirienne dit ne pas être prête pour la reprise de train de voyageurs dans les conditions actuelles. Le motif, précise le ministre, ce serait l’infrastructure ferroviaire qui ne serait pas dans un état acceptable pour permettre l’activité voyageur. Le train marchandise qui est je ne sais pas combien de fois plus lourd que le train voyageur siffle sur la même infrastructure. C’est d’ailleurs ce que nous ne comprenons pas. Nous prendrons attache avec la partie ivoirienne pour comprendre les véritables motifs et quel travail il faut faire pour lever ce goulot d’étranglement. »Un déplacement en train fortement plébiscité par les populations. Comparé au bus, le trajet est légèrement plus cher, mais plus pratique pour le commerce et réputé plus sécurisé que par la route. Sur ce sujet, les autorités assurent que les mesures idoines ont été prises.À lire aussiBurkina Faso: reprise du trafic ferroviaire passagers entre Ouagadougou et Bobo Dioulasso
11/21/20232 minutes, 11 seconds
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Madagascar: la résilience des petits producteurs laitiers d’Antsirabe

Près de 200 producteurs laitiers de la région Vakinankaratra à Madagascar misent sur la coopérative locale Rova. L’organisation basée à Antsirabe sert d’intermédiaire entre les éleveurs de la région et les consommateurs, aux revendeurs jusqu’aux fabricants de yaourt. Un modèle porteur dans cette région des Hautes terres, première productrice de lait, où de nombreuses exploitations ont dû se relever des chocs économiques réguliers qui frappent la filière. Reportage dans l’une d’entre elle à Antsirabe. De notre correspondante à Antananarivo,Plus l’on s’enfonce dans le quartier d’Antsongo, en périphérie d’Antsirabe, plus les bruits de la ville disparaissent. Charles y gère une ferme avec ses parents. Il nous ouvre les portes de l’exploitation familiale : « Nous sommes parmi les éleveurs modèles dans la région, nous possédons cinq vaches à lait là-bas, cinq génisses, un taureau, un taurillon et trois veaux... En général, on trait la vache où elle se sent le plus à l'aise, dans une étable calme, non perturbée, pendant environ dix minutes, c'est l'idéal. »Ces derniers mois, le prix des aliments de base pour les bêtes, la provende et le fourrage, a flambé. Conséquence, le litre de lait se vend 2 000 ariarys contre 1 800 en 2022. Malgré l’inflation, ces éleveurs s’estiment aujourd'hui relativement préservés des chocs réguliers qui touchent la filière lait. « La filière laitière rapporte beaucoup, affirme Rivoson le père de famille.  La crise du lait, en partie due à l'insécurité, ne nous a pas vraiment touché. À la campagne, le pâturage n'est pas sécurisé. Par contre, notre ferme est clôturée, ce qui empêche les voleurs d'y entrer ! »Un produit périssable qu'on ne peut pas stockerDerrière cette confiance, se cache aussi un modèle économique porteur. La coopérative Rova installée à Antsirabé sert d’intermédiaire entre les petites exploitations laitières de la région Vakinakaratra et les clients. Ces éleveurs en sont membres nous explique Charles : « Selon notre accord avec Rova, notre lait tiré le matin sert à faire fonctionner la laiterie de cette coopérative. Pour le lait du soir, nous le vendons directement aux fabricants de yaourt et aux consommateurs de notre quartier, nous touchons immédiatement l'argent de cette vente, qui couvre les dépenses quotidiennes. »Depuis la crise du lait en 2009, liée à l’effondrement de l’usine Tiko, la principale entreprise de collecte du lait, les éleveurs de la région ont dû faire preuve de résilience, rappelle Pascal, président de la coopérative Rova : « Dès lors qu’il y a une crise, les éleveurs sont les premières victimes des barrages économiques. Il y a eu les tensions en 2009, 2018, puis récemment en 2020 pendant le Covid. Le lait est un produit périssable, qu’on ne peut pas stocker comme les céréales. »Rova plaide pour un appui plus important de l’État à la filière lait, stratégique pour la Grande Ile et la région Vakinankaratra. À elle seule, elle représente 80% de la production nationale.
11/20/20232 minutes, 17 seconds
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Côte d'Ivoire: l’ouverture de l’autoroute Yamoussoukro-Bouaké facilite le transport

Chauffeurs de camion ou d’autocar, passagers et acteurs économiques se réjouissent de l’ouverture du dernier tronçon de l’autoroute permettant de relier Abidjan à Bouaké par la voie rapide. En revanche, les commerçants qui avaient l’habitude de voir les passagers s’arrêter régulièrement au bord de l’ancienne voie constatent une baisse drastique de leurs recettes. De notre correspondant à Abidjan, L'autocar empruntant la ligne Abidjan-Bouaké marque une courte pause à Tiébissou. Abou, sac à dos sur une épaule, descend de l’autocar pour se dégourdir les jambes. Il emprunte régulièrement les transports pour faire ce trajet. « Le trajet est plus rapide, plus simple et plus fluide. Donc, je trouve ça impeccable par rapport aux années antérieures, donc c'est très bien. »Le 23 août, le dernier tronçon de l’autoroute Abidjan-Bouaké a été inauguré à Tiébissou. Il vient doubler l’ancienne voie, étroite et détériorée. Moins de fatigue, moins d’accident, et des véhicules qui supportent mieux le trajet. C’est aussi le constat du chauffeur de bus Amara Doumia. « Avant, il y avait beaucoup d'arrêts, comme c'était sur la petite piste. Souvent, il y a des accrochages, des voitures qui sont en panne. »Chauffeur routier, Ali Ouedraogo opère sur le trajet Ouagadougou-Abidjan. La Côte d’Ivoire est le premier partenaire commercial du Burkina Faso. C’est par cet axe stratégique que transite la majorité des marchandises. « Sur l'ancienne route, on pourrait mettre toute une journée à cause de l'état de la route, explique le chauffeur. Maintenant, nous, chauffeurs, c'est nous qui sommes à l'aise. »Des commerçants lésésÀ partir de l’année prochaine, l’impact économique de l’ouverture de ce dernier tronçon pourra être estimé. Mais tout le monde ne tire pas avantage de la nouvelle autoroute. Les commerçants qui avaient l'habitude de travailler au bord de l'ancienne voie se sentent lésés, comme Fanta Bakayoko, qui patiente devant son étal de patates douces et de tomates. « Il y avait beaucoup de trafic. Les gens venaient chaque jour, il y avait l'affluence, mais maintenant, c'est plus ça. Aujourd'hui, on est endetté. Vu que c'est de la nourriture, quand c'est resté, tu ne peux pas vendre le lendemain. Tu es obligé d'être endetté. Aujourd'hui, il n'y a pas un commerçant ambulant qui est au bord de la rue et qui n'est pas endetté. Nous sommes tous endettés », déplore-t-elle.Fanta envisage de trouver un nouvel emplacement aux abords de la voie rapide et préfère philosopher. « C'est l'évolution, on veut aller de l'avant. Chacun paye les pots cassés, ce sont les inconvénients du développement. »L’autoroute du nord fait partie du grand projet autoroutier structurant d’intégration sous-régionale : désenclavement du nord et création d'ici à 2035 du corridor Dakar-Lagos.À écouter aussiCôte d'Ivoire: la pression monte à Bouaké avant la CAN
11/19/20232 minutes, 9 seconds
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Afrique de l'Ouest: les poudres de lait importées, fléau pour les producteurs

Les poudres de lait, fléau des producteurs laitiers en Afrique de l'Ouest. Les importations de ces mélanges depuis l'Europe sont en augmentation ces dernières années. Conséquence d'une production locale insuffisante, ces poudres de lait moins chère et plus compétitive représentent un frein au développement des filières laitières ouest-africaines. La concurrence est rude et même faussée tant les différents acteurs ne jouent pas à armes égales. Les mélanges de lait écrémé et de matières grasses végétales dites MGV continuent d'affluer sur le marché ouest-africain. Peu taxés, venant d'Irlande majoritairement, des Pays-Bas, ou de France, ils représentent plus de la moitié des importations de produits laitiers. Stéven Le Faou est consultant au bureau d'étude Jokoo — spécialiste de l'interdépendance commerciale entre l'Afrique et l'Europe : « En Europe, la première contrainte est que l'on consomme tout basiquement plus de matière grasse que de matière protéique du lait, on a des excédents. Notre crainte aujourd'hui, c'est que ces poudres MGV soient le moyen de recycler ces excédents. Beaucoup de filières sont guidées par le coût, et ça aboutit à ce type de produit qui peuvent assembler les ingrédients les moins chers pour arriver à un équivalent du lait entier, qui est la moitié du prix du lait entier. »Une différence floue avec le lait localAu Burkina, le litre de lait reconstitué à partir de cette poudre coûte environ 300 francs CFA. Deux fois moins qu'un litre de lait local. D'autant plus pénalisant que l'étiquetage reste flou et défaillant, explique Ibrahim Diallo, président de l'Union nationale des minilaiteries et producteurs de lait local dans le pays : « Cette concurrence a tiré la production locale vers le bas. Nous partageons le même marché. Il y a même des industries au Burkina qui utilisent cette poudre de lait, qui sont assimilées à des industries qui font du lait local. Le consommateur ne fait pas la différence en le produit lait en poudre MGV et le lait local. »À écouter aussiLe marché du lait en pleine restructurationLes États s'engagent à travers l'Offensive Lait menée par la Cédéao depuis 2017. La Côte d'Ivoire souhaite qu'un quart des besoins en lait soit assuré par la production locale d'ici à 2030. Favoriser la production de lait localDes investissements majeurs sont également menés au Nigeria. Selon Benoit Rouyer, économiste français au Centre national interprofessionnel de l'économie laitière. Le monde entier a un intérêt à ce que le développement des filières laitières africaines réussisse : « On va avoir besoin de tout le monde pour nourrir le monde dans les années à venir. En fait, les projections de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) et de l'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économiques), c'est une croissance de la consommation de 1,8 % par an de lait. Ce lait-là, on ne va pas le produire, notamment en Europe, parce qu'on a des facteurs limitants avec les ressources humaines qui ne sont pas là, donc il est important que la production laitière se développe dans un certain nombre de zones traditionnellement importatrices comme l'Afrique de l'Ouest. »Le lait africain doit gagner en compétitivité. Cela peut passer par une baisse des couts de production, de collecte du lait local et par une hausse des taxes à l'importation des poudres de lait rengraissé. « Aux politiques de réguler », appellent les différents acteurs. À écouter aussiRwanda: la passion du lait
11/16/20232 minutes, 36 seconds
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En Ouganda, des initiatives pour valoriser les déchets de banane

En Ouganda, pays producteur de bananes, de petites entreprises recyclent les déchets qui s’accumulent après la récolte. Les fibres contenues dans la tige des bananiers peuvent donner naissance à de nombreux produits dérivés. Mais ces initiatives créatrices de valeur ajoutée restent isolées. Après la récolte, les tiges des feuilles de bananiers sont souvent délaissées dans le champ, jusqu’à ce qu’elles pourrissent et se décomposent. Pourtant, cette partie de la plante contient des fibres résistantes qui, une fois extraites, peuvent être utilisées dans la fabrication d'objets du quotidien.Juliet Kakwerre Tumusiime a flairé le potentiel de ces fibres de bananes, récoltées lorsque la plante est encore verte : elle les transforme en cheveux, utilisés pour les extensions de sa marque, Cheveux Organic. L'entrepreneuse détaille le processus : « On passe par un processus d'extraction, qui permet d'enlever toute l'eau contenue dans la tige, pour qu'il ne reste que la fibre. Puis, il y a des étapes pour la traiter et la transformer en cheveux. »À lire aussiL’objectif du Sénégal: l’autosuffisance dans la filière de la bananeUne qualité... qui a un coûtLa transformation artisanale des fibres de bananiers est notamment répandue en Inde. Une manière de préserver l'environnement, car les extensions classiques, en plastique, polluent énormément.Mais ce produit recyclé a un prix : « Ces cheveux respectent l'environnement, ils sont biodégradables, ils ne grattent pas, ils ne sentent pas mauvais, et on peut les coiffer comme n'importe quel autre type de cheveux. En termes de coût, pour l'instant, ils sont assez chers... C'est un produit de luxe... Mais notre coût de production est assez élevé, car nous ne sommes pas entièrement mécanisés. »Une première étape est de faire connaître les bénéfices de l'économie circulaire. Jane Nalunga, analyste pour Seatini Uganda, décrit un cercle vertueux : « Les fermiers qui produisent de la banane peuvent obtenir un revenu supplémentaire grâce à la vente des tiges – et les produits qui en sont issus font partie de l'économie. »À lire aussiProgreen Innovation: une start-up kényane transforme le plastique en carburantUne économie durable et complémentaireMais faute de capitaux, la production à la main reste modeste. À la tête de TextFad, Kimani Muturi rêve d'importer des machines pour fabriquer du tissu et de la laine de fibres de banane en plus grande quantité : « J'ai réalisé qu'il y avait une pénurie de matériaux pour la production de textile. Donc, nous nous sommes lancés dans une recherche sur les différents types de fibres qui pourraient nous servir de matière première... et la fibre de bananier correspondait parfaitement. Tant que les Ougandais produisent de la banane et que c'est l'un de leurs aliments de base, c'est le matériau le plus durable à utiliser et à commercialiser à travers différents produits. »La soie du bananier pourrait être une piste pour la production textile locale, au moment où l'Ouganda a décidé d'interdire à son tour les importations de vêtements de seconde main sur son territoire.À écouter aussiCôte d’Ivoire: l’expérience encore timide du recyclage des déchets plastiques
11/15/20232 minutes, 23 seconds
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Progreen Innovation: une start-up kényane transforme le plastique en carburant

Transformer des déchets plastiques en carburant. C’est le pari que s’est lancé une start-up kényane, Progreen Innovations. Elle utilise la technique de la pyrolyse. Les plastiques sont chauffés à une température très élevée, sans oxygène. Le combustible qui en sort est ensuite raffiné, chauffé une deuxième fois. Le résultat final peut être utilisé pour plusieurs types de moteurs. Reportage. Depuis deux ans, James Muritu expérimente. Ces recherches ont permis à cet ingénieur informatique de fonder Progreen Innovations. Tout se passe dans son jardin à une cinquantaine de kilomètres de Nairobi. Un four relié à plusieurs tuyaux y trône fièrement. Une forte odeur de plastique brûlé s’en dégage. James Muritu détaille le processus : « Nous sommes en train d’incinérer du plastique. Vous voyez le contrôleur de température ici ? C’est à 500 degrés Celsius. Le liquide passe par tous ces tuyaux, puis on le collecte ici. Là, c'est du pétrole brut qui sort. On le voit, ça ressemble à celui que l’on extrait des sols. C’est ce liquide qui va ensuite être raffiné pour faire du carburant. »Une méthode prometteuseProgreen Innovations peut produire jusqu’à 1 000 litres de combustible par semaine, grâce à la pyrolyse. Pas besoin d’électricité. La chaleur est obtenue à partir de biomasse, des déchets végétaux. Le processus permet d’obtenir deux sortes de carburant.  « Il y a l’essence alternative, pour des moteurs à faible combustion, comme les pompes à eau, les générateurs ou les tondeuses à gazons, explique James. Et le diesel alternatif, qui lui fonctionne pour les moteurs diesels plus puissants, comme les voitures. Je l’utilise pour la mienne d’ailleurs ! » Le plastique provient des déchets des villages alentours. Il est trié avant d’être brûlé. James Muritu s’en targue : son système évite que ces plastiques ne se retrouvent dans l’environnement. La méthode de la pyrolyse est toutefois source de controverses.À lire aussiCôte d’Ivoire: l’expérience encore timide du recyclage des déchets plastiques« Mieux que de balancer des plastiques dans l'océan » C’est ce qu’explique Damien Guironnet, professeur en chimie à l’université de l’Illinois aux États-Unis : « L’idée du recyclage, c'est de transformer un plastique en plastique. Le problème de la pyrolyse, c'est qu’on utilise du pétrole, on fait du plastique, ça coûte beaucoup d’énergie et ensuite, on transforme ce plastique encore en pétrole. On peut, c'est vrai, utiliser l’huile de pyrolyse pour faire à nouveau du plastique, mais au final, on aura perdu beaucoup d’énergie. Et tout ce qui est énergie veut dire rejeter du gaz carbonique dans l’atmosphère. Suivant quel plastique on utilise dans la pyrolyse, le vinyle va rejeter du chlorure d’hydrogène, et c’est super nocif pour l’environnement. Et donc toutes ces petites avancées, la pyrolyse avec de la biomasse, ce n’est pas la solution, mais ça reste mieux que de balancer les plastiques dans l’océan. »Seulement 9% des déchets plastiques sont recyclés. Les défenseurs de l’environnement s’accordent à le dire : la meilleure solution reste d’en limiter la production. À noter que les carburants de Progreen Innovation ne sont pas encore commercialisés. Ils doivent d’abord être certifiés par le Bureau des normes du Kenya.À lire aussi«Moins de plastique, plus de vie»: des écologistes manifestent avant une réunion internationale à Nairobi
11/14/20232 minutes, 17 seconds
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Congo-B: la compagnie pétrolière nationale lance un projet de reforestation

La Société nationale des pétroles du Congo (SNPC), a annoncé, à l’occasion du dernier sommet sur les trois grands bassins forestiers du monde, son projet de planter 50 000 hectares d’acacias sur dix ans. L’initiative fait partie du programme national d’afforestation et de reboisement mais certaines ONG sont sceptiques. De notre correspondant à Brazzaville,Dénommé « Eco Zamba » ou éco de la forêt, le projet de la SNPC va se dérouler dans la zone savanicole des Plateaux au centre du Congo. Un projet lancé à l’appel du président congolais pour la décennie d’afforestation. Le Directeur général de la SNPC, Maixent Raoul Ominga, en donne ici le principal objectif. « Nous sommes une société pétrolière. Aujourd’hui, sur les enjeux concernant la protection de l’environnement, je pense que nous sommes en première ligne en raison de l’impact de nos activités sur l’environnement. Il nous revenait, pour réparer tant soit peu l’impact de nos activités sur l’environnement, d'initier ce projet qui, en réalité, vient compenser les émissions de nos activités », explique-t-il.À lire aussiProtéger les forêts du Bassin du Congo, dernier espoir pour la planèteCe projet de reforestation doit permettre non seulement la séquestration du carbone mais aussi d'accélérer la régénération des sols. « Il faudrait augmenter la couverture forestière nationale pour optimiser les capacités de séquestration de carbone de nos forêts. Et ensuite, donner une solution naturele face aux changements climatiques », apprécie François Mankessi, coordonnateur national du programme national d’afforestation et de reboisement. Au plan socio-économique, François Mankessi voit d’autres avantages : « Pour le Congo, qu’est-ce qu’on gagne ? On gagne en termes d’emplois. Une société qui s’installe aura naturellement un volet social, un volet développement local et un volet emplois pour la population. Et, ça va résorber le chômage dans notre pays », estime-t-il.La SNPC sera la deuxième société pétrolière à développer un projet de séquestration du carbone dans les plateaux, après TotalEnergies. Mais cette course vers les zones savanicoles laisse perplexe Maixent Agnimba Emeka, le coordonnateur du Forum pour la gouvernance et les droits de l’homme (FGDH). Il pense que ces entreprises se lancent par profit du crédit carbone. « Les sociétés pétrolières n’ont pas vocation à faire du reboisement. Leur vocation est de produire et commercialiser du pétrole. Elles se lancent dans un secteur qui n’est pas le leur. C’est par simple opportunisme. Mais, sur le plan environnemental, nous sommes en train de perdre notre écosystème des savanes. Et, vous avez des animaux, des oiseaux et des insectes qui ne peuvent prospérer qu’en zones de savanes. On n’a pas suffisamment fait des études dessus », dénonce-t-il. Le projet Eco Zamba est prévu pour dix ans. Le coût de son financement n’a pas été révélé.
11/13/20232 minutes, 22 seconds
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Maraîchage en Côte d’Ivoire: la tentation du hors-sol

Ouvert depuis mai 2021, Hortivoire est un centre d’apprentissage de l’horticulture hors-sol situé à Tiébissou, financé par Agrifer et le gouvernement des Pays-Bas. Il suscite la curiosité de jeunes agriculteurs venus de tout le pays pour se former à cette technique maraîchère. Alors que les sols s’appauvrissent et que le pays importe 70% de ses légumes, le hors-sol promet de meilleurs rendements, l’économie des ressources en eau et une meilleure utilisation des intrants. Mais ce procédé, aussi appelé hydroponie, ne s’inscrit pas dans l’agriculture biologique et soulève également de nombreuses réticences. Le lundi, c'est jour de cueillette. Les 35 apprenants reviennent des serres les bras chargés de cagettes de tomates de variété jarrah. Franck Akoumia, formateur à Hortivoire, salue leur belle couleur rouge corail et leur forme ogivale. « Ce que vous voyez ici, tout va à Abidjan, dans les restaurants, chez les Libanais, chez les Chinois, même à Bassam... La culture est prisée pour sa qualité ».À lire aussiCôte d'Ivoire: quelle agriculture demain?Autre avantage, ces légumes de meilleures qualités sont protégés des maladies présentes dans le sol, comme les champignons ou autres bactéries, « parce qu'on élimine, tout ce qui est maladies liées au sol », ajoute-t-il. « La culture hors-sol nous donne beaucoup d'avantage au niveau de la rentabilité, de la production, de la qualité et puis au niveau de la gestion de l’eau. Les matériels sont basés sur la durabilité aussi donc on peut avoir ces matériels de production sur plusieurs cycles. L’inconvénient unique, c'est seulement le coût d’investissement, c’est ça qui est peut-être l’inconvénient », ajoute-t-il.Construction de l’abri, importation du film horticole et des bâches... Il faut compter environ 4 à 5 millions de francs pour installer une grande serre de 250 m2. À Hortivoire, elles sont au nombre de 6 sur une surface de 250 m2 chacune. Ouvertes sur les côtés, elles accueillent des plants de tomates mais aussi de concombres, de poivrons ou de piments. Ils grandissent dans de petits pots. À l’intérieur, il n'y a pas de terre mais principalement de la fibre de coco, produite localement ainsi que de l’eau fertilisée. « On a deux engrais qu’on appelle A et B qui est composée de tous les éléments nutritifs et on a un dosage bien précis pour faire la fertilisation de la pépinière jusqu’à la récolte », explique-t-il.À lire aussiFace au manque d’eau, les experts cherchent des alternatives pour l’agriculture« Adapter la production »La promesse de meilleur rendement, 6 à 10 fois plus important qu’en plein champ, attire les jeunes agriculteurs qui se forment à Koubi pendant trois mois. Ils sont nombreux à vouloir désormais s’équiper en serre. Jules You, le corps plié en deux, est en pleine séance de repiquage. Il est déjà producteur de manioc à Man et croit au hors-sol pour lutter contre l’insécurité alimentaire. « Parce que les pratiques plein-champs deviennent de plus en plus obsolètes à cause du fait que nous avons toujours les conflits fonciers... Donc comment durer ? Comment rester sur la scène agricole ? Il était important pour moi d’apprendre cette nouvelle technique agricole de sorte à toujours pouvoir adapter ma production », dit-il.L’hydroponie est toutefois loin de faire l’unanimité chez les agronomes. L’utilisation des pesticides et des fongicides reste la norme pour protéger les plantes, tandis que la culture hors-sol ne favorise pas l’épanouissement du microbiote des sols. Une solution à court terme donc, un pansement qui ne permettra pas aux sols, très appauvris, de se régénérer.
11/12/20232 minutes, 26 seconds
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Après Arsenal et le PSG, «Visit Rwanda» signe un partenariat avec le Bayern Munich

Au Rwanda, Kigali accueillait du 1er au 3 novembre le sommet mondial du voyage et du tourisme. Parmi les discussions des conférences, celle de la promotion du tourisme par le sport. Et c’est la stratégie adoptée depuis plusieurs années par le Rwanda qui enchaine les partenariats avec les grands clubs de football européens. Au lever du jour, les jeunes joueurs de la nouvelle académie à Kigali du Bayern Munich sont déjà sur leur terrain d’entraînement. Deux mois et demi après la signature d’un partenariat entre le club allemand et « Visit Rwanda », l’entraîneur Bernhard Hirmer affiche déjà ses ambitions : « Notre principal objectif est de construire une équipe forte pour la Coupe d’Afrique des Nations de 2027. Avec un peu de chance, on peut faire partie des quatre premiers et participer à la Coupe du Monde. C’est notre mission. »Après Arsenal et le PSG, le Bayern Munich est le troisième partenariat du Rwanda. Des contrats au montant confidentiel, avec différents accords pour chaque club : visibilité sur les maillots, les panneaux publicitaires ou les contenus des joueurs sur les réseaux sociaux. Objectif : attirer de nouveaux visiteurs, expliquait au Sommet mondial du voyage et du tourisme Juliet Slot, directrice commerciale d’Arsenal : « Avant que nous commencions, très peu de supporters d'Arsenal connaissaient vraiment les possibilités de venir en vacances au Rwanda. Mais maintenant, 75% d'entre eux disent qu'ils savent que le Rwanda est un pays qui offre des opportunités formidables pour des voyages. »À lire aussiLe Rwanda accueille le Sommet mondial du voyage et du tourisme, une première en AfriqueEn 2022, le Rwanda a accueilli plus d’un million de visiteurs et selon les autorités, le tourisme a généré près de 445 millions de dollars de revenus. Si le retour sur investissement des partenariats sportifs est difficile à quantifier et leur pertinence mise en doute par certains opposants, la stratégie est défendue par Michaella Rugwizangoga, chargée du tourisme au Rwanda Development Board. « Travailler avec des clubs de sport, c’est le positionnement qu’on a choisi en tant que pays. La proportion d’investissement qui entre dans ces partenariats est minime par rapport aux revenus que le pays récolte à travers le tourisme. Aujourd’hui, le tourisme, c’est 10% de notre PIB. Mais sans le marketing, on n’a pas de tourisme et sans le tourisme, on n’a pas les revenus qui sont réinvestis. »Depuis plusieurs années, le Rwanda investit également dans les infrastructures pour attirer les événements sportifs du continent, comme pour le chantier d’agrandissement à 45 000 places du stade Amahoro, estimé à 165 millions de dollars.
11/9/20232 minutes, 22 seconds
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La viande de cajou, un nouveau marché pour les transformateurs sénégalais

La noix de cajou sénégalaise a déjà fait ses preuves et est exportée partout dans le monde. Mais saviez-vous qu’elle pousse avec un fruit, la pomme de cajou ? Des petites entreprises sénégalaises ont découvert que ce fruit pouvait être transformé en une sorte de viande qui constitue un substitut vegan intéressant à la vraie viande, avec un grand marché potentiel. De notre correspondante à Dakar,Le produit, vendu dans des sachets en kraft, ressemble à s’y méprendre à des tranches de bœuf ou de mouton séchées. Pourtant, il s’agit bien d’un fruit. « C’est la pomme de cajou qu’on a transformé d’une manière à pouvoir l’utiliser comme viande », explique Touty Sané. Elle est à la tête d’une coopérative de femmes transformatrices en Casamance, dans le sud du Sénégal.Si la noix de cajou est très connue et exportée partout dans le monde, la pomme avec laquelle elle pousse est moins célèbre. Localement, elle est transformée en jus, mais ça ne permet pas d’utiliser tout le produit. « On a vu qu’il y a tellement de pertes de récolte à travers la pomme, même si l’on enlève le jus. Le reste, on le jette », explique Touty Sané.Le petit fruit jaune ou rouge est tranché, séché et peut ensuite être cuisiné. L’aspect est bluffant et le goût est neutre, ce qui permet au consommateur de l’épicer selon ses goûts.À écouter aussiExportation de noix de cajou : la Côte d’Ivoire devient numéro 2 mondialPossibilités culinaires nombreusesCédric Ekoume est un chef cuisinier français basé à Gex. Il s’intéresse aux gastronomies des quatre coins du monde et a été convaincu par la viande de cajou. « Quand j’ai testé le produit, il fallait le réhydrater. J’ai ensuite cuisiné ça avec des morilles... Une fois réhydraté, on a vraiment l’impression d’avoir des petits morceaux de viande », constate-t-il.Marinée avec de la sauce soja, grillée ou en salade… Les possibilités sont nombreuses, et Cédric, qui a de plus en plus de demandes de plats végétariens et vegan de ses clients, va intégrer la viande de cajou à sa carte.C’est Modeste Bissao, un entrepreneur d’origine sénégalaise établi en France, qui a fait découvrir la viande de cajou à Cédric Ekoume. Un produit qui a, selon lui, d’excellentes valeurs nutritionnelles. « [Il y a] un peu plus de 5% de protéines, des acides gras très bas, et c’est très riche en fibres aussi ou en fer... », indique Modeste Bissao.À écouter aussiL’effondrement de la demande en noix de cajou fait chuter les prixPotentiel énormeRésident à la frontière franco-suisse, il commence à commercialiser ce produit dans les deux pays. Un marché au potentiel énorme, car la demande pour les alternatives végétales à la viande explose ces dernières années. « C’est quelque chose qui pourrait vraiment cartonner à l’international. Nous l’avons en deux versions : nous avons la viande entière et la viande hachée. Donc, nous pourrions même faire des hamburgers avec. »En plus des restaurateurs, Modeste a réussi à intéresser plusieurs magasins bio autour de chez lui. Mais la productivité et le conditionnement doivent être améliorés. « Pour toucher ce marché, il nous faut les structures pour faire la fabrication à la chaîne et en conservant le côté artisanal en même temps. »Sous vide, la viande de cajou se conserve pour l’instant jusqu’à cinq mois.
11/8/20232 minutes, 18 seconds
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Le Mali et le Burkina Faso veulent construire des centrales nucléaires

Le gouvernement de transition du Burkina Faso a signé un memorandum d'entente avec Rosatom à l'occasion de la Semaine russe de l'énergie qui se tenait à Moscou à la mi-octobre. L'agence nucléaire russe a également annoncé un accord de coopération avec le Mali. Pour ces pays, c'est un premier pas vers l'énergie nucléaire civile, mais on n'en est qu'aux prémices. La route vers la production d'électricité d'origine nucléaire est très longue. Il faut former du personnel qualifié, mettre en place une autorité de sûreté nucléaire, la faire valider par l'AIEA, l'autorité internationale chargé de veiller à la conformité du programme. Cela prend du temps, explique Ludovic Dupin, directeur de l'information de la société française d'énergie nucléaire.« La Pologne va lancer un programme nucléaire et elle a lancé ses démarches d'autorité de sûreté nucléaire en 2013. Et elle vient tout juste, en 2023, de recevoir l'aval de l'AIEA pour lancer son programme. Que ce soit des promoteurs russes, des Américains, des Français qui apportent l'expertise de sûreté, ça reste des périodes de temps très longues parce qu'il faut former des gens, en fait, des inspecteurs de sûreté nucléaire, c'est un métier spécifique, cela prend du temps. »Un programme « réaliste »Le Mali a annoncé quatre centrales de 55 mégawatts. Le Burkina Faso s'orienterait vers la technologie des SMR, des petits réacteurs modulaires pouvant aller jusqu'à 300 mégawatts. Effet d'annonce très politique pour certains. Ce n'est pas l'avis de Lassina Zerbo, ancien Premier ministre du Burkina Faso et président du conseil d'administration du Rwanda Atomic Energy Board. Il a été consulté sur ce programme.« Avec les nouvelles technologies, je crois que c'est réaliste. Le nucléaire a évolué, les technologies ont évolué. On parle aujourd'hui de SMR, des Small Modular Reactor, on parle des nanoréacteurs. Avant, on parlait de très grandes quantités d'eau pour les centrales nucléaires conventionnelles, mais avec les SMR, on n'a pas besoin de tant d'eau, on n'a pas besoin de tant d'uranium. Et puis avec le refroidissement au gaz et d'autres méthodes, on arrive à réduire les tailles des centrales nucléaires aujourd'hui. Je pense que c'est réaliste pour les pays africains. »Quelle sécurité pour ces installations ?Pas de détail pour l'instant sur l'accord signé entre Rosatom et le Burkina, ni sur le financement, ni sur le calendrier. Ce n'est qu'un tout début de programme, estime Emmanuelle Galichet, enseignante chercheure en physique nucléaire au Conservatoire national des arts et métiers à Paris. « On n'en est pas du tout au transfert de compétences. Rosatom est très bien armé, notamment pour les aides financières. Dans leurs partenariats, Rosatom propose très souvent de tout financer au début, donc de prendre en charge toute la partie capitalistique de cette industrie. »Reste la question de la sécurité des installations dans ces pays en proie aux attaques terroristes. Difficile à évaluer pour l'instant, selon Ludovic Dupin. « Les études de faisabilité seront essentielles, pas seulement d'un point de vue technique, mais d'un point de vue effectivement sécuritaire. Et là, il est trop tôt pour dire ce qui va arriver. Est-ce qu'il faut faire du nucléaire dans ces pays-là ? Ça va demander beaucoup d'études et de préparation. »Sur le continent, seule l'Afrique du Sud dispose d'une centrale nucléaire en fonctionnement, mais d'autres pays comme l'Égypte en partenariat avec Rosatom développent actuellement leurs programmes. 
11/7/20232 minutes, 32 seconds
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Au Tchad, la difficile valorisation de la peau de la filière élevage

Le Tchad est l'un des plus grands pays d'élevage en Afrique. Avec un cheptel estimé à plus de 140 millions de têtes, l'élevage est la deuxième ressource du pays après le pétrole et occupe une bonne partie de la population rurale. Mais ce potentiel est très mal exploité. En dehors de l'exportation du bétail sur pied, les autres produits dérivés peinent à s'imposer.
11/6/20232 minutes, 16 seconds
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Comesa: un pas de plus vers la création d'une plateforme de paiement numérique commune

Pour faciliter le commerce transfrontalier entre ses 21 membres, la zone Comesa - le marché commun d'Afrique australe et orientale - met en place des infrastructures de paiement électronique. Le but : sécuriser les paiements, minimiser les coûts et faciliter les transactions pour les micros, petites et moyennes entreprises. En attendant le lancement d’une plateforme dédiée, prévue l’année prochaine, un projet pilote vient d'être dévoilé à Maurice.  De notre correspondant à Port-Louis,La démonstration du système de paiement en ligne du Comesa s’est déroulée devant une cinquantaine d’entrepreneurs mauriciens triés sur le volet. Ils ont pu découvrir les avantages de ce système, très favorable en termes de coût, comme l’a souligné le directeur des opérations du Comesa Business Council, Jonathan Pinifolo.« Cette plateforme de paiement se distingue par son faible coût », prévient Jonathan Pinifolo. « Peu importe le montant d’une transaction, il en coûtera seulement un dollar pour effectuer ou recevoir un paiement. Ce qui n’est pas le cas en ce moment. »Le projet pilote a été lancé en septembre dernier au Malawi. Le portail de paiement en ligne devrait être actif à partir de la mi-2024, avec la participation de 8 pays sur les 21 que compte la zone, à savoir la Zambie, le Malawi, le Kenya, l’Égypte, l’Éthiopie, l’Ouganda, le Rwanda et Maurice.400 millions de personnes en Afrique exclus du système financier formelÀ Maurice, la Chambre de commerce et d’industrie encourage ses membres à se positionner. « Les chiffres du commerce intra-Comesa sont encore très très faibles. 80 % du marché reste à prendre », indique Namita Jagarnath Hardowar, présidente de la MCCI.Le Comesa estime que 400 millions d’adultes en Afrique sont exclus du système financier formel, ce qui signifie que plus de la moitié des adultes africains effectuent des opérations en espèces. Un service de paiement numérique fiable et fluide est plébiscité par les entrepreneurs, à l’image de Clara Calou, spécialiste des normes de qualité ISO.  « Il y a certainement une attente de mettre les chances de notre côté, de pouvoir échanger. Et cette plateforme-là va beaucoup nous aider », dit Clara Calou. À la question de savoir si elle fait des affaires avec l’Afrique, elle répond : « J’ai des partenaires en Afrique, je fais du service-conseil, je fais des formations et avec mes partenaires, on est en train de s’aligner, et bien sûr l’argent va suivre. »Intégrer les devises africainesLe portefeuille numérique permettra aux utilisateurs de stocker, gérer et effectuer des transactions financières en ligne. Les infrastructures numériques englobent les banques commerciales, les opérateurs de téléphonie mobile et des sociétés de la FinTech.Le modèle a convaincu Rima Ramsarun, l’ex-présidente de l’Association mauricienne des femmes chefs d’entreprises, mais elle souhaite un pas de plus. « Le système de paiement en ligne est un système très intéressant, mais il faudrait aussi dépasser notre attachement aux devises comme l’euro ou le dollar, parce que nous perdons avec le taux de change », déclare Rima Ramsarun.Les Banques centrales du Comesa travaillent à l’intégration des devises africaines dans le système et prévoient des consultations le mois prochain pour harmoniser les protocoles de paiement numériques transfrontaliers.
11/5/20232 minutes, 11 seconds
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Sénégal: en Casamance, le défi de la transformation des mangues

Au Sénégal, on croule sous les mangues. Mais des tonnes de fruits sont perdues chaque année, faute de transformation locale, faute de moyens et d’infrastructures suffisantes. Un important projet d’agropole pourrait apporter un début de solution. De notre envoyée spéciale de retour de Ziguinchor,Dans l’unité de transformation de Siranding Touty Sané, à côté de Ziguinchor, la saison de la mangue touche à sa fin. Sur une table, du thiakry, une farine de mil parfumé à la mangue est en train de sécher. Ici, la mangue prend une dizaine de formes différentes. « On a la confiture, le nectar, la mangue séchée, la moutarde de mangue. On fait aussi du ketchup... », énumère Siranding. La Casamance croule sous les mangues et représente plus de la moitié de la production nationale. Mais chaque année, des tonnes de fruits pourrissent par terre. « Ce n'est pas le savoir qui manque. Il y a pas mal de femmes qui sont formées pour la transformation. Mais l'espace manque aussi beaucoup envers les femmes pour avoir des unités de référence. Les quelques unités qui existent n'ont pas assez d'équipement, parce qu'ils sont lourds et coûteux. » Le séchoir que Siranding utilise pour ses mangues est ancien et ne lui permet d’en transformer que 15 kilos par jour.Une perte massive de production À Bignona, le Groupement d'intérêt économique (GIE) Casaécologie de Maimouna Sambou créé en 2001 rencontre des difficultés similaires. Son produit phare : la pulpe de mangue. Cette année, un client lui en avait demandé 50 tonnes. Mais elle a dû refuser, faute de capacités de stockage suffisantes. « Mes sept congélateurs ont une contenance d'environ trois tonnes. Je suis capable de produire cinquante tonnes de plus annuellement. Pour pouvoir faire cela, il faudrait des chambres froides ou d'autres congélateurs », assure Maimouna.À lire aussiLes notes WhatsApp révolutionnent l'agriculture au SénégalLes transformatrices ont également des soucis pour écouler leurs marchandises dans une région enclavée, mais aussi pour trouver des emballages de qualité ou pour accéder aux financements. « Le taux d'intérêt est cher. Deuxièmement, quand vous déposez une demande de prêt, ça traîne. On vous accorde ça au moment où les produits sont finis », déplore Siranding Touty Sané. Tout comme Maimouna, elles dépendent encore beaucoup de partenaires étrangers. Le lancement de cinq agropoles dans le pays pourrait apporter des solutions.L'agropole sud pour créer une synergie En Casamance, il y aura plusieurs modules de groupages et une grosse plateforme de transformation industrielle pour les petits producteurs et des industriels. L’objectif : encourager la transformation locale pour créer de la valeur ajoutée et de l’emploi. « C'est vraiment, dans l'agropole, de permettre à ces unités de transformation de ne pas forcément être obligées d'aller se délocaliser dans les zones de transformation, mais qu'ils puissent nouer des relations d'affaires par rapport aux industries ou aux usines, qui vont se localiser au niveau de ces zones de transformation », explique Ousseynou Konaté, coordonnateur de l’agropole sudCinquante-trois milliards de francs CFA ont été investis par l’État pour l’agropole sud, qui devrait être lancé d’ici juin 2024, et devrait profiter à 65 000 ménages.À lire aussiDans la Casamance enclavée, une économie fragilisée
11/2/20232 minutes, 16 seconds
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En Éthiopie, le conflit dans la région Amhara fait grimper le prix du teff

En Éthiopie, le conflit en cours dans la région Amhara pèse sur l’agriculture locale. En particulier sur le teff, qui compose l’injera, cette galette à la base de l’alimentation du pays. La région Amhara est la principale productrice de cette graine, dont le prix a presque triplé dans la capitale, rattrapée par les conséquences de la guerre civile. Une augmentation sans précédent qui pèse sur le budget des ménages éthiopiens. De notre correspondante à Addis Abeba,Cette grande galette brune, moelleuse et alvéolée se mange à toutes les sauces et à tous les repas. Mais ces derniers mois, le prix du teff a triplé en Éthiopie. Dans ce magasin, le sujet est sur toutes les lèvres. Même le commerçant s'étonne du prix au kilo : « Ça n’est jamais arrivé. 125 birr ! Je ne sais pas si je suis en train de rêver. 125 birr, c’est énorme et le marché ralentit. »Selam attend que son teff soit nettoyé. Elle est venue acheter sa portion de farine pour la semaine, et doit tout bien calculer. « Pour la maison, nous avons besoin de 100 kilos. Maintenant que c’est cher, nous n’achetons plus que 70 kilos pour un mois. » La mère de famille réduit la quantité, mais aussi la qualité. « Il y a différents types de farine de teff, plus de cinq. Je voudrais la plus blanche, la plus chère. J’en ai besoin, mais c’est trop d’argent. Donc, on doit acheter la farine de qualité moyenne. »De retour à la maison, il faut préparer l’injera pour nourrir les neuf membres de la famille. « Nous n’avons pas le choix, on doit se restreindre. On ne peut pas manger autant qu’on le voudrait. » Mais pas question de se passer de teff. « Pour nous Éthiopiens, notre nourriture, c’est l’injera. Tous les jours, jusqu’à ce qu’on meure. L’injera est notre vie. »Le mécanisme de cette inflation est complexe : dévaluation de la monnaie locale, hausse globale des prix et augmentation des frais de logistique pour les agriculteurs, mais surtout, les conflits passés et en cours ont aggravé la situation, comme l’explique Shiferaw Motiku, consultant en chaîne de valeur agricole : « De manière générale, le teff a toujours été produit dans les régions du Nord. Aussi dans quelques parties de l’Oromia. Donc avec l’instabilité, cela affecte la production et créé une pénurie de teff qui affecte le prix. »Les routes bloquées et les combats empêchent les agriculteurs de travailler et d’exporter leurs produits, fragilisant la consommation du teff, dernier rempart contre la faim.À lire aussiÉthiopie: dans le Tigré, la crise alimentaire empire depuis la suspension du Programme alimentaire mondial
11/1/20232 minutes, 11 seconds
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Nigeria: le métro de Lagos prend timidement ses marques, deux mois après sa livraison

Au Nigeria, la ville de Lagos a inauguré début septembre un tronçon de sa toute première ligne de métro aérien, la Blue Line. La mise en circulation d'un train entièrement électrifié représente une petite révolution dans la capitale commerciale du Nigeria, connue pour ses bouchons et son urbanisme chaotique. La Ligne ferroviaire et son train Bleu qui enjambe la lagune donne à la mégalopole de Lagos des airs de cité futuriste. L'idée est née, il y a presque 40 ans mais les travaux n'ont débuté qu'en 2011 et ils ont pris beaucoup de retard. Le premier tronçon du métro a finalement ouvert le 4 septembre. Fatiu Bulala Opeyemi, un jeune créateur de contenu, est monté à bord : « L’air conditionné, l’espace, tout est frais et les gens se comportaient si bien, ça m'a donné l’impression d’être à Londres, d’être aux États-Unis ! Parce qu’ici à Lagos, même pour monter dans les bus de la municipalité, il faut courir, il faut sauter, il faut pousser ! Mais dans le métro c’est beaucoup plus facile »À terme, deux lignes de métro aérien doivent relier les différents pôles d'activité de la mégalopole de Lagos : marchés, quartier des affaires, et même aéroport. Pour l'instant, seuls huit arrêts sont opérationnels sur la Blue Line, qui en comptera treize au total. Après une période de test au diesel, la locomotive est maintenant entièrement électrique. Une prouesse dans un pays au réseau défaillant et qui souffre de grave pénuries.Timi Soleye est chef de projet pour Lamp Turnkey, en charge de l'alimentation en électricité du train : « Nous avons des infrastructures dédiées, qui permettent à la ligne bleue d’être directement reliée au réseau national d’électricité de deux manières. Mais en plus de ça, nous avons construit une centrale électrique indépendante, qui produit 8 mégawatts d’électricité, et qui alimente un système de batterie. Ce système est relié directement au train et fonctionne sans interruption. Donc en cas de défaillance du réseau national d'électricité, il y a assez de garde-fous pour être sûr qu’il n’y a aucune interruption de la ligne. »Méfiance des usagersMalgré une fréquentation importante aux heures de pointes, les habitants de Lagos affichent encore une certaine méfiance vis-à-vis de ce nouveau moyen de locomotion, de l’aveu même de Joseph Akinpelu, ingénieur auprès de l’autorité des transports de Lagos : « Nous avions projeté qu’il y aurait environ 150 000 passagers par jour sur la Blue Line, mais pour l’instant ils ne sont que 10 000 environ. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’ils sont de plus en plus nombreux. Les gens ont encore des doutes pour leur sécurité, ils se disent : "Est-ce que je ne vais pas me faire électrocuter si je rentre dans ce train". Il faut juste qu’il y ait une prise de conscience que c’est un moyen de transport sûr. »Le train bleu effectue désormais 54 voyages quotidiens – leur nombre doit passer à 74 par jour d'ici à la fin du mois de novembre.À écouter aussiReportage Afrique - Nigeria : le train moderne entre Lagos et Ibadan
10/31/20232 minutes, 19 seconds
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Congo-Brazzaville: l’autosuffisance alimentaire, une équation toujours difficile à résoudre

Le Congo dépend toujours en grande partie des importations alimentaires pour nourrir ses 5 millions d’habitants. Elles sont estimées à 700 milliards de francs CFA (1,060 milliard d’euros) par an. Son ambition d’atteindre l’autosuffisance alimentaire au début des années 2000, n’a toujours pas abouti faute, notamment, de financements pérennes. De notre correspondant à Brazzaville,À une centaine de kilomètres au nord de Brazzaville, le Nouveau Village agricole de Nkouo est presque à l’abandon. Ce projet lancé en 2010 réunissait à l’origine plus de 700 exploitants, surtout spécialisés dans la production d’œufs... mais ils ne sont plus qu’une quarantaine aujourd’hui.Stendhal Koussala décrit son expérience avec amertume : « Cela nous fait 13 ans que nous sommes dans le site. Mais, aujourd’hui, cela fait 8 ans que nous sommes abandonnés. Ici, c’est une production médiocre et négligeable destinée juste à la maintenance du village. Sinon le village ne produit plus [comme l’État l’avait voulu, NDLR]. Et pour la maintenance, il y a une production plus ou moins négligeable qu’il y a là. Question de maintenir l’image d’un village producteur des œufs de table. »L'appuie du PDACMalgré les efforts du gouvernement congolais pour tenter d’atteindre l’auto-suffisance alimentaire en valorisant ses 10 millions d’hectares de terres arables, de nombreux projets ont été abandonnés au fil des années, en raison notamment de la chute du prix du pétrole. Le nouveau village agricole de Nkouo doit sa survie au PDAC, le Projet de développement de l’agriculture commerciale, financé par la Banque mondialeBienvenu Mandilou est, lui aussi, exploitant agricole à Nkouo. « Nous étions parmi les personnes qui imposaient le prix [de l’œuf] sur le marché. Mais, depuis la rupture, nous ne sommes plus visibles sur le marché. Ce que je peux demander [aux autorités] c’est de relancer ce village », indique-t-il.« L'autosuffisance sera à notre portée »La production du village est estimée aujourd’hui à 96 000 œufs par mois, contre plus de 666 000 par mois avant la crise. L’agriculture est un secteur clé pour tenter de relancer l’économie et de diversifier les exportations du Congo, toujours largement dominée par le pétrole. Technicien suivant au jour le jour comment Brazzaville met en œuvre ses politiques agricoles, Justin Alain N’sangou de l’Observatoire congolais des droits des consommateurs souligne que les décideurs ont commis des erreurs et donne quelques conseils :« Il suffit de pérenniser la semence de bonne qualité ; qu’on opérationnalise l’Institut des recherches agricoles vers la production et non vers des théories. Qu’on renforce les capacités des génies du secteur agricole pour que ceux-ci accompagnent les producteurs. Qu’on mécanise l’agriculteur et qu’on rende simple son financement. Certainement, l’autosuffisance sera à notre portée », analyse-t-il.À Nkouo, on pratique également du maraîchage à petite échelle. Et, pour la relance, des activités, les autorités espèrent une promesse des fonds koweïtiens dont le montant n’a pas été révélé.
10/30/20232 minutes, 15 seconds
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Sénégal: les activités minières signent la fin du tourisme à Lompoul

Au Sénégal, ce sont les dernières semaines d’activité pour les acteurs touristiques du désert de Lompoul, à plus de 150 kilomètres au nord de Dakar, sur la côte Atlantique. Ils doivent quitter les lieux le 31 octobre avant le passage de la mine mobile qui extrait le minerai de zircon, exploité par Grande Côte Opérations, société minière détenue à 90% par le français Eramet et à 10% restants par l’État sénégalais.
10/29/20232 minutes, 19 seconds
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Le secteur privé appelé à faire plus en Afrique

Comment mobiliser les capitaux privés en direction de l’Afrique ? Trop peu le sont, notamment dans la lutte contre le changement climatique. Selon les calculs du FMI, avec l’objectif d’une neutralité carbone en 2050, l'effort porté par le privé dans les économies de développement doit doubler. Concernant les infrastructures, il manquerait 108 milliards de dollars chaque année d’après la Banque africaine de développement. Sur le continent, le secteur privé est parfois trop frileux pour investir. Le secteur privé doit être au cœur du financement du développement. Tout le monde semble s’entendre sur ce point. Sauf qu’il n’est pas à la hauteur des attentes. Entre pandémie, guerres, et coups d’État, trop d’incertitudes ou encore trop d’instabilité politique peuvent expliquer ces manquements, selon Maktar Diop, président de la Société financière internationale (SFI), organisation de la Banque mondiale pour le secteur privé.« C'est une des rares fois dans l'histoire de l'Afrique où on peut traverser l'Afrique de la côte ouest à la côte est en ne traversant que des pays qui sont dirigés par des régimes militaires », constate-t-il.Pour 2023, Maktar Diop se targue d'une augmentation de 30% des engagements de la SFI avec des entreprises. Son objectif : rendre les investissements moins risqués en améliorant les instruments de garantie et en s’appuyant sur les banques locales.« Comment aider les banques ? D'abord à avoir cette connexion avec la demande. Parfois, elles n'ont pas l'appétit pour le risque, n'ont pas l'expertise pour étudier cela, donc nous, nous sommes en train de mettre [en place] des instruments de “risk sharing” et on a signé une de ces initiatives avec les banques marocaines », ajoute-t-il.Faire appel aux banques publiques de développementLa réforme de l'architecture financière mondiale enclenchée cette année doit permettre de libérer les investissements. Pour faire tenir l'édifice, des institutions comme la Banque européenne d'investissements (BEI) financent entre autres des projets d'électrification à Madagascar.« L'un des moyens de financer plus de projets, c'est d'utiliser les banques publiques de développement comme la BEI pour faire venir plus d'investissements privés », souligne son vice-président Ambroise Fayolle. « Si avec un euro d'argent public, vous arrivez à avoir 10 euros d'investissements, alors que vous pourriez financer deux euros d'investissement public, vous avez au total fait pour la cause de l'environnement en Afrique. »L'autre chantier pointé par les investisseurs privés, c'est la lenteur des dossiers, comme l'explique Orso Vesperini directeur général délégué du groupe français NGE, spécialisé dans les travaux d'infrastructures.« Tous les investissements qui sont votés et accordés à l'Afrique ne sont pas utilisés pour des histoires de temps nécessaires à l'instruction des dossiers », indique Orso Vesperini. « On a effectivement des dossiers de château d'eau – je ne vous dirai pas où – sur lesquels on travaille déjà depuis trois ans, où on a eu des accords favorables, mais qui finalement n'ont pas vu le jour. »Un temps d'instruction des dossiers incompatible avec les besoins de l'Afrique selon lui. 
10/26/20232 minutes, 16 seconds
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RDC: des entrepreneurs dénoncent la pratique du «prête-nom» chez les sous-traitants

Ce procédé utilisé par grandes entreprises est un goulot d'étranglement du secteur de la sous-traitance en RDC. Selon l'autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé, 80% du marché est détenus par des étrangers. Les entrepreneurs congolais dénoncent des pratiques de corruption qui favorisent la fraude dans le secteur. Ils exigent des sanctions vis-à-vis des multinationales qui ne respectent pas la loi.  De notre correspondante à Lubumbashi,« Nous avons des fiches de vidange. Chaque fois que nous allons vidanger chez un abonné, il y a une signature de certification. » Patrick Wamanganda est le directeur de la Générale d’assainissement, une entreprise spécialisée dans la gestion des déchets qu’il a montée il y a plus cinq ans à Kolwezi. Avec ses 20 employés, Patrick travaille avec des particuliers, car le marché de la sous-traitance dans le secteur minier par exemple, est verrouillé.Selon lui, les expatriés, gérants d'entreprises vont jusqu'à soudoyer des Congolais pour qu'ils prêtent des noms à leurs sociétés afin d’échapper au contrôle de l'État. « Celui qui décide, c'est un expatrié, il sait que ce marché va produire deux, trois, quatre, cinq millions. Il préfère faire venir ses frères. Ils utilisent un nom congolais ou ils passent par une entreprise congolaise qui a le marché, explique Patrick Wamanganda. Vous qui n'avez même pas un marché d'à peine 10 000 dollars, quand on vous propose 15 000 dollars ou 20 000 dollars, vous ne pouvez qu’accepter. »Le secteur privé n’est pas le seul accusé de confisquer le marché de la sous-traitance, il y a également le secteur public. Germain Pungwe, président du Patronat à Kolwezi l'a dénoncé fin septembre lors du forum Expo Béton. « La FEC Lualaba pense que les marchés publics doivent être une occasion pour promouvoir l'entrepreneuriat en créant des marchés destinés aux nationaux, indique-t-il. Aussi, il a été noté la présence de plusieurs entreprises créées par des décideurs, des donneurs d'ordres qui, au détriment des entreprises traditionnelles du secteur de la sous-traitance, prennent tous les marchés. »Campagne de contrôleDans le secteur de la sous-traitance, 8 milliards de dollars échappent chaque année à l'économie du pays, a déclaré pour sa part le directeur général de l'Autorité de régulation de la sous-traitance. Pour tenter de remettre de l’ordre, l’État a lancé au début de ce mois d’octobre une campagne de contrôle dans le secteur minier. Le souci est de voir les nationaux accéder aux 51% des parts dans les sociétés de sous-traitance. « Le Congo est au niveau de la sous-traitance, mais les autres pays sur le continent, c'est sur les activités principales que les nationaux doivent détenir des parts sociales, considère Miguel Katemb, est le directeur général de l'autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé. À titre statif, à Dubaï, c'est 50% pour un ressortissant du pays. En Afrique du Sud, c'est 26% des parts dans les sociétés principales pour un Sud-Africain. »Cette année, le nombre des sociétés à capitaux congolais est passé de 4 000 à 15 000. Toutes veulent avoir accès au marché de la sous-traitance afin de relever l’économie du pays.
10/25/20232 minutes, 20 seconds
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Au Tchad, la viande reste chère malgré une forte production

Dans ce pays l’élevage représente 30% au PIB et fait vivre environ 40% de la population, selon le rapport de 2022 de la Banque mondiale. Selon le ministère de l’Élevage, le cheptel tchadien compte actuellement plus de 140 millions de têtes de bétail, pourtant la viande reste très chère sur les marchés et la plupart des Tchadiens n’en consomment pas autant qu’ils souhaiteraient.  De notre correspondant à Ndjamena,Situé en plein cœur du marché, l’abattoir d’Atrone ravitaille presque tout Ndjamena. C’est ici que Claudine Némadji, ménagère, tente de négocier le prix du kilo de bœuf pour le repas du jour : « J’ai acheté de la viande à 2500 Francs c’est beaucoup, normalement, j'aurais dû payer 1 000 francs pour la même quantité. »Si le prix reste élevé, c’est que les propriétaires de bétail réservent une partie du cheptel à l’exportation, comme ici au marché de Dourbali, localité située à 90 km de la capitale. Assis sous un arbre, dans ce marché avec son bâton, Salim Mahamat explique comment il exporte son bétail : « Les éleveurs qui sont ici dès l’arrivée de la saison, mais pour ceux qui sont au sud et qui doivent amener leur bétail au Cameroun ou au Nigeria, il y a le risque de croiser Boko Harram, ils risquent le vol de leurs bêtes ou des agressions. Pour ces éleveurs qui exportent leur bétail sur "pied" vers ces pays, il y a également le coût de l’exportation. Ils engraissent les bêtes sur place avant de les vendre. S’il y avait un abattoir ici, il n'y aurait pas toutes ces tracasseries, ils pourraient le faire sur place. »Création d'un abattoirL’arrivée de la société Laham Tchad qui œuvre dans la commercialisation de la viande, devrait normalement remédier aussi d’autres préoccupations en plus de la cherté de la viande, nous explique le ministre de l’Élevage et des Productions animales, Dr Abderahim Awat Atteib : « Avec l’arrivée Laham Tchad qui va créer le besoin, les gens vont pouvoir travailler sur place. Les éleveurs pourront engraisser leur bétail et au lieu de réserver la viande à l’exportation, ils pourront la vendre à l’intérieur du pays et la viande sera certainement moins chère. »C’est un partenariat pour la reprise de l’abattoir de Moundou et la mise à niveau de l’abattoir de Farcha qui aideront à créer la première zone de quarantaine et la première ferme d’embouche du pays. Toutefois, certaines coopératives s’inquiètent qu’aucune étude d’impact environnemental et social n’ait été rendue publique pour ce projet. « Nous avons pris du retard, mais nous travaillons dans ce sens », répond le ministre.À lire aussiLe Tchad fait le pari de la transformation dans la filière bétail
10/24/20232 minutes, 15 seconds
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Centrafrique: le mauvais état des routes du Bamingui-Bangora freine le développement de la région

Plus de 100 000 personnes vivent dans le Bamingui-Bangora. La plupart des voies de communications terrestres qui desservent cette région proche du Soudan et du Tchad sont impraticables. Les hommes armés profitent de cette détérioration pour commettre régulièrement des forfaits et attaquer les rares camions qui tentent de s’y aventurer. Un véritable calvaire pour les opérateurs économiques. De notre correspondant de retour de NdéléDès que Freddy accélère, le camion bouge et les ennuis commencent. Dans ce genre de route dévastée, le mauvais maniement du guidon ne pardonne pas, l’erreur est fatale. La conduite sur cette route présente tous les dangers. La circulation devient ainsi risquée à cause de l’érosion visible presque partout. Conséquence, les camions et les véhicules de transport en commun empruntent rarement ce tronçon.Dans son camion, Freddy transporte de sacs de manioc, d'arachide, de sésame et de maïs. « C’est un handicap pour les opérateurs économiques que nous sommes, déplore-t-il. Quand il pleut comme ça, la situation devient pire. Il y a de gros trous et les mares sont partout. Le gouvernement doit nous aider à reconstruire cette route. Si les activités économiques tournent mal, les gens vont mourir de faim. »Ces routes qui desservent la ville de Ndélé donnent du fil à retordre aux camions et véhicules de transport en commun qui passent par là. Allassane un commerçant se rend au marché hebdomadaire de Ndélé pour écouler ses marchandises. Mais le camion dans lequel il se trouve est embourbé dans la boue et se retrouve sans secours : « Je sais que le camion va passer un mois ici sans secours. Je ne sais plus à quel saint me vouer. En venant, nous avions dépassé une dizaine de camions qui ont fait des accidents dont certains sont mortels. Des commerçants ont perdu leurs marchandises. Vraiment, ici, c’est l’enfer. »Renforcer la sécurité Pour atteindre aujourd’hui la ville de Ndélé, les taxis-motos font des détours dans la brousse et traversent parfois des zones dont la sécurité est volatile. Les commerçants se font régulièrement dépouiller de leurs marchandises et sommes d’argent. Une dizaine d’entre eux ont été tués en septembre dernier par des coupeurs de routes.Le préfet de Ndélé reconnait ce problème et appelle le gouvernement à renforcer la sécurité dans sa préfecture : « Nous ne cessons jamais de demander aux casques bleus de la Minusca de multiplier les patrouilles dans la zone pour protéger les opérateurs économiques des bandits. Du côté du gouvernement, nous demandons à ce que l’effectif des forces armées centrafricaines soit renforcé dans la zone. Les Faca ont aussi besoin des moyens logistiques pour assurer la sécurité de notre préfecture jusqu’à la frontière. »Aujourd’hui, le prix des marchandises et des denrées alimentaires a presque doublé selon le constat du délégué des commerçants de Ndélé. Un coup dur pour les habitants de cette localité qui vivent avec moins de 1 euro par jour.À lire aussiRCA: le préfet de la région Vakaga veut plus de sécurité sur un axe stratégique avec le Soudan
10/23/20232 minutes, 18 seconds
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La fin des subventions au carburant est-elle proche en Afrique?

Ces aides aux produits pétroliers permettent de faire baisser le prix pour les consommateurs mais elles pèsent lourd sur les finances publiques sur les pays du continent. Certains les réduisent, Ddautres les ont déjà supprimés sous la pression des institutions comme le Fonds Monétaire International.  Il y a d'abord eu le Kenya en début d'année et son président William Ruto pour qui ces subventions n'étaient pas viables : « Ce n'était pas une décision économique, mais politique. Les Kényans n'ont pas mordu car avec les subventions, les prix n'ont pas baissé. »Puis vint le tour du Nigeria : suppression fin mai par le président Bola Tinubu des subventions qui coûtaient environ 10 milliards de dollars par an à l'État : « J'admets que cette décision entraine des couts supplémentaires. Je ressens votre douleur. Mais nous devions le faire pour ne pas descendre plus bas. »Des mesures d'orthoxie budgétaire fortement encouragées par les bailleurs de fonds internationaux comme le FMI. Un des arguments avancés : ces subventions, trop chères, aident en priorité les plus aisés. Montfort Mlachila directeur adjoint Afrique au FMI : « Sans lutter contre ces dépenses qui sont souvent accaparées par les couches sociales les plus favorisées. Cela entraine un excès de dépenses et en même temps, cela ne permet pas au pays d’avoir l’espace budgétaire necessaire pour l’investissement dans l’éducation où les infrastructures, par exemple. »Pression du FMIConséquence de la suppression des subventions. Au Nigeria, le prix de l'essence a triplé. Le diktat des institutions est pointé du doigt dans certains pays. C’est le cas en Tunisie où le gouvernement décide de tenir tête. Au Maroc, pays importateur de pétrole. Les subventions ont drastiquement baissé depuis 2015. Intenable selon le militant Omar Aziki secrétaire général d'Attac Maroc : « C’est toujours le cheval de bataille du FMI "supprimer les subventions". Aujourd’hui, nos prix sont alignés sur les prix internationaux : le prix du gasoil est passé de 7 à 14 dirhams (1,29 euro). Nous sommes l’un des pays où le gasoil est le plus cher. »Sous la pression du FMI, au Congo-Brazzaville le gouvernement a baissé de 30% ses aides au carburant. En Angola la fin des subventions en juin a provoqué d'intenses manifestations. L’une d'entre elle a fait cinq morts. Vera Daves de Sousa la ministre des Finances laisse le flou sur un possible rétablissement des subventions. « Tout est sur la table », expliquait-elle début octobre.À lire aussiL’Afrique est-elle en train de tourner la page des subventions à l’essence?
10/22/20232 minutes, 17 seconds
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Côte d'Ivoire: le salaire minimum face à l'inflation généralisée

Inchangé pendant 7 ans, le Salaire minimum interprofessionnel garanti a été revalorisé le 1ᵉʳ janvier 2023 en Côte d'Ivoire, passant de 60 000 francs CFA (91,34 euros) à 75 000 francs (114,17 euros) par mois. Malgré cette augmentation de 25%, le salaire minimum est toujours considéré comme beaucoup trop faible par les syndicats et les travailleurs, compte tenu, notamment, de la hausse généralisée des prix. De notre correspondant à Abidjan, Un homme de 42 ans, vêtu d'un uniforme jaune, accompagne avec quelques gestes de la main les véhicules qui désirent se garer devant une compagnie d'assurance. Si cet agent de sécurité ne veut pas révéler son nom pour ne pas s'attirer d'ennuis, il accepte de sortir de sa poche sa fiche de paie. « Je touche exactement 92 000 francs. » Une rémunération nette qui comprend également la prime de transport obligatoire. Son employeur a mis trois mois avant de respecter le salaire minimum et peine encore à se mettre en conformité avec la loi, la prime de transport étant fixée en théorie à un seuil minimum de 30 000 francs par mois. Selon ce père de famille, son salaire ne lui permet plus de faire face à la hausse des prix. « Parce qu'il n'y a pas de maison à moins de 40 000 francs. En réalité, ça a été revalorisé, mais la vie est tellement coûteuse. Tout le marché augmente, donc c'est très compliqué. » « Niveau salaire, je ne m'en sors pas »Pour couvrir ses charges fixes, il doit son salut à la générosité des Abidjanais qui laissent quelques pièces ou un billet en reprenant leur voiture – 30 000 à 40 000 francs par mois supplémentaires, soit quasiment la moitié de son salaire. « Étant au travail, je me débrouille pour avoir souvent 500 ou 1 000 francs. Avec ça, j'essaie de garder un peu jusqu'à la fin du mois pour la "popote" de la maison. Sinon, avec 92 000 francs, on ne peut rien faire », ajoute le père de famille.Alors quand des charges exceptionnelles surviennent au cours de l'existence, les difficultés sont nombreuses. Pour cette rentrée 2023, il n'a pas encore scolarisé sa fille de 10 ans. « Je suis en train de faire des efforts pour qu'elle aille à l'école, elle entre en classe de CM2 cette année. Pour qu'elle arrive à passer son examen d'entrée en 6ᵉ cette année, je ferai tous les efforts, même si niveau salaire, je ne m'en sors pas », lâche-t-il.Un salaire minimum insuffisantMalgré un salaire minimum jugé insuffisant pour vivre décemment, certaines entreprises continuent de ne pas respecter ce minimum légal. Les syndicats luttent contre le phénomène, mais aussi contre la répression de ceux qui le dénoncent. « Si l'administration apprend que vous voulez vous organiser en tant qu'organisation de travailleurs, ils se chargent de trouver un argument, n'importe lequel, pour se débarrasser de vous », explique Pierre Koulaté, membre du Bureau de la CGT-CI. Le syndicat souhaiterait que le salaire minimum soit revalorisé et indexé sur l'inflation. Un salaire minimum qui, rappelons-le, concerne un nombre restreint de travailleurs. Selon une enquête menée en 2016, plus de 93% de la population active travaille dans le secteur informel où le droit du travail s'applique rarement.
10/19/20232 minutes, 23 seconds
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L'espoir de la filière coton en Afrique de l'Ouest

Après une année cauchemardesque pour la production attaquée par les jassides, des insectes ravageurs, les grands pays producteurs de coton ont pris les devants et espèrent tous une bien meilleure récolte.  Échaudée par les énormes pertes de production l'année dernière, la filière coton du continent a tout fait pour anticiper les attaques de jassides. Parmi les mesures qui ont été prises, il y a l'homologation de nouveaux insecticides, comme l’explique Jean-François Touré, président de l'association professionnelle des sociétés cotonnières de Côte d'Ivoire : « Dès qu’on a été informé de la situation, la recherche s’est mise en branle et a permis d’identifier des molécules de pesticides efficaces contre les jassides. Or ces molécules n’étaient pas homologuées dans la plupart des pays, notamment en Côte d’Ivoire. Le gouvernement a rapidement pris les mesures pour que l’homologation se fasse et les fournisseurs d’intrants ont également bataillé pour que les molécules soient disponibles pour la campagne de cette année ».Le Tchad qui n'avait officiellement pas été touché l'année dernière par les jassides – mais avait perdu 33 000 hectares de coton à cause d’inondations – se montre cependant vigilant et a réagi dès que les premiers insectes ont été signalés il y a un mois et demi au Cameroun, de l'autre côté de la frontière, parce que « s’il y a des insectes au Cameroun, la logique veut qu’il y en ait au Tchad aussi », explique le secrétaire général de la CotonTchad. « Nous avons pris les devants en achetant des quantités conséquentes de produits, ce qui nous a permis de traiter rapidement dès que les insectes sont apparus vers Léré au Cameroun », explique Ibrahim Malloum qui espère que le coton du pays sera « sauvé » pour cette campagne. Le Tchad espère produire 50 % de plus cette année, soit 150 000 tonnes, pour atteindre son objectif de 210 000 tonnes d'ici à deux ans. Plus ambitieux, le Mali qui avait perdu la moitié de sa production l’année dernière et chuté à la troisième place des producteurs du continent, espère récupérer sa position de leader du coton africain. « La campagne est prometteuse, nous comptons récupérer notre première place avec une production de 700 000 tonnes de coton graines », confie Boubacar Salia Daou, négociant en coton et président de Millenium Mali.À lire aussiLe Mali cède sa place de premier producteur africain de coton au BéninDes cotonculteurs qui restent trop frileux pour la nouvelle campagnePartout où les produits étaient disponibles, les cotonculteurs ont traité, « parfois même beaucoup trop », assure un négociant basé en Côte d'Ivoire. Par peur d'une nouvelle année noire, certains ont cependant préféré passer leur tour et ont boudé le coton. Résultat, plusieurs pays n'ont pas atteint leurs objectifs d'ensemencement pour cette nouvelle campagne. « Quand on sort d’une campagne difficile, la conséquence pour celle qui suit, c'est un rétrécissement des intentions de culture », explique Papa Fata Ndiaye,  directeur général de la Sodefitex au Sénégal. « Au sortir de la dernière campagne, les producteurs étaient dans le doute et se demandaient si la solution préconisée par les sociétés cotonnières allaient être efficaces contre les jassides. Aujourd’hui, au vu de la façon dont s’annonce la nouvelle campagne, beaucoup regrettent de ne pas avoir fait de coton ».Même s'il s'en est beaucoup mieux sorti que les autres l'année dernière, et a même gagné la place de premier producteur africain, le Bénin est, lui aussi, cette année confronté à une baisse des surfaces dans la région du Centre-Sud. « Le pays se donne deux ans pour retrouver sa production record de 765 000 tonnes, atteinte lors de la campagne 2021-2022 », assure un acteur de la filière.
10/18/20232 minutes, 19 seconds
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Maroc: à Marrakech, le tourisme reprend comme avant le séisme

Les touristes de retour à Marrakech après le séisme du 8 septembre. Les inquiétudes ont été rapidement levées pour les quelque 500 mille personnes vivant du tourisme dans la région. Très peu d'annulations, des réservations au plus haut pour la fin de l'année. La ville ocre retrouve des couleurs après la catastrophe. 
10/17/20232 minutes, 16 seconds
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Cameroun: l'inflation met le secteur de la bière sous pression

Au Cameroun, la bière est un produit de grande consommation, dont le prix est homologué – et c'est un sujet sensible. Fin septembre, l'association de producteurs d'alcool du Cameroun (CAPA), a décidé de réduire drastiquement la ristourne que les détaillants perçoivent pour chaque casier de bière vendu. Il s'agissait pour la CAPA de compenser la hausse des charges de productions, mais cette mesure a provoqué la colère des barmen.  De notre correspondante à Douala,C'est une décision unilatérale qui a été très mal reçue par les détaillants. Inquiets de voir leur ristourne abaissée voire supprimée, le collectif des Barmen du Cameroun a lancé un appel à la grève et menacé de fermer les débits de boissons jusqu'à nouvel ordre. Valéry Ntendie est l'un des initiateurs de ce mouvement de protestation : « On n'a pas compris comment les producteurs peuvent interférer dans nos épargnes. Au lieu d'épargner 245 francs CFA (0,38 euro) désormais l'épargne au niveau du distributeur connait un abattement, donc il va conserver que 122,5 francs CFA (0,19 euro). »Le ministère du Commerce est rapidement intervenu pour demander l'annulation de cette mesure et appeler les différentes parties à la conciliation. Mais cet épisode a mis en évidence les difficultés des sociétés brassicoles qui évoquent l'augmentation de leurs charges et une inflation généralisée. Jean-Pierre Fotso, un distributeur de SABC Cameroun, comprend en partie ces arguments – mais critique la stratégie de la CAPA : « Les sociétés brassicoles pensent que c'est dans la poche des plus petits que nous sommes, qu'ils doivent aller réviser leurs marges, affirme le distributeur. Moi, je crois qu'ils ont fait ça, c'était beaucoup plus pour faire bouger les lignes. C'est pour que le gouvernement puisse accepter qu'on bouge le prix de la bière, au consommateur final. Si on augmente 25 FCFA (0,4 euro) par bouteille de bière, je ne crois pas que ce sera tuant. »À lire aussiComment le géant des boissons Castel réorganise une partie de ses activités en AfriqueLa ristourne des barmen est contenue dans la structure du prix de la bière, qui n'a augmenté que quatre fois en une dizaine d'années. Pour l'économiste Louis-Marie Kakdeu, c'est avant tout à l'État d'encourager la production d'intrants au niveau national, pour que les sociétés brassicoles n'aient plus à les importer à des prix prohibitifs : « Il y a eu effectivement quelques mesures gouvernementales, mais ces mesures n'ont jamais été suffisantes. Les intrants ont augmenté, et le prix de l'énergie, et donc du gaz naturel, qui permettait à ces entreprises-là de couvrir le déficit d'électricité dans le pays, a aussi augmenté de 16%. »Ni les sociétés brassicoles, ni le ministère du Commerce camerounais n'ont donné suite aux demandes d'interviews de RFI sur ce sujet.
10/16/20232 minutes, 16 seconds
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L’Éthiopie choisit deux start-ups recyclant les déchets de café pour les African Startup Awards

Addis-Abeba accueille les prochains African Startup Awards du 25 au 27 octobre récompensent les meilleures start-ups d’Afrique. Pour représenter le pays hôte, les deux start-ups sélectionnées ont toutes les deux trouvé une solution pour réutiliser les déchets issus de la culture et de la consommation du café. Objectif : diminuer la pollution engendrée par cette industrie. Un enjeu important pour l'Éthiopie, 5e producteur de café mondial avec 450 000 tonnes produites par an, dont la moitié est consommée par ses habitants. Au milieu des ateliers de menuiseries d’Addis-Abeba, un petit hangar abrite les locaux de la start-up Husk Energy and technology. Holeyat Berhanu a cofondé cette entreprise avec son ami Yohannes Wasihun. La machine qu’ils ont mise au point permet de recycler la coquille des grains de café en granules combustibles : « Ici, on met les coques de café ou la sciure, la biomasse : la rotation applique une pression sur le matériau et avec la friction, cela créé de la chaleur, une haute température et une forte pression qui compresse la biomasse. À la fin, les granulés sortent très fort et denses. »Cette idée leur est venue en interrogeant les cultivateurs de café : « Ils nous ont dit que les coques de café accumulées dans leur village fermentaient au contact de la pluie. Cela crée une très mauvaise odeur qui rend malade tous les habitants des environs. Autre solution, les brûler, mais cela créé des émissions de carbone. »Entraide des startuppersPour se lancer, il a fallu surmonter plusieurs obstacles, mais dans le milieu des start-up, les entrepreneurs se serrent les coudes. « On communique, on se donne des idées entre nous, c’est comme ça que l’on survit, explique Yohannes Wasihun, cofondateur de Husk Energy & Technology. On est aussi membre de l’association Clean Cooking qui rassemble d’autres entreprises du secteur. On partage nos problèmes et on essaye de les résoudre ensemble. »Parmi les autres startupper prometteurs, Almaw Molla, fondateur de Coffe Resurrect, dont le projet vise à recycler le marc de café pour en faire de l’huile cosmétique mais aussi des farines nutritives : « Nous essayons d’impliquer des ONG pour créer la farine de café. La plupart des cultures vivrières comme le teff ou le blé ne se trouvent pas là où on cultive le café, donc nous essayons de valoriser cette culture d’une autre manière. »Pour le moment, l’entreprise en est au stade de recherche et de développement. Avant de lancer un premier projet pilote en Éthiopie puis sur tout le continent. Le concours des African Startup Awards représente pour ces jeunes entrepreneurs une belle vitrine pour, tenter d’attirer des investisseurs.À lire aussiTrop cher, le café éthiopien peine à se vendre
10/15/20232 minutes, 12 seconds
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Côte d'Ivoire: de nouvelles pistes pour développer la filière rizicole

La Côte d’Ivoire ne produit que 1,2 million de tonnes de riz blanchi par an, pour un besoin évalué à 2 millions de tonnes. Un manque qu’elle doit combler par les importations. Dans les prochaines années, les acteurs publics et privés de la filière espèrent atteindre l’autosuffisance, mais les obstacles sont encore nombreux. De notre correspondante à Abidjan,« Ici, nous avons différentes variétés. Le Basmati, le Bouaké, le CB1 qui est le riz diabétique, qu’on appelle riz noir ou bien riz violet. »Il y en a pour tous les goûts… Grands amateurs de riz, les Ivoiriens en consomment en moyenne 84 kg par habitant et par an. Avec une appétence particulière pour le grain local, explique Mama Dosso, épouse Ohouo, transformatrice et vendeuse de riz assaisonné.« Le consommateur ivoirien sait que le riz local est un très bon riz. Parfumé de nature, selon les saisons, et bon à consommer. Le riz local, c’est un riz de saison. C’est du riz naturel, pas du riz qui dure sur les bateaux… C’est du riz frais tout le temps. »Un besoin de modernisation de la productionLa demande est là, mais l’offre ne suit pas… Pour augmenter le rendement, les acteurs de la filière préconisent, en priorité, de moderniser la production. Yacouba Dembélé, le directeur général de l'Agence pour le Développement de la Filière Riz, l’Aderiz, met en avant le modèle indien.« L’Inde est passée d’un pays importateur de riz à un pays exportateur de riz, grâce à son système de mécanisation. Donc c’est ce que nous avons développé chez nous. Qu'avons-nous fait ? Nous avons incité les jeunes à créer des PME, nous les avons formés et nous les avons équipés. Ce sont ces jeunes qui font de la prestation de service. Quand le paysan a besoin de faire son labour, il peut faire appel à un prestataire qui vient faire son labour et il le paie à la récolte. Grâce à ça, alors que nous étions depuis des années à 4 % de mécanisation, aujourd’hui, en l’espace de deux ans, nous sommes passés à 15 % de mécanisation. »Des sols de plus en plus dégradésSelon les chiffres d’Aderiz, l’État ivoirien a distribué à ces PME 3 milliards de francs CFA de machines agricoles et investit aussi dans des usines de transformation. Mais les producteurs doivent compter avec d’autres obstacles, liés à la dégradation des sols et au changement climatique. C’est ce à quoi tente de remédier le Centre National de Recherche Agronomique (CNRA). Le Dr. Kouakou Amani Michel est le directeur général adjoint du CNRA.« Le couvert forestier ivoirien est fortement détruit, donc les jachères deviennent de moins en moins longues, donc les sols s’appauvrissent. Il faut donc régénérer les sols. Nous avons aussi les maladies. En lien au changement climatique, de nouvelles maladies apparaissent. Le CNRA doit lutter contre ces nouvelles maladies. Il y a une maladie traditionnelle qui est la panachure jaune. Le CNRA a mis au point des variétés qui sont résistantes à la panachure jaune. »D'ici à la fin de l’année, la Côte d’Ivoire espère être en mesure de produire 4 200 tonnes de semence. Elle ambitionne à terme d’atteindre les 6 000 tonnes annuelles pour pouvoir également ravitailler la sous-région.À écouter aussi8 Milliards de voisins - L'Afrique au défi du riz
10/12/20232 minutes, 18 seconds
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Les industries culturelles africaines en pleine croissance

Cinéma, musique, jeux vidéo, BD, les industries culturelles africaines sont en plein boom. Elles font l'objet d'un intérêt croissant des investisseurs. À Paris, début octobre, s'est tenu le premier forum Création Africa, réunissant des artistes, des acteurs culturels et des investisseurs afin de participer au développement des écosystèmes. Si l'Afrique pèse encore peu dans le business culturel mondial, la donne est en train d'évoluer. Les secteurs culturels africains croissent en moyenne de 7% par an sur le continent, avec à la clé des centaines milliers d'emplois. Créateurs africains et capital étranger, voilà l'une des clés de la réussite de Bayard Afrique, filiale du groupe de presse français, basée en Côte d'Ivoire et qui publie deux titres panafricains pour le jeune public. Laure Blédou en est la directrice éditoriale. Elle fait travailler une cinquantaine d'illustrateurs et d'auteurs du continent, sans oublier l'industrie locale. « On contribue véritablement à développer la chaîne du livre en Côte d'Ivoire », explique Laure Blédou. « Par exemple, le magazine Planète J'aime Lire sort tous les mois depuis six ans. Cela fait six ans que tous les mois, j'imprime entre 5 000 et 15 000 exemplaires de magazines, chez un imprimeur ivoirien. Je ne sais pas si vous imaginez l'impact sur son chiffre d'affaires. Et du coup, aussi sur l'investissement qu'il peut faire par la suite pour acheter telle machine qui va permettre à d'autres éditeurs de bénéficier d'une plus grande expertise et de tarifs plus avantageux parce qu'il y a du volume qui est créée chez cet imprimeur. »Rassurer les financiersMais tous les créateurs africains n'ont pas forcément un partenaire étranger. Et dans les industries culturelles comme ailleurs, le premier problème est celui du capital. Claude Borna est la directrice générale de Sème City, le hub public d'innovation du Bénin. Pour elle, il faut d'abord rassurer les financiers. « Il y a de l'argent en Afrique », pointe Claude Borna. « Il y a des mécènes, il y a des gens qui ont envie d'accompagner les industries créatives et culturelles, mais ils n'ont pas encore la structure qu'il faut pour s'assurer que leur investissement ait un bon retour. C'est cela que l'on est en train de mettre en place. Ce cadre qui va permettre à tous ceux qui sont intéressés à accompagner ces industries de le faire dans les meilleures conditions possibles. »L'Afrique, 5% des industries culturelles dans le mondeSidonie Latère a fondé à Kinshasa Kobo Hub, il y a déjà une dizaine d'années. Un incubateur qui se penche de plus en plus sur les industries culturelles. Selon elle, la solution passe par la formation entrepreneuriale des artistes. « Notre vrai challenge, c'est de dire à l'artiste “la passion, c'est bien. Mais il faut vivre de cette passion.” Et c'est pour cela que nous développons des programmes pour que l'artiste devienne un entrepreneur. La deuxième problématique, c'est qu'il faut créer une industrie. Lorsqu'il y a une industrie, cela veut dire que l'on travaille sur la chaîne de valeur, sur les composantes importantes pour soutenir ces filières-là. »L'Afrique ne pèse aujourd'hui qu'environ 5% des industries culturelles dans le monde. Un marché estimé selon la Banque mondiale à près de 2 500 milliards de dollars.
10/11/20232 minutes, 14 seconds
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Centrafrique: visite de la Maison du miel de Bamingui

En 2019, grâce au financement de la Norvège via un projet de l’Unesco, l’ONG WCS a construit un centre de formation et de production urbaine baptisé « Maison du miel » dans la ville de Bamingui, dans le but d’accroître non seulement la production, mais aussi de permettre aux jeunes de se développer sur le plan socio-économique.  De notre correspondant à Bangui,La Maison du miel de Bamingui possède une dizaine de ruches réparties sur trois hectares de forêts. De l’élevage des abeilles à la commercialisation, les apiculteurs suivent méticuleusement plusieurs étapes. D’abord la récolte est habituellement opérée entre septembre et octobre. Ensuite vient l’extraction qui consiste à vider les cellules contenant du miel encore brut. Le miel passe ensuite en maturation dans une cuve pour la fermentation.Une fois fermenté, le produit final peut être mis en pot, étiqueté et mis sur le marché. Une activité profitable, selon Donassien Paul Ndako un des jeunes apiculteurs. « Une ruche produit entre 40 et 50 litres en fonction des activités des abeilles », explique-t-il. « Dans une année, nous faisons deux productions de six mois. Nos clients potentiels sont des expatriés en mission dans la zone et des commerçants soudanais. Le miel n’existe pas chez eux et quand ils viennent, ils prennent tout chez nos revendeurs. »Deux tonnes de miel brut chaque annéeAvec une taille d’environ 1,20 m, les ruches ont une forme rectangulaire et sont placées à côté des arbres à fleurs pour attirer les abeilles. Aujourd’hui avec ses ruches, Mairen produit environ deux tonnes de miel brut chaque année. « Il y a onze groupements d’apiculteurs qui travaillent ici à la Maison du miel. Chaque groupement est composé d’une trentaine de membres », détaille Mairen. « On travaille tous ici, c’est pourquoi le rendement est meilleur. Chacun de nous à une famille. C’est grâce à cette activité qu’on s’occupe de la scolarité, du soin, de l’alimentation et tous les besoins nos familles. Ça nous permet de vivre et d’organiser nos vies. »50 % des jeunes au chômage à BaminguiLe miel est un trésor que l’on retrouve sur tous les marchés de Bamingui et de la Centrafrique en général. Christian Singa est un grand amateur de miel. « Je suis un consommateur par excellence du miel. Ici, ils fabriquent le miel brut de très bonne qualité », assure-t-il « En effet, à l’hôpital, les nutritionnistes me disent toujours que les vertus sont bonnes pour la santé. Je donne ça tous les jours à mes enfants, car ça leur permet de bien mémoriser les choses. Dans le mois, moi et ma famille, nous utilisons un litre et demi. Moi, je le consomme avec du citron et je me sens toujours fort ».À Bamingui, le chômage touche 50 % des jeunes âgés entre 15 et 24 ans selon les autorités locales. L’apiculture permet aujourd’hui à une cinquantaine d’entre eux de se mettre à leur propre compte. Le rêve de ces jeunes est de faire de la Maison du miel une entreprise d’exportation du miel dans le monde entier.
10/10/20232 minutes, 18 seconds
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Dans la Casamance enclavée, une économie fragilisée

Au Sénégal, les bateaux qui assuraient la liaison entre Dakar et la Casamance, au sud du pays, sont toujours à l’arrêt. La mesure avait été initialement prise pendant les violentes émeutes de début juin pour des raisons de sécurité, mais aucune reprise n’est annoncée. Et dans la Casamance enclavée, cette suspension pèse sur les commerçants qui dépendaient de ces rotations pour écouler leurs marchandises. De notre envoyée spéciale à Ziguinchor,En face du port de Ziguinchor, le restaurant Madiba est vide à l’heure du déjeuner. Il y a quelques mois, pourtant les clients se bousculaient. Les deux employées sont assises et passent le temps sur leur téléphone.Néné Gueye a une vingtaine d’années. « Il y avait beaucoup de monde, même la terrasse devant était pleine. C’était très fréquenté. Il y avait des Sénégalais, des Occidentaux, des Peuls de Guinée, tous venaient ici. Mais il n’y a plus personne. C’était le bateau qui nous amenait les clients »Avant la mise à l’arrêt des bateaux reliant Dakar à Ziguinchor, cinq personnes travaillaient au restaurant. Elles ne sont plus que deux. Néné est inquiète : « On a nos familles à charge, et on se prend aussi en charge. On a vraiment besoin de cet argent », insiste Néné.À quelques mètres de là, au marché de l’escale, un ancien bâtiment colonial décati, c’est la même désolation pour les vendeuses qui attendent désespérément les clients… Fatoumata Konté y travaille depuis 30 ans. « On pouvait gagner jusqu’à 50 000 francs, mais aujourd’hui, on gagne à peine 20 000. Regarde les tables ! On ne vend plus. Avant, les gens venaient ici le matin pour acheter des citrons, des fruits de mer ou des poissons fumés avant d’embarquer. Maintenant, ils partent à la gare routière ou prennent l’avion et ne peuvent pas prendre grand-chose. »Du bateau au busLa rotation avait lieu quatre fois par semaine, et représentait une grande partie de la clientèle du marché. Les voyageurs se rabattent désormais sur le bus, tout comme les commerçants qui veulent envoyer leurs produits à Dakar. Les îles du fleuve Casamance profitaient de l’arrêt du bateau sur l’île de Carabane pour écouler leurs marchandises.Amy Gueye, transformatrice de poisson sur l’île de Diogué a perdu beaucoup d’argent. « Moi, je paie aujourd'hui 70 kilos à 13 000 francs CFA, plus le porteur, 2 000 », soit près de 15 000 francs CFA.  Auparavant, elle payait la moitié de cette somme pour envoyer son poisson fumé vers Dakar, environ 7 000 francs CFA. La capitale sénégalaise représente une grande partie de ses ventes.Et pour l’instant, aucune date n’est connue pour la reprise des liaisons par bateau. « J'ai même appelé le celui qui est à Carabane. Il m'a dit qu'il [n'a pas de nouvelles] du bateau. Il ne sait pas pourquoi. On attend toujours. », regrette-t-elle.Le bateau contribue grandement au désenclavement de la Casamance, région du Sud, séparée du reste du pays par la Gambie. La saison touristique reprendra en novembre, et tous les acteurs économiques espèrent la reprise des liaisons d’ici là.
10/9/20232 minutes, 20 seconds
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Insécurité au Sahel: comment relancer la filière agricole

La situation des agriculteurs et l'avenir de la filière s'avèrent préoccupantes au Sahel. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés dénombre plus de 3 millions de déplacés internes rien qu'au Mali, au Niger et au Burkina Faso. Face à cette dégradation sécuritaire, comment développer la filière agricole ? C'est le sujet d'un rapport de l'Institut Montagne, qui appelle à investir dans l'agriculture en Afrique de l'Ouest. Vols de bétail, pillages des récoltes, les exactions dans de nombreuses localités du Sahel poussent les paysans à l'exode, témoigne Ousseini Ouedraogo ingénieur agronome burkinabè, directeur du Roppa, le Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l'Afrique de l'Ouest.« Beaucoup de paysans se sont déplacés en laissant leur patrimoine », explique Ousseini Ouedraogo. « Actuellement, même si ce n'est pas dans l'ensemble des zones, on assiste à un retour parce que des zones ont été libérées. Mais cela a affecté la production, la situation de la sécurité alimentaire dans beaucoup de localités et dans certains pays tout entier. »À écouter aussiAgriculture en Afrique: il faut «produire des engrais, financer la recherche et les infrastructures»Des retours de paysans sur leurs exploitations observés à Kombori ou Aoréma dans le nord du Burkina Faso, selon le directeur du Roppa. Mais ce délaissement des zones rurales est un des terreaux de l'insécurité dans la région, explique Jonathan Guiffard chercheur associé à l'Institut Montaigne à Paris.« Un des facteurs principaux du recrutement des groupes jihadistes, c'est la marginalisation économique des populations rurales. Ce sont elles qui ne bénéficient pas des mêmes ressources et des mêmes richesses que dans les villes. On a affaire avec des pays qui sont, certes, peu développés, mais qui ont quand même une croissance importante avec beaucoup d'opportunités économiques assez mal distribuées. »Cibler les investissementsLe rapport coécrit par Jonathan Guiffard (à consulter ici) est un appel à investir dans la filière agricole ouest-africaine. Un appel à stabiliser la politique foncière, construire de nouvelles infrastructures, prendre en compte un sujet trop longtemps délaissé« Ce rapport ne propose pas des solutions complètement révolutionnaires, mais pointe le fait qu'il y a beaucoup de sujets différents, qu'il faut tous les traiter en même temps. Il n'y aura pas une politique publique qui réponde à un des segments qui va régler le problème du développement agricole, ce n'est pas vrai. Par contre, en travaillant sur ces différents segments, notamment le public et le privé ensemble, on estime qu'il y aura des améliorations significatives. »À écouter aussiAgriculture en Afrique: «Il faut plus d'investissements dans le système agroalimentaire»Des investissements d'accord, mais pas n'importe lesquels, rappelle Ousseini Ouedraogo. « Il faut bien cibler, et il faut bien encadrer. Un investissement dans le domaine de la transformation agroalimentaire, un investissement qui va orienter, faciliter l'accès des petits producteurs au marché domestique, c'est un bon investissement. Mais un investissement qui va créer de l'accaparement des terres, ce n'est pas un bon investissement. »Il appelle les États à investir, notamment pour réduire les pertes alimentaires. Elles représentent environ un tiers de la production en Afrique subsaharienne.
10/8/20232 minutes, 18 seconds
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Les notes WhatsApp révolutionnent l'agriculture au Sénégal

Au Sénégal, la population a adopté la messagerie WhatsApp depuis des années, les agriculteurs aussi. Ils rejoignent de nombreux groupes selon leurs cultures, ou les organisations paysannes dont ils font partie. Les messages vocaux en langues locales beaucoup utilisés pour échanger leurs expériences ou leurs bonnes pratiques. Tous ont ainsi accès à l’information, y compris ceux qui ne savent pas lire. De notre correspondante à Dakar, « Bonjour les agriculteurs du Sénégal ! »« Nous n'avons pas d'engrais ici à Kédougou, nous attendons toujours. »Ces messages rythment désormais les groupes WhatsApp d’agriculteurs au Sénégal. Des vocaux partagés dans les langues locales comme le wolof ou le pulaar sont utilisés quotidiennement par les agriculteurs sénégalais. « C’est très important de mettre un vocal, le producteur pourra le lire. Même les informations d’actualité agricoles dans le développement rural », vante Niemna Diahite, productrice de maïs et membre de plusieurs groupes WhatsApp de producteurs.Les agriculteurs se tiennent aussi au courant des conditions climatiques, avec par exemple les bulletins météo de l’ONG Jokalante qui sont partagés dans ces groupes. Ils peuvent également se prévenir en cas d’arrivée d’espèces invasives. « L’exemple qui circule le plus, ce sont vraiment les informations sur les biopesticides, constate Absa Mbodj, coordinatrice de la Dytaes (Dynamique pour une transition agroécologique au Sénégal), une plateforme multi-acteurs qui anime plusieurs groupes WhatsApp pour les agriculteurs intéressés par l’agroécologie. Les modes de préparations sont issus de produits accessibles à tous les producteurs (feuilles de neem, de haie, du savon, du piment...) Le fait de partager des notes vocales sur la préparation de ces biopesticides, ça, c’est une pratique répandue et qui circule vite. »Certains membres partagent aussi des vidéos de leurs récoltes ou demandent de l’aide quand ils ont du mal à écouler leurs stocks comme cette cultivatrice de gombos : « Le marché pose problème. On en est à notre troisième récolte. »Pour Raphaël Belmin, agronome au Cirad, l’utilisation des messages vocaux vient améliorer un maillage territorial défaillant : « Au Sénégal, les services de vulgarisation n’ont pas les capacités de toucher tous les paysans. Sur un ratio d’un agent de vulgarisation pour 10 000 paysans. En plus, ces services sont sous-dotés, ils n’ont souvent pas les moyens d’aller sur le terrain. »Un dernier obstacle reste d’avoir un smartphone, ce qui pourrait créer des inégalités d’accès à l’information entre les agriculteurs qui ont et ceux qui n’en ont pas.
10/5/20232 minutes, 22 seconds
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Made in Moris: 10 ans après, un label solidement établi à Maurice

Dix ans après sa création pour sauver l’industrie locale de la libéralisation croissante du commerce, Made in Moris est devenue plus qu’un label. C’est un véritable mouvement qui est en marche à Maurice. Avec pour mission de valoriser les produits locaux et de préserver le savoir-faire mauricien face à la concurrence étrangère. Plus de 200 produits et services mauriciens ont adopté fièrement cette nouvelle identité. Quand le mouvement Made in Moris a été lancé au début des années 2010, c’était pour résister à une nouvelle vague de libéralisation du commerce et à l’afflux de produits importés. Les industriels mauriciens qui dépendaient du marché intérieur devaient d’entrée surmonter un obstacle majeur, se souvient Catherine Gris, chargée de mener à bien le projet Made in Moris : « Le produit mauricien était complexé. À part quelques produits phare, ce n’était pas une évidence de vouloir communiquer sur le fait qu’ils étaient fabriqués à Maurice. »À cette époque, les produits mauriciens étaient moins visibles dans les supermarchés et les boutiques. Les producteurs locaux, rassemblés au sein de l’Association of Mauritian Manufacturers, sont allés chercher dans l’île d’à-côté, La Réunion, le modèle nécessaire pour relancer le marché intérieur. « On s’est inspiré de ce qui se faisait à La Réunion, explique Vincent d’Arifat, qui présidait alors cette association. L’Adir (Association pour le développement industriel de La Réunion) nous a accompagnés. Il nous a ouvert leurs portes, on a appris et on s’est adaptés. »Dix ans après, Made in Moris est solidement établi. La marque regroupe une gamme de 228 produits et services. La chaîne hôtelière Attitude, avec neuf établissements, est devenue la vitrine de Made in Moris dans le secteur du tourisme. Son PDG, Jean-Michel Pitot, a fait le choix du local et de l’économie circulaire : « À partir du moment où on fait partie d’une famille comme Made in Moris, il fallait voir intra-famille on pourrait grandir ensemble. On a démontré cela clairement quand on a fait l’hôtel Sunrise Attitude. On a fait appel à des entrepreneurs locaux, on leur a dit : "les gars, il faut sortir des sentiers battus, faites-nous des choses différentes". »Made in Moris est doté d’une administration et d’un personnel chargé de son développement. Potentiellement, les 350 grandes entreprises et 12 000 PME mauriciennes peuvent adopter le label. La marque se fait une place dans les nouvelles technologies. Dans ce segment, la start-up Mips (Multiple Internet Payment Systems), un facilitateur de paiements en ligne et du commerce électronique, est devenu un acteur de référence. « Actuellement, il y a plus de 50% du trafic e-commerce mauricien qui passe à travers les rails du Mips, note Sébastien Leblanc, fondateur de cette plateforme. Nous avons réussi ce que les banques n’ont pas réussi à faire pendant des années, c’est-à-dire réduire le cout d’acquisition d’un paiement. »Mips étend ses activités sur le continent, notamment aux Seychelles, à Madagascar, en Ouganda et en Côte d’Ivoire. C’est un des grands symboles de réussite du label Made in Moris, 10 ans après sa création.
10/4/20232 minutes, 21 seconds
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RDC: l’économie à l'arrêt à Kakanda après la suspension du minier Boss Mining

Plus de quatre mois après avoir été sanctionnée par le ministère des Mines en RDC, les activités de Boss Mining, membre du groupe ERG, sont à l’arrêt jusqu'à la fin du mois de novembre. Les conséquences économiques se font déjà sentir dans la cité de Kakanda où est installée la société qui produit du cuivre et du cobalt. Ses employés craignent pour leur avenir, car les entreprises de la sous-traitance ont fermé leurs portes. De notre correspondante à LubumbashiLes activités économiques dépendent à 90% de Boss Mining à Kakanda. C’est la seule entreprise opérationnelle dans cette région. Marcel Kalubi vend divers produits au marché de Kakanda. Depuis que la société est frappée par des sanctions du gouvernement congolais, son commerce ne tourne plus. En trois ans, il a perdu plus de 70% de son chiffre d’affaires. « Boss Mining avait au moins 3 000 travailleurs et 2 000 étaient résidents à Kakanda. À ce moment-là, les activités marchaient correctement. Moi, par exemple, je pouvais réaliser les recettes d’un million de francs congolais sur deux ou trois jours. Mais actuellement, ma recette journalière ne dépasse pas 40 000 francs congolais. Kakanda, sans Boss Mining c’est difficile », se désole le commerçant.Difficile également pour les travailleurs de cette entreprise, car leur avenir est hypothétique. La société n’a relancé ses activités minières qu’en novembre 2022 après trois ans d’interruption. ERG et son partenaire la Gecamines avaient décidé de consacrer cette période à l’entretien des équipements et à la mobilisation des investissements. Six mois seulement après la reprise, la société est sanctionnée pour avoir causé la mort de huit personnes et des dégâts importants suite au débordement de son bassin en avril dernier. Pourtant, Boss Mining prévoyait atteindre, à la fin de l’année, une production de 1 800 tonnes de cuivre et 300 tonnes de cobalt. Cet agent de l’entreprise qui a requis l’anonymat est inquiet.Des conséquences au quotidien « Nous avons cette crainte de voir ces sanctions pousser l’entreprise à fermer. Il y a aussi les entreprises de sous-traitance qui étaient ici et qui ont déjà arrêté leurs activités. Certains travailleurs de ces entreprises sont en congé technique. Nous, de Boss Mining, sommes encore là, mais nous craignons que cette sanction puisse nous envoyer au garage. »La communauté de cette ancienne cité Gecamines est aussi impactée par l’arrêt des activités de Boss Mining. Le coût de l’eau et de l’électricité par exemple, pris en charge jusque-là par la société, risque de retomber sur cette population. Le secteur de l’éducation n’est pas épargné, indique Ben Kabajika, coordonnateur de la société civile de Katanga : « À ce jour, plusieurs familles n’ont pas envoyé leurs enfants à l’école à cause du manque de moyens financiers. Le phénomène d’enfants mineurs (présents dans les carrières minières) commencent à prendre de l’ampleur. Le pouvoir d’achat baisse sensiblement, car Kakanda vit grâce à la présence de la société. »Une équipe du ministère des Mines vient d’effectuer une mission d’évaluation dans cette cité. Les travailleurs de Boss Mining et les communautés locales espèrent voir le gouvernement lever les sanctions sur cette entreprise, leur seule source de revenus.
10/3/20232 minutes, 11 seconds
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Togo: des solutions concrètes pour attirer les touristes à Aného

L'IFTM Top Résa, un des plus grands salons du tourisme international, s'ouvre aujourd'hui à Paris. Une vingtaine de jeunes africains sortent d'une résidence de plusieurs mois où ils ont émis des propositions, et lancer des projets pour mieux vivre et développer les villes secondaires africaines. Ce programme émanant de l'incubateur de politiques publiques « Je m'engage pour l'Afrique » a permis de dégager des solutions concrètes. Côté tourisme, c'est sur la ville d'Aného au Togo que ces jeunes – rencontrés à Paris – ont concentré leur travail. À 50 kilomètre de Lomé se trouve la ville côtière d'Aného, des paysages de cocotiers, des nuances de bleu, à l'embouchure du lac Togo.« C'est une ville qui regorge de paysages... Une véritable station balnéaire en réalité, si le potentiel est véritablement exploité », soutient Marlène Békalé. Gabonaise de 27 ans, elle est consultante en affaires publiques et résidente du programme « Je m'engage pour l'Afrique » à Paris.« Il y a un fort chômage et pourtant il y a aussi un énorme potentiel, qu'il soit culturel ou naturel. L'angle d'attaque était de savoir comment on réussit à créer un lien de sorte qu'on puisse pallier ce défi de potentiel inexploité et de travail, de formation, de développement économique local », explique Marlène Békalé.« Une ville ne naît pas touristique, elle le devient »Le chômage est un frein au développement touristique. La proposition faite par les jeunes résidents pour les jeunes d'Aného : c'est la création d'un centre de formation pour les métiers de l'accueil, notamment en hôtellerie restauration.« Nous savons que c'est une ville qui reçoit beaucoup, qui organise des événements majeurs, et nous pensons que ce sera utile non seulement pour les acteurs locaux, mais également pour la jeunesse qui recherche de l'emploi, car cela va valoriser le terroir. Cela va le faire connaître à l'étranger et beaucoup de touristes pourront s'y intéresser [...]. Une ville ne naît pas touristique, elle le devient. Et c'est ce que nous proposons », insiste Kevin N'Chanda, Camerounais de 27 ans également, et aussi consultant en affaires publiques.Prolonger la dynamique touristiqueL'inquiétude à Aného, c'est la montée des eaux. Des travaux routiers, des aménagements côtiers et la construction de digues il y a plusieurs années avaient relancé une activité touristique moribonde. Avec cette école de formation, Marlène Békalé entend prolonger la dynamique.« Le but pendant ces trois mois, ça a été aussi de pouvoir mettre autour de la table de différentes parties prenantes qui communiquaient difficilement », explique-t-elle. « Concrètement, on a eu le maire d'Aného et on a eu un groupe hôtelier, Onomo. On a réussi à les mettre autour de la table, discuter avec eux, proposer le projet, voir ce qui était possible et essayer de raccommoder au mieux. »Le Togo a fait du tourisme un secteur clé pour les prochaines années. Avec 1 million de visiteurs en 2021. La montée en puissance stoppée nette par l'épidémie de Covid-19 semble repartir plus belle. 
10/2/20232 minutes, 10 seconds
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Côte d'Ivoire: coup d'envoi de la nouvelle saison du cacao

En Côte d’Ivoire, c’était l’événement le plus attendu du Salon de l’agriculture, lancé vendredi dernier pour une semaine : le lancement de la nouvelle saison de café-cacao 2023-2024. Avec, surtout, l’annonce du nouveau prix bord champ du cacao, très attendue par les planteurs. De notre correspondante à Abidjan,Devant une audience pendue à ses lèvres, le ministre de l’Agriculture, Kobenan Kouassi Adjoumani, aura fait durer le suspense jusqu’à la fin de son discours. Car c’est un chiffre que tout le monde attendait : le prix garanti aux planteurs du kilogramme de cacao pour la nouvelle saison.« Tenez-vous bien ! Le kilogramme fermenté, bien séché et bien trié, est de 1 000 francs CFA », déclare le ministre sous les applaudissements. « De 900 francs, on est aujourd’hui à 1 000 francs. Si vous voyez bien, ce sont environ 210 milliards de francs qui s’ajoutent sur les revenus des paysans. »Tous les acteurs de la filière étaient représentés, et certains planteurs ont laissé éclater leur joie, comme Assata Doumbia Koné, qui s’est réjouie de la hausse des cours du cacao sur les marchés mondiaux, liée aux mauvaises récoltes en Afrique de l’Ouest. « Dans mon champ, effectivement la production a baissé. Je pense que c’est l’offre et la demande… Nous, c’est ce qu’on cherche. Le prix, il est vraiment bien pour cette campagne »« Pourquoi deux prix différents ? Nous sommes menacés... »Un avis que ne partage pas Maurice Sawadogo. Ce producteur de café-cacao près d’Abengourou, à l’est du pays, dans un village situé à 18 kilomètres de la frontière, espérait voir la Côte d’Ivoire s’aligner sur les prix du Ghana.« C’est sur le même marché international que les deux pays vendent. Les deux pays sont en contact, ils travaillent [ensemble] sur l’initiative cacao », explique-t-il. « Pourquoi deux prix différents ? Nous sommes menacés… Avec le changement climatique, avec les maladies et autres. Et je suis désolé que nous ne prenions pas en compte le producteur. C’est un prix qui devrait aller contre la pauvreté en milieu rural. Ce prix-là ne peut pas les faire sortir de la pauvreté », déplore-t-il.Durant la cérémonie, le directeur général du Conseil café-cacao, Yves Brahima Koné, a d’ailleurs mis en garde contre « la fraude aux frontières », c’est-à-dire la vente du cacao de Côte d’Ivoire hors de son territoire. « Je voudrais sur ce point dénoncer les compatriotes qui ont choisi leurs intérêts personnels au détriment de leur pays, notre chère Côte d’Ivoire. Nous serons intraitables pour démanteler ces organisations criminelles », prévient-il.Le prix du café, lui, a été fixé à 900 francs CFA le kilo, soit 150 francs CFA de plus que la dernière campagne.
10/1/20232 minutes, 19 seconds
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En Guinée, un fonds de garantie pour faire respirer les PME

La Guinée vient de se doter d’une nouvelle institution financière : le Fonds de garantie des prêts aux entreprises (FGPE). Cette nouvelle institution unique en son genre a pour mission de faciliter l’octroi de crédits bancaires aux Petites et moyennes entreprises par un mécanisme de partage des risques. Le FGPE bénéficie de l’appui technique et financier de la Banque mondiale. De notre correspondant à Conakry,C’est une institution qui a pour mission de booster l’offre de crédits grâce à la réduction des contraintes sur le financement des petites et moyennes entreprises. Abdoulaye Diallo, le directeur général de cette nouvelle institution mise en place par les autorités guinéennes, donne des explications.« Le fonds de gara